Sommaire du numéro 178 : Spécial « Géopolitique »
- Edito de Agathe RAENO « Les différents temps de la réflexion géopolitique »page 2
- Texte de Thierry DONGUAT « Terres rares convoitées pour conflits pas rares » page 3
- Fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2026 page 15
Edito: Les différents temps de la réflexion géopolitique
Cette Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée n° 178 est le désormais traditionnel numéro annuel consacré à la géopolitique. La réflexion géopolitique constitue un des fils rouges des travaux de l’AGAUREPS-Prométhée, selon le principe bien établi que bien souvent la géopolitique commande à la politique.
C’est aussi le moment d’approfondir la compréhension de la marche du monde, en dépassant les débats hexagonaux. C’est l’occasion de porter un regard distancié sur l’actualité. Le sujet retenu, celui des terres rares, s’y prêtait volontiers. Nous avions opté pour le temps long de la géopolitique, en essayant d’anticiper sur les évolutions à venir. Le titre le montre clairement : terres rares convoitées pour conflits pas rares.
Le sujet s’inscrivait pleinement dans le contexte global. Celui-ci se caractérise par la prégnance, du moins en surplomb, de la question de la guerre et de la paix. Il serait plus juste de dire davantage de la guerre que de la paix. La guerre redevient centrale dans les relations internationales. Nous vivons dans un contexte de plus en plus anxiogène, avec de multiples franchissements de seuil. Le monde bipolaire de la guerre froide les faisait craindre, mais ils ne se produisirent quasiment jamais en raison, entre autres, de l’équilibre des forces et de la dissuasion nucléaire. Le monde, tout à la fois unipolaire et multipolaire, se forçait à croire et à faire croire qu’ils ne pourraient plus jamais survenir. Le monde actuel est en réalité bien plus instable qu’on ne se l’imaginait.
Le retour au pouvoir de Donald Trump constitue un élément supplémentaire d’incertitude et de déstabilisation. Pourtant, à l’exemple de la question des terres rares, il ne s’agit de que des mêmes sujets constamment renouvelés. Les questions de la puissance, de l’impérialisme, de ressources à contrôler, du colonialisme ou du néo-colonialisme restent l’arrière plan des relations et des tensions diplomatiques. Rien de bien nouveau en fait. Et portant…
Le temps court de la géopolitique a repris le dessus, avec les derniers épisodes du Venezuela et de l’Iran. Chacun dans leur registre, ils sont amenés à bouleverser les réalités géopolitiques. La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, disait Clausewitz. L’idée de bannir l’idée même de guerre que le principe de sécurité collective avait au XX° siècle tenté de faire triompher semble bien désuète. La guerre devient davantage qu’une option parmi d’autres : elle tend à devenir l’instrument préférentiel des puissants.
La dérive est préoccupante. Plus que jamais, il y a urgence à penser la géopoliyique dans ses différentes temporalités. L’AGAUREPS-Prométhée continuera à s’y employer.
Agathe RAENO 08 / 03 / 2026
Terres rares convoitées pour conflits pas rares
Sommaire
I/ Définir les terres rares page 4
● Au nombre de 17…
● à ne pas confondre avec les métaux rares
● Début de la découverte et de l’utilité
● Utilisations diverses
II/ Géographie des terres rares page 7
● Les réserves
● La production
● Le primat de la Chine
III/ Enjeux géopolitiques page 8
● L’OMC et la Chine
● Économies et diversification de l’approvisionnement
● Les Etats-Unis
● Impact environnemental
● La France et la tradition des terres rares
IV/ Géopolitique des conflits page 12
● Au cœur, le conflit Chine / Etats-Unis
● Des excroissances : Ukraine, Groenland, Tibet
● Des excroissances à d’autres minerais proches : le lithium et le coltan
Les terres rares, désignées par l’acronyme REE (pour l’anglais rare-earth element), sont un groupe de métaux aux propriétés voisines. Contrairement à ce que pourrait suggérer leur appellation, ces métaux sont relativement abondants dans la croûte terrestre, au même titre que certains métaux usuels.
Le terme de terres rares provient plutôt de la complexité de leur extraction. Il vient également du fait qu’on les a découvertes à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle dans des minerais (d’où le nom de « terres », utilisé à l’époque en français, langue des échanges internationaux), pour les oxydes réfractaires au feu peu courants à cette époque et à l’exploitation commerciale rendue compliquée par le fait que ces minerais étaient éparpillés et les terres difficiles à séparer les unes des autres : « terres rares » signifiait donc « minerais rares ». Sous forme élémentaire, les terres rares ont un aspect métallique. Elles sont assez tendres, malléables (qui a la propriété de s’aplatir et de s’étendre en lames ou feuilles) et ductiles (qui peut être allongé, étendu, étiré sans se rompre).
Les terres rares font désormais partie des matières premières stratégiques. En raison de leurs usages multiples, souvent dans des domaines de haute technologie revêtant une importante dimension géopolitique, les terres rares font l’objet d’une communication restreinte de la part des États, de sorte que les statistiques macroéconomiques à leur sujet demeurent très lacunaires et imprécises.
I/ Définir les terres rares
Au nombre de 17…
La famille des terres rares est composée de 17 métaux. Elle comprend le scandium, l’yttrium et les quinze lanthanides (lanthane, cérium, praséodyme, néodyme, samarium, prométhium, terbium, europium, dysprosium, gadolinium, erbium, thulium, holmium, lutécium, ytterbium). L’appellation d’une terre rare dérive, selon les cas, du nom de lieu de la découverte, du nom d’un découvreur, de la mythologie ou encore des circonstances de la découverte.
Il existe deux catégories de terres rares: les terres rares lourdes et les terres rares légères. Généralement, la distinction se fait par l’intermédiaire du nombre atomique: plus le nombre est élevé et plus l’élément sera lourd. Les terres rares légères[1] sont produites en quantités supérieures car elles sont plus abondantes dans les gisements. À l’inverse, les terres rares lourdes[2] sont plus complexes et plus coûteuses à extraire. Elles sont utilisées dans des produits technologiques à plus forte valeur ajoutée. Leurs propriétés font de ces minerais des éléments critiques pour nos sociétés, en particulier ceux qui améliorent les performances des aimants.
… à ne pas confondre avec les métaux rares
Les terres rares diffèrent d’autres métaux, dits stratégiques, pouvant être appelés rares, mais qui ressortent à d’autres catégories. Elles sont pourtant parfois confondues avec ces derniers.
Les métaux rares ou peu abondants, les plus nombreux, sont ceux compris entre 1 et 1000 ppm[3] (plomb, cuivre, zinc, nickel, cobalt, molybdène, tungstène, etc.). Il n’y a pas non plus de classification universelle pour parler des métaux rares. On ne peut pas établir une liste exhaustive de ces minerais, tout dépendant des facteurs de rareté pris en considération: la quantité de métal disponible dans la croûte terrestre, le niveau de demande, les usages industriels ou encore le potentiel de recyclabilité.
Les métaux rares sont au nombre de 21 (Cobalt, Germanium, Béryllium, Bismuth, Borate, Baryte, Charbon à coke, Spath fluor, Gallium, Silicium métal, Platine, Magnésium, Indium, Graphite naturel, Niobium, Tantale, Tungstène, Antimoine, Palladium, Rhodium, Vanadium). Les terres rares font partie des métaux rares, en constituant la 22°catégorie.
Ces métaux stratégiques sont les éléments de bases de l’industrie moderne. À la différence des métaux comme l’acier ou l’aluminium, ils sont inégalement répartis à la surface du globe et donc potentiellement soumis à des risques d’approvisionnement.
Début de la découverte et de l’utilité
L’aventure débute en 1787, lorsqu’un minéralogiste amateur suédois, lieutenant d’artillerie de son état, Carl Axel Arrhenius, visite les carrières de feldspath d’Ytterby. Il y découvre un minéral noir qu’il nomme « ytterbite » : un nouvel oxyde est alors identifié qui prendra le nom d’yttria et yttrium. En 1803, le cérium est identifié indépendamment en Allemagne et en Suède.
Par la suite, les autres terres rares seront découvertes jusqu’au début du XX° siècle. Il faut attendre le projet Manhattan[4], dans les années 1940, pour que les terres rares soient purifiées à un niveau industriel. En effet, les terres rares sont difficiles à extraire et doivent attendre le projet Manhattan pour être produites en grande quantité, le chimiste canadien Frank Spedding mettant au point des techniques de séparation par échange d’ions sur résines qui permettent d’obtenir des terres rares à l’état pur.
A partir des années 1970, l’yttrium trouve une application de masse dans la fabrication de luminophores des tubes cathodiques utilisés dans la télévision couleur.
Utilisations diverses
Les terres rares possèdent de multiples usages, ce qui leur octroie une fonction de plus en plus stratégique. Nombre de ces éléments possèdent des propriétés uniques qui les rendent utiles dans de nombreuses applications. Ces minerais ont des propriétés exceptionnelles. Depuis les années 1970, leur utilisation est très répandue dans l’industrie, jusqu’à être devenue indispensable dans certains domaines
Elles sont omniprésentes dans l’industrie de pointe et les nouvelles technologies. On les retrouve dans la fabrication des composants électroniques, dans les ordinateurs et les smartphones mais aussi dans les batteries de véhicules électriques, pour citer quelques exemples. Ils sont indispensables dans l’aéronautique militaire, la construction spatiale et le nucléaire. L’informatique, la chimie, les raffineries, la fabrication d’aciers ne peuvent pas s’en passer.
Les terres rares scandent également notre vie quotidienne : l’électroménager, l’éclairage, la téléphonie, les filtres micro-onde, les bougies d’allumage, les batteries nickel-métal, les écrans etc. Elles jouent un rôle de premier plan dans la médecine et la santé (verres, ophtalmologie, dentisterie, traitement du cancer, radiothérapie, sondes biologiques, agent de contraste en IRM, radiographie médicale etc.).
Ces terres rares font enfin partie intégrante de la nouvelle révolution industrielle liée aux énergies vertes. En effet, elles entrent aussi dans la composition des super-aimants présents dans les turbines des éoliennes et dans les panneaux photovoltaïques, la miniaturisation d’aimants très performants, utilisés dans certaines éoliennes en mer, le stockage de l’hydrogène, le craquage des hydrocarbures etc.
II/ Géographie des terres rares
Une géographie des terres rares d’un point de vue géopolitique passe par un distinguo entre réserves et productions. Les deux catégories peuvent ne pas se recouper totalement, ce qui modifie les perspectives. Les réserves de terres rares ne sont pas forcément toutes bien recensées, quand elles ne sont pas à dessein dissimulées pour partie. Elles sont en outre réparties très inégalement à la surface de la Terre, le plus souvent en deçà des concentrations rendant leur exploitation minière économiquement viable.
Les réserves
Les réserves mondiales en oxydes de terres rares étaient estimées par l’Institut d’études géologiques des États-Unis à 120 millions de tonnes en 2021, détenues à 37 % par la Chine, devant le Brésil (18 %), le Viêt-Nam (18 %), la Russie (10 %), l’Inde (6 %), l’Australie (2,8 %), les États-Unis (1,2 %). Mais la Chine estime détenir seulement 30 % des réserves mondiales de terres rares, bien qu’elle fournisse 90 % des besoins de l’industrie.
Les réserves de terres rares sont donc difficiles à évaluer. En juillet 2011, des scientifiques japonais ont annoncé avoir trouvé une nouvelle réserve de terres rares dans les eaux internationales du Pacifique (à 1 850 kilomètres au sud-est de Tokyo), qui pourrait élever significativement le niveau de réserves connues. Ces nouvelles réserves seraient réparties sur 78 sites à des profondeurs de 3 500 à 6 000 mètres. L’Algérie renfermerait dans son sous-sol 20 % des réserves mondiales de terres rares. La société minière publique suédoise LKAB révèle l’identification d’un gisement de terres rares de plus d’un million de tonnes au nord de la Suède, le plus grand en Europe.
La production
La production mondiale d’oxydes de terres rares s’élevait à 280 000 tonnes en 2021, dont 168 000 tonnes en Chine, soit 60 % du total mondial ; les États-Unis, deuxième producteur, en ont extrait 43 000 tonnes (15 %), la Birmanie 26 000 t (9 %), l’Australie 22 000 t (8 %),la Thaïlande 8 000 t (3 %), Madagascar 3 200 t (1,1 %), l’Inde 2 900 t (1,0 %), la Russie 2 700 t (1,0 %).
Jusqu’en 1948, la plupart des sources de terres rares provenait de dépôts de sable en Inde et au Brésil. Durant les années 1950, l’Afrique du Sud est devenue le principal producteur après la découverte d’immenses veines de terres rares à Steenkampskraal.
Depuis le début des années 2000, les mines indiennes et brésiliennes produisent toujours quelques concentrés de terres rares. Mais elles ont été très nettement surpassées par la production chinoise. Les États-Unis et l’Australie, qui disposent de réserves importantes, avaient cessé de les exploiter en raison des prix très concurrentiels de la Chine et des inquiétudes environnementales. Car du fait des conséquences sur l’environnement de l’extraction et du raffinage des terres rares, la plupart des exploitations ont été fermées dans les pays développés.
Le primat de la Chine
La Chine dispose de 37 % des réserves mondiales et en produit 70%, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Les autres pays sont loin derrière. On peut bien parler de primat de la Chine en la matière. Pour asseoir son contrôle sur ces minéraux stratégiques, la Chine met en œuvre une politique industrielle de long terme. Les trois géants industriels chinois des terres rares sont China Northern Rare Earth, China Minmetals et China Rare Earth. Elle s’emploie également à bousculer le grand jeu géopolitique mondial.
Pour cela, la Chine s’appuie sur le gisement exceptionnel de Bayan Obo (en Mongolie intérieure), qui compte pour environ 45 % de la production mondiale. Toute la gamme des terres rares y est extraite. L’autre pilier de sa puissance réside dans la base industrielle, technologique et scientifique de la ville de Baotou, la « capitale chinoise des terres rares ». On trouve aussi des terres rares sur le plateau tibétain. De plus, des mines illégales sont répandues dans la campagne chinoise, souvent liées à des pollutions des eaux environnantes. La Chine représente 80 % des importations vers les États-Unis.
Si la Chine produit 70% des terres rares, elle en purifie encore près de 90 % de la production. C’est ainsi qu’un consortium MP Materials emmené par le groupe chinois Shenghe (participation minoritaire sans droit de vote pour ce dernier) a mis la main en 2017 sur la mine de Mountain Pass, dans le désert californien, le seul grand gisement américain de terres rares, après la faillite de l’exploitant américain Molycorp. La mine de Mountain Pass a été rouverte. Ces terres, à la concentration exceptionnellement élevée de 7 à 8 % (quand elle ne dépasse pas les 2 % en Chine), contiennent notamment du néodyme et du praséodyme, indispensables dans la confection des aimants permanents présents dans certains alternateurs et moteurs électriques. La mine a produit plus de 15 % de la production mondiale. La séparation des métaux est réalisée en Chine. Mais la relocalisation de la purification aux Etats-Unis est en cours, quand bien même Shenghe, une entreprise chinoise contrôlée en partie par l’État, détient toujours un peu moins de 10 % du capital.
III/ Enjeux géopolitiques
La Chine s’octroie 90% du raffinage des terres rares extraites dans le monde, sans se préoccuper des impacts environnementaux. Dès les années 2010, des inflexions sont apparues dans la politique chinoise. Elles visaient à restreindre les exportations par une règlementation contraignante, faire grimper les prix, interdire même la vente à l’étranger de certains métaux nécessaires à la construction des réacteurs nucléaires ou des fuselages d’avions militaires américains les plus sophistiqués. La guerre des tarifs douaniers décidée par Donald Trump constitue une donnée géopolitique d’importance de nature à impacter ce secteur tellement sensible.
L’OMC et Chine
La prépondérance de la Chine inquiète les pays occidentaux. Ils cherchent à diversifier leur approvisionnement, et ce d’autant plus que la Chine avait annoncé en septembre 2009 vouloir réduire ses quotas d’exportation à 35 000 tonnes par an (sur une production de 110 000 tonnes) dès 2010. L’argumentation justifiant cette décision portait sur la volonté de préserver des ressources rares et l’environnement. En effet, le ministère chinois du Commerce avait affirmé que les réserves de terres rares du pays avaient chuté de 37 % entre 1996 et 2003 (d’où sa tendance maintenue à minimiser publiquement les ressources à 30% désormais). Mais ces mesures visent surtout à satisfaire sa demande interne, en forte croissance. La Chine a à la fois réduit ses quotas d’exportation de 5 % à 10 % selon les années, et limité la production pour que ses réserves ne s’épuisent pas trop rapidement.
Mais, après des plaintes déposées par l’Union européenne, les États-Unis, le Japon et le Mexique en 2009 et en 2012, l’OMC (Organisation mondiale du commerce) a condamné la Chine à mettre un terme aux quotas imposés pour les terres rares. Cette dernière a mis fin début 2015 aux quotas à l’exportation qu’elle avait décidés sur les terres rares ; ces quotas sont remplacés par un régime de licences nécessaires aux producteurs chinois pour vendre à l’étranger.
Les autorités chinoises avaient fait savoir par ailleurs que le pays ne souhaitait plus assumer le coût écologique lié à la production très polluante de l’immense majorité des terres rares du monde. En mai 2019, en pleine escalade du conflit commercial sino-américain, la Chine menaçait de couper l’approvisionnement des États-Unis en terres rares, une ressource cruciale pour de nombreuses industries.
Économies et diversification de l’approvisionnement
La flambée des prix des terres rares et le quasi-monopole chinois ont conduit plusieurs pays à relancer l’exploration. Dès 2011, plus de 312 projets d’exploration de gisements de terres rares étaient recensés sur la planète, impliquant plus de 202 sociétés de tailles très diverses dans pas moins de 34 pays. Au début 2015, seuls deux gisements sont exploités en dehors de Chine, l’un à l’ouest de l’Australie, Mount Weld, l’autre, Mountain Pass, en Californie. Une cinquantaine de projets sont en cours de développement, dont la moitié bien avancés, en particulier au Canada (Hoidas Lake), en Australie et au Groenland[5] (à Kvanefjeld). La réouverture de la mine sud-africaine est à l’étude. Certains gisements vietnamiens et russes sont aussi en cours d’évaluation. La société australienne Lynas a ouvert une mine en Malaisie, une des plus importantes de terres rares hors de Chine. Le projet de Norra Kärr en Suède, l’un des rares en Europe, est très attendu par le marché européen, car il peut produire en quantité du dysprosium, terre rare devenue de plus en plus difficile à obtenir pour les industriels.
Cette flambée des prix a aussi conduit les pays consommateurs à mettre en place un meilleur recyclage des produits manufacturés. Le Japon mise ainsi fortement sur la récupération des terres rares pour alimenter son industrie nationale. Le recyclage des terres rares (très complexe dans le cas des alliages) a souvent un coût supérieur à leur valeur. Le prix des métaux rares recyclés pourrait être compétitif si les cours des matières premières étaient eux-mêmes élevés, mais depuis plusieurs années ils sont bas. Dans l’ensemble, le recyclage des terres rares est encore peu développé à cause de plusieurs facteurs, dont la faible quantité présente dans les objets, leur impureté dans certains cas, des procédés de recyclage trop coûteux par rapport à l’achat de terres rares extraites du sol. L’amélioration de leur recyclage pourrait contribuer à résoudre les problèmes économiques, environnementaux et géopolitiques que posent leur extraction et leur utilisation.
Le réveil des Etats-Unis
Depuis Donald Trump, l’administration tente de recréer une filière industrielle sur le sol américain, au nom de la souveraineté nationale. Le Pentagone distribue ainsi des financements afin de recréer une filière intégrée des terres rares, dont l’un des bénéficiaires est MP Materials, qui exploite la mine de Mountain Pass en Californie (en co-entreprise avec General Motors et avec le chinois Shenghe).
Ils doivent fabriquer des aimants au néodyme au Texas, environ un millier de tonnes par an, de quoi équiper un demi-million de moteurs électriques. La société USA Rare Earth compte ouvrir la deuxième usine américaine d’aimants à Stillwater, dans l’Oklahoma. USA Rare Earth a levé des fonds pour acquérir 80 % d’un projet minier dans le Texas : Round Top, qui recèle des terres rares « lourdes » (terbium, dysprosium). L’extraction va commencer fin 2025, début 2026[6].
Le gouvernement américain a réuni en 2022 plusieurs pays amis dans un Partenariat de sécurité des minéraux (MSP), dont font partie la France, la Corée du sud, l’Australie, l’Union européenne. Un accord commercial sur les minéraux critiques a été signé en mars 2023 avec le Japon.
En juin 2024, la société américaine Critical Metals annonce avoir déboursé 211 millions de dollars pour acquérir 92,5 % du projet d’extraction de terres rares Tanbreez, au Groenland. Il s’agit de l’un des plus vastes gisements au monde et le projet a déjà reçu des autorités locales les permis nécessaires pour exploiter le sous-sol. Les États-Unis ont déjà porté leur part de marché dans la production d’oxydes de terres rares de 0 à plus de 15 % depuis la réouverture en 2018 de la mine de Mountain Pass, en Californie, avec l’aide du ministère de la Défense. Ils dépendent encore de la Chine pour le raffinage, surtout pour les terres rares « lourdes », les plus recherchées par l’industrie de l’armement. C’est pourquoi le Pentagone a passé en 2022 un contrat de 120 millions de dollars avec l’australien Lynas pour construire une usine de terres rares « lourdes » au Texas.
Impact environnemental
L’extraction pose des problèmes environnementaux importants. L’extraction et le raffinage des terres rares requièrent de nombreux solvants et acides forts, ainsi que de grandes quantités d’eau et d’énergie, car ils s’effectuent le plus souvent à haute température. Tous ces procédés entraînent le rejet de nombreux éléments toxiques.
L’impact de l’exploitation des terres rares sur l’environnement a des conséquences sociales majeures en Chine. Le gouvernement essaye de mieux rentabiliser son monopole pour en équilibrer les effets néfastes et pour mettre en place les processus coûteux permettant de réduire l’impact environnemental. Pékin instaure des quotas sévères pour réduire ses exportations, ce qui lui pose des problèmes avec l’OMC.
Officiellement, en Chine, les bénéfices financiers liés à l’exploitation des terres rares ne couvrent pas le coût du désastre écologique : les treize entreprises cotées du secteur, dont l’aciérie de Baotou, ont affiché en tout un bénéfice de 6,075 milliards de yuans en 2011, soit une multiplication par plus de deux du bénéfice de 2010 (2,438 milliards de yuans). Mais cela reste incomparable avec le coût nécessaire pour couvrir le traitement de la pollution sectorielle. Selon la Société chinoise des terres rares, la production d’une tonne de terres rares à Bayan Obo s’accompagne du rejet de grandes quantités de gaz contenant de l’acide sulfurique, de l’acide fluorhydrique et du dioxyde de soufre, d’eau acide et d’une tonne de déchets radioactifs. Les terres rares ne sont pas des minerais radioactifs en eux-mêmes. Mais l’activité qui consiste à les séparer d’autres minerais radioactifs (thorium, uranium) auxquels ils sont associés dans la croûte terrestre produit des déchets radioactifs.
À Baotou, plus grand site chinois de production, les effluents toxiques sont stockés dans un lac artificiel de 10 km2 dont les trop-pleins sont rejetés dans le fleuve Jaune, l’équivalent de dix mille piscines olympiques contenant 149 millions de tonnes de déchets faiblement radioactifs. Les échantillons de sol prélevés près des décharges contiennent par exemple 36 fois la quantité normale de thorium. La pollution radioactive mesurée dans les villages de Mongolie-Intérieure proches de Baotou est de 32 fois la normale (à Tchernobyl, elle est de 14 fois la normale). En conséquence, le bétail autour des sites d’extraction meurt, les récoltes chutent et la population est atteinte de cancers. D’après la carte des « villages du cancer » en Chine, la mortalité par cancer y est de 70 %. Il s’agit de cancers du pancréas, du poumon et de leucémies.
La France et la tradition des terres rares
Les techniques de séparation par cristallisation fractionnée sont développées par des français, Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran et Georges Urbain, au début du XXe siècle. La chimie des terres rares est alors devenue une tradition française : au niveau de la recherche, un laboratoire des terres rares est fondé par Urbain dans les années 1930 à l’École nationale supérieure de chimie de Paris et repris par deux de ses anciens élèves, Paul Job et Félix Trombe. Un deuxième laboratoire à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, est repris et dirigé par un de ses élèves Georges Champetier. Au niveau industriel, l’usine de La Rochelle du groupe Rhodia fut la plus grande usine de séparation des terres rares.
La Société des produits chimiques des terres rares est fondée en 1919 par Georges Urbain avec le soutien financier du groupe Worms ; elle installe une usine de traitement de monazite à Serquigny, en Normandie. Cette usine est détruite par les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1948, la Société des terres rares installe un établissement à La Rochelle qui devient ensuite l’usine Rhodia-Terres rares (appartenant à Rhône-Poulenc). Jusqu’aux années 1990, Rhône-Poulenc / Rhodia purifiait la moitié des terres rares produites dans le monde. Il a ensuite délocalisé en Chine les processus de purification les plus polluants, alors réalisés près de La Rochelle.
En 2012, des quotas chinois à l’exportation de terres rares menacent la fourniture d’industries de haute technologie en Europe ou en Amérique. Pour cela, Rhodia (le groupe belge Solvay venait de lancer une OPA amicale) a ouvert une unité de récupération de poudre blanche de lampes à Saint-Fons (région lyonnaise), ainsi qu’une unité de récupération/retraitement à La Rochelle. Les deux sites ont été fermés fin 2016 pour manque de rentabilité. Un pôle de compétitivité, TEAM2 (Technologies de l’Environnement Appliquées aux Matières et aux Matériaux) basé dans le Pas-de-Calais, se spécialise dans le recyclage de ces terres rares.
Le 17 mars 2025, à Lacq, près de Pau, sur un ancien site gazier de Total, était posée la première pierre d’une entreprise de recyclage et de raffinage des terres rares[7]. La future usine franco-japonaise devrait assurer près de 15% de la production mondiale de terres rares dès janvier 2027 (notons que les projections sont en de telles circonstances portées par l’enthousiasme très souvent exagérément optimistes). Il s’agira d’opérations de production (extraire, traiter, séparer, purifier) qui nécessitent beaucoup d’électricité, d’eau et de produits chimiques. Les risques de pollutions sont importants et les dommages environnementaux lourds. C’est pour cela, en partie seulement, que les Etats-Unis et l’Europe avaient fait le choix dans les années 1990 de laisser partir leurs productions vers la Chine. Nous avons vu que la filiale de Rhône-Poulenc, Rhodia, installée à La Rochelle, raffinait la moitié des terres rares extraites dans le monde.
IV/ Géopolitique des conflits
Par le passé, les futures guerres pouvaient être déterminées par la volonté de contrôler des ressources stratégiques comme le charbon, les minerais de fer, le pétrole ou l’uranium. Certains, avec pertinence, eurent la présence d’esprit d’ajouter les conflits d’usage et d’intérêts autour de l’appropriation de l’eau, ressource de plus en plus rare, de moins en moins abondante, plus que jamais convoitée.
Il convient, sans aucun doute, d’intégrer désormais les terres rares pour dessiner une nouvelle géopolitique des conflits et des guerres, en cours et, encore plus, à venir. Quelques exemples bien choisis, sans prétendre à une quelconque exhaustivité forcément vouée à l’échec, permettront d’en avoir un aperçu significatif.
Au cœur, le conflit Chine / Etats-Unis
La lutte pour la domination mondiale oppose déjà les Etats-Unis, seule hyper-puissance planétaire depuis la fin de la guerre froide, à la Chine, puissance en émergence fulgurante. Dans cette concurrence de plus en plus exacerbée, la question des terres rares prend une importance accrue. Le début de la filière chinoise des terres rares remonte au début des années 1980, en appoint de la stratégie d’ouverture au monde décidée quelques années après la mort de Mao. Deng Xiaoping n’avait-il pas résumé la situation de la sorte : « Le Moyen-Orient a le pétrole, au XXI° siècle la Chine aura les terres rares » ?
Les Etats-Unis éprouvent un besoin urgent et massif de terres rares. La Chine en possède en quantité et en produit en proportion, disposant de la sorte d’un moyen de pression potentiel. La Chine a élaboré une stratégie de long terme, articulant levier d’influence et préservation de la ressource. C’est dans cette optique qu’elle a à partir des années 2010 commencé à limiter ses exportations de terres rares. L’OMC a demandé aux autorités chinoises de mettre fin à ces restrictions commerciales.
Elles ont défini d’autres modes opératoires pour parvenir aux mêmes objectifs. Les terres rares font l’objet de contrôle à l’exportation. Les produits ou technologies contenant plus de 0,1% de ces terres rares ne pourront plus être exportés librement. Une licence délivrée par Pékin sera obligatoire. Les clients liés au secteur de la défense en seront automatiquement exclus. Cette règle s’appliquera de manière extraterritoriale à des biens déjà hors de Chine. Par exemple, si la France veut vendre à un pays européen un avion contenant plus de 0,1% de ces éléments de terres rares, il devra demander une licence d’exportation au ministère du commerce chinois.
Cette disposition témoigne d’un franchissement de seuil de la puissance chinoise. Le principe de l’extraterritorialité était jusqu’alors l’apanage des Etats-Unis. Pékin s’octroie désormais un droit de regard sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce que seuls les Etats-Unis se permettaient de faire dans le secteur militaire. Ce privilège d’extra-territorialité s’explique par plusieurs chiffres que nous avons eus l’occasion de citer. La Chine réalise 60% de l’extraction mondiale des terres rares et 90% de leur raffinage. 70% des terres rares consommées aux Etats-Unis arrivent de Chine. 100% de l’yttrium utilisé dans l’armement américain est importé, dont 93% depuis la Chine.
Chacun des deux utilise en quelque sorte ses avantages comparatifs. Jusqu’alors, les Etats-Unis interdisaient à la Chine l’accès aux semi-conducteurs de dernière génération (dont la majorité est fabriqué à Taïwan, ce qui renforce la volonté quasi compulsive de la Chine communiste d’annexer la Chine anciennement nationaliste de l’île de Taïwan). Pékin rétorque avec des contrôles sur ses exportations de métaux, rompant un tabou en appliquant une extraterritorialité aux sanctions. Les licences sont accordées au compte-gouttes par le gouvernement chinois, ce qui ne permet pas pour les Etats ou les entreprises de l’étranger de constituer des stocks. Les conséquences peuvent être concrètes : c’est ainsi que la lenteur de la bureaucratie chinoise a obligé Ford à fermer temporairement son usine de Chicago.
Pour contourner la difficulté, les Etats-Unis tentent de réagir de deux manières. Ils investissement pour réactiver des mines sur le territoire américain pour en extraire des terres rares. Ils essaient en complément de relocaliser l’activité de traitement final. De manière générale, la question des terres rares s’inscrit dans la rivalité commerciale sino-américaine au long cours. Le 28 octobre 2025, les Etats-Unis ont ainsi déclaré que la Chine reportera d’un an le durcissement prévu des contrôles à l’exportation des terres rares. En échange, les droits de douane de 100% sur les produits chinois sont écartés.
Des excroissances : Ukraine, Groenland, Tibet
Un autre levier est de plus en plus utilisé, dans une logique davantage impérialiste dirions-nous pour rester dans l’euphémisme. Il s’agit de contrôler la production de terres rares à l’étranger, peu importent la forme et les moyens utilisés, du partenariat économique à l’annexion pure et simple. C’est la visée exprimée par Donald Trump de façon plus ou moins directe.
Une des raisons de la spectaculaire humiliation infligée par Donald Trump devant les caméras du monde entier à l’encontre du président ukrainien Volodymir Zelinsky à la Maison Blanche a trait à la question des terres rares (entre autres). En contrepartie de l’aide militaire accordée à l’Ukraine, le président Trump exigeait des compensations. Il voulait un accord permettant, pour faire bref mais juste, aux Etats-Unis de mettre la main sur ces minerais stratégiques tant convoités dont le sous-sol de l’Ukraine regorge. Le refus initial du président Zelinsky l’avait mis en fureur, c’est le moins que l’on puisse dire. Le début de raccommodement entre les deux s’explique par une plus grande compréhension sur le sujet de l’Ukraine. Des terres rares en guise d’indemnisation pour la fourniture d’armes, voilà les termes du marché à conclure pour Donald Trump.
Les velléités publiquement affichées par Donald Trump d’annexion du Groenland s’inscrivent, pour partie là aussi, dans une logique identique. Le contrôle de routes maritimes, dont l’acuité sera accentuée à moyen terme par les effets du réchauffement climatique, et la position stratégique de cette énorme masse continentale en faisant une pièce maîtresse pour un projet militaire de « Dôme d’or » ne sont pas les seules motivations nord-américaines. Le Groenland recèle en son sous-sol des gisements de terres rares. En effet, il recèle 23 des 34 matières premières critiques identifiées par l’Union Européenne. C’est le cas de minerais clés pour la transition énergétique. Si ces ressources sont limitées, elles restent cependant assez largement inexploitées. D’où les tentations de certains. Les Etats-Unis se lancent dans une nouvelle ruée vers les terres rares de la planète, le cas échéant au mépris de la souveraineté sur le Groenland du Danemark, pourtant pays allié au sein de l’OTAN.
De manière symétrique, l’attitude de la Chine à l’égard du Tibet est complexifiée par la question des inévitables terres rares. En plus d’être le château d’eau de la Chine et d’autres raisons plus politico-historiques ou militaires, le Tibet possède des terres rares. Il n’en était pas besoin, mais voici une raison supplémentaire qui confirme que la Chine n’abandonnera pas le Tibet de sa propre volonté, depuis son annexion en 1959.
Des excroissances à d’autres minerais proches : le lithium et le coltan
D’autres minerais, tout autant rares, également proches des terres rares, possèdent une importance semblable dans les domaines industriels et militaires. Ils suscitent des conflits peu ou prou identiques. C’est le cas du lithium en Bolivie et du coltan en République démocratique du Congo. Les deux exemples dévoilent l’étendue des enjeux portés par les conflits liés à l’accès, au contrôle et à l’exploitation des ressources.
Le lithium en Bolivie est en effet l’objet de nombreuses luttes politiques et sociales. Le petit pays possède l’une des plus grandes ressources en lithium. C’est un métal précieux, notamment pour la fabrication des batteries. L’ancien président Evo Morales, premier président indigène du pays, en avait fait un symbole de fierté et de souveraineté nationale. C’est que le débat oppose, classiquement, ceux qui veulent l’ouverture de la ressource aux multinationales et ceux qui refusent de céder le lithium aux étrangers. Les peuples indigènes sont mécontents que les bénéfices du lithium ne leur soient pas destinataires. Malgré les sommes investies, la Bolivie reste à la traîne de ses voisins du « triangle du lithium », Argentine et Chili, qui produisent beaucoup plus. L’entreprise publique YLB (Yacimientos de Litio Bolivianos) manque de technologie et de moyens.
L’autre débat concerne la place de l’extractivisme, ou exploitation massive de ressources naturelles, dans l’avenir et le développement du pays. Là aussi, le clivage a été joué mille fois ailleurs. Certains ne voient que des vertus à l’extractivisme. D’autres craignent les conséquences nocives en matière d’impact environnemental. Les faits donnent des arguments à ces derniers. La végétation verdoyante a laissé la place à des étendues désertiques.
Partage plus équitable des profits et protection plus forte de l’écosystème constituent les deux pierres d’achoppement. La croissance de l’économie bolivienne a reposé longtemps sur l’exportation de ses ressources naturelles, notamment le gaz. Mais aujourd’hui l’extractivisme est de plus en plus perçu comme un « mauvais business », avec peu de bénéfices et beaucoup de dégâts.
Les rivalités autour de l’exploitation du coltan apportent force désagréments à la République démocratique du Congo (RDC), c’est-à-dire à l’ancien Zaïre. Plus particulièrement les provinces orientales du Kivu qui sont un véritable un « scandale géologique ». Elles regorgent de tungstène, d’or, de lithium, de diamants, de tantale, et surtout, de coltan. Ce dernier est indispensable pour la production des smartphones et des systèmes de guidage des missiles. La mine de Rubaya, dans le nord Kivu, produit 15% du coltan mondial.
Le coltan s’insère dans le cortège d’affrontements armés persistants de la région. Le soi-disant accord de paix conclu par l’entremise de Donald Trump n’a guère changé les données : les combats continuent de manière endémique. Le conflit oppose en fin de compte le Rwanda et la République démocratique du Congo par l’intermédiaire de milices armées. Le M 23 est le bras armé du Rwanda au Kivu. Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) sont un regroupement de réfugiés hutus rwandais en RDC, soutenu par la RDC, dont le but est de reprendre le pouvoir au Rwanda perdu après le génocide de 1994. La mine de Rubaya est désormais sous contrôle du M 23. Une administration parallèle a été mise en place pour assurer le transport et le commerce du minerai vers le Rwanda, au grand désappointement du Congo s’estimant spolié de ses richesses. Il semble avéré qu’une partie du coltan est ensuite expédié vers les Etats-Unis… Pendant ce temps, 28 millions de personnes se retrouvent en état d’insécurité alimentaire.
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Les terres rares sont bien devenues un enjeu majeur des rivalités et des concurrences géopolitiques de la planète. Les conflits qu’elles occasionnent, et vont continuer immanquablement à engendrer, ne sont, et ne seront, pas rares. Les terres rares sont en capacité de dessiner une géographie des conflits présents et futurs. Elles constituent clairement un enjeu pour la stabilité du monde actuel, profondément tourmenté et en proie à de multiples tensions liées à des résurgences impérialistes pour le moins belliqueuses et bellicistes.
Thierry DONGUAT
Janvier 2026
[1] Les terres rares légères : Praséodyme, Néodyme, Prométhium, Samarium, Cérium, Scandium, Lanthane.
[2] Les terres rares lourdes : Europium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Holmium, Erbium, Thulium, Ytterbium, Lutécium, Yttrium.
[3] Partie par million (ppm), terme beaucoup utilisé en sciences. Cela signifie la fraction valant pour un millionième. Les métaux abondants sont ceux à plus de 1000 ppm (0,1%) : silicium, calcium, sodium, magnésium, potassium, fer, aluminium, titane etc.
[4] Il s’agit du projet de recherche du gouvernement américain dont l’objectif était de produire une bombe atomique au cours de la Seconde Guerre mondiale.
[5] D’où les appétits de Donald Trump…
[6] A Vérifier, l’actualité allant très vite, même si la réalisation des projets ne suit pas toujours le rythme de leurs annonces…
[7] Le Canard enchaîné, 7 mai 2025
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