2021, l’année de la cloche

2021 commence comme 2020 s’est terminée : avec la vie placée sous cloche. Bien sûr la crise sanitaire sévit indéniablement, avec une augmentation de la mortalité de 9 % en 2020 par rapport aux deux années précédentes, selon l’Insee. Mais depuis mai dernier, la réponse de l’exécutif ne semble pas tant se concentrer sur les aspects sanitaires que sur le fait de séparer les activités de production économique des activités de loisir et de vie sociale comme en atteste le couvre-feu généralisé. Le temps de la vie sociale est artificiellement disjoint du temps de l’organisation sociale, comme si le virus était muni d’une horloge interne. Le travail n’est plus même pensé comme une interaction sociale mais réduit à sa dimension productive. Cette abstraction intellectuelle matérialise la dichotomie de l’être si chère au néolibéralisme qui voudrait réduire les individus au double statut de producteur et de consommateur pour mieux les empêcher d’être citoyens et tout simplement d’être Hommes. Ainsi, les premiers de corvée qui sont bons pour le service de 6 heures à 18 heures deviennent des pestiférés à « l’heure de l’apéro ».  

Cette cloche, c’est aussi le signal d’alarme qui retentit : les erreurs dans la gestion de la crise sanitaire sont le fruit d’une faillite de l’analyse gouvernementale. Depuis un an maintenant, l’exécutif agit par réaction, comme s’il s’agissait d’une situation de court terme, voire d’un phénomène ponctuel : le déconfinement de mai s’est accompagné d’un appel lancé à reprendre une vie quasi normale, les aides économiques perpétuent une politique de l’offre pour tenter de reprendre le cours de la vie d’avant, la stratégie vaccinale vise à protéger quasi exclusivement les plus fragiles dans une logique d’efficacité court-termiste. Or tout montre désormais que cette crise s’inscrit dans la durée, plus encore avec l’apparition de nombreuses mutations d’importance du virus. Le virus est là pour de longs mois encore, dans le meilleur des cas. Là où nos voisins essaient d’éteindre l’incendie en le privant d’oxygène, l’exécutif tente lui de se soustraire à la dimension paradigmatique du virus et aux changements de modèle et de représentation qu’il refuse de voir en s’enferrant dans une gestion au jour le jour qui déclasse la France pour perpétuer le monde d’avant.

Le corollaire de cette crise durable se décline dès lors dans le champ démocratique : les graves erreurs de 2021, sur la vaccination, l’école, l’économie, sont celles de 2020, sur les masques, les tests, le déconfinement…  Et pour cause : non seulement aucun bilan n’a été tiré sur la manière dont a été gérée la crise jusqu’à l’été,  mais le peuple n’a pas voix au chapitre pour arbitrer sur les errements et fautes qui ont été commis. La démocratie délégative, celle qui se réduit à la seule expression électorale, dessaisit dans l’intervalle le peuple d’une souveraineté qui devrait être permanente et inaliénable. Depuis un an, les Français sont des spectateurs passifs empêchés d’être des Citoyens. A l’abri de tout compte à rendre, l’irresponsabilité a beau jeu de présider.

Alors bien sûr, le moment de solder les comptes viendra. La cloche sonne d’ailleurs déjà le dernier tour et lance le sprint final avant l’échéance présidentielle de 2022. Mais à la course de petits chevaux, tout le monde sera perdant. L’heure ne peut être qu’à la reconstruction-refondation par des ruptures ordonnées. La reconstruction du pays, de son espace de constitution des libertés, de son économie, et la refondation de son corps politique pour qu’émane l’intérêt général d’une souveraineté retrouvée. En cas d’échec, 2022 serait l’année Macron, une nouvelle année de la cloche en somme.

François COCQ  

14 / 01 / 2021

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