LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 127 MAI / JUIN 2017

AgaurepsJPEGHQ

Sommaire du numéro 127 : Spécial élections

  • Editorial de Francis DASPE : « Macron, entre Bonaparte et Giscard» page 2
  • Chroniques de François COCQ page 3
  • Tribune de Francis DASPE : « Les Indiana Jones de gauche, à la recherche de centralités perdues» page 10
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2017 page 12

 

 

Macron, entre Bonaparte et Giscard   

Lénine avait raison quand il affirmait que la guerre est un accélérateur de l’Histoire. A leur niveau et dans leur domaine, les élections en constituent indiscutablement elles aussi un, qu’il convient cependant de ne pas confondre avec le tourbillon auquel nous avons dû faire face depuis plus d’un an.

La séquence électorale désormais terminée, le moment du bilan, avec la nécessaire prise de distance et l’indispensable recul, s’impose. Souvenons-nous à quel point les résultats furent annoncés avec certitude à plusieurs reprises. Il y a deux de cela, chacun devait s’apprêter à revivre le duel de 2012 sur le mode de la revanche entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, que seule Marine Le Pen pouvait troubler ; un an plus tard, le palais de l’Elysée était promis à Alain Juppé qui apporterait comme par enchantement confiance et apaisement au pays. Trois mois après, l’élection était présentée comme une formalité au bénéfice de François Fillon, alors qu’à gauche la déconfiture du président de la République sortant ouvrait un boulevard à Manuel Valls.

 

Rien de tout cela n’est arrivé. Emmanuel Macron a profité d’un incroyable concours de circonstances pour coiffer tout le monde sur le poteau final. Il est devenu le plan B passe-partout. La défaite d’Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre lui a offert le soutien des centristes. Les déboires judiciaires de François Fillon ont conduit un nombre significatif des forces oligarchiques à considérer que le ralliement à Emmanuel Macron, déjà encouragé par le Medef, offrait davantage de garantie pour le succès de la « contre-révolution thatchérienne » qu’elles appellent de leurs vœux. La victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste a déclenché une vague migratoire d’ampleur de socio-libéraux décomplexés qui ont soutenu, officiellement ou clandestinement selon les stratégies individuelles, Emmanuel Macron. Ce dernier a également bénéficié de manière indirecte d’un autre plan B : celui de ceux qui considéraient comme le plus grand danger une éventuelle victoire de Jean-Luc Mélenchon. Ils ont préféré favoriser la qualification pour le second tour de Marine Le Pen. C’était faire d’une pierre deux coups : éliminer Jean-Luc Mélenchon, garantir la victoire d’Emmanuel Macron dans un duel au final déséquilibré.

 

Tant de circonstances imprévues favorables pour quelqu’un sorti de nulle part pour le grand public (en réalité il avait le soutien de moins en moins occulte de l’oligarchie raisonnable du CAC 40) renvoient à assimiler cette victoire mystificatrice à la geste de l’aventurier Bonaporte. Mais comme sous Bonaparte perçait déjà Napoléon, l’élu Emmanuel Macron laissa très vite apparaître Jupiter que les institutions monarchiques (ou impériales) de la V° République aident à dévoiler les tendances lourdes. Les promesses de renouvellement et de transformation ne se réaliseront pas, accroissant la déception citoyenne et les envies de dégagisme ambiant.

Alors le président jupitérien descendra de son Olympe (ou plus exactement passera du Capitole à la roche Tarpéienne citoyenne) pour finir comme Valéry Giscard d’Estaing. Contre l’ambition de jupitérisation, la réalité de la giscardisation, voilà en quoi pourrait bien se résumer le quinquennat qui s’ouvre.

Francis DASPE 03 / 07 / 2017

 

 

 

 

 

Chroniques de François COCQ

Ces textes sont en ligne sur le blog de François COCQ :

https://francoiscocq.fr/

 

 

 

Texte 1: La macronite, maladie infectieuse de la démocratie

Le 20 juin 2017

https://francoiscocq.fr/2017/06/20/la-macronite-maladie-infectieuse-de-la-democratie/

Il aura suffi d’un mois à M. Macron pour plonger le pays dans la grève civique. 57,4% au niveau national, 70 % dans certaines circonscriptions, jusqu’à 88% chez les français de l’étranger, la démocratie vire au drame quand elle se parodie. La question n’est alors pas celle de la légitimité des députés, ils sont arrivés devant leurs adversaires, mais du pouvoir qui leur est conféré.

 

L’onction du suffrage universel valait jusqu’à présent légitimité. Et à défaut de scrutins à la proportionnelle, il fallait se résoudre à ce que le fait majoritaire ne soit que l’émanation d’un second tour. Ainsi, LREM de M. Macron draine 53,4% des sièges avec ses 308 députés quand à l’inverse la France insoumise doit se contenter avec ses 17 élu-e-s de moins de 3% des sièges avec pourtant 11% des suffrages récoltés lors du 1er tour. Je suis donc en désaccord mais comme ce n’est pas là l’objet de mon propos, passons car nous aurons l’occasion d’y revenir.

Il faut donc en l’état accepter l’idée que peut être élu-e au second tour un-e député qui a récolté plus de 50% des exprimés quitte à ce que ce total soit inférieur à 50% des inscrits et que le fait majoritaire fût-il indirect ne soit donc pas vérifié. La participation globale elle-même ne repose plus sur le fait majoritaire. En 2012, l’abstention avait grimpé jusqu’à 46%. Elle passe cette fois la barre des 50% pour se porter à 57%. Un accroissement de près de 25% de l’abstention en à peine 5 ans ! L’abandon du fait majoritaire n’est donc pas un détail que l’on demande alors au citoyen en termes de consentement.

 

Car « légitime » est emprunté au latin legitimus, « établi par la loi », « conforme aux règles ». Or en République française rousseauiste, la loi est l’expression de la volonté générale. C’est donc un nombre toujours plus petit qui incarnerait la volonté générale. Le hiatus entre fait majoritaire et volonté générale est patent.

Dimanche dernier, la plupart des députés a été élu au second tour en ayant reçu l’appui au 1er tour de 15% des inscrits et au second d’à peine plus de 20% de ceux-ci. Que peut-il donc bien rester alors de ce consentement quand on s’éloigne d’autant de la barre de la majorité des inscrits ? Quelle est la légitimité du pouvoir qui leur est conféré. Et pourquoi ce reflux civique ?

 

L’inversion du calendrier entre la présidentielle et la législative a largement contribué à dévitaliser l’exercice démocratique du second. Mais jusqu’à présent il prenait appui, qu’on en soit d’accord ou non, et je ne le suis pas, sur la validation de la présidentielle. Sauf que désormais celle-ci est amputée de son second tour : les constructions politico-médiatiques qui s’organisent avec le FN comme chien de garde annihilent tout l’enjeu du second tour de la présidentielle. Tout se joue alors au 1er tour… où il ne saurait être question d’établir un fait majoritaire mais de poser un acte hiérarchique. La politique spectacle, primaires à l’appui, a transformé la politique en compétition électorale. L’objet n’est plus ni la volonté générale, ni le fait majoritaire, mais la logique partisane.

 

La politique de M. Macron a quant à elle fait fuir du champ civique nombre de ceux qui y étaient revenus à l’occasion de la présidentielle : résignation devant sa politique de casse sociale et écologique, dégoût devant la perpétuation des magouilles politico-financières, dépit devant le recyclage du vieux personnel politique grossièrement remaquillé.

Quant à la soumission à injonction médiatique de soutenir celui-là, elle a annihilé la capacité collective de résistance. Construite dès l’entre-deux tours de la présidentielle, prolongée ensuite par une hagiographie macroniste, elle a vu le déferlement médiatique se saisir de la « nécessité » de donner au Président une majorité. Quel singulier paradoxe qu’au moment où le fait majoritaire disparaît justement du champ politique il ait encore servi d’alibi pour conférer le pouvoir à celui qui remodèle la démocratie en y évinçant l’idée de volonté générale.

 

La macronite est une maladie infectieuse de la démocratie. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés…

 

 

 

 

 

Texte 2: Du calendrier des affaires et de l’usurpation démocratique

Le 21 juin 2017

https://francoiscocq.fr/2017/06/21/du-calendrier-des-affaires-et-de-lusurpation-democratique/

 Macron est bien comme les autres. Il aura laissé passer les élections pour que la crise larvée qui touchait depuis des semaines les membres de son gouvernement éclate au grand jour. Goulard, Bayrou, De Sarnez, Ferrand et désormais Pénicaud, emportés ou en passe de l’être. Et pendant que M. Macron protégeait ceux-là, il s’est construit une majorité absolue sur la base d’une tromperie flagrante des électeurs. Que ces affaires là n’ont-elles pas eu de conséquences plus tôt ? La composition de l’Assemblée en eut-été modifiée. Et qui sait, la majorité absolue peut-être se serait-elle-même envolée…

 

Le calendrier en soi est un révélateur de la façon de faire du Président. Celui-là a compris qu’il fallait maîtriser les temporalités en politique. Mais c’est pour mieux reproduire les maquillages à l’ancienne. M. Macron a verrouillé la communication sur les affaires politico-judiciaires jusqu’au soir du 2nd tour : « présomption d’innocence » ânonnait-il. Lundi matin, le 1er ministre Edouard Philippe clamait encore sur les ondes, lors du service après-vente électoral, qu’il n’y avait « aucun problème » avec M. Bayrou !

Une heure après Mme Goulard démissionnait pourtant du ministère de la Défense. On était entré dans la phase d’après. Le lendemain, c’était au tour de François Bayrou de quitter le ministère de la justice et de Marielle de Sarnez de suivre la course folle de ce gouvernement. Avant Richard Ferrand ce soir et Mme Pénicaud demain, elle aussi visée par une affaire judiciaire directement liée au Président.

 

Que personne ne vienne repeindre le tableau en exonérant M. Macron de sa responsabilité, voire en le félicitant pour ces évictions : M. Macron est en première ligne. C’est lui qui avait retardé l’annonce de la composition de son gouvernement de 24h au mois de mai pour des « vérifications » de probité. Le résultat est là : les « vérifications  » étaient un artifice, ce gouvernement est pire que les précédents. Le contrat individuel de probité revendiqué par M. Macron et décliné dans son ersatz de loi sur la moralisation de la vie publique a volé en éclat : comme en matière de droit du travail, ce n’est pas le contrat qui protège, c’est la loi qui prévient des abus. La méthode Macron, si tant est qu’elle ait eu vocation à être autre chose qu’une stratégie de communication, est un échec absolu.

Mais la falsification macronienne ne s’arrête pas là : M. Macron recycle ceux qui sont mouillés dans les affaires politico-judiciaires comme il recycle les anciens du PS ou de LR.  Son bras droit Richard Ferrand ne serait ainsi plus assez vertueux pour être ministre et sera donc exfiltré ce soir lors du remaniement ministériel. Mais M. Macron l’impose par contre à la tête du groupe des députés de La République en marche. La représentation parlementaire serait-elle à ce point un objet politique de seconde zone dans la tête du Président pour que ce qui était incommodant au gouvernement redevienne indispensable à l’Assemblée ? Mépris ostensible pour la représentation parlementaire et pour les députés LREM qu’il a fait élire dont il veut faire des godillots. Ceux-là seront d’ailleurs jugés sur leur autonomie, et attachement au renouvellement des pratiques par leur capacité de refuser de mettre ou non M. Ferrand à leur tête.

 

Les mauvaises manières présidentielles inspirent au-delà et se diffusent. Instruite de cet exemple, Mme De Sarnez  emboîte le pas de M. Ferrand et prétend faire de même. Elle qui juge sa situation intenable au ministère se projette sans ciller à la tête du groupe parlementaire Modem. M. Macron par sa pratique irrigue l’ensemble de la vie politique avec de l’eau souillée.

C’est donc l’ensemble du processus électoral que M. Macron a détourné : il s’est construit une majorité grâce à la sourdine apposée depuis l’Elysée sur les affaires. Qu’on se le dise quand on sait que nombre de circonscriptions se sont jouées à quelques centaines de voix. Puis il travestit le sens du vote de celles et ceux qui, en toute bonne foi, se sont portés sur les candidats de son parti en espérant le renouvellement : ceux-là voient les députés qu’ils ont élus être mis sous la coupe d’un et d’une président-e de groupe que le scandale a chassé du gouvernement.

A défaut d’adhésion à son projet, force est de constater que d’élection en élection, M. Macron est passé maître dans l’art de la manipulation.

 

 

Texte 3: Valls, De Rugy : quand les perdants du PS se transforment en idiots utiles de la macronie

Le 27 juin 2017

https://francoiscocq.fr/2017/06/27/valls-de-rugy-quand-les-perdants-du-ps-se-transforment-en-idiots-utiles-de-la-macronie/

 

Coup double dans la même journée : avec Valls et De Rugy, la République en marche ! (LREM) se nourrit des restes de la primaire du PS. Prime aux perdants pour prétendre faire du neuf avec du vieux. Mais surtout recyclage de cautions de « gôche » suffisamment affaiblies et compatibles pour ne pas risquer de faire contrepoids à la politique de casse sociale et écologique de M. Macron.

 

Il y a d’abord eu Manuel Valls qui, dans un tango à deux temps avec le pouvoir en place, annonçait ce matin qu’il quittait le PS avant de se voir dans la foulée adoubé par le groupe LREM en tant que député apparenté. Puis, sans coup férir, François De Rugy a été sorti du chapeau par M. Macron pour prendre la présidence de l’Assemblée nationale.

 

Macron raconte une histoire mais il faut lire entre les lignes : si après Richard Ferrand à la tête du groupe parlementaire LREM et avec François De Rugy au perchoir il donne aujourd’hui aux ex-du PS et affidés les clefs du Parlement, il a auparavant laissé le volant du gouvernement à la droite avec Edouard Philippe à Matignon, Bruno Lemaire à Bercy et Gérald Darmanin à l’action et aux comptes publics. Or il n’y a là aucun équilibre politique comme M. Macron voudrait nous le faire croire dès lors que la pratique politique, et la loi d’habilitation sur les ordonnances qui sera présentée demain en atteste,  fait de l’exécutif le seul dépositaire de l’action publique.

 

Le Président peut bien recaser au Parlement des cautions de « gôche », ceux-là ne sont rien d’autres que des idiots utiles de la macronie. Dans la primaire, ils ouvraient la voie au glissement de l’opinion et des idées vers le libéralisme financier de M. Macron. Après la primaire, ils lui servaient de marche-pied pour lui permettre de remporter l’élection. Ils en sont aujourd’hui remerciés en étant recasés dans la sphère de la macronie pour être un contrepoids futile à la politique libérale de l’exécutif.

 

L’épisode est par ailleurs révélateur, après le 1er acte de samedi pour l’élection du président de groupe, de la soumission des députés macronistes à leur Président : ceux-là juraient leurs grands dieux que jamais au grand jamais ils ne serviraient à blanchir politiquement le linge sale d’hier : ils acceptent comme un des leurs l’ancien Premier ministre. Quant à leur liberté de parole et d’action, après que pas un d’entre eux n’ait osé s’élever ce week-end contre la candidature de Richard Ferrand à la tête de leur groupe, ils acceptent pareillement et docilement François de Rugy, l’homme des combines politicardes du dernier quinquennat entre EELV et le PS, à la tête de l’Assemblée. Avec les députés Macron aux ordres, le royaume de la combine est décidément bien gardé.

 

L’histoire ne serait pas close si l’on ne constatait que les commentateurs et les petits politiques qui hier s’époumonaient à vouloir faire passer tout le monde par la moulinette de la primaire du PS s’érigent encore en donneurs de leçon au nom de « l’UUUnité ». Benhamias, Pinel, De Rugy, Valls, la primaire du PS sert encore aujourd’hui à nourrir la bête Macron après lui avoir permis de remporter la présidentielle. Et encore, il paraît que Benoît Hamon l’a gagnée…

 

 

 

 

 

Texte 4: Hamon à contretemps

Le 02 juillet 2017

https://francoiscocq.fr/2017/07/02/hamon-a-contretemps/

 

Benoît Hamon vient de quitter le PS pour mieux lancer son mouvement du 1er juillet. Que ne l’a-t-il pas fait plus tôt ? La présidentielle en eût été changée. Que ne le fait-il pas plus tard ? La refondation politique n’interfèrerait pas avec la mobilisation sociale. A agir de la sorte à contretemps, Benoît Hamon en est réduit à susciter un tsunami dans un verre d’eau.

 

Manuel Valls hors du PS, on aurait pu croire que Benoît Hamon et les siens se lanceraient dans le ré-ancrage du PS dans les fondements progressistes et humanistes qui ont pu être les siens. C’est pourtant le moment que Benoît Hamon a choisi pour, à la suite de l’ancien premier ministre, claquer à son tour la porte du parti. Ainsi donc, Benoît Hamon reconnaît aujourd’hui que Manuel Valls n’est pas la question : c’est le PS lui-même qui est un frein à la refondation.

Que chacun-e imagine ce qui se serait produit si Benoît Hamon avait assumé une telle analyse il y a tout juste trois mois ! L’élection présidentielle en eût été changée. Alors même que le désaveu populaire à l’encontre du PS était acté début avril, Jean-Luc Mélenchon aurait alors avec l’appui de Benoît Hamon atteint mécaniquement le second tour de l’élection présidentielle. Et il est à parier que nous aurions de la sorte évité la présidence Macron et les ravages sociaux et écologiques qu’elle charrie. Anachronique, Benoît Hamon a raté le rendez-vous qui pouvait porter l’humanisme émancipateur au pouvoir.

 

Benoît Hamon a pareillement laissé filer les législatives. En maintenant un semblant de perspective refondatrice au sein du PS, il a contribué à permettre l’élection d’un groupe dont il acte aujourd’hui l’inefficience au regard des objectifs qu’il entend porter. Est-ce à dire que c’est l’échec électoral du courant Hamon, et de Benoît Hamon lui-même, pris en tant que partie du PS, qui l’a conduit à l’analyse qu’il nous livre aujourd’hui ? Ce serait de sa part faire preuve de beaucoup d’opportunisme…manqué. Ou le laisser-faire de Benoît Hamon aurait-il participé d’une volonté d’affaiblir le mouvement porteur de l’aspiration populaire, la France Insoumise ? Ce serait renouveler l’erreur de la présidentielle et en faire une faute.

Le 1er juillet, Benoît Hamon réunissait pourtant autour de lui les appareils du PCF, d’EELV, du MRC, pour lancer son mouvement. Aux contours explicitement délimités puisqu’il se servait de cette tribune commune pour jeter l’opprobre sur Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise : « Jaurès ne se serait pas indigné du drapeau européen », « Jaurès s’est fait remarquer autrement que pas ses codes vestimentaires »… La réunion apparaissait alors pour ce qu’elle est : une tentative pour  étouffer la force populaire mise en mouvement par la France Insoumise et maintenir par contrecoup sous oxygène les vieux appareils. Anachronisme historique.

Pour finir, Benoît Hamon nous promet des Etats généraux de la gauche pour la rentrée de septembre. Le mouvement social appelle pourtant déjà à la mobilisation contre les ordonnances et le démantèlement du code du travail, une date ayant d’ores et déjà été posée le 12 septembre par la CGT. C’est dans ce calendrier que Benoît Hamon appelle les forces politiques à mettre en question les enjeux de leur propre structuration, enserrant dans de l’organisation interne des énergies qui devraient se déployer dans la mobilisation sociale. Si les forces politiques ont bien une tâche à la rentrée, c’est d’être aux côtés des syndicats et de prendre leur part dans la lutte qui s’annonce en jouant aussi leur rôle d’émetteur propre pour appeler le peuple à se fédérer dans la lutte et pour une société de justice sociale.

 

Benoît Hamon est décidément toujours à contretemps. Celui de ses intérêts, de parti hier, ou personnels aujourd’hui, est incompatible avec l’intérêt général. Ce n’est pas parce qu’avoir raison trop tôt c’est déjà avoir tort qu’avoir tort trop tard c’est avoir raison.

 

 

Texte 5: Pharaon et grand-prêtre : Tout-en-Macron

Le 03 juillet 2017

https://francoiscocq.fr/2017/07/03/pharaon-et-grand-pretre-tout-en-macron/#more-3688

 

De Tanis ou Thèbes à Versailles, l’histoire balbutie. Balayé Jupiter. Rarement discours présidentiel devant la représentation nationale avait à ce point tenu des oripeaux de l’antique. Et ce qui se voulait être le discours sur l’état de l’union de Pharaon a plus ressemblé aux prophéties du grand-prêtre adressées à ses fidèles, à coups de jugements lapidaires, menaces et autres mises à l’index. La puissance du règne de Pharaon et l’ésotérisme au service de sa réalisation matérielle : Tout-en-Macron.

 

Qui a écouté le discours de M. Macron l’a entendu s’adresser exclusivement aux parlementaires issus de ses rangs. Ignorée la représentation nationale, M. Macron ne s’est adressé qu’aux siens comme si une partie était le tout. Ce choix n’est pas fortuit et participe d’une stratégie de soumission de l’Assemblée en lui imposant une homogénéité qu’elle n’a pas. A son corps défendant, il a en cela validé le choix de celles et ceux qui ont préféré laisser la chaise vide plutôt que d’être phagocytés en direct et in situ.

Mais le message va plus loin : en s’adressant exclusivement aux parlementaires de La République en marche ! comme s’ils représentaient l’Assemblée toute entière, M. Macron a nié la diversité du Parlement et ce faisant le peuple lui-même. La contestation ne saurait être autorisée quand il s’agit d’ingérer l’ensemble de l’existant. M. Macron a même osé aller plus loin : il veut extirper la conflictualité qui crée la conscience en chaque individu pour le rendre servile et soumis, identifiant en l’individu « complexe » une source de danger : « les forces adverses continuent d’être puissantes, dans les têtes. En chacun de nous, il y a un cynique qui sommeille ». Chez Macron, c’est la pensée même des individus qui doit être dirigée. Pharaon a cédé l’autel au grand-prêtre.

Mais l’exercice du pouvoir temporel n’était jamais loin, fait d’injonctions et de menaces : après l’appel vendredi du porte-parole du gouvernement Christophe Castaner à « ne pas chercher à affaiblir » la ministre du travail, c’était aujourd’hui au tour de M. Macron de jeter déjà un voilà pudique sur la notion de probité, appelant à « changer d’état d’esprit » et faire cesser la chasse aux corrompus.  La République exemplaire se soustrait aux yeux des témoins…

 

Quant aux projets de Pharaon, le nouveau consiste en retrouver la pureté supposée de l’ancien : le CESE ? Revenir à ses fondements. L’Union européenne ? Revenir à l’esprit des pères fondateurs. Nouvelle politique et vieilles idées dépoussiérées, comme si la perversion réelle ou supposée apparue en cours de route n’était pas contenue dans l’objet initial. L’idéalisme est une pensée à œillères …

Pareil révisionnisme historique est aussi à l’œuvre quand M. Macron s’aventure dans une lecture de la Grande Révolution. Faisant resurgir un conflit dichotomique entre Jacobins-Girondins, il le tranche abruptement sans chercher à unifier le pays. Sa tâche n’apparaît que trop : chercher à déconstruire l’histoire révolutionnaire de notre pays et trancher à rebours de ce qu’a été la suite de l’histoire. Il faut dire que la pensée jacobine ayant été le berceau de la recherche de l’articulation entre la souveraineté populaire et la représentativité démocratique, on comprend que M. Macron s’en méfie.

 

Pharaon n’est pas digne des mortels et, à défaut de pouvoir supporter une interview le 14 juillet qui supposerait la contradiction, il préfère déclamer en solo. Chacun-e aura noté que la retransmission télévisée sur la chaîne du service public s’est interrompue sitôt le discours du maître prononcé, faisant fi des commentaires des groupes représentés, ou pour le dire plus simplement, ramenant ceux-ci au rang de faire valoir du monarque. Les apparitions de Pharaon ont ces codes que le Grand-Prêtre organise : au XXIème siècle, c’est Tout-en-Macron.

 

 

 

 

 

 

Tribune:

Les Indiana Jones de gauche, à la recherche de centralités perdues

Cette tribune, parue le 8 mars 2017, est disponible sur le site de Mediapart.

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/080317/les-indiana-jones-de-gauche-la-recherche-de-centralites-perdues

 

Les élections se résument très souvent des questions de centralités politiques. Les actuels appels à l’unité à gauche s’apparentent davantage à une resucée du vote prétendument utile en faveur du candidat socialiste. Ils relèvent de l’incantatoire.  Leur voile ne saurait dissimuler l’enjeu surgissant en filigrane. Partis et candidats se transforment en aventuriers en quête de centralités politiques, à l’égal de nouveaux Indiana Jones à la recherche de l’arche perdue.

La stratégie de Podemos avait consisté, pour reprendre l’expression de Pablo Iglesias, à adopter une position centrale dans le débat public. Pour la gauche, c’est une remise en cause du concept de « latéralisation » organisant l’échiquier politique selon le schéma droite / gauche, permettant par conséquence l’émergence d’un processus alternatif ou complémentaire de « verticalisation » caractérisé par une opposition entre oligarchie et peuple.

La centralité politique de l’ensemble de la gauche appartient depuis plusieurs décennies au parti socialiste, plus précisément depuis que celui-ci l’avait enlevé au parti communiste. Aujourd’hui, les choses ont changé : la gauche au pouvoir est nommée par un nombre croissant de personnes « gôche », signe de sa décrépitude. Le quinquennat Hollande / Ayrault / Valls a disqualifié le parti socialiste, à force de mensonges, reniements et renoncements. Il a indiscutablement perdu cette centralité. Il ne faut cependant pas sous-estimer la capacité de rebond de l’appareil socialiste : la victoire à la primaire de Benoît Hamon a été utilisée comme le plan B pour récupérer cette position centrale. Certes il ne faut pas y voir un plan ourdi à l’avance, mais plus comme une capacité d’adaptation a posteriori aux réalités qui s’imposent à tous : Manuel Valls aurait bien voulu être mordicus celui autour duquel se serait reconstituée cette centralité politique, davantage en vue du prochain congrès socialiste que de la présidentielle…

Dépossédé de la centralité de l’ensemble de la gauche, le parti communiste s’était accommodé de celle de la gauche de gauche ou gauche de contestation. C’était une situation qui lui apportait satisfaction, validée par son histoire et son ancrage territorial. Manuel Valls jugeait les deux gauches irréconciliables : d’une certaine manière il n’avait pas tort puisque ces deux centralités ne se recoupaient pas ou plus sur des bases idéologiques communes. Le caractère propulsif de l’expérience du Front de Gauche en 2012 aurait pu assurer au parti communiste le maintien de cette centralité politique. Mais des alliances à géométrie variable lors des élections locales de 2014/2015 ont mis à bas le drapeau du Front de Gauche et lui ont fait abandonner la position centrale de cet espace de gauche radicale.  Le vote des militants communistes en novembre dernier pour rallier la candidature de Jean-Luc Mélenchon est de nature à y pallier partiellement en faisant quelque peu oublier le vote contraire des cadres du PCF quelques semaines plus tôt.

La gauche s’est élargie au cours des dernières décennies à l’écologie politique. Une formation politique, au-delà de ses métamorphoses et changements de nom, occupait cette centralité politique particulière : Europe Ecologie/ Les Verts (EELV). Succession de zigzags, course impudique aux maroquins ministériels, tambouilles politiciennes pour arracher des circonscriptions sur mesures ont discrédité cette formation. Le ralliement de Yannick Jadot à Benoît Hamon en est le dernier avatar, dont l’issue était courue d’avance.

L’espace de la gauche est orphelin de ces trois centralités politiques traditionnelles désormais évanouies. Les repères commodes ont volé en éclats, en dépit des efforts déployés pour les conserver comme des rentes ad vitam aeternam. La politique, ayant horreur du vide, reste affaire de dynamiques à construire. D’autres centralités politiques ont émergé en conséquence.

Celle issue de l’expérience du Front de Gauche a été reprise par La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. La constance, la cohérence et la clarté du candidat qui avait offert à la gauche radicale un score à deux chiffres aux présidentielles de 2012 ont maintenu l’ambition initiale : renverser la table en indépendance des dérives sociales-libérales. L’écologie politique, avec l’écosocialisme promu par le Parti de Gauche, loin des mirages du capitalisme vert et de l’environnementalisme, est portée désormais par Jean-Luc Mélenchon.

La centralité de l’ensemble de la gauche ne peut résulter que d’un espoir. Cet espoir a été dissous par les trahisons d’un quinquennat inauguré par les mensonges d’une supposée lutte contre la finance et d’une promesse de renégociation des traités européens. Il ne risque pas de s’incarner dans le projet de Benoît Hamon qui doit d’abord donner des gages à ceux qui tiennent l’appareil du parti socialiste afin de les dissuader de glisser vers Emmanuel Macron. Ce ne sont pas non plus les bagages accompagnés, négociant pour les législatives, qui réorienteront la trajectoire : il n’est plus possible de faire oublier l’indéfendable bilan du quinquennat en rééditant le coup du Bourget. L’espoir continue néanmoins à être porté par le programme du candidat de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, intitulé « L’avenir en commun ».

Ces introuvables centralités politiques véritablement dépassées ne sont au final que la modalité ad doc visant à la survivance de l’appareil du parti socialiste et un subterfuge pour sauvegarder des situations acquises. Tous ces Indiana Jones à la recherche d’improbables centralités se trompent. On ne les récupère pas par des carambouilles d’appareil. Cette recherche frénétique équivaut en réalité aux ultimes soubresauts d’un monde politique voulant se raccrocher à des repères rassurants, mais ne correspondant plus à des réalités observables et intelligibles. Les élections présidentielles et législatives des prochains auront à apporter d’indispensables et salutaires clarifications concernant ces centralités politiques. Pour construire du solide, pas maintenir l’illusion d’optique de l’évanescent…

 

Francis DASPE   08 / 03 / 2017

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