A Prades, les Cogitations estivales prométhéennes de La France Insoumise planchent sur l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes

La France Insoumise organise, en partenariat avec l’AGAUREPS-Prométhée, vendredi 18 septembre 2026 à Prades, un prolongement de la 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes ». Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Elle se déroulera à la salle Lousa (plaine Saint-Martin), à partir de 19 heures. La conférence / débat, intitulée « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg », sera animée par Francis DASPE, Président de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de La France Insoumise.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Vendredi 18 septembre 2026, Prades, salle Lousa, plaine Saint-Martin, 19 heures.

Francis DASPE, président de l’AGAUREPS-Prométhée

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 180 SEPTEMBRE / OCTOBRE 2026

Sommaire du numéro 180 : Spécial « Rentrée politique »

  • Edito de Françoise BOSMAN « Du contrat social »page 2
  • Texte d’analyse de Thierry DONGUAT et Francis DASPE « Présidentielle 2027 : décantations et cristallisations en vue » page 4
  • Fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2026 page 14

Editorial: Du contrat social

Notre pays a une très longue pratique de son organisation sociale. Jean-Jacques Rousseau, en 1762, en détaille également la théorie, annonçant les idées directrices des révolutions et mouvements qui vont suivre : 1789, 1830, 1848, 1870, 1920, 1936, 1945, 1968, 1986, 2018. A partir de la souveraineté populaire et de la volonté générale, les idéaux de liberté-égalité-fraternité sont toujours la ligne directrice aujourd’hui de l’action politique progressiste. Et ce ne sont certainement pas les métamorphoses et les convulsions des classes possédantes actuelles qui modifieront cette réalité républicaine puissante, au fondement même de notre Nation démocratique.

Certes, des intérêts privés puissants, en pleine mutation pour garantir leur champ d’action de prédateurs, s’emploient à élargir leurs marges de manœuvre pour augmenter leurs profits privés, leur prédominance intellectuelle, leur emprise économique, leurs propriétés individuelles, leurs places politiques. Après avoir disposé des richesses naturelles du pays et des biens manufacturés par le salariat, après avoir « fait suer le burnous » des populations colonisées, après avoir fait main-basse sur les nouvelles technologies et leurs modes d’organisation, après avoir perverti les résultats de votes démocratiques (le Non à la constitution européenne par exemple), les possédants n’ont certainement plus les mains libres aujourd’hui et manquent d’air et d’espace pour poursuivre leur trajectoire prédatrice d’accumulation des profits privés : le vivant impose partout ses limites aux saccages des êtres et de la nature, les mouvements de lutte et de résistance se multiplient, les consciences se rebellent contre les souffrances et les exactions de toutes sortes.

En opposition, il existe un outil précieux que le mouvement insoumis a investi constammentdepuis safondation : la démocratie dans toutes ses exigences de « souveraineté populaire et de volonté générale » (J. J. Rousseau). Nous devons poursuivre la bataille de conviction sur notre programme dont nous savons que tous les puissants l’ont sur leurs bureaux, continuer à investir tous les champs démocratiques que sont les lieux d’éducation, de travail, de sport, de culture, de loisirs, d’assemblées et de forums : en un mot, nous montrer et expliquer comment nous rendrons à nouveau notre pays  juste et progressiste. Nous avons un programme détaillé fédérateur de rupture et les équipes prêtes à le mener à bien. C’est pourquoi les compétitions partisanes à gauche dénommées « primaires » ont été rendues manifestement inutiles dans cette dernière période.

Il est essentiel, malgré les médias de toutes sortes qui pratiquent la désinformation permanente planifiée, de saisir tous les rendez-vous électoraux – comme nous venons de le faire lors des élections municipales – et particulièrement celui de l’élection présidentielle à venir. Pourquoi ce rendez-vous est-il primordial ? Parce que toutes les forces réactionnaires et rétrogrades ont besoin pour maintenir leur puissance et la faire croître, de mettre maintenant directement les Etats en coupe réglée sous les ordres de l’extrême-libéralisme, ce dernier agrégeant tout ce qu’il peut autour de lui – y compris hors du champ démocratique s’il le faut, conduisant à ce que la droite-extrême y trouve aussi son compte –  le but poursuivi étant l’accaparement privé décomplexé et sans entraves consacrant volontairement le rétrécissement du champ public. C’est tout le contraire du rassemblement citoyen auquel nous aspirons – nous les Insoumis – pour faire Nation, là où « la souveraineté appartient au peuple », là où « les citoyens sont l’Etat », là où « la volonté générale, c’est l’intérêt collectif et non la somme des intérêts particuliers ». Je rajoute : là où les résultats des élections sont respectés et là où les programmes politiques annoncés sont concrètement mis en œuvre sous le contrôle de tous.

Merci à Jean-Jacques Rousseau de résonner encore si fort aujourd’hui avec La France Insoumise : « Du contrat social » ne laissant aucun citoyen à l’écart de la vie publique collective, c’est aussi aujourd’hui faire cesser les catégorisations réactionnaires et séparatistes de races, classes, religions, sexes, identités pour rejoindre le peuple souverain émancipateur de Jean-Jacques et gagner.

Françoise BOSMAN

24 / 07 / 2026

Présidentielle 2027 : décantations et cristallisations en vue

En cette rentrée après la pause estivale, il est plus que jamais nécessaire d’établir un panorama de la situation politique relative à l’élection présidentielle de 2027. Les incertitudes sont nombreuses, à la hauteur de l’importance des enjeux, dont certains sont, il faut en convenir, inhabituels. Ou du moins, pourraient le devenir par leurs conséquences. Pour cela, l’exercice n’est pas aisé. Il sera d’autant plus difficile qu’il faut prendre conscience de l’accélération des événements qui ne va pas manquer de se produire. Intégrons dans nos réflexions à venir une clause d’obsolescence prévisible. Ce que nous écrivons sur le moment présent risque d’être dépassé au moment de sa diffusion, et plus encore de sa réception. Des réactualisations régulières s’avéreront donc indispensables. Pour autant, l’épure générale reste valable.

Le maintien de la logique des trois blocs

Le champ politique se compose depuis quelques années de trois blocs d’importance grosso modo équivalente. Cette configuration a mis fin à la bipolarisation droite / gauche qui prévalait en France depuis bien longtemps. Cette bipolarisation avait même eu tendance à devenir bipartisme, avec deux formations dominantes, le parti socialiste et la droite républicaine sous ses différentes appellations. Le surgissement du macronisme en 2017 avait déjà notoirement érodée la bipolarisation, symbolisée de manière un peu facile par le « et de gauche et de droite » du nouveau président Macron (formule elle-même sujette à caution). Une autre interprétation de la situation indiquerait que le président Macron avait réalisé à lui seul une forme de « grande coalition » à l’allemande, prenant d’abord une partie des voix de la gauche pour ensuite appliquer des politiques de droite.

Les trois blocs, populaire, bourgeois, nationaliste, peuvent être identifiés avec des termes classiques : gauche, central (à défaut d’être centriste), extrême droite. Ils conduisent à se questionner quant à leur validité et leur efficience. Quels en sont leurs contours, leurs marges et leurs contenus ? Il s’agit de questions fondamentales. Elles le sont tellement qu’il n’est pas raisonnable de penser pouvoir y répondre dès à présent ici, et de surcroît de manière péremptoire. Il s’agira au contraire de fils rouges pour l’ensemble de la réflexion à venir. Et qui ne manqueront pas de se prolonger, au-delà, dans les méandres d’un nouveau labyrinthe. Qui disposera du fil d’Ariane afin de s’y repérer au mieux ?

N’oublions pas une réalité incontournable de la situation actuelle. L’existence de ces trois blocs électoraux a conduit au blocage arithmétique du champ politique : des gouvernements sans majorités stables quand elles ne sont pas impossibles, des motions de censure telles des épées de Damoclès permanentes, des majorités d’opposition plus aisées. A certains égards, nous sommes dans une impasse. Il est vrai que chaque labyrinthe propose un nombre élevé de chemins sans issus.

L’extrême droite

Une clarification, a priori, s’est faite avec le verdict judiciaire en appel du 7 juillet concernant l’affaire des assistants parlementaires du Front National. Bien que condamnée une deuxième fois pour détournements de fonds publics, et ce sans guère de circonstances atténuantes, la voie semble dégagée pour Marine Le Pen. Elle pourra être candidate une quatrième fois à l’élection présidentielle. Ou pourrait, car il n’est pas à écarter que d’ultimes épisodes judiciaires sur le dossier puissent venir rebattre les cartes. Le pourvoi en cassation peut réserver des surprises.

Dans ces nouvelles conditions, quid de Jordan Bardella qui s’était vu un peu hâtivement calife ? La décision judiciaire a conduit à une forme de déclassement. C’est rarement facile à avaler sans effets secondaires. Ou dommages collatéraux. Les guerres intestines au sein du Rassemblement National ne sont pas à négliger. Jordan Bardella et la vieille garde du RN / FN ne sont pas forcément alignés sur bien des domaines, stratégiques comme programmatiques.

Pour Marine Le Pen, deux questions politiques restent en suspend, d’ordre stratégique. Le plafond de verre s’est certes rehaussé progressivement à coups de dédiabolisations médiatiques, mais le ciel bleu marine n’est pas pour autant exempt de nuages. Rassembler plus de 50 % des électeurs au second tour n’est pas encore garanti à une élection présidentielle. Plus préoccupant pour elle est peut-être la réalité d’une cage de verre qui enserre l’extrême droite. Des parois la coupent encore de la possibilité d’alliances avec d’autres forces politiques pour accéder à une majorité, puis ensuite l’élargir. Certes la création de l’UDR (Union des droites pour la République) par Eric Ciotti peut faciliter le dépassement de ces parois de verre, mais l’apport quantitatif reste, qu’on le veuille ou pas, très modeste.

D’autres (petites) forces d’extrême droite ne sont pas forcément acquises à Marine Le Pen. C’est le cas de Reconquête et d’Eric Zemmour. N’oublions pas quelques organisations groupusculaires autour de personnalités telles Dupont-Aignan, Asselineau ou Philipot. Liste non exhaustive. Mais cela ne change pas vraiment les données de l’équation : le Rassemblement National est bien hégémonique au sein de ce bloc, préservé de véritables concurrents de taille, n’en déplaise à Eric Zemmour. Marion Maréchal ne se trouve pas non plus en capacité de peser dans un sens ou un autre, encore moins d’inverser quoi que ce soit.

Le bloc central bourgeois

Le bloc central offre les apparences et les réalités des décombres du macronisme. Il se double d’une seconde caractéristique à intégrer dans la réflexion : il s’agit aussi d’un vaste champ où prolifèrent des ambitions personnelles. Pas toujours fondées, ni raisonnables faut-il reconnaître : le modèle de la start up personnelle ne peut pas se dupliquer en faveur du premier venu quand bien même se prendrait-il pour un Rastignac des temps modernes.

A l’heure actuelle, c’est à un duel entre Edouard Philippe et Gabriel Attal auquel nous semblons être conviés. La situation est quelque peu singulière, sans être pour autant inédite. Les deux sont des héritiers du macronisme, puisqu’anciens premiers ministres. Mais ils veulent jouer visiblement la rupture avec leur ancien maître, sans cependant aller trop loin afin de ne pas se couper de la réserve électorale. Le chemin reste néanmoins étroit et sinueux. On se croirait revenu en 2007, où Nicolas Sarkozy avait opté pour la rupture avec le président de la République sortant après deux mandats, Jacques Chirac. Le scénario n’est donc pas totalement nouveau.

Une des questions sera de savoir s’ils auront la capacité de faire cause commune, pour ne faire au final qu’un seul. Car le risque est réel, si les deux restent candidats, et sans qu’aucun ne s’effondre, qu’une éventuelle qualification pour le second tour soit fortement compromise. Il nous semble cependant plus probable que l’un finisse par prendre le dessus et que l’autre se résolve à renoncer. Pour l’heure, la candidature de Gabriel Attal apparaît moins installée et plus fragile.

Il convient d’observer les deux périphéries du bloc central. La première voisine avec Les Républicains, et de fait avec la candidature de Bruno Retailleau. L’ancien LR Edouard Philippe semble plus à même de discuter avec l’actuel chef des LR mais aussi ancien ministre de gouvernements macronistes, qui aujourd’hui affecte de construire une candidature en rupture résolue avec la Macronie, jusqu’à aller braconner sur les terres de l’extrême droite. Mais si la candidature Retailleau ne décolle pas (et c’est fort probable), qu’en sera-t-il au cours de l’hiver (si ce n’est avant), d’autant plus que son concurrent au sein des LR, Laurent Wauquiez, s’apprête sans plus de formalités à rallier Edouard Philippe ?

La seconde marge du bloc central bourgeois implique l’espace social-libéral (qu’il est préférable d’appeler ainsi, en n’employant pas l’expression social-démocrate). Les figures de proue sont François Hollande et Raphaël Gluksmann. Les deux visent cependant à incarner une candidature autonome, entre Mélenchon et Macron, pour reprendre la formule usitée depuis plusieurs années. Bref en lorgnant sur deux territoires opposés et antagonistes, en jouant sur la confusion permanente, mais en préférant en fin de compte Macron à Mélenchon. D’ailleurs, Gabriel Attal cherche à récupérer cet électorat social-libéral pour s’imposer face à Edouard Philippe. Notons que ces deux marges vers lesquelles les candidats du bloc central zyeutent avec envie correspondent aux deux anciens partis dominants du défunt bipartisme, Les Républicains et le Parti socialiste. En terme de vieux monde, difficile de faire mieux. Ou pire… Car la Macronie fait bien partie du vieux monde.

Dans cette profusion d’ambitions personnelles, notons les ambitieux qui ont pris du retard. Gérald Darmanin, Xavier Bertrand et Bruno Le Maire illustrent cette catégorie. Nous n’aurons plus la cruauté d’y inclure Valérie Pécresse, définitivement éliminée de la compétition depuis son accident industriel de 2022. Ni Laurent Wauquiez. Possèdent-ils une réelle force de propulsion ? Sans faits politiques nouveaux majeurs, on peut en douter. A cela, ajoutons une autre catégorie à ne pas négliger, ces surgissements possibles en guise de recours. Par exemple, si la division subsistait avec l’impossibilité de s’entendre entre ceux qui pour l’instant sont en pole position (Attal et Philippe), la tentation pourrait être de s’accorder sur une autre candidature plus consensuelle, davantage apte à effectuer un rassemblement plus large. Ce serait le scénario du troisième larron qui rafle au final la mise, qui n’est pas à rejeter d’emblée. Les personnalités de Sebastien Lecornu ou de Jean Castex en possèdent le profil, à défaut de la force et de la logistique. Pour le moment du moins.

Dominique de Villepin vient, par ses dernières déclarations, de s’arrimer pleinement et clairement au bloc central. Ses postures géopolitiques, indiscutablement iconoclastes pour cet espace ci, ne peuvent masquer sur la durée les réalités de ses convictions sociales. Elles sont vertébrées par ses affiliations de classe qui finissent par le rattraper. Cela avait déjà été le cas pour l’homme du CPE (contrat première embauche) et de la privatisation des autoroutes il y a une vingtaine d’années quand il s’agissait de disputer (ou pas) l’héritage chiraquien à Nicolas Sarkozy.

Le champ de la Macronie est plus qu’incertain. La succession d’Emmanuel Macron s’apparente autant à un champ de ruines qu’à un combat acharné parsemé de tranchées. On pourrait faire la comparaison avec la succession d’Alexandre le Grand au IV° siècle avant notre ère. A tous ses généraux qui espéraient que le mourant en choisisse un parmi eux pour lui succéder sur le trône, le macédonien répondit que ce devait être le plus fort. Ce qui ouvrit le champ à des guerres intestines durables entre aspirants au trône impérial, que l’on nomma les diadoques. Le résultat en fut la dislocation de l’empire d’Alexandre en plusieurs royaumes concurrents. Ainsi risque de finir le jupitérisme macroniste… Les empires, quelles que soient leur nature et leur époque, ont ceci en commun : ils sont éminemment et irrémédiablement mortels.

Le bloc populaire

Le bloc populaire, que l’on serait abusivement être tenté d’assimiler à la gauche instituée ou institutionnelle, se trouve dans une situation complexe. Elle pourrait cependant être clarifiée. Jean-Luc Mélenchon aurait plié le match et incarnerait la seule possibilité en capacité de jouer la gagne, bénéficiant d’un socle, d’une dynamique, d’un savoir-faire et d’une force militante. Tous derrière lui, donc ? Pas si simple en réalité.

  En fait, Jean-Luc Mélenchon a déjà plié le match à gauche à plusieurs reprises. Aux présidentielles de 2017 et 2022, en tendant la main pour la création de la NUPES (nouvelle union populaire écologique et sociale) immédiatement après la même présidentielle de 2022, en faisant quelques sacrifices pour permettre en 2024 au Nouveau Front Populaire (NFP) de prendre le relais de la NUPES. Mais, pour La France Insoumise, ces victoires incontestables ne font pas office de rente. Il faut souvent, non pas repartir de zéro, mais recréer une dynamique pour à nouveau s’imposer, sans le soutien de ceux qui ont été nettement battus lors des scrutins précédents. Quand ce n’est pas contre leur farouche opposition plus ou moins revancharde…

Les questions qui se posent à Jean-Luc Mélenchon seront de déterminer à quels niveaux se situent le socle initial et la capacité à impulser une nouvelle dynamique. Par agrégats successifs depuis la création du Parti de Gauche en 2008, ancêtre de La France Insoumise lancée en 2016, le socle n’a jamais été aussi haut. Les dynamiques populaires créées par les campagnes précédentes ont été en quelque sorte banalisées ; ce sont pourtant des exploits certainement pas à la porté de n’importe qui. Cette performance peut-elle être rééditée sur commande ? Les signaux paraissent favorables.

Les obstacles proviennent du vieux monde des partis dépassés. Certains s’échinent à jouer les trublions, se prenant pour les grenouilles de la fable se forçant à croire qu’elles seraient plus grosses que le bœuf. Ou alors qu’un éléphant… Ils sont animés par une même volonté, de nuisance à l’encontre de celui qui les a dépassés et surpassés. Un outil relevant du subterfuge a été allégué, celui de la primaire. Cette option offre la réalité d’un astre mort, sans la moindre capacité d’entraînement. Les modalités y étaient plus qu’à géométrie variable en fonction des ambitions personnelles immédiates des uns et des autres. Et ce d’autant plus que même la nature, les limites, les contours de la primaire ne faisaient l’objet d’aucun consensus. De cet espace là, difficile de penser qu’une concurrence solide puisse émerger.

Par contre, l’hypothèse d’une candidature sociale-libérale ne saurait être écartée hâtivement. Il convient de bien préciser, à nouveau, candidature sociale-libérale, et pas sociale-démocrate. La distinction est renforcée par les incarnations possibles d’une telle candidature, au nombre de deux : François Hollande et Raphaël Gluksmann. Les autres postulants sont des nains (on s’oserait dire des éléphanteaux), y compris Bernard Cazeneuve qui illustre à merveille la grenouille de la fable. Rajoutons-y Ségolène Royal depuis qu’elle fait, pour une énième fois, acte de candidature. Ces possibles candidatures sociales-libérales sortent en réalité de l’espace du bloc populaire. Leur visée et leurs orientations programmatiques les ramènent vers le bloc bourgeois central. Elles sont destinées à rétrécir l’espace de la candidature de rupture de Jean-Luc Mélenchon, en jouant sur des confusions. En somme, une autre forme de macronisme… En d’autres termes, d’impostures notoires. Ou alors de nouveau plan B des oligarchies, rendu nécessaire pour les possédants en raison de la décomposition de la Macronie.

L’ampleur de la dynamique du vote utile doit être alors interrogée. Même si nous sommes extrêmement réservés sur ce concept. Les candidatures sociales-libérales revendiquaient et monopolisaient le vote utile de manière traditionnelle. C’était de surcroit un vote sensé être « raisonnable ». Les dynamiques engendrées par les campagnes de Jean-Luc Mélenchon, ont renversé, ou plutôt balayé, la situation. Depuis 2017, le vote utile, ou ce qui s’en rapproche, a changé de sens : il a permis à Jean-Luc Mélenchon de battre très nettement ses concurrents. Les cristallisations de fin de campagne se sont opérées en sa faveur quasi exclusivement. Si candidature sociale-libérale crédible il subsistera jusqu’au bout, le prétendu vote utile lui servira de bouée de sauvetage fantasmée. A l’égal d’un paradis perdu  ou d’une rente obsolète désormais inopérante.

A la recherche d’un quatrième homme ou d’un quatrième bloc ?

Au cours de la période de bipolarisation de la vie politique, une des obsessions, des commentateurs comme des acteurs, des campagnes présidentielles consistait à savoir qui pouvait être le « troisième homme » capable de bousculer l’ordonnancement du résultat annoncé. La nouvelle organisation du paysage politique en trois blocs a fait une victime collatérale, ce fameux troisième homme (ou femme). Désormais, c’est un éventuel quatrième protagoniste qui occupe les esprits et les stratégies.

Il y a d’abord un quatrième bloc potentiel, celui des abstentionnistes, que chacun espère s’approprier pour partie. C’est souvent une prophétie auto-réalisatrice illusoire, tant ce supposé bloc des abstentionnistes est hétéroclite et inorganisé. Quelques tendances peuvent néanmoins se dessiner. Une plus forte mobilisation électorale au premier tour a davantage de chances de bénéficier au bloc populaire incarné par Jean-Luc Mélenchon. Au second tour, cela peut contribuer à faire barrage au candidat d’extrême droite, dans une logique de castors affairés à édifier des barrages. Même si la chose reste peut-être encore à démontrer ou à démonter.

Un possible quatrième homme peut se construire sur les marges des blocs déjà constitués. Elles peuvent agréger et grossir, profitant des faiblesses avérées des blocs connus, reconnus et identifiés. Nous avons déjà abordé la possibilité d’une candidature sociale-libérale. Elle ne peut exister qu’en mordant sur le bloc central affaibli, mais pour mieux nuire à la candidature du bloc populaire de Jean-Luc Mélenchon. De l’autre côté du bloc central, peut exister une candidature témoignant d’un glissement à droite du champ politique, voire d’une extrême-droitisation plus ou moins rampante. La candidature Bruno Retailleau pourrait s’inscrire dans cette configuration. Ce qu’elle peut donner est incertain : contre le bloc central au détriment du bloc central, contre l’extrême droite pour surpasser le bloc central, contre le bloc central pour écarter l’extrême droite, contre l’extrême droite pour réduire l’extrême droite ? Notons au passage que ces deux possibles quatrièmes hommes correspondent au vieux monde du bipartisme d’antan qui ne veut pas mourir, avec des solutions issues du Parti Socialiste et de Les Républicains. C’est donc loin d’être gagné d’avance.

Le surgissement imprévu peut néanmoins être externe aux partis politiques anciens, et provenir d’une logique plus individuelle. On pense à Mathieu Pigasse ou à Dominique de Villepin. Pour des raisons diverses, ces deux options relèvent davantage de la bulle spéculative. Le créneau du banquier de gauche voisine quelque peu avec de l’imposture. Le second est rattrapé par son appartenance au bloc central. Enfin, n’écartons pas la possibilité d’un nouveau plan B de l’oligarchie, en cas de carences avérées et insurmontables au sein du bloc bourgeois. Carences qui existent bel et bien. Emmanuel Macron en fut un en 2017, pour compenser l’explosion en plein vol des différents représentants potentiels du bloc bourgeois (qui ne disait pas encore son nom) : Sarkozy et Juppé battus à la primaire de la droite, Fillon empêtré dans des affaires, Hollande incapable de postuler, Valls éliminé par la primaire de gauche etc.

Ce qui complexifie la réflexion, c’est le nombre élevé de personnes qui, en dépit de tout bon sens, estiment pouvoir incarner ce surgissement. L’avènement de la téléréalité, l’explosion des réseaux sociaux, l’implosion du champ électoral, autant d’éléments qui concourent puissamment à convaincre certains à tenter leur chance dans ce registre. Citer des noms n’auraient guère de sens, tant l’aspect fugace et volatil des ces profils est évident. Il ne suffit pas d’être journaliste, financier, chef d’entreprise, influenceur ou encore communicant pour que les planètes s’alignent à une élection présidentielle.

Quels fronts communs ou républicains à prévoir ?

Sortir de la logique des trois blocs plus ou moins équivalents, générateurs au final de blocages profonds, n’est pas chose aisée. Cela peut se faire par la constitution de fronts communs ou de fronts républicains. Ou d’alliances avoisinantes. Pour l’occasion, distinguons les deux tours du scrutin présidentiel.

Au premier tour, une telle construction peut exister au bénéfice du bloc central. Elle passe par un élargissement de celui-ci. Elle peut être impulsée par la crainte, à la fois réelle et instrumentalisée, d’un duel RN / LFI au second tour qui éliminerait les avatars du macronisme déliquescent. Elle passe par des débauchages plus ou moins individuels, difficilement par des alliances avec d’autres formations politiques. On a bien vu Laurent Wauquiez apporter un soutien plus ou moins tacite à Edouard Philippe, certes pour mieux se venger de son compagnon / camarade Bruno Retailleau. La même chose peut se réaliser de l’autre côté de l’espace social-libéral : elle s’est déjà faite en 2017 quand les vaincus de la primaire socialiste et des écologistes se rallièrent illico presto à Emmanuel Macron au détriment du vainqueur Benoît Hamon. Pour les deux autres blocs, ce qui peut en faire office est d’une toute autre nature. Une dynamique populaire et citoyenne peut s’enclencher en faveur de La France Insoumise, sur le mode du « qu’ils s’en aillent tous ! » (que se vayan todos) d’Amérique latine des années 2000, permise par la prise de conscience d’une partie des abstentionnistes. Quant au Rassemblement National, il espère un travail de sape de propagande nauséabonde via la galaxie médiatique Bolloré pour parvenir à faire passer les vessies pour des lanternes.

Pour le second tour, la situation diffère notablement. Les oligarchies, dans leur diversité d’exercice, mais dans leur unité d’intérêts, peuvent pousser à la constitution d’un bloc pro-capitaliste. Dans ce cas, un rapprochement entre le bloc bourgeois central et l’extrême droite est visé. Le principe est déjà éprouvé, dont le point le plus excessif se résume par la formule bien connue, « plutôt Monsieur Hitler que Blum et le Front populaire ». Une autre variante réside dans l’intégration, de préférence masquée, de l’extrême droite dans les soutiens du bloc bourgeois menacé. Cela ne s’est-il pas déjà réalisé à l’Assemblée nationale quand les députés d’extrême droite ont si souvent sauvé la mise aux gouvernements macronistes minoritaires en ne votant pas la censure ou en s’opposant aux textes promouvant un autre partage des richesses ? Quand au bloc populaire incarné par Jean-Luc Mélenchon, il ne peut tabler que sur la mise en mouvement de son propre camp sociologique, avec notamment la mobilisation des abstentionnistes et l’implication de son électorat pour une campagne de second tour qui n’aura rien à voir avec celle du premier tour.

On constate bien qu’il existe deux catégories de fronts communs / fronts républicains. Les blocs bourgeois et d’extrême droite s’en remettent à de vieilles combines des partis traditionnels, avec des tractations en coulisse. Le bloc authentiquement populaire doit viser des dynamiques de nature sociologique favorisant l’implication populaire et la prise de conscience des enjeux politiques immédiats sur la vie quotidienne.

L’impensé des législatives

Ce qui perturbe la (bonne) préparation des deux tours de la présidentielle est sans conteste le troisième tour. Celui des élections législatives qui suivront immédiatement. Qui devraient suivre, car le mandat des députés s’étire en principe jusqu’en 2029. On voit cependant mal le vainqueur de la présidentielle, quel qu’il soit, s’accommoder de la composition de l’actuelle chambre des députés telle qu’elle est ressortie de la dissolution à la hussarde de 2024. Une autre dissolution s’imposera par la force des choses, le nouveau président de la République voudra disposer d’une majorité lui garantissant l’application de son programme.

Pour l’heure, ces élections législatives constituent un impensé. Du moins à l’égard du grand public, car en réalité pour les partis politiques, il s’agit de la chose à bien des niveaux la plus importante. En effet, la survie des partis en dépend très largement, à la fois en termes d’influence politique et plus prosaïquement de financement. Les législatives entachent la cohérence et la fluidité de la présidentielle. Le cadre monarchique de la V° République y concourt très largement, par une modification savoureuse des perspectives : ici c’est la législative qui commande à la présidentielle. Et à rebours de l’inversion du calendrier électoral voulue en 2002 par le duo de l’exécutif de cohabitation Chirac / Jospin, éminents représentant du monde du bipartisme alors triomphant.

Le vainqueur de la présidentielle est effectivement à l’égal de Jupiter. Il peut décider de presque tout de manière quasi unilatérale. Il peut, selon ses intérêts et ses affects, écraser avec un poing vengeur, tordre le bras ou tendre la main. Etre affecté par le syndrome du vertige des cimes, autrement dit verser dans l’hubris. Ou revenir à la raison en s’évertuant à construire des majorités plus apaisées, car à la fois nettes et durables. A moins de devenir otage par d’amis de circonstances, peu fiables et davantage intéressés.

Les préoccupations liées aux législatives sont extrêmement prégnantes au sein du bloc central. Il est constitué d’une multitude de formations politiques qui savent que le président de la République ne sera pas issu de leurs rangs, mais qui aspirent à exister par l’élection de députés, permettant pour les plus grandes d’entre elles de disposer d’un groupe parlementaire autonome. On en distingue principalement trois : Horizons construite pour les ambitions personnelles d’Edouard Philippe, Renaissance dirigée par Gabriel Attal et issue du canal historique de la Macronie, le MODEM patrimoine quasi privé de François Bayrou. Entre Attal et Philippe, le soutien de l’un à l’autre est impossible tant que celui qui s’efface n’aura pas la garantie d’une répartition des circonscriptions qui le satisfasse. Et comment la garantir une fois l’élection présidentielle gagnée par l’autre qui aura des envies jupitériennes ? Du moins de bénéficier des coudées franches. Il en va de même pour François Bayrou qui cherchera à verrouiller un accord avec un des candidats du bloc central. Sans oublier les réalités locales (si ce n’est « localistes ») qui s’affranchiront au besoin des accords des états-majors nationaux…

La foison des candidats potentiels au sein de ce bloc central n’est en définitive qu’un trompe-l’œil. Bien sûr, chacun espère secrètement s’imposer à tous les autres. Mais beaucoup gardent en tête la possibilité d’un plan B potentiellement plus rémunérateur pour leur formation politique, celui de « faiseur de rois ». En soutenant, au bon moment et de la manière la plus adéquate, le bon candidat qui gagnera la présidentielle, ils espèrent en retour être récompensés et empocher le jackpot aux législatives. L’exemple de François Bayrou en 2017 sert de modèle pour l’occasion. Après trois candidatures présidentielles infructueuses, mais loin d’être ridicules, François Bayrou avait contribué à marginaliser son parti politique qui n’était plus réellement représenté à l’Assemblée nationale. Sa décision de ne pas se présenter une nouvelle fois à la présidentielle de 2017 et de soutenir le challenger Emmanuel Macron se révéla un calcul gagnant. Le MODEM depuis possède un groupe de députés fourni, ce qui était alors inespéré. Il a participé aux différents gouvernements avec plusieurs générations de ministres. Et accessoirement, leur leader est devenu Premier Ministre, certes de manière plutôt éphémère. L’aspirant faiseur de roi peut être animé par de simples ambitions personnelles, avec un sens du placement immédiat. C’est ainsi que l’on peut interpréter la position récemment adoptée par Gérald Darmanin en faveur d’Edouard Philippe, non exempte d’arrière-pensées et de coups de billards à plusieurs bandes.

La question se pose dans un contexte différent au sein du bloc populaire. Certes, les constructions unitaires de la NUPES et du NFP peuvent servir de référence. Mais elles se sont réalisées dans l’urgence, a posteriori. Les inimitiés restent fortes, alimentant la thèse des gauches irréconciliables. Les éventuels ralliements ne se feront que contre des contreparties significatives dans ce domaine. Mais le problème qui peut survenir est le suivant : qui est en capacité de garantir à ses partenaires des victoires assurées aux législatives ? Pas grand monde, en vérité. La France Insoumise avait été en capacité de le faire. Les sénatoriales de septembre 2026 risquent d’être un caillou supplémentaire dans la chaussure. Les concurrences locales vont être fortes, entre aspirants féodaux locaux d’une part, entre appareils politiques d’autre part. En septembre 2023, l’éviction de La France Insoumise des accords électoraux des sénatoriales avait été une des causes de l’éclatement de la NUPES, quelques jours avant l’attaque du Hamas du 7 octobre qui avait été à bien des égards un prétexte bienvenu pour certains… Les sénatoriales vont être également un sujet de crispation majeur au sein du bloc central bourgeois, où on retrouve pléthore de notables locaux se voyant aisément en sénateurs.

Pour le Rassemblement National, il ne s’agit pas d’un véritable sujet. Le partenaire ciottiste de l’UDR a déjà été (bien) servi, en 2024, obtenant même un groupe parlementaire autonome. On ne voit pas quelle autre formation du bloc nationaliste pourrait bénéficier des largesses du Rassemblement National. Les unes sont trop groupusculaires, à l’image de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Les autres sont trop vindicatives, comme Reconquête du duo Zemmour / Knafo. Pour le Rassemblement National, l’objectif des relations avec les zemmouristes est clairement l’éradication.

Quels thèmes de campagne ?

Les thèmes de campagne ne devraient pas offrir de réelles surprises. Ils seront plutôt classiques. Chaque bloc va convier ses fondamentaux afin de mobiliser dans un premier temps son socle. En l’abordant bien évidemment avec ses propres mots et ses objectifs particuliers.

Pour les uns et les autres, la sécurité, l’immigration, les retraites, le pouvoir d’achat, les urgences environnementales, l’équilibre des comptes publics, la perspective européenne vont alimenter les débats. Gardons en tête que la paix et les questions géopolitiques peuvent réserver des surprises et impacter dans un sens ou un autre le déroulement de la campagne. Il n’est pas inutile de rappeler que la principale charge attribuée au président de la République consiste à représenter la France sur la scène internationale. Le fameux domaine réservé…

Au-delà des thèmes qui animeront les échanges, chacun est en recherche de slogans mobilisateurs en capacité de créer ou de stimuler des enthousiasmes. Toute campagne doit penser à façonner des imaginaires afin de crédibiliser et de dynamiser le candidat qu’elle promeut. On se rappelle à l’occasion de chaque élection présidentielle sous la V° République de quelques formules qui avaient fait mouche. Elles furent alors désignées comme ayant contribué à la victoire des uns et à l’échec des autres. Indiquons cependant que ce statut déterminant fut attribué la plupart du temps après les résultats, donc a posteriori. C’est parfois davantage le succès (électoral) qui a fait passer la formule à une forme de postérité. Il y a souvent une dimension auto-réalisatrice, agrémentée qui plus est d’un zeste d’auto-satisfaction, collective ou personnelle.

On peut s’évertuer à déceler les orientations qui commencent à se dessiner. De manière plus ambitieuse, on peut aussi contribuer à les susciter et à les élaborer. Le concept de « Nouvelle France » semble émerger avec succès pour La France Insoumise. Ceux déjà anciens de 6° République et de planification écologique garderont une actualité et une acuité. Le bloc central brodera autour de la notion revisitée de « cercle de la raison », dans laquelle les nécessaires sacrifices (pour les plus modestes) en vue de la tenue des comptes publics et du renforcement de la compétitivité, l’engouement supposé pour un projet européen garant d’un (autre) avenir radieux, seront conviés. L’extrême droite tablera sur les perspectives de remise en ordre, de « renaissance » (n’en déplaise à Gabriel Attal leader d’un parti politique éponyme), de fierté d’être soi-même dans l’espoir de faire passer ses mensonges et autres approximations au tarif le plus avantageux.

Il conviendra sans doute de surmonter le flou des programmes qui ne manquera pas d’être savamment entretenu. Sans parler des promesses inconsidérées, dans la logique de la célèbre formule « les promesses n’engagent que ceux qui les croient », et à l’opposé des dissimulations de mesures douloureuses que l’on ne souhaite pas brandir en étendard. C’est ainsi que Raphaël Gluksmann avait lâché un aveu significatif, craignant de « flinguer sa campagne s’il disait toute la vérité sur les retraites ». La pratique orwellienne du bloc bourgeois, orfèvre en la matière, constitue un obstacle de taille à la clarté du débat public. Il en va de même des mensonges de l’extrême droite, votant en catimini (espère-t-elle) au Parlement l’exact opposé des aspirations du peuple qu’elle entend pourtant défendre mordicus.

La rentrée politique, source de clarifications ?

En cette rentrée de septembre, il restera un peu moins de huit mois avant le scrutin présidentiel. Il va se passer énormément de choses. Chacun aura à se confronter à une accélération des événements, pour garder au mieux le cap fixé. Ou en changer dans l’urgence. La situation pourrait commencer à se décanter.

Quels ralliements vont se produire ? Quels démarcages vont émerger ? Quand se réaliseront les inévitables, bien que parfois tardives, décantations politiques ? A quel niveau se situera la barre d’accès au second tour ? Quel impact aura la recherche des 500 parrainages de maires et d’élus ?

Toutes ces questions, et la liste n’est pas exhaustive, vont devoir se dénouer. Chaque obscurcissement apportera son lot de clarifications. Chaque simplification engendrera d’inévitables confusions. Viendra ensuite le temps des cristallisations politiques. Les déceptions seront amères pour beaucoup de recalés. Un petit nombre sera conforté dans ses entreprises. La campagne s’animera et s’intensifiera, alors même que les premiers cercles des militants impliqués ressentent se trouver au maximum de ce qu’ils peuvent donner, proches du burn-out.

Après quoi viendront sans ménagement les verdicts des deux tours de la présidentielle : un grand vainqueur, des petits vainqueurs éventuels, de nombreux nouveaux vaincus certes plus ou moins déçus. Ce ne sera pas le terminus de la séquence. Car il faudra pour (presque) tous remonter immédiatement sur le cheval des législatives.

En attendant cinq années supplémentaires pour rejouer la partie. En principe… Même si beaucoup y penseront bien avant et la prépareront en amont !

Thierry DONGUAT, Francis DASPE

Août 2026

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée

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« Du contrat social »

Notre pays a une très longue pratique de son organisation sociale. Jean-Jacques Rousseau, en 1762, en détaille également la théorie, annonçant les idées directrices des révolutions et mouvements qui vont suivre : 1789, 1830, 1848, 1870, 1920, 1936, 1945, 1968, 1986, 2018. A partir de la souveraineté populaire et de la volonté générale, les idéaux de liberté-égalité-fraternité sont toujours la ligne directrice aujourd’hui de l’action politique progressiste. Et ce ne sont certainement pas les métamorphoses et les convulsions des classes possédantes actuelles qui modifieront cette réalité républicaine puissante, au fondement même de notre Nation démocratique.

Certes, des intérêts privés puissants, en pleine mutation pour garantir leur champ d’action de prédateurs, s’emploient à élargir leurs marges de manœuvre pour augmenter leurs profits privés, leur prédominance intellectuelle, leur emprise économique, leurs propriétés individuelles, leurs places politiques. Après avoir disposé des richesses naturelles du pays et des biens manufacturés par le salariat, après avoir « fait suer le burnous » des populations colonisées, après avoir fait main-basse sur les nouvelles technologies et leurs modes d’organisation, après avoir perverti les résultats de votes démocratiques (le Non à la constitution européenne par exemple), les possédants n’ont certainement plus les mains libres aujourd’hui et manquent d’air et d’espace pour poursuivre leur trajectoire prédatrice d’accumulation des profits privés : le vivant impose partout ses limites aux saccages des êtres et de la nature, les mouvements de lutte et de résistance se multiplient, les consciences se rebellent contre les souffrances et les exactions de toutes sortes.

En opposition, il existe un outil précieux que le mouvement insoumis a investi constammentdepuis safondation : la démocratie dans toutes ses exigences de « souveraineté populaire et de volonté générale » (J. J. Rousseau). Nous devons poursuivre la bataille de conviction sur notre programme dont nous savons que tous les puissants l’ont sur leurs bureaux, continuer à investir tous les champs démocratiques que sont les lieux d’éducation, de travail, de sport, de culture, de loisirs, d’assemblées et de forums : en un mot, nous montrer et expliquer comment nous rendrons à nouveau notre pays  juste et progressiste. Nous avons un programme détaillé fédérateur de rupture et les équipes prêtes à le mener à bien. C’est pourquoi les compétitions partisanes à gauche dénommées « primaires » ont été rendues manifestement inutiles dans cette dernière période.

Il est essentiel, malgré les médias de toutes sortes qui pratiquent la désinformation permanente planifiée, de saisir tous les rendez-vous électoraux – comme nous venons de le faire lors des élections municipales – et particulièrement celui de l’élection présidentielle à venir. Pourquoi ce rendez-vous est-il primordial ? Parce que toutes les forces réactionnaires et rétrogrades ont besoin pour maintenir leur puissance et la faire croître, de mettre maintenant directement les Etats en coupe réglée sous les ordres de l’extrême-libéralisme, ce dernier agrégeant tout ce qu’il peut autour de lui – y compris hors du champ démocratique s’il le faut, conduisant à ce que la droite-extrême y trouve aussi son compte –  le but poursuivi étant l’accaparement privé décomplexé et sans entraves consacrant volontairement le rétrécissement du champ public. C’est tout le contraire du rassemblement citoyen auquel nous aspirons – nous les Insoumis – pour faire Nation, là où « la souveraineté appartient au peuple », là où « les citoyens sont l’Etat », là où « la volonté générale, c’est l’intérêt collectif et non la somme des intérêts particuliers ». Je rajoute : là où les résultats des élections sont respectés et là où les programmes politiques annoncés sont concrètement mis en œuvre sous le contrôle de tous.

Merci à Jean-Jacques Rousseau de résonner encore si fort aujourd’hui avec La France Insoumise : « Du contrat social » ne laissant aucun citoyen à l’écart de la vie publique collective, c’est aussi aujourd’hui faire cesser les catégorisations réactionnaires et séparatistes de races, classes, religions, sexes, identités pour rejoindre le peuple souverain émancipateur de Jean-Jacques et gagner.

Françoise BOSMAN

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Thuir. Les Cogitations estivales prométhéennes analysent un débat public délétère

La 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes » organisées en partenariat par l’AGAUREPS-Prométhée et La France Insoumise, se sont ouvertes ce mercredi 29 juillet à Thuir. C’est devenu la tradition que cet événement politique se fasse dans la capitale des Aspres, en plein milieu des vacances d’été. Le thème retenu cette année s’intitule « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg ».

Francis Daspe, par ailleurs président de l’AGAUREPS-Prométhée en plus de ses responsabilités à La France Insoumise dans les Pyrénées-Orientales, débutait son intervention à l’aide d’un diaporama retraçant les principaux jalons historiques et politiques de l’œuvre de ces deux militants dont la vie a été dévouée à la révolution sociale afin d’améliorer les conditions de vie des ouvriers. Ils y ont d’ailleurs laissé leur vie, le premier lâchement assassiné le 31 juillet 1914, la seconde sommairement exécutée le 15 janvier 1919.

« Ces deux événements tragiques témoignent des méthodes expéditives utilisées par les possédants dès lors qu’ils se sentent menacés dans leurs intérêts et leur pouvoir. Dans un contexte d’accroissement des tensions politiques poussées à leur paroxysme, ces réactions s’inscrivent dans une logique de lutte des classes », expliquait l’orateur. Le terme d’hystérisation n’est alors nullement excessif.

La mise en perspective avec la situation actuelle montre la résonance politique des pages d’histoire du début du XX° siècle. Des similitudes sont mises en avant par Francis Daspe dans la fin de son exposé, tout en veillant à éviter de verser dans l’anachronisme. L’objectif affiché est d’inciter à la réflexion sur les différentes stratégies en vue de la présidentielle de 2027. « Certaines des conditions du débat public entre ces deux périodes offrent des parallélismes évidents. Aujourd’hui, on observe une presse, possédée à près de 90% par un petit nombre de milliardaires, dont une partie « bollorisée » est clairement radicalisée, déroulant sans complexe l’agenda politique de l’extrême droite ». Francis Daspe citait également l’existence d’une sorte d’internationale brune d’extrême droite, aussi bien en Europe qu’en Amérique. « Les contradictions internes d’un système capitaliste en recherche perpétuelle, mais inassouvie, de profits démesurés accentue les tensions. Ces possédants sont animés par un esprit de revanche contre les dispositifs qui concourent à une répartition des richesses plus équilibrée : services publics, fiscalité plus redistributive, systèmes de protection sociale solidaires, droit du travail protecteur pour les salariés etc. ».

D’où le déploiement récent, et sans aucun doute à venir encore plus intensément, de quelques séquences politiques sombrant dans l’hystérisation du débat public en vue notamment de l’échéance de 2027. C’est alors le règne sans limites de l’argument d’autorité, de la manipulation et du mensonge. Bref, de la négation de la démocratie.

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A Canet-en-Roussillon, les Cogitations estivales prométhéennes de La France Insoumise planchent sur l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes

La France Insoumise organise, en partenariat avec l’AGAUREPS-Prométhée, jeudi 3 septembre 2026 à Canet-en-Roussillon, un prolongement de la 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes ». Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Elle se déroulera au Foyer Moudat, salle Hullo (2759 impasse Jean Mermoz), à partir de 19 heures. La conférence / débat, intitulée « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg », sera animée par Francis DASPE, Président de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de La France Insoumise.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Jeudi 3 septembre 2026, 19 heures, Canet-en-Roussillon, Foyer Moudat, salle Hullo, 2759 impasse Jean Mermoz, 19 heures.

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A Thuir, les Cogitations estivales prométhéennes de La France Insoumise planchent sur l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes

La France Insoumise organise, en partenariat avec l’AGAUREPS-Prométhée, mercredi 29 juillet 2026 à Thuir, la 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes ». Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Elle se déroulera à la Maison du Citoyen, salle des aînés (avenue du docteur Ecoiffier), à partir de 19 heures. La conférence / débat, intitulée « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxembourg », sera animée par Francis DASPE, Président de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de La France Insoumise.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Mercredi 29 juillet 2026, 19 heures, Thuir, Maison du Citoyen, salle des aînés (avenue du docteur Ecoiffier), 19 heures.

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 179 MAI / JUIN 2026

Sommaire du numéro 179 : Spécial Campagne Municipales Perpignan

  • Edito de Thierry DONGUAT « Carnets de campagne des élections municipales à Perpignan »page 2
  • Chronique de Francis DASPE « Campagne des Municipales à Perpignan » page 3
  • Cogitations estivales prométhéennes (5° édition) « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxembourg» page 14
  • Fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2026 page 15

Edito: Carnets de campagne des élections municipales à Perpignan

Cette Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée est un numéro spécial consacré aux élections municipales de Perpignan. La préfecture des Pyrénées-Orientales était depuis 2020 la seule commune de plus de 100 000 habitants aux mains de l’extrême droite, plus précisément du vice-président du Rassemblement National, Louis Aliot. Plusieurs membres de l’AGAUREPS-Prométhée étaient impliqués dans la liste « Perpignan, changez d’air ! » qui rassemblait La France Insoumise, Les Ecologistes et Génération.s dans une dynamique d’union populaire.

C’était le cas du président de l’AGAUREPS-Prométhée, Francis Daspe. Cette Lettre du mois se présente sous la forme d’un recueil de ses chroniques de campagne. Le panel des sujets interrogés est assez large, allant de la caractérisation des listes en compétition au traitement de faits de campagne les plus divers. Il s’agit à l’évidence d’un aperçu réellement instructif du champ politique tant local que national.

Pour l’AGAUREPS-Prométhée, le travail militant doit être permanent face aux vents mauvais qui s’intensifient. En témoigne si besoin était le sujet de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes qui se tiendront dans les Pyrénées-Orientales. Comme d’habitude avec une première réunion à la fin du mois de juillet, à Thuir. Mais aussi avec deux réunions supplémentaires au début du mois de septembre, en guise de rentrée militante, à Canet-en-Roussillon et à Prades.

Le sujet retenu entre en effet en parfaite cohérence avec les objectifs visés. Sa formulation est suffisamment explicite : « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxembourg ». Rappelons-en d’abord le principe. Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Sans sommation, comme on pourrait dire… Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de cette 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Nul doute que pour l’occasion l’AGAUREPS-Prométhée vise une fois de plus en plein dans le mille !

Thierry DONGUAT 07 / 05 / 2026

Chroniques de campagne et des listesMunicipales 2026 de Perpignan(par Francis DASPE)

Episode 1 : Louis Aliot, la liste du passif (27 / 02 / 2026)

Le maire sortant d’extrême droite, Louis Aliot, ne peut guère se targuer d’un bilan un tant soit peu positif. Bien au contraire, son bilan est même profondément mauvais. Il y a ce qu’il a (mal) fait ; il y a ensuite ce qu’il n’a pas fait ; il y a ce qu’il avait promis et qu’il n’a pas fait ; il y a ce qu’il avait caché et a (hélas) fait. Le dénominateur commun de son action a été sa constante volonté de diviser sans cesse, et toujours plus. Même dans ce qui lui tient lieu d’obsessions, les échecs sont patents. C’est le cas en termes de sécurité ou de propreté. Dans ces conditions, il devient vraiment difficile de parler de (supposés) points forts pour Louis Aliot.

Toujours dans le même registre du passif, comme tous les (très) mauvais élèves, il a adopté la stratégie de la défausse permanente. Ce n’est en effet jamais de sa faute ! C’est celle du gouvernement, de l’agglomération, de la région, du département. Certes, tous ont commis des erreurs que nous avons dénoncées. Ce faisant, il fait montre de la sorte de son irresponsabilité et de son incompétence.

Plus que jamais dans la culture du passif, voici que Louis Aliot recycle d’anciens élus des municipalités Alduy / Pujol, c’est-à-dire celles et ceux qu’il était censé avoir battus et balayés. Autrement dit les vaincus, responsables de la victoire de l’extrême droite en 2020 en raison de leur propre passif, sont en 2026 récupérés par leurs vainqueurs qui ont entretemps constitué un lourd  passif…

Six ans de plus pour additionner, voire multiplier, des passifs, non merci !

Episode 2 : Agnès Langevine, la liste du passé mal recyclé (28 / 02 / 2026)

Agnès Langevine est adepte du zigzag politique et experte en transhumance électoraliste. En cela elle incarne à merveille le vieux monde politique local.

D’abord, le vieux monde politique du clientélisme, incarné par les directions nationales du Parti Socialiste « hollandisé » et « delgaïsé » et de Place Publique qu’elle a rejoint précipitamment après moult vagabondages. Celles-ci refusent obstinément la logique du Nouveau Front Populaire, sans doute « trop bolchevisé » à leur goût.

Ensuite, le vieux monde politique qui recycle à tour de bras (mais sans réelles perspective écologiques). C’est le cas d’anciennes adjointes de droite des maires précédents Alduy et Pujol, même de colistiers du macroniste Roman Grau, par ailleurs ancien adjoint des deux précédents. Elle va même jusqu’à récupérer sur sa liste une ancienne députée macroniste… Un degré de connivence et d’entre-soi paroxystique !

Enfin, le vieux monde politique qui ne jure que par le cartel des (petits) notables. En fait, ceux-ci ne représentent qu’eux-mêmes, tout en étant persuadés de peser immensément, pensant sans doute, comme dans la pub, « qu’ils le valent bien ». Perdues dans cette jungle, quelques personnes sincères pour lesquelles on ne peut que se demander ce qu’elles sont venues faire dans cette galère…

Six ans toujours plus fort à droite pour ressusciter un passé révolu, non merci !

Episode 3 : Bruno Nougayrède, la liste du passéisme (01 / 03 / 2026)

Bruno Nougayrède s’est autoproclamé pour le moins hâtivement et hardiment opposant principal à la municipalité d’extrême droite. Pourtant il est bien de droite, quand bien même il voudrait se faire passer pour le gendre idéal lorgnant vers le centre. Quand le vide et la vacuité politiques ont acquis droit de cité, presque tout devient possible. Hélas pour lui, les casseroles l’ont rattrapé. Des propos ignominieux, de nature ultra-traditionnaliste pour rester dans l’euphémisme, ont resurgi permettant de faire tomber les masques. Des choix éditoriaux, douteux mais révélateurs, montrant les connivences avec l’extrême droite la plus dure, se sont invités dans le débat public. Tous doivent être portés comme une croix, sur un chemin de croix en pente de plus en plus raide. On voudrait nous faire croire à de simples erreurs de jeunesse ? Mais la jeunesse penche rarement de ce côté-ci, et jamais majoritairement.

A cela, s’ajoute une vision affreusement dogmatique de l’économie, promouvant la loi d’airain du marché plaquée sans ménagement à l’échelle d’une municipalité et d’une agglomération. Et de manière artificielle, quand bien même le chef d’entreprise s’évertue à faire passer cela pour du bon sens. Ou l’art de prendre des vessies pour des lanternes…

Il s’agit d’une liste en réalité tellement loin du peuple. La composition sociologique abonde en ce sens : la densité du notable y bat des records. Comment voulez-vous que ces gens là puissent comprendre les préoccupations et les aspirations d’une ville dans laquelle les taux de pauvreté et de précarité atteignent des sommets ? Mission clairement impossible, surtout quand le candidat affirme publiquement que « la gentrification n’est pas un gros mot ».

Six ans pour entretenir sous perfusion une vision passéiste de Perpignan, non merci !

Episode 4 : Mathias Blanc, la liste trépassée (03 / 03 / 2026)

Mathias Blanc et ses petits copains s’étaient persuadés d’avoir trouvé la martingale pour décrocher la timbale. Avec « Perpignan Autrement », on allait voir ce qu’on allait voir ! Mais on n’a pas vu grand-chose de ce qui était escompté.

Il voulait le centre, et même au-delà quand bien même on appellerait ces transfuges encore le centre par commodité de langage. Et sans doute par bienséance… Car Perpignan évidemment se gagnerait au centre… Le centre l’a cruellement snobé pour aller encore plus à droite. Comme c’était prévisible, voire même couru d’avance.

Il voulait concocter une onctueuse soupe de logos assaisonnée d’un « citoyennisme » du style OPNI (objet politique non identifié). Il n’a récolté qu’une flopée de logos de formations politiques plus ou moins confidentielles. Et haineuses contre La France Insoumise. Il n’a pas eu les logos du Parti Socialiste et de Place Publique, en raison des choix, pourtant ni imprévus ni imprévisibles, des directions nationales.

Il a refusé la main tendue par la liste de l’union de la gauche et des écologistes « Perpignan, changez d’air ! ». Celle-ci voulait en quelque sorte procéder à son ré-arrimage à gauche et lui redonner de l’oxygène, après les quelques avanies subies. Mais par déni de la réalité de son affaiblissement et par orgueil mal placé, il a superbement ignoré la bouée de sauvetage, préférant s’enferrer dans une construction brinquebalante.

Désormais, cette liste est trépassée : plus de possibilité d’obtenir de passeport pour  6 ans !

Episode 5 : Mickaël Idrac, la liste des dépassements et des surpassements (05 / 03 / 2026)

La liste « Perpignan, changez d’air ! » conduite par Mickaël Idrac a réussi à faire l’union de la gauche et des écologistes dans la lignée (et la logique) du Nouveau Front Populaire. C’est un premier dépassement des tristes reniements et autres trahisons de celles et ceux qui estiment que le programme est subsidiaire (pourvu que les places et les rentes soient garantis…).

Elle propose un programme de ruptures nécessaires pour changer la vie du plus grand nombre. Elles sont clairement énoncées, comme en témoigne le programme qui sera présenté ce vendredi 6 mars salles des Libertés : redonner du pouvoir d’achat par les compétences municipales, replacer le citoyen au cœur de la décision politique, enclencher la bifurcation écologique, faire de Perpignan une ville de culture méditerranéenne apaisée fière de son Histoire. La visée est donc ambitieuse, nécessitant de multiples surpassements, mais à la hauteur du volontarisme animant cette liste.

Dépassements et surpassements sont enfin nettement visibles dans les caractéristiques de la composition de la liste. C’est une liste qui fait la part belle à la jeunesse, avec une moyenne d’âge de moins de 45 ans, près de 20% des colistiers ne dépassant pas 30 ans. Elle assure une représentation territoriale équilibrée de l’ensemble des quartiers, dans laquelle les quartiers populaires, souvent négligés, sont pleinement pris en compte. C’est de surcroît une liste de militants engagés dans des luttes sociales et environnementales, de personnes impliquées dans le tissu associatif pour des causes d’intérêt général. En d’autres termes, cette liste est pleinement représentative de la diversité et de la richesse de la population de Perpignan. 

Six ans pour qu’adviennent ces dépassements et ces surpassements, mille fois oui !

Episode 6 : Méthode Coué pour capitaines abandonnés… (05 / 03 / 2026)

On savait déjà que la liste « Plus forts pour Perpignan » menée par Agnès Langevine virait « de plus en plus fort à droite ». Voilà qu’elle fait « de plus en plus petit ». En effet, elle organise une réunion ce vendredi 6 mars avec la venue de Boris Vallaud, Carole Delga et Raphaël Glucksmann. Le format relève de l’OPNI (objet politique non identifié) : une « party pour la gagne ». Il s’agirait d’un meeting hybride entre la mobilisation (de quoi ? de qui ?) et le moment convivial, dans une salle à la jauge réduite.

Au-delà de l’anglicisme de mauvais aloi, et disruptif (il faut bien donner des gages aux macronistes présents sur la liste), de quoi cette initiative est-elle le nom ? S’agit-il d’avouer sans le dire expressément le manque de force propulsive des (prétendus) ténors nationaux invités ? Cherche-t-on à cacher une réelle misère militante ? Rappelons à cet égard que les militants locaux de ces forces politiques, Parti Socialiste et Place Publique, ne soutiennent pas la liste que les dirigeants nationaux viennent promouvoir… Autrement dit, des présumés chefs dépourvus de troupes militantes ! Dans cette configuration, a-t-on délibérément opté pour favoriser un entre-soi caractéristique de petits notables forcément satisfaits d’eux-mêmes ?

Autant d’interrogations qui convergent vers une réalité tenace. Le sondage de décembre avait montré la faiblesse du  socle d’Agnès Langevine, en deçà même des 10% permettant de se qualifier pour le second tour. Il est certain que c’est insuffisant pour espérer jouer la gagne.

Nommer cette réunion « Party pour la gagne » relève clairement de la méthode Coué pour capitaines abandonnés. Ohé, il faut ramer dur… Comme disait la chanson « Ils sont partis pour gagner, Mais ils ne sont jamais rentrés ».

Episode 7 : A quoi servent les caméras de vidéosurveillance à Perpignan ? (05 / 03 / 2026)

La mairie d’extrême droite de Perpignan a massivement investi dans les caméras de vidéosurveillance. Cela n’a pas empêché les crimes et délits d’augmenter à Perpignan au cours du mandat. La tranquillité et la sûreté publiques, termes que la liste « Perpignan, changez d’air ! » conduite par Mickaël Idrac préfèrent employer, en en faisant une préoccupation fondamentale pour renouer avec une ville enfin apaisée et fraternelle, se sont notoirement dégradées.

            Mais alors, à quoi peuvent bien servir les caméras de vidéosurveillance à Perpignan ? Nous avons désormais un élément de réponse. Depuis peu. Elles servent à infliger des amendes aux colleurs d’affiches des listes opposées aux candidats du Rassemblement National.

            Habib Boutouba a en effet reçu une amende pour stationnement gênant devant le panneau du lycée Maillol, en collant pour la liste « Perpignan, changez d’air ! ». Mardi 3 mars, un peu avant 20 heures, j’ai personnellement pu constater qu’une voiture était pareillement mal garée sur le trottoir devant le même panneau. M’approchant, j’ai pu constater de visu que les personnes collaient des affiches pour le candidat Louis Aliot. Je ne doute pas que le maire Louis Aliot va dare-dare infliger la même amende à ces colleurs mal garés et gênants. Je ne doute pas que Monsieur le Maire soit résolument opposé pour l’occasion  au délétère principe du « deux poids deux mesures » : la sanction pour Habib, la clémence pour ses acolytes. La ville de Perpignan doit conjuguer harmonieusement la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité…

            Nous exigeons la transparence sur ses affaires de collages. Et l’égalité de traitement, afin qu’aucun doute ne vienne entacher la gestion des affaires publiques à Perpignan en termes de liberté et de fraternité. Monsieur le Maire, la devise républicaine est une et indivisible…

            Monsieur le Maire, Monsieur le candidat, nous sommes accommodants. Nous vous laissons le choix. L’amende pour vos acolytes colleurs d’affiches, ou l’amnistie pour Habib. En cas de doute, les caméras de vidéosurveillance pourraient servir…

            Monsieur le Maire, vive la Républiques et les principes de sa devise. Nous sommes déterminés à ce qu’ils soient pleinement appliqués à Perpignan, en tout temps, en tout lieu. Et peut-être plus encore en période électorale.

Episode 8 : Pas de quartier pour les étiquettes ? (08 / 03 / 2026)

« Louis Aliot a réussi à nous faire oublier son étiquette tant il ne fait rien ». Ainsi parlait Annabelle Brunet ce vendredi 6 mars en meeting (pardon, en « party », quant à la gagne c’est plutôt mal parti »). Nous sommes choqués par de tels propos, nous inscrivant totalement en faux.

Car Louis Aliot est bien d’extrême droite. Il a agi, méthodiquement, en maire d’extrême droite, membre éminent du Rassemblement National. La liste « Perpignan toujours plus fort à droite » ne saurait-elle pas reconnaître les caractéristiques d’une politique municipale d’extrême droite ? Problème de latéralisation ? Problème de discernement ?

Il suffirait pourtant d’aller dans les quartiers pour en avoir une illustration éclatante. En la matière, Louis Aliot n’a, hélas, pas rien fait. Il aurait été préférable qu’il s’abstienne de conjuguer divisions, stigmatisations et harcèlements. En effet, tels sont les témoignages qi nous remontent de ces quartiers dès lors qu’on se donne la peine de les écouter, sans chercher à les instrumentaliser, les récupérer ou les « clientéliser »…

Visiblement, le quotidien vécu des quartiers populaires ne correspond pas au « ressenti » d’une liste de notables penchant de plus en plus fortement à droite. Deux mondes étrangers l’un à l’autre se tournant irrémédiablement le dos. Et définitivement !

Cette incongruité (pour rester dans l’euphémisme) s’inscrit sans aucun doute dans le processus de dédiabolisation et de notabilisation dont a bénéficié l’extrême droite, nationale et locale. Il est vrai que partager la tribune avec Carole Delga et Raphaël Glucksmann n’incite pas à porter avec résolution et constance le combat antifasciste dans toutes ses dimensions ! Dans les quartiers populaires, on sait ce que signifient les étiquettes et leurs traductions concrètes au quotidien. Quand aux salons feutrés de la bourgeoise, nous nous contenterons de dire que c’est à géométrie variable… 

Alors, pas d’étiquettes dans les quartiers ? Ou pas de quartier pour les étiquettes ?

Episode 9 : La triste campagne buissonnière de Louis Aliot (09 / 03 / 2026)

Le maire d’extrême droite de Perpignan Louis Aliot va « sécher » les deux débats entre candidats prévus par les médias locaux. C’est une très mauvaise manière pour la démocratie. Ce n’est malheureusement pas une surprise, tant les candidats du Rassemblement National passent leur temps à se défiler.

On se souvient des élections législatives de 2022 et 2024. Ma concurrente dans la 1° circonscription des Pyrénées-Orientales, Sophie Blanc, avait passé son temps à éviter tous les débats proposés. Ou à m’éviter, on ne sait plus trop quoi ce qu’il serait juste de dire.

C’est désormais au tour de Louis Aliot d’emprunter les chemins d’une campagne buissonnière, caractéristique des (très) mauvais élèves. Il est vrai que son bilan constitue un lourd passif, dont il aurait eu beaucoup de mal à se dépêtrer dans un débat contradictoire. Bref, un véritable boulet !

Voici une bien triste conception du débat démocratique que de s’affranchir en permanence, et de manière unilatérale, des astreintes qui font pourtant la noblesse de la chose publique, autrement dit de l’exigence portée par la République. Cela signifierait-il que le maire d’extrême droite sortant pense n’avoir de comptes à rendre à personne, tant de son mandat passé que de son projet futur ?  A moins qu’il ne s’agisse (aussi) d’un insigne aveu de faiblesse…

Une fois de plus, Louis Aliot abaisse le niveau du débat public par le mépris qu’il manifeste sans vergogne à l’encontre de la chose démocratique. La démocratie n’est décidément pas compatible avec des « campagnes électorales buissonnières ». Il s’agit d’un véritable scandale démocratique qui devrait disqualifier l’auteur de cette forfaiture.

Episode 10 : Langevine / Brunet : panique à bâbord, crapuleries à tribord (10 / 03 / 2026)

La fébrilité semble s’emparer de la liste Langevine / Brunet. On avait déjà pu constater quelques couacs de fort mauvais aloi concernant la position à adopter au second tour à l’égard de La France Insoumise et de la liste « Perpignan, changez d’air ! ». Visiblement, l’une s’était imprudemment avancée, l’autre l’avait aussitôt recadrée, sans ménagement.

La nervosité se donne à voir également dans les méthodes de collages. Il y a quelques mois de cela, les amis d’Annabelle Brunet regroupés sous l’appellation (mal) contrôlée de « perpignanistes » avaient collé tous azimuts dans le seul but de nuire sans discernement. Certainement pas d’apporter une quelconque contribution, même modeste, au débat public. Des bandeaux pour masquer les noms des candidats, les logos, les intitulés de liste, ou même les visages pour les défigurer. Des militants plus anciens me disaient qu’ils s’agissaient de méthodes d’extrême droite…

Les dérives s’intensifient désormais avec le matériel officiel de la liste. Impossible de se cacher. Le but est toujours de saccager les affiches des autres. Force est de constater que ce sont surtout les affiches de la liste « Perpignan, changez d’air ! » qui sont ciblées ! Curieuse conception du pluralisme d’une campagne électorale ! Pour l’occasion, pas besoin de militants plus anciens pour arriver aux mêmes conclusions…

Panique à bâbord donc pour la liste Langevine / Brunet ! Car cette dernière qui s’imaginait jouer la gagne (en dépit d’un socle initial beaucoup trop faible pour l’espérer) est surpassée sur son bâbord par la liste d’union de la gauche et des écologistes menée par l’Insoumis Mickaël Idrac. En réaction, ce ne sont que crapuleries récurrentes sur son tribord pour une liste désormais clairement de droite !

Des circonstances atténuantes pour ces dérives ? Peut-être une. Quand on ne sait pas ce que militer au quotidien sur le terrain signifie, quand on est dépourvu de militants locaux des formations politiques soutenant la liste, quand on doit en conséquence avoir recours à des militants occasionnels sans la moindre éthique croyant que tout est permis… On sombre, comme des capitaines abandonnés !

Episode 11 : Jean-Marc Pujol, ou l’art de rajouter du passif au très lourd passif de Louis Aliot (11 / 03 / 2026)

L’ancien maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, de qui plus grand monde se soucie de recueillir l’avis, vient d’annoncer qu’il voterait pour le maire sortant d’extrême droite Louis Aliot. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour ce dernier.

En effet, le ralliement de Jean-Marc Pujol, qui restera comme le maire ayant permis, par son impéritie, à l’extrême droite de gagner la mairie de Perpignan, n’est pas porteur d’une réelle et véritable dynamique. C’est le moins que l’on puisse dire. Il est en effet associé à un bilan extrêmement négatif. De surcroît, il est renié en des termes très peu amènes par son prédécesseur Jean-Paul Alduy, qui avait crû bon de l’introniser en « roitelet de transition ». Il n’apportera qu’un passif supplémentaire au passif déjà très lourd constitué à une vitesse vertigineuse, en à peine un mandat, par Louis Aliot.

Jean-Marc Pujol est en définitive un homme isolé qui voit son ancienne majorité municipale s’éparpiller et s’étioler. Il y a ceux, nombreux, qui rejoignent Louis Aliot : les vaincus de 2020 font donc allégeance en 2026 à leur bourreau… Il y a ensuite ceux, en quantité non négligeable, qui rallient Agnès Langevine, déplaçant le centre de gravité de la liste clairement et nettement à droite… Il y a enfin ceux, très rares en définitive, qui restent dans l’ancienne maison de la droite avec Bruno Nougayrède, si bien que celui-ci aurait toutes les raisons du monde de se sentir bien seul.

Dans ces conditions, comment ne pas se délecter des propos de Xavier Baudry, qui remplaçait au pied levé le candidat buissonnier Louis Aliot au débat animé par L’Indépendant : « Le premier mandat de Louis Aliot a été consacré à réparer un héritage de 30 ans de carence de la gestion municipale ». Raison de plus pour accueillir sur sa liste tous ces incapables et incompétents ! A ce rythme, les passifs ne s’annulent pas, ni même ne s’additionnent : ils vont se multiplier de manière exponentielle…

Cessons les dégâts, et pour cela votons pour la seule liste proposant un projet de ruptures nécessaires avec l’ordre ancien failli et défaillant, « Perpignan, changez d’air ! », conduite par Mickaël Idrac et rassemblant la gauche et les écologistes (La France Insoumise, Les Ecologistes et Génération.s). Il y a vraiment un besoin urgent de changer d’air et d’ère ! 

Cogitations estivales prométhéennes (5° édition)

Thuir, Mercredi 29 juillet 2026, 19 heuresMaison du citoyen, salle des ainés, (avenue Ecoiffier)

Conférence / débat animée par Francis DASPE Animateur de La France Insoumise et Président de l’AGAUREPS-Prométhée

Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxembourg 

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée

Chez Francis Daspe  19 avenue Carsalade du Pont, porte 2, 66100 PERPIGNAN

Site internet : www.agaureps.org

Courriel : agaureps@orange.fr  

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 178 MARS / AVRIL 2026

Sommaire du numéro 178 : Spécial « Géopolitique » 

  • Edito de Agathe RAENO « Les différents temps de la réflexion géopolitique »page 2
  • Texte de Thierry DONGUAT « Terres rares convoitées pour conflits pas rares » page 3
  • Fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2026 page 15

Edito: Les différents temps de la réflexion géopolitique

Cette Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée n° 178 est le désormais traditionnel numéro annuel consacré à la géopolitique. La réflexion géopolitique constitue un des fils rouges des travaux de l’AGAUREPS-Prométhée, selon le principe bien établi que bien souvent la géopolitique commande à la politique.

            C’est aussi le moment d’approfondir la compréhension de la marche du monde, en dépassant les débats hexagonaux. C’est l’occasion de porter un regard distancié sur l’actualité. Le sujet retenu, celui des terres rares, s’y prêtait volontiers. Nous avions opté pour le temps long de la géopolitique, en essayant d’anticiper sur les évolutions à venir. Le titre le montre clairement : terres rares convoitées pour conflits pas rares.

            Le sujet s’inscrivait pleinement dans le contexte global. Celui-ci se caractérise par la prégnance, du moins en surplomb, de la question de la guerre et de la paix. Il serait plus juste de dire davantage de la guerre que de la paix. La guerre redevient centrale dans les relations internationales. Nous vivons dans un contexte de plus en plus anxiogène, avec de multiples franchissements de seuil. Le monde bipolaire de la guerre froide les faisait craindre, mais ils ne se produisirent quasiment jamais en raison, entre autres, de l’équilibre des forces et de la dissuasion nucléaire. Le monde, tout à la fois unipolaire et multipolaire, se forçait à croire et à faire croire qu’ils ne pourraient plus jamais survenir. Le monde actuel est en réalité bien plus instable qu’on ne se l’imaginait. 

            Le retour au pouvoir de Donald Trump constitue un élément supplémentaire d’incertitude et de déstabilisation. Pourtant, à l’exemple de la question des terres rares, il ne s’agit de que des mêmes sujets constamment renouvelés. Les questions de la puissance, de l’impérialisme, de ressources à contrôler, du colonialisme ou du néo-colonialisme restent l’arrière plan des relations et des tensions diplomatiques. Rien de bien nouveau en fait. Et portant…

             Le temps court de la géopolitique a repris le dessus, avec les derniers épisodes du Venezuela et de l’Iran. Chacun dans leur registre, ils sont amenés à bouleverser les réalités géopolitiques. La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, disait Clausewitz. L’idée de bannir l’idée même de guerre que le principe de sécurité collective avait au XX° siècle tenté de faire triompher semble bien désuète. La guerre devient davantage qu’une option parmi d’autres : elle tend à devenir l’instrument préférentiel des puissants.

            La dérive est préoccupante. Plus que jamais, il y a urgence à penser la géopoliyique dans ses différentes temporalités. L’AGAUREPS-Prométhée continuera à s’y employer.

Agathe RAENO 08 / 03 / 2026

Terres rares convoitées pour conflits pas rares

Sommaire

I/ Définir les terres rares page 4

● Au nombre de 17…

● à ne pas confondre avec les métaux rares

● Début de la découverte et de l’utilité

● Utilisations diverses

II/ Géographie des terres rares page 7

● Les réserves

● La production

● Le primat de la Chine

III/ Enjeux géopolitiques  page 8

● L’OMC et la Chine 

● Économies et diversification de l’approvisionnement

● Les Etats-Unis

● Impact environnemental

● La France et la tradition des terres rares

IV/ Géopolitique des conflits page 12

● Au cœur, le conflit Chine / Etats-Unis

● Des excroissances : Ukraine, Groenland, Tibet

● Des excroissances à d’autres minerais proches : le lithium et le coltan

Les terres rares, désignées par l’acronyme REE (pour l’anglais rare-earth element), sont un groupe de métaux aux propriétés voisines. Contrairement à ce que pourrait suggérer leur appellation, ces métaux sont relativement abondants dans la croûte terrestre, au même titre que certains métaux usuels.

Le terme de terres rares provient plutôt de la complexité de leur extraction. Il vient également du fait qu’on les a découvertes à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle dans des minerais (d’où le nom de « terres », utilisé à l’époque en français, langue des échanges internationaux), pour les oxydes réfractaires au feu peu courants à cette époque et à l’exploitation commerciale rendue compliquée par le fait que ces minerais étaient éparpillés et les terres difficiles à séparer les unes des autres : « terres rares » signifiait donc « minerais rares ». Sous forme élémentaire, les terres rares ont un aspect métallique. Elles sont assez tendres, malléables (qui a la propriété de s’aplatir  et de s’étendre en lames ou feuilles) et ductiles (qui peut être allongé, étendu, étiré sans se rompre).

Les terres rares font désormais partie des matières premières stratégiques. En raison de leurs usages multiples, souvent dans des domaines de haute technologie revêtant une importante dimension géopolitique, les terres rares font l’objet d’une communication restreinte de la part des États, de sorte que les statistiques macroéconomiques à leur sujet demeurent très lacunaires et imprécises.

I/ Définir les terres rares

Au nombre de 17…

La famille des terres rares est composée de 17 métaux. Elle comprend le scandium, l’yttrium et les quinze lanthanides (lanthane, cérium, praséodyme, néodyme, samarium, prométhium, terbium, europium, dysprosium, gadolinium, erbium, thulium, holmium, lutécium, ytterbium). L’appellation d’une terre rare dérive, selon les cas, du nom de lieu de la découverte, du nom d’un découvreur, de la mythologie ou encore des circonstances de la découverte.

Il existe deux catégories de terres rares: les terres rares lourdes et les terres rares légères. Généralement, la distinction se fait par l’intermédiaire du nombre atomique: plus le nombre est élevé et plus l’élément sera lourd. Les terres rares légères[1] sont produites en quantités supérieures car elles sont plus abondantes dans les gisements. À l’inverse, les terres rares lourdes[2] sont plus complexes et plus coûteuses à extraire. Elles sont utilisées dans des produits technologiques à plus forte valeur ajoutée. Leurs propriétés font de ces minerais des éléments critiques pour nos sociétés, en particulier ceux qui améliorent les performances des aimants.

… à ne pas confondre avec les métaux rares

Les terres rares diffèrent d’autres métaux, dits stratégiques, pouvant être appelés rares, mais qui ressortent à d’autres catégories. Elles sont pourtant parfois confondues avec ces derniers.   

Les métaux rares ou peu abondants, les plus nombreux, sont ceux compris entre 1 et 1000 ppm[3] (plomb, cuivre, zinc, nickel, cobalt, molybdène, tungstène, etc.). Il n’y a pas non plus de classification universelle pour parler des métaux rares. On ne peut pas établir une liste exhaustive de ces minerais, tout dépendant des facteurs de rareté pris en considération: la quantité de métal disponible dans la croûte terrestre, le niveau de demande, les usages industriels ou encore le potentiel de recyclabilité.

Les métaux rares sont au nombre de 21 (Cobalt, Germanium, Béryllium, Bismuth, Borate, Baryte, Charbon à coke, Spath fluor, Gallium, Silicium métal, Platine, Magnésium, Indium, Graphite naturel, Niobium, Tantale, Tungstène, Antimoine, Palladium, Rhodium, Vanadium). Les terres rares font partie des métaux rares, en constituant la 22°catégorie.

Ces métaux stratégiques sont les éléments de bases de l’industrie moderne. À la différence des métaux comme l’acier ou l’aluminium, ils sont inégalement répartis à la surface du globe et donc potentiellement soumis à des risques d’approvisionnement.

Début de la découverte et de l’utilité

L’aventure débute en 1787, lorsqu’un minéralogiste amateur suédois, lieutenant d’artillerie de son état, Carl Axel Arrhenius, visite les carrières de feldspath d’Ytterby. Il y découvre un minéral noir qu’il nomme « ytterbite » : un nouvel oxyde est alors identifié qui prendra le nom d’yttria et yttrium. En 1803, le cérium est identifié indépendamment en Allemagne et en Suède.

Par la suite, les autres terres rares seront découvertes  jusqu’au début du XX° siècle. Il faut attendre le projet Manhattan[4], dans les années 1940, pour que les terres rares soient purifiées à un niveau industriel. En effet, les terres rares sont difficiles à extraire et doivent attendre le projet Manhattan pour être produites en grande quantité, le chimiste canadien Frank Spedding mettant au point des techniques de séparation par échange d’ions sur résines qui permettent d’obtenir des terres rares à l’état pur.

A partir des années 1970, l’yttrium trouve une application de masse dans la fabrication de luminophores des tubes cathodiques utilisés dans la télévision couleur.

Utilisations diverses

Les terres rares possèdent de multiples usages, ce qui leur octroie une fonction de plus en plus stratégique. Nombre de ces éléments possèdent des propriétés uniques qui les rendent utiles dans de nombreuses applications. Ces minerais ont des propriétés exceptionnelles. Depuis les années 1970, leur utilisation est très répandue dans l’industrie, jusqu’à être devenue indispensable dans certains domaines

Elles sont omniprésentes dans l’industrie de pointe et les nouvelles technologies. On les retrouve dans la fabrication des composants électroniques, dans les ordinateurs et les smartphones mais aussi dans les batteries de véhicules électriques, pour citer quelques exemples. Ils sont indispensables dans l’aéronautique militaire, la construction spatiale et le nucléaire. L’informatique, la chimie, les raffineries, la fabrication d’aciers ne peuvent pas s’en passer.

Les terres rares scandent également notre vie quotidienne : l’électroménager, l’éclairage, la téléphonie, les filtres micro-onde, les bougies d’allumage, les batteries nickel-métal, les écrans etc. Elles jouent un rôle de premier plan dans la médecine et la santé (verres, ophtalmologie, dentisterie, traitement du cancer, radiothérapie, sondes biologiques, agent de contraste en IRM, radiographie médicale etc.).

Ces terres rares font enfin partie intégrante de la nouvelle révolution industrielle liée aux énergies vertes. En effet, elles entrent aussi dans la composition des super-aimants présents dans les turbines des éoliennes et dans les panneaux photovoltaïques, la miniaturisation d’aimants très performants, utilisés dans certaines éoliennes en mer, le stockage de l’hydrogène, le craquage des hydrocarbures etc.

II/ Géographie des terres rares

Une géographie des terres rares d’un point de vue géopolitique passe par un distinguo entre réserves et productions. Les deux catégories peuvent ne pas se recouper totalement, ce qui modifie les perspectives. Les réserves de terres rares ne sont pas forcément toutes bien recensées, quand elles ne sont pas à dessein dissimulées pour partie. Elles sont en outre réparties très inégalement à la surface de la Terre, le plus souvent en deçà des concentrations rendant leur exploitation minière économiquement viable.

Les réserves

Les réserves mondiales en oxydes de terres rares étaient estimées par l’Institut d’études géologiques des États-Unis à 120 millions de tonnes en 2021, détenues à 37 % par la Chine, devant le Brésil (18 %), le Viêt-Nam (18 %), la Russie (10 %), l’Inde (6 %), l’Australie (2,8 %), les États-Unis (1,2 %). Mais la Chine estime détenir seulement 30 % des réserves mondiales de terres rares, bien qu’elle fournisse 90 % des besoins de l’industrie.

Les réserves de terres rares sont donc difficiles à évaluer. En juillet 2011, des scientifiques japonais ont annoncé avoir trouvé une nouvelle réserve de terres rares dans les eaux internationales du Pacifique (à 1 850 kilomètres au sud-est de Tokyo), qui pourrait élever significativement le niveau de réserves connues. Ces nouvelles réserves seraient réparties sur 78 sites à des profondeurs de 3 500 à 6 000 mètres. L’Algérie renfermerait dans son sous-sol 20 % des réserves mondiales de terres rares. La société minière publique suédoise LKAB révèle l’identification d’un gisement de terres rares de plus d’un million de tonnes au nord de la Suède, le plus grand en Europe.

La production

La production mondiale d’oxydes de terres rares s’élevait à 280 000 tonnes en 2021, dont 168 000 tonnes en Chine, soit 60 % du total mondial ; les États-Unis, deuxième producteur, en ont extrait 43 000 tonnes (15 %), la Birmanie 26 000 t (9 %), l’Australie 22 000 t (8 %),la Thaïlande 8 000 t (3 %), Madagascar 3 200 t (1,1 %), l’Inde 2 900 t (1,0 %), la Russie 2 700 t (1,0 %).

Jusqu’en 1948, la plupart des sources de terres rares provenait de dépôts de sable en Inde et au Brésil. Durant les années 1950, l’Afrique du Sud est devenue le principal producteur après la découverte d’immenses veines de terres rares à Steenkampskraal.

Depuis le début des années 2000, les mines indiennes et brésiliennes produisent toujours quelques concentrés de terres rares. Mais elles ont été très nettement surpassées par la production chinoise. Les États-Unis et l’Australie, qui disposent de réserves importantes, avaient cessé de les exploiter en raison des prix très concurrentiels de la Chine et des inquiétudes environnementales. Car du fait des conséquences sur l’environnement de l’extraction et du raffinage des terres rares, la plupart des exploitations ont été fermées dans les pays développés.

Le primat de la Chine

La Chine dispose de 37 % des réserves mondiales et en produit 70%, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Les autres pays sont loin derrière. On peut bien parler de primat de la Chine en la matière. Pour asseoir son contrôle sur ces minéraux stratégiques, la Chine met en œuvre une politique industrielle de long terme. Les trois géants industriels chinois des terres rares sont China Northern Rare Earth, China Minmetals et China Rare Earth. Elle s’emploie également à bousculer le grand jeu géopolitique mondial.

Pour cela, la Chine s’appuie sur le gisement exceptionnel de Bayan Obo (en Mongolie intérieure), qui compte pour environ 45 % de la production mondiale. Toute la gamme des terres rares y est extraite. L’autre pilier de sa puissance réside dans la base industrielle, technologique et scientifique de la ville de Baotou, la « capitale chinoise des terres rares ». On trouve aussi des terres rares sur le plateau tibétain. De plus, des mines illégales sont répandues dans la campagne chinoise, souvent liées à des pollutions des eaux environnantes. La Chine représente 80 % des importations vers les États-Unis.

Si la Chine produit 70% des terres rares, elle en purifie encore près de 90 % de la production. C’est ainsi qu’un consortium MP Materials emmené par le groupe chinois Shenghe (participation minoritaire sans droit de vote pour ce dernier)  a mis la main en 2017 sur la mine de Mountain Pass, dans le désert californien, le seul grand gisement américain de terres rares, après la faillite de l’exploitant américain Molycorp. La mine de Mountain Pass a été rouverte. Ces terres, à la concentration exceptionnellement élevée de 7 à 8 % (quand elle ne dépasse pas les 2 % en Chine), contiennent notamment du néodyme et du praséodyme, indispensables dans la confection des aimants permanents présents dans certains alternateurs et moteurs électriques. La mine a produit plus de 15 % de la production mondiale. La séparation des métaux est réalisée en Chine. Mais la relocalisation de la purification aux Etats-Unis est en cours, quand bien même Shenghe, une entreprise chinoise contrôlée en partie par l’État, détient toujours un peu moins de 10 % du capital.

III/ Enjeux géopolitiques

La Chine s’octroie 90% du raffinage des terres rares extraites dans le monde, sans se préoccuper des impacts environnementaux. Dès les années 2010, des inflexions sont apparues dans la politique chinoise. Elles visaient à restreindre les exportations par une règlementation contraignante, faire grimper les prix, interdire même la vente à l’étranger de certains métaux nécessaires à la construction des réacteurs nucléaires ou des fuselages d’avions militaires américains les plus sophistiqués. La guerre des tarifs douaniers décidée par Donald Trump constitue une donnée géopolitique d’importance de nature à impacter ce secteur tellement sensible.

L’OMC et Chine  

La prépondérance de la Chine inquiète les pays occidentaux. Ils cherchent à diversifier leur approvisionnement, et ce d’autant plus que la Chine avait annoncé en septembre 2009 vouloir réduire ses quotas d’exportation à 35 000 tonnes par an (sur une production de 110 000 tonnes) dès 2010. L’argumentation justifiant cette décision portait sur la volonté de préserver des ressources rares et l’environnement. En effet, le ministère chinois du Commerce avait affirmé que les réserves de terres rares du pays avaient chuté de 37 % entre 1996 et 2003 (d’où sa tendance maintenue à minimiser publiquement les ressources à 30% désormais). Mais ces mesures visent surtout à satisfaire sa demande interne, en forte croissance. La Chine a à la fois réduit ses quotas d’exportation de 5 % à 10 % selon les années, et limité la production pour que ses réserves ne s’épuisent pas trop rapidement.

Mais, après des plaintes déposées par l’Union européenne, les États-Unis, le Japon et le Mexique en 2009 et en 2012, l’OMC (Organisation mondiale du commerce) a condamné la Chine à mettre un terme aux quotas imposés pour les terres rares.  Cette dernière a mis fin début 2015 aux quotas à l’exportation qu’elle avait décidés sur les terres rares ; ces quotas sont remplacés par un régime de licences nécessaires aux producteurs chinois pour vendre à l’étranger.

Les autorités chinoises avaient fait savoir par ailleurs que le pays ne souhaitait plus assumer le coût écologique lié à la production très polluante de l’immense majorité des terres rares du monde. En mai 2019, en pleine escalade du conflit commercial sino-américain, la Chine menaçait de couper l’approvisionnement des États-Unis en terres rares, une ressource cruciale pour de nombreuses industries.

Économies et diversification de l’approvisionnement

La flambée des prix des terres rares et le quasi-monopole chinois ont conduit plusieurs pays à relancer l’exploration. Dès 2011, plus de 312 projets d’exploration de gisements de terres rares étaient recensés sur la planète, impliquant plus de 202 sociétés de tailles très diverses dans pas moins de 34 pays. Au début 2015, seuls deux gisements sont exploités en dehors de Chine, l’un à l’ouest de l’Australie, Mount Weld, l’autre, Mountain Pass, en Californie. Une cinquantaine de projets sont en cours de développement, dont la moitié bien avancés, en particulier au Canada (Hoidas Lake), en Australie et au Groenland[5] (à Kvanefjeld). La réouverture de la mine sud-africaine est à l’étude. Certains gisements vietnamiens et russes sont aussi en cours d’évaluation. La société australienne Lynas a ouvert une mine en Malaisie, une des plus importantes de terres rares hors de Chine. Le projet de Norra Kärr en Suède, l’un des rares en Europe, est très attendu par le marché européen, car il peut produire en quantité du dysprosium, terre rare devenue de plus en plus difficile à obtenir pour les industriels. 

            Cette flambée des prix a aussi conduit les pays consommateurs à mettre en place un meilleur recyclage des produits manufacturés. Le Japon mise ainsi fortement sur la récupération des terres rares pour alimenter son industrie nationale. Le recyclage des terres rares (très complexe dans le cas des alliages) a souvent un coût supérieur à leur valeur. Le prix des métaux rares recyclés pourrait être compétitif si les cours des matières premières étaient eux-mêmes élevés, mais depuis plusieurs années ils sont bas. Dans l’ensemble, le recyclage des terres rares est encore peu développé à cause de plusieurs facteurs, dont la faible quantité présente dans les objets, leur impureté dans certains cas, des procédés de recyclage trop coûteux par rapport à l’achat de terres rares extraites du sol. L’amélioration de leur recyclage pourrait contribuer à résoudre les problèmes économiques, environnementaux et géopolitiques que posent leur extraction et leur utilisation.

Le réveil des Etats-Unis

Depuis Donald Trump, l’administration tente de recréer une filière industrielle sur le sol américain, au nom de la souveraineté nationale. Le Pentagone distribue ainsi des financements afin de recréer une filière intégrée des terres rares, dont l’un des bénéficiaires est MP Materials, qui exploite la mine de Mountain Pass en Californie (en co-entreprise avec General Motors et avec le chinois Shenghe).

Ils doivent fabriquer des aimants au néodyme au Texas, environ un millier de tonnes par an, de quoi équiper un demi-million de moteurs électriques. La société USA Rare Earth compte ouvrir la deuxième usine américaine d’aimants à Stillwater, dans l’Oklahoma. USA Rare Earth a levé des fonds pour acquérir 80 % d’un projet minier dans le Texas : Round Top, qui recèle des terres rares « lourdes » (terbium, dysprosium). L’extraction va commencer fin 2025, début 2026[6].

Le gouvernement américain a réuni en 2022 plusieurs pays amis dans un Partenariat de sécurité des minéraux (MSP), dont font partie la France, la Corée du sud, l’Australie, l’Union européenne. Un accord commercial sur les minéraux critiques a été signé en mars 2023 avec le Japon.

En juin 2024, la société américaine Critical Metals annonce avoir déboursé 211 millions de dollars pour acquérir 92,5 % du projet d’extraction de terres rares Tanbreez, au Groenland. Il s’agit de l’un des plus vastes gisements au monde et le projet a déjà reçu des autorités locales les permis nécessaires pour exploiter le sous-sol. Les États-Unis ont déjà porté leur part de marché dans la production d’oxydes de terres rares de 0 à plus de 15 % depuis la réouverture en 2018 de la mine de Mountain Pass, en Californie, avec l’aide du ministère de la Défense. Ils dépendent encore de la Chine pour le raffinage, surtout pour les terres rares « lourdes », les plus recherchées par l’industrie de l’armement. C’est pourquoi le Pentagone a passé en 2022 un contrat de 120 millions de dollars avec l’australien Lynas pour construire une usine de terres rares « lourdes » au Texas.

Impact environnemental

L’extraction pose des problèmes environnementaux importants. L’extraction et le raffinage des terres rares requièrent de nombreux solvants et acides forts, ainsi que de grandes quantités d’eau et d’énergie, car ils s’effectuent le plus souvent à haute température. Tous ces procédés entraînent le rejet de nombreux éléments toxiques.

L’impact de l’exploitation des terres rares sur l’environnement a des conséquences sociales majeures en Chine. Le gouvernement essaye de mieux rentabiliser son monopole pour en équilibrer les effets néfastes et pour mettre en place les processus coûteux permettant de réduire l’impact environnemental. Pékin instaure des quotas sévères pour réduire ses exportations, ce qui lui pose des problèmes avec l’OMC.

Officiellement, en Chine, les bénéfices financiers liés à l’exploitation des terres rares ne couvrent pas le coût du désastre écologique : les treize entreprises cotées du secteur, dont l’aciérie de Baotou, ont affiché en tout un bénéfice de 6,075 milliards de yuans en 2011, soit une multiplication par plus de deux du bénéfice de 2010 (2,438 milliards de yuans). Mais cela reste incomparable avec le coût nécessaire pour couvrir le traitement de la pollution sectorielle. Selon la Société chinoise des terres rares, la production d’une tonne de terres rares à Bayan Obo s’accompagne du rejet de grandes quantités de gaz contenant de l’acide sulfurique, de l’acide fluorhydrique et du dioxyde de soufre, d’eau acide et d’une tonne de déchets radioactifs. Les terres rares ne sont pas des minerais radioactifs en eux-mêmes. Mais l’activité qui consiste à les séparer d’autres minerais radioactifs (thorium, uranium) auxquels ils sont associés dans la croûte terrestre produit des déchets radioactifs.

À Baotou, plus grand site chinois de production, les effluents toxiques sont stockés dans un lac artificiel de 10 km2 dont les trop-pleins sont rejetés dans le fleuve Jaune, l’équivalent de dix mille piscines olympiques contenant 149 millions de tonnes de déchets faiblement radioactifs. Les échantillons de sol prélevés près des décharges contiennent par exemple 36 fois la quantité normale de thorium. La pollution radioactive mesurée dans les villages de Mongolie-Intérieure proches de Baotou est de 32 fois la normale (à Tchernobyl, elle est de 14 fois la normale). En conséquence, le bétail autour des sites d’extraction meurt, les récoltes chutent et la population est atteinte de cancers. D’après la carte des « villages du cancer » en Chine, la mortalité par cancer y est de 70 %. Il s’agit de cancers du pancréas, du poumon et de leucémies.

La France et la tradition des terres rares

Les techniques de séparation par cristallisation fractionnée sont développées par des français, Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran et Georges Urbain, au début du XXe siècle. La chimie des terres rares est alors devenue une tradition française : au niveau de la recherche, un laboratoire des terres rares est fondé par Urbain dans les années 1930 à l’École nationale supérieure de chimie de Paris et repris par deux de ses anciens élèves, Paul Job et Félix Trombe. Un deuxième laboratoire à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, est repris et dirigé par un de ses élèves Georges Champetier. Au niveau industriel, l’usine de La Rochelle du groupe Rhodia fut la plus grande usine de séparation des terres rares.

La Société des produits chimiques des terres rares est fondée en 1919 par Georges Urbain avec le soutien financier du groupe Worms ; elle installe une usine de traitement de monazite à Serquigny, en Normandie. Cette usine est détruite par les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1948, la Société des terres rares installe un établissement à La Rochelle qui devient ensuite l’usine Rhodia-Terres rares (appartenant à Rhône-Poulenc). Jusqu’aux années 1990, Rhône-Poulenc / Rhodia purifiait la moitié des terres rares produites dans le monde. Il a ensuite délocalisé en Chine les processus de purification les plus polluants, alors réalisés près de La Rochelle.

En 2012, des quotas chinois à l’exportation de terres rares menacent la fourniture d’industries de haute technologie en Europe ou en Amérique. Pour cela, Rhodia (le groupe belge Solvay venait de lancer une OPA amicale) a ouvert une unité de récupération de poudre blanche de lampes à Saint-Fons (région lyonnaise), ainsi qu’une unité de récupération/retraitement à La Rochelle. Les deux sites ont été fermés fin 2016 pour manque de rentabilité. Un pôle de compétitivité, TEAM2 (Technologies de l’Environnement Appliquées aux Matières et aux Matériaux) basé dans le Pas-de-Calais, se spécialise dans le recyclage de ces terres rares.

Le 17 mars 2025, à Lacq, près de Pau, sur un ancien site gazier de Total, était posée la première pierre d’une entreprise de recyclage et de raffinage des terres rares[7]. La future usine franco-japonaise devrait assurer près de 15% de la production mondiale de terres rares dès janvier 2027 (notons que les projections sont en de telles circonstances portées par l’enthousiasme très souvent exagérément optimistes). Il s’agira d’opérations de production (extraire, traiter, séparer, purifier) qui nécessitent beaucoup d’électricité, d’eau et de produits chimiques. Les risques de pollutions sont importants et les dommages environnementaux lourds. C’est pour cela, en partie seulement, que les Etats-Unis et l’Europe avaient fait le choix dans les années 1990 de laisser partir leurs productions vers la Chine. Nous avons vu que la filiale de Rhône-Poulenc, Rhodia, installée à La Rochelle, raffinait la moitié des terres rares extraites dans le monde.

IV/ Géopolitique des conflits

Par le passé, les futures guerres pouvaient être déterminées par la volonté de contrôler des ressources stratégiques comme le charbon, les minerais de fer, le pétrole ou l’uranium. Certains, avec pertinence, eurent la présence d’esprit d’ajouter les conflits d’usage et d’intérêts autour de l’appropriation de l’eau, ressource de plus en plus rare, de moins en moins abondante, plus que jamais convoitée.

Il convient, sans aucun doute, d’intégrer désormais les terres rares pour dessiner une nouvelle géopolitique des conflits et des guerres, en cours et, encore plus, à venir.  Quelques exemples bien choisis, sans prétendre à une quelconque exhaustivité forcément vouée à l’échec, permettront d’en avoir un aperçu significatif.

Au cœur, le conflit Chine / Etats-Unis

La lutte pour la domination mondiale oppose déjà les Etats-Unis, seule hyper-puissance planétaire depuis la fin de la guerre froide, à la Chine, puissance en émergence fulgurante. Dans cette concurrence de plus en plus exacerbée, la question des terres rares prend une importance accrue. Le début de la filière chinoise des terres rares remonte au début des années 1980, en appoint de la stratégie d’ouverture au monde décidée quelques années après la mort de Mao. Deng Xiaoping n’avait-il pas résumé la situation de la sorte : « Le Moyen-Orient a le pétrole, au XXI° siècle la Chine aura les terres rares » ?

Les Etats-Unis éprouvent un besoin urgent et massif de terres rares. La Chine en possède en quantité et en produit en proportion, disposant de la sorte d’un moyen de pression potentiel. La Chine a élaboré une stratégie de long terme, articulant levier d’influence et préservation de la ressource. C’est dans cette optique qu’elle a à partir des années 2010 commencé à limiter ses exportations de terres rares. L’OMC a demandé aux autorités chinoises de mettre fin à ces restrictions commerciales.

Elles ont défini d’autres modes opératoires pour parvenir aux mêmes objectifs. Les terres rares font l’objet de contrôle à l’exportation. Les produits ou technologies contenant plus de 0,1% de ces terres rares ne pourront plus être exportés librement. Une licence délivrée par Pékin sera obligatoire. Les clients liés au secteur de la défense en seront automatiquement exclus. Cette règle s’appliquera de manière extraterritoriale à des biens déjà hors de Chine. Par exemple, si la France veut vendre à un pays européen un avion contenant plus de 0,1% de ces éléments de terres rares, il devra demander une licence d’exportation au ministère du commerce chinois.

Cette disposition témoigne d’un franchissement de seuil de la puissance chinoise. Le principe de l’extraterritorialité était jusqu’alors l’apanage des Etats-Unis. Pékin s’octroie désormais un droit de regard sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce que seuls les Etats-Unis se permettaient de faire dans le secteur militaire. Ce privilège d’extra-territorialité s’explique par plusieurs chiffres que nous avons eus l’occasion de citer. La Chine réalise 60% de l’extraction mondiale des terres rares et 90% de leur raffinage. 70% des terres rares consommées aux Etats-Unis arrivent de Chine. 100% de l’yttrium utilisé dans l’armement américain est importé, dont 93% depuis la Chine.

Chacun des deux utilise en quelque sorte ses avantages comparatifs. Jusqu’alors, les Etats-Unis interdisaient à la Chine l’accès aux semi-conducteurs de dernière génération (dont la majorité est fabriqué à Taïwan, ce qui renforce la volonté quasi compulsive de la Chine communiste d’annexer la Chine anciennement nationaliste de l’île de Taïwan). Pékin rétorque avec des contrôles sur ses exportations de métaux, rompant un tabou en appliquant une extraterritorialité aux sanctions. Les licences sont accordées au compte-gouttes par le gouvernement chinois, ce qui ne permet pas pour les Etats ou les entreprises de l’étranger de constituer des stocks. Les conséquences peuvent être concrètes : c’est ainsi que la lenteur de la bureaucratie chinoise a obligé Ford à fermer temporairement son usine de Chicago.

Pour contourner la difficulté, les Etats-Unis tentent de réagir de deux manières. Ils investissement pour réactiver des mines sur le territoire américain pour en extraire des terres rares. Ils essaient en complément de relocaliser l’activité de traitement final. De manière générale, la question des terres rares s’inscrit dans la rivalité commerciale sino-américaine au long cours. Le 28 octobre 2025, les Etats-Unis ont ainsi déclaré que la Chine reportera d’un an le durcissement prévu des contrôles à l’exportation des terres rares. En échange, les droits de douane de 100% sur les produits chinois sont écartés.

Des excroissances : Ukraine, Groenland, Tibet

Un autre levier est de plus en plus utilisé, dans une logique davantage impérialiste dirions-nous pour rester dans l’euphémisme. Il s’agit de contrôler la production de terres rares à l’étranger, peu importent la forme et les moyens utilisés, du partenariat économique à l’annexion pure et simple. C’est la visée exprimée par Donald Trump de façon plus ou moins directe.

Une des raisons de la spectaculaire humiliation infligée par Donald Trump devant les caméras du monde entier à l’encontre du président ukrainien Volodymir Zelinsky à la Maison Blanche a trait à la question des terres rares (entre autres). En contrepartie de l’aide militaire accordée à l’Ukraine, le président Trump exigeait des compensations. Il voulait un accord permettant, pour faire bref mais juste, aux Etats-Unis de mettre la main sur ces minerais stratégiques tant convoités dont le sous-sol de l’Ukraine regorge. Le refus initial du président Zelinsky l’avait mis en fureur, c’est le moins que l’on puisse dire. Le début de raccommodement entre les deux s’explique par une plus grande compréhension sur le sujet de l’Ukraine. Des terres rares en guise d’indemnisation pour la fourniture d’armes, voilà les termes du marché à conclure pour Donald Trump.

Les velléités publiquement affichées par Donald Trump d’annexion du Groenland s’inscrivent, pour partie là aussi, dans une logique identique. Le contrôle de routes maritimes, dont l’acuité sera accentuée à moyen terme par les effets du réchauffement climatique, et la position stratégique de cette énorme masse continentale en faisant une pièce maîtresse pour un projet militaire de « Dôme d’or » ne sont pas les seules motivations nord-américaines. Le Groenland recèle en son sous-sol des gisements de terres rares. En effet, il recèle 23 des 34 matières premières critiques identifiées par l’Union Européenne. C’est le cas de minerais clés pour la transition énergétique. Si ces ressources sont limitées, elles restent cependant assez largement inexploitées. D’où les tentations de certains. Les Etats-Unis se lancent dans une nouvelle ruée vers les terres rares de la planète, le cas échéant au mépris de la souveraineté sur le Groenland du Danemark, pourtant pays allié au sein de l’OTAN. 

De manière symétrique, l’attitude de la Chine à l’égard du Tibet est complexifiée par la question des inévitables terres rares. En plus d’être le château d’eau de la Chine et d’autres raisons plus politico-historiques ou militaires, le Tibet possède des terres rares. Il n’en était pas besoin, mais voici une raison supplémentaire qui confirme que la Chine n’abandonnera pas le Tibet de sa propre volonté, depuis son annexion en 1959.

Des excroissances à d’autres minerais proches : le lithium et le coltan

D’autres minerais, tout autant rares, également proches des terres rares, possèdent une importance semblable dans les domaines industriels et militaires. Ils suscitent des conflits peu ou prou identiques. C’est le cas du lithium en Bolivie et du coltan en République démocratique du Congo. Les deux exemples dévoilent l’étendue des enjeux portés par les conflits liés à l’accès, au contrôle et à l’exploitation des ressources.

Le lithium en Bolivie est en effet l’objet de nombreuses luttes politiques et sociales. Le petit pays possède l’une des plus grandes ressources en lithium. C’est un métal précieux, notamment pour la fabrication des batteries. L’ancien président Evo Morales, premier président indigène du pays, en avait fait un symbole de fierté et de souveraineté nationale. C’est que le débat oppose, classiquement, ceux qui veulent l’ouverture de la ressource aux multinationales et ceux qui refusent de céder le lithium aux étrangers. Les peuples indigènes sont mécontents que les bénéfices du lithium ne leur soient pas destinataires. Malgré les sommes investies, la Bolivie reste à la traîne de ses voisins du « triangle du lithium », Argentine et Chili, qui produisent beaucoup plus. L’entreprise publique YLB (Yacimientos de Litio Bolivianos) manque de technologie et de moyens.

L’autre débat concerne la place de l’extractivisme, ou exploitation massive de ressources naturelles, dans l’avenir et le développement du pays. Là aussi, le clivage a été joué mille fois ailleurs. Certains ne voient que des vertus à l’extractivisme. D’autres craignent les conséquences nocives en matière d’impact environnemental. Les faits donnent des arguments à ces derniers. La végétation verdoyante a laissé la place à des étendues désertiques.

Partage plus équitable des profits et protection plus forte de l’écosystème constituent les deux pierres d’achoppement. La croissance de l’économie bolivienne a reposé longtemps sur l’exportation de ses ressources naturelles, notamment le gaz. Mais aujourd’hui l’extractivisme est de plus en plus perçu comme un « mauvais business », avec peu de bénéfices et beaucoup de dégâts.

            Les rivalités autour de l’exploitation du coltan apportent force désagréments à la République démocratique du Congo (RDC), c’est-à-dire à l’ancien Zaïre. Plus particulièrement les provinces orientales du Kivu qui sont un véritable un « scandale géologique ». Elles regorgent de tungstène, d’or, de lithium, de diamants, de tantale, et surtout, de coltan. Ce dernier est indispensable pour la production des smartphones et des systèmes de guidage des missiles. La mine de Rubaya, dans le nord Kivu, produit 15% du coltan mondial.

Le coltan s’insère dans le cortège d’affrontements armés persistants de la région. Le soi-disant accord de paix conclu par l’entremise de Donald Trump n’a guère changé les données : les combats continuent de manière endémique. Le conflit oppose en fin de compte le Rwanda et la République démocratique du Congo par l’intermédiaire de milices armées. Le M 23 est le bras armé du Rwanda au Kivu. Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) sont un regroupement de réfugiés hutus rwandais en RDC, soutenu par la RDC, dont le but est de reprendre le pouvoir au Rwanda perdu après le génocide de 1994. La mine de Rubaya est désormais sous contrôle du M 23. Une administration parallèle a été mise en place pour assurer le transport et le commerce du minerai vers le Rwanda, au grand désappointement du Congo s’estimant spolié de ses richesses. Il semble avéré qu’une partie du coltan est ensuite expédié vers les Etats-Unis… Pendant ce temps, 28 millions de personnes se retrouvent en état d’insécurité alimentaire.

§    §    §    §    §    §    §    §    §    §

Les terres rares sont bien devenues un enjeu majeur des rivalités et des concurrences géopolitiques de la planète. Les conflits qu’elles occasionnent, et vont continuer immanquablement à engendrer, ne sont, et ne seront, pas rares. Les terres rares sont en capacité de dessiner une géographie des conflits présents et futurs. Elles constituent clairement un enjeu pour la stabilité du monde actuel, profondément tourmenté et en proie à de multiples tensions liées à des résurgences impérialistes pour le moins belliqueuses et bellicistes.

Thierry DONGUAT

Janvier 2026


[1] Les terres rares légères : Praséodyme, Néodyme, Prométhium, Samarium, Cérium, Scandium, Lanthane.

[2]  Les terres rares lourdes : Europium, Gadolinium,  Terbium, Dysprosium, Holmium, Erbium, Thulium, Ytterbium, Lutécium, Yttrium.

[3]  Partie par million (ppm), terme beaucoup utilisé en sciences. Cela signifie la fraction valant pour un millionième. Les métaux abondants sont ceux à plus de 1000 ppm (0,1%) : silicium, calcium, sodium, magnésium, potassium, fer, aluminium, titane etc.

[4] Il s’agit du projet de recherche du gouvernement américain dont l’objectif était de produire une bombe atomique au cours de la Seconde Guerre mondiale.

[5] D’où les appétits de Donald Trump…

[6]  A Vérifier, l’actualité allant très vite, même si la réalisation des projets ne suit pas toujours le rythme de leurs annonces…

[7] Le Canard enchaîné, 7 mai 2025

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 177 JANVIER / FÉVRIER 2026

Sommaire du numéro 177 

  • Edito de Francis DASPE « La nouvelle année, le sapin et le budget »page 2
  • Tribune de Francis DASPE « Laïcité et loi de 1905 : le nécessaire devoir de pédagogie » page 3
  • Tribunes de Francis DASPE sur le discours du CEMA « Circonscrire les mauvais penchants du militaire » et « Comment alimenter une atmosphère de guerre » page 5
  • Article de Francis DASPE « Municipales de Perpignan : les grisailles et la lueur »  page 10
  • Fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2026 page 14

Edito: La nouvelle année, le sapin et le budget

            En cette nouvelle année, la France est en attente d’un budget. Dans une veine auto-réalisatrice, le « bloc central bourgeois » a feint de croire au père Noël. Il lui a commandé un budget à déposer au pied du sapin. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu n’a rien trouvé, ni dans les chaussons, ni dans la crèche. Il faut dire que pour le budget, cela sentait le sapin depuis bien longtemps. Pour faire court, depuis que le Président de la République Emmanuel Macron a cru pouvoir, sans vergogne et impunément, bafouer le verdict des élections législatives de juillet 2024, convoquées après une dissolution à la hussarde consécutive à une (déjà) cinglante défaite concédée aux européennes. Le Nouveau Front Populaire arrivait en tête aux deux tours des législatives, avec une majorité certes relative. Ce qui était encore plus clair, était la défaite sans la moindre ambiguïté de la Macronie. L’ancienne majorité relative présidentielle de 2022 se transformait en nette minorité. Pourtant, le Président Macron s’obstinait en dépit du réel à poursuivre sa politique massivement rejetée par le peuple. Dans ces conditions, faire passer un budget en adéquation avec les vieilles lunes macroniennes s’apparente à une gageure.

            Car le vote d’un budget n’est pas une petite affaire. C’est même l’acte politique fondamental en démocratie, par lequel se distinguent une majorité et des oppositions. C’est ce pour quoi les français ont mené une révolution à partir de 1789, ceci afin d’accéder à la souveraineté populaire. Ce faisant, ils troquaient la peu enviable condition de sujets pour le statut émancipateur de citoyen, symbolisé par le bonnet phrygien qui dans l’Antiquité signalait l’affranchissement de l’ancien esclave.

            Les deux versants du budget étaient concernés au premier chef. Celui des recettes, c’est-à-dire la manière d’acquérir de l’argent en posant la question de l’impôt, ou pour reprendre le terme de l’époque, plus expressif, de contribution commune. Mais aussi celui des dépenses, à savoir la libre disposition de l’argent collecté. Autrement dit, faire richesse commune, l’abonder, puis l’affecter, par des choix politiques souverains.

            Visiblement les voies pour l’adoption d’un budget sont étroites. Plus particulièrement par la voie parlementaire, à moins que le bloc central ne débauche des « assimilés » pour servir d’habituelles béquilles de la Macronie. On pense au Parti socialiste et au Rassemblement National. La loi spéciale constitue un expédient provisoire. Le 49.3 est risqué, s’exposant à une censure. La procédure par ordonnances équivaut à faire passer la représentation nationale sous les fourches caudines du pouvoir exécutif déjà notoirement sur-vitaminé par des institutions aux nets penchants monarchistes. Cela ressemble furieusement à une impasse.

            Quand bien même un budget macron-compatible serait adopté, il ne s’agirait pas d’un cadeau pour la majorité de nos concitoyens. Tant il est doux avec les puissants et dur avec les plus fragiles. L’année 2026 sentirait le sapin pour les principes républicains les plus élémentaires, à commencer par ceux contenus dans la devise. De quoi écrire sans nul doute une fable, en espérant que cela ne tourne, dans un premier temps, à la farce, pour se terminer, dans un second temps, en tragédie du quotidien.

Francis DASPE 28 / 12 / 2025

Laïcité et loi de 1905 : le nécessaire devoir de pédagogie

Tribune parue sur le site de Marianne le 04 décembre 2025 sous le titre « La laïcité porte en elle les fondements de la souveraineté populaire ».   

La loi du 9 décembre 1905 célèbre ses 120 ans. Commencer à la comprendre, c’est d’abord la contextualiser. Elle fit scandale à l’époque dans une Europe encore corsetée par l’esprit du congrès de Vienne de 1815 censé clôturer à tout jamais « l’horrible parenthèse révolutionnaire ». Et quand bien même, entretemps, de multiples révolutions souvent initiées de France, des Trois Glorieuses de 1830 à la Commune de Paris de 1871 en passant par le printemps des peuples de 1848, s’évertuèrent à l’éroder. Il n’en restait pas moins que la France était perçue en ce début de XX° siècle par le « concert des nations européennes » comme une double anomalie : républicaine et donc désormais laïque.

En réalité, que stipule cette loi, tant citée, mais tellement méconnue et incomprise en raison d’interprétations hasardeuses, et plus encore continuellement tordue en tous sens et instrumentalisée ? Commençons par rappeler son nom. C’est la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, portant abrogation du Concordat napoléonien de 1801. Ce qu’elle institue est pourtant fort simple.

Primo, il n’y a pas, et ne pourra y avoir, de « religion imposée ». L’article 1 assure en effet la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. Secundo, c’est la fin de la religion de l’Etat, promue par le Concordat en échange de la liberté de religion. L’article 2 proclame clairement la neutralité de l’Etat en matière de religion : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Tertio, les possibilités d’une religion d’Etat, comme c’était le cas avec l’alliance du Trône et de l’Autel au cours de l’Ancien Régime, ou dans toutes les théocraties, sont définitivement réduites à néant.

Ces trois bornes, pas de religion imposée, pas de religion de l’Etat, pas de religion d’Etat, dessinent un projet de société bien identifié. Il repose sur le refus de tout cléricalisme, défini par le fait qu’une religion puisse dicter et imposer ses préceptes aussi bien dans le mode de vie de la population que dans le fonctionnement du régime politique. Elles permettent concomitamment la pleine réalisation de la devise républicaine. Les libertés fondamentales dans le domaine sont posées et garanties. Elles nécessitent et traduisent dans un même élan l’égalité des personnes. Aucune différence, en  termes de croyance,  de culte ou d’appartenance religieuse, ne peut être un obstacle à la fraternité, et rajoutons opportunément à la sororité.

C’est que la laïcité est un principe politique au sens plein et entier du mot. Elle porte en elle les fondements de la souveraineté populaire et d’un humanisme indéfectible, considérant que les hommes sont dignes de se gouverner par eux-mêmes, par leur seule raison, en dehors de tout dogme, tant céleste que terrestre (n’oublions pas cette dernière catégorie que l’on peut nommer idéologies dominantes…). C’est de facto un rempart à toutes les formes de discriminations.

La loi de 1905 pourrait être considérée comme une vieille dame. Il n’en est rien. Elle est soumise, à l’épreuve des faits et par une dynamique intrinsèque, à des cures de jouvence permanentes. Dans cet esprit, elle exige un nécessaire devoir de pédagogie. L’enjeu est qu’elle ne soit pas, par un rapt frauduleux, contournée, dénaturée, instrumentalisée pour parvenir à des fins à l’exact rebours des objectifs initiaux. En quelque sorte, il s’agit d’éviter que les héritiers de ceux qui ne concevaient de société et de régime politique dominés par l’alliance du Trône et de l’Autel ne récupèrent indûment la laïcité, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui pour.

Ces corrupteurs de laïcité s’échinent à ce que la promesse de la devise républicaine ne puisse s’accomplir. Ils sont animés par un esprit de croisade dans le seul but de stigmatiser l’autre, tout en se donnant bonne conscience. Au grand jamais, la laïcité ne peut être une insaisissable et improbable revanche. Ni un prétexte à re-christianisation dans une logique surannée de reconquista. Pourtant, force est de constater que l’offensive est d’ampleur. Des sphères politiques et médiatiques revanchardes et réactionnaires convergent sous nos yeux, de manière décomplexée, pour réaliser la basse besogne. Extrême droitisation du champ des idées et appel à une inquiétante union des droites sur des bases nauséabondes en constituent une illustration. L’expansion des galaxies Bolloré et Stérin, pour n’en représenter que la face émergée de l’iceberg, favorise puissamment la dérive.

Pour mieux conjurer les immenses périls, méditons cette phrase de Jean Jaurès. « La loi de séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison ». Ne sous-estimons pas à cet égard les tentations de retour à des formes renouvelées et dévastatrices d’obscurantismes. La laïcité en est incontestablement l’antidote, pour peu que son dévoiement ne s’opère pas.

Francis DASPE

Le discours du CEMA (chef d’état-major des armées) en questions

Tribunes de Francis DASPE en réaction au discours du chef d’état-major des armées devant le Congrès des maires le 18 novembre 2025.

Sommaire

Tribune n° 1 : « Circonscrire les mauvais penchants du militaire » – La Tribune 08 décembre 2025

Tribune n° 2 : « Comment alimenter une atmosphère de guerre » – Mediapart 22 décembre 2025

Tribune n° 1  Circonscrire les mauvais penchants du militaire 

L’intervention du chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, devant le congrès des maires, aura au moins eu le mérite de remettre en exergue l’épineuse et non moins cruciale question des relations entre le politique et le militaire. En République française, dans le droit fil de l’héritage de la Révolution française, le politique commande au militaire.

Cette orientation est à rebours de la mise en place du monde féodal au cœur du Moyen Age, où la force militaire fut en quelque sorte privatisée, ou plus exactement patrimonialisée, par une caste de puissants, possédant de quoi se financer la possession d’un cheval et d’armes. Et éventuellement la construction d’un château-fort. Elle se constitua ensuite en noblesse héréditaire. La monarchie éprouva pendant plusieurs siècles des difficultés récurrentes pour contrôler cette force militaire chevaleresque et nobiliaire, en témoignent les innombrables révoltes et autres frondes contre l’autorité royale.

La Révolution française y mit un terme définitif. La nouvelle armée serait celle des citoyens qui, en obtenant des droits mettant fin au statut de sujets du monarque absolu de droit divin, acceptaient le devoir de défendre la patrie révolutionnaire naissante en cas de danger. Une chanson devenue par la suite hymne national en atteste. Les soldats de l’an I et de l’an II de la République sauvèrent cette dernière du danger des rois coalisés pour détruire les idées fondées sur la souveraineté populaire. Le militaire subordonné au politique, cela n’allait pas encore forcément de soi : le coup d’Etat de Brumaire du général Bonaparte en 1799 le montre si besoin en était.

Il fallut attendre l’enracinement de la République au cours de la deuxième moitié du XIX° siècle pour que l’affaire soit globalement entendue. L’armée de citoyens et de conscrits servit de rempart. En effet, la France disposa d’une armée aux penchants putschistes beaucoup moins développés que ses voisins européens. Ce ne fut pas pour autant un long fleuve tranquille. Des exemples comme l’épisode du général Boulanger ou les velléités de détruire la « gueuse » à l’occasion de l’affaire Dreyfus montrent que l’armée pouvait ressortir des casernes à tout moment pour cesser d’être la « grande muette ».

Les événements de l’année 1958 exigent en la circonstance un développement particulier. C’est, ne l’oublions pas, sous la menace d’un coup d’état militaire que le retour au pouvoir du général de Gaulle s’effectua. Persuadée que ce dernier, attaché à la grandeur de l’Empire colonial, garderait quoi qu’il coûte l’Algérie française, l’armée lui permit de revenir avec les mains libres pour dans un même élan changer de Constitution et de République. Le « Je vous ai compris ! » lancé d’Alger fut au mieux une cruelle méprise.

De Gaulle comprit très vite quel était le sens de l’Histoire : il inclinait vers la décolonisation, et pas vers les nostalgies colonialistes les plus anachroniques. Le retour de flamme d’une partie des militaires qui l’avaient pourtant porté au pouvoir fut haineux et factieux. Il se traduisit par le putsch du 21 avril 1691 d’un « quarteron de généraux en retraite » et par quelques tentatives d’assassinat sur la personne même du nouveau président de la V° République.

Il convient de ne pas réveiller les mauvais penchants qui peuvent encore sommeiller dans les tréfonds de l’armée française. Et encore moins leur octroyer droit de cité, que ce soit par calcul politicien ou par impéritie toute aussi coupable. La vitalité de notre démocratie impose au contraire de les circonscrire sans barguigner le moindre du monde. C’est le barrage le plus sûr à l’émergence de quelconques caudillos hexagonaux, qu’ils soient issus de l’armée ou de la société civile.

Francis DASPE

Tribune n° 2 Comment alimenter une atmosphère de guerre

Tribune parue sur le site de Mediapart le 22 décembre 2025.  

Il est de coutume de présenter le déclenchement de la seconde guerre mondiale comme une marche irrésistible. On oublie trop souvent qu’il en fut de même en 1914 pour le premier conflit mondial. L’assassinat de l’archiduc autrichien François-Ferdinand à Sarajevo ne fut que la cause immédiate, autrement dit l’étincelle ayant mis le feu à la poudrière des Balkans qui ensuite embrasa l’ensemble du continent européen pour enfin impacter la totalité de la planète. C’est occulter à tort l’existence d’une profusion de causes profondes et lointaines. Au-delà des nombreuses rivalités, planait une atmosphère « pro-bellum ». Jean Jaurès en fut la victime expiatoire. Des similitudes, sans verser dans l’anachronisme ni sombrer dans le catastrophisme, tous deux de mauvais aloi, sont cependant à relever avec la situation d’aujourd’hui. Le discours du chef d’état-major des armées françaises Fabien Mandon, devant le congrès des maires, vient le rappeler.

Les termes utilisés sont bruts de décoffrage. Glaçant d’effroi même. Ils nous invitent à « accepter de perdre nos enfants ». Nous sommes collectivement conviés à posséder « la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». Car « si le pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement », c’est qu’il est en risque. A croire que l’ordre de mobilisation générale est de facto lancé, avec des maires qualifiés de « base arrière des armées » et l’injonction à être prêt à la guerre avec la Russie à échéance de « trois ou quatre ans ». On éprouve la désagréable impression que les repères sont totalement inversés : le militaire visiblement commande désormais au politique. Enfin, comment ne pas relier cette prise de parole avec la mise en demeure adressée aux états européens par le président américain Donald Trump d’augmenter significativement leurs dépenses militaires ? 

Avec 1914, certaines coïncidences sont donc aussi frappantes que préoccupantes. C’est ainsi que se développe une sorte de « propagande d’accoutumance » ; elle vise à formater les consciences à l’inéluctabilité de la guerre et, plus encore, à instiller l’idée que cette dernière relèverait d’un véritable devoir patriotique. En dehors de quoi il n’existerait que des traitres ou des défaitistes, les pacifistes étant assimilés illico presto aux deux catégories précédentes.

L’opération s’accompagne en conséquence de la désignation récurrente d’un ennemi. L’Allemagne hier, la Russie aujourd‘hui, mais au-delà de cette dernière il s’agit  plus largement de tout ce qui ne s’inscrit pas dans l’ordre atlantiste. Certains va-t-en-guerre hexagonaux se révélant en la matière plus monarchistes que le roi… Il y a plus d’un siècle, c’était le désir de revanche afin de récupérer l’Alsace et la Lorraine qui en structurait la pensée.

En prévision d’un conflit plus ou moins secrètement espéré, s’opère une véritable course aux armements. Les marchands de canons prospérèrent avec des profits conséquents ; ils modelèrent l’opinion publique, rachetant des journaux à cet effet. La logique est restée identique. Tout renforcement du potentiel militaire d’un pays était immédiatement suivi de la riposte d’un voisin s’estimant menacé. La décision en 1913 de la France de porter à trois ans la durée du service militaire est justifiée par la loi allemande faisant passer les effectifs militaires en temps de paix à 800 000 hommes. La France pourra alors compter 750 000 personnes sous les drapeaux. Œil pour œil, dent pour dent !

On note concomitamment une prolifération des conflits qualifiés de secondaires ou périphériques. Des conflits d’intérêts aux colonies (au Maroc ou au Soudan), des rivalités économiques et commerciales (entre l’Angleterre et l’Allemagne), des contestations territoriales (pour des terres qualifiées d’irrédentes), des heurts de nationalismes chauffés à blanc (et pas uniquement au sein de l’empire austro-hongrois), des affrontements armés en guide de prélude et de répétition (les deux guerres balkaniques) entretiennent un climat résolument belliqueux et belliciste. En définitive, c’est toute la gamme des impérialismes qui s’exprime alors pleinement. Lénine résumera avec justesse la situation en 1916 avec son livre intitulé « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ».

Si bien que le résultat visé est en fin de compte atteint. De part et d’autre, le temps est à l’Union sacrée, renforcée par la folle certitude, pour chacun des camps en lice,  d’une guerre courte et victorieuse. Les soldats peuvent alors partir la fleur au fusil. « L’infâme Jaurès » est voué aux gémonies : il n’a eu que ce qu’il a mérité. Les désillusions ne vont pas tarder avec le retour au réel de la guerre : l’enlisement et les mutineries au front, les pénuries, les grèves et les révolutions à l’arrière. Lénine avait encore une fois raison : la guerre est bien un puissant accélérateur de l’Histoire.

Sans doute est-il possible de proposer une ultime analogie. En 1914, l’Europe à son apogée revendiquait le privilège de la supériorité de sa civilisation et le devoir (le fardeau de l’homme blanc) d’éduquer les peuples inférieurs. Aujourd’hui certains gouvernements de l’Occident se persuadent de détenir le monopole de la raison et de compréhension de la démocratie.

Dans cette optique, les maximes de Paul Valéry et Anatole France convergent pour donner à réfléchir avant de s’engager dans l’irréparable. Le premier définissait la guerre comme « un massacre de gens qui ne connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». Le deuxième rappelait fort opportunément « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels ». Sous les présumés Tropiques de la guerre, rien de nouveau, bien que la ficelle soit une peu grosse et les ressorts éculés…

Francis DASPE

Municipales à  Perpignan : les grisailles et la lueur

A cent jours du premier tour des élections municipales de Perpignan, un sondage IFOP a été dévoilé mardi 9 décembre dans L’Indépendant. Avec toutes les précautions d’usage nécessaires en de pareilles circonstances, plusieurs enseignements peuvent cependant être tirés des chiffres disponibles. Ils indiquent quelques tendances significatives, qui bien souvent confirment des réalités observables sur le terrain.

L’extrême droite phagocyte la droite prétendument républicaine

Le score élevé du maire sortant d’extrême droite Louis Aliot est incontestable. Mais, à y regarder de plus près, il doit être relativisé. En réalité, il capte dès le premier tour une grande partie des voix de la droite anciennement dite républicaine. Revers de la médaille, il réduit de ce fait drastiquement ses réserves potentielles de second tour. Autrement dit, le socle initial s’élargit, mais la capacité de rassemblement au second tour se rétrécit. Et ce sans parler des échéances judiciaires qui l’attendent en ce début d’année 2026, sans préjuger de leur impact qui ne sera pas totalement neutre.

En effet, un des faits majeurs de ce sondage réside dans l’effondrement spectaculaire de cette droite prétendument républicaine. Elle se trouve indiscutablement en voie d’extinction, ou tout du moins dans un processus pouvant y mener. Bruno Nougayrède dépasse à peine le seuil fatidique des 10%, gage d’autonomie de choix en vue d’un éventuel second tour. Comme prévu et prévisible, les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. C’est que les déraillements et autres dérives des instances nationales de cette formation politique qui a depuis longtemps abandonné le gaullisme ont puissamment contribué au discrédit enregistré pour l’occasion sans ménagement. Sans doute, les casseroles, récemment révélées par Le Canard Enchaîné, du candidat qui tablait à l’opposé sur un positionnement plus modéré, ont-elles dû apporter leur écot à cet affaiblissement significatif. Jusqu’à présent, l’addition des scores obtenus par les formations relevant de cet espace politique dépassait toujours les 30%. La chute est bien brutale à défaut d’être totalement surprenante.

L’enlisement du Marais transformé en Marécage

Cet effondrement ne bénéficie pas à ce que l’on pourrait appeler un bloc allant du centre droit au centre gauche. On assiste au contraire à un enlisement d’un « Marais ». Il est composé avant tout par une pléthore d’ambitions personnelles (Mathias Blanc, Agnès Langevine, Annabelle Brunet), si bien qu’il serait plus juste de le dénommer « marécage ». La somme des trois atteint péniblement les 27%. Mais, surtout, aucun n’étant assuré de dépasser la barre des 10% (deux ne l’atteignant pas en l’état), si importants pour qui aspire à jouer un rôle de premier plan au second tour. En outre, les divisions montrent, ou répercutent, le manque de complémentarité et de compatibilité des électorats, réalité trop souvent occultée dans les meccanos politico-électoralistes (souvent dérisoires), mais qui sont monnaie courante dans cet espace politique.

A l’évidence, Agnès Langevine ne dispose pas d’un socle suffisant qui lui soit propre. Son vagabondage partidaire lui ayant fait connaitre un grand nombre de formations politiques ne permet pas à cette créature de Carole Delga (ou une de ses créatures tant la présidente de la région devient difficile à suivre, en dehors sa haine viscérale à l’encontre de la vraie gauche authentiquement incarnée par La France Insoumise…) de s’assurer suffisamment d’autonomie. Autrement dit, dur de militer par ses propres moyens pour des personnalités se croyant exemptées du militantisme de terrain au quotidien… En conséquence, elle ne dispose pas d’autre expédient que de se rabattre sur la « tactique du coucou ». Puisque son nid est trop étroit (socle n’atteignant que seulement 9%), elle vise à investir un autre nid plus spacieux pour ensuite s’approprier le socle à peine plus élevé, celui de Mathias Blanc, et bien évidemment à son détriment. 

Opération pas forcément compliquée, tant ce dernier illustre pour sa part le plafond de verre caractéristique du vieux monde politique. Celui-ci est désormais incapable de faire fructifier ce qui lui reste de rentes. Certes, son socle est un petit peu plus élevé (11%), mais il se retrouve en échec dès lors qu’il lui faut l’élargir, rassembler plus largement, créer une quelconque dynamique. Il faut dire que l’étiquette socialiste constitue davantage un boulet, et plus encore avec les derniers votes des députés socialistes à l’Assemblée nationale qui confinent à la trahison du programme du Nouveau Front Populaire. Il est vrai que le programme ne serait jamais le point d’arrivée, seulement le point de départ…

Les voilà en somme revenus aux années noires du quinquennat Hollande, c’est dire ! Quant aux partenaires traditionnels communistes, ou plus exactement supplétifs, leurs manigances politiciennes de coulisses sont inversement proportionnelles à leur capacité à enclencher des dynamiques électorales et à se prévaloir d’une réelle résonance au sein de la population. La fuite en avant de l’attelage, qui dirige conjointement le département et la région, dans une logique gloutonne et compulsive de cartels stériles (la fameuse soupe de logos que l’on semble avoir fierté à accumuler et à exhiber), se révèle désormais infructueuse et inadaptée. Il est à noter que dans ces cartels la représentativité des différentes composantes ne sera pas en mesure de générer la moindre dynamique, à défaut de se faire plaisir dans un entre-soi rabougri et rabougrissant. Quant toute dynamique devient impossible, l’addition espérée se transmute très rapidement en soustraction. Ainsi va la loi d’airain des campagnes électorales.

La (petite) union forcée du premier tour, pour mieux refuser la (grande) du second tour

Confronté à de multiples impasses, ce Marais / Marécage est enjoint à envisager une union dès le premier tour. Elle s’apparente en réalité à une « union forcée sans capacité propulsive ». Pour autant, cette union disposerait d’une certaine cohérence. A sa manière, cela va de soi. Il s’agit en quelque sorte d’un espace politique pouvant exciper de mots d’ordre communs : haro au programme du Nouveau Front Populaire, sus à La France Insoumise, le tout sous le patronage de Carole Delga, incarnation du féodalisme clientéliste régional. Quant bien même il faudra à certains une dose certaine d’abnégation pour manger chapeaux et avaler couleuvres, de surcroît avec un maximum d’appétit, pour accepter les uns derrière les autres en donnant l’impression de faire bloc !

En fin de compte, ce n’est rien moins qu’une « grande coalition à la perpignanaise », mais bel et bien riquiqui et désespérante. Elle n’impulse aucune dynamique. L’arithmétique ne se trouve même pas au rendez-vous. La déperdition est considérable, passant d’un total cumulé de 27% (c’est-à-dire la somme des trois candidats dans lesquels on n’oublie pas Annabelle Brunet) à 22% ou 21%, ou même 15%, selon la configuration des alliances et les préséances des ralliements (qui ressembleront bien souvent à des abdications individuelles). Une confirmation de ce que nous indiquions un peu plus haut : sans addition, la douloureuse soustraction surgit sans préavis.

La cas Annabelle Brunet illustre la réalité de ces écarts, des déceptions engendrées et des malentendus manifestes, pourtant entretenus en dépit de tout bon sens. Son socle reste modeste (7%), même s’il ne doit pas être sous-estimé pour autant. Par contre, dans une perspective d’union ou de rassemblement, elle constitue clairement une plus-value très résiduelle. Elle n’apporte en effet que 1% à une « grande coalition à la perpignanaise » véritablement bien chiche. Une bonne partie de son électorat se dirige vers le candidat de droite Bruno Nougayrède qui atteint son zénith dans cette configuration, avec 15,5 %. Annabelle Brunet, avantageusement présentée comme incarnant l’improbable catégorie de « divers centre », est en réalité une candidate de centre droit et de droite. La grande coalition à la perpignanaise Blanc / Langevine / Brunet efface bien ce qui reste du traditionnel clivage gauche / droite. Elle prend en réalité la forme et les objectifs d’un nouveau macronisme pour mieux perpétuer sous une forme à peine renouvelée la première version originelle désormais périmée. Décidément, que peuvent bien venir faire les communistes et leurs affidés dans cette galère ?

A gauche, la lueur d’espoir de « Perpignan, changez d’air ! »

Une fois la revue plus ou moins exhaustive des forces en présence  effectuée, il apparait nettement que la liste « Perpignan, changez d’air ! », menée par Mickaël Idrac, rassemblant Les Ecologistes, Génération.s et La France Insoumise, est celle qui possède le socle le plus solide pour une alternative crédible. Elle est celle qui est le plus en dynamique, avec les Insoumis et les Ecolos, courants politiques les plus en résonance avec les préoccupations populaires.

Dans une perspective majoritaire, elle est surtout la seule qui n’a exprimé pour le second tour aucune exclusive à l’encontre d’une autre liste de gauche, ou s’apparentant à la gauche. Par conséquent l’union de la gauche au second tour ne peut se faire que si « Perpignan, changez d’air ! » arrive en tête de toutes les listes de gauche, nettement étant véritablement préférable. Car sans union de toutes les forces de gauche, qui plus est de celles qui sont majoritaires au sein de la gauche et que certains voudraient ostraciser de la manière la plus sectaire qui soit, nonobstant leur rétrécissement accéléré, pas le moindre espoir de victoire au second tour contre l’extrême droite ! Et pour celles et ceux qui envisageaient, plus ou moins secrètement, mais avec toujours plus de perfidie, de compenser la mise à l’écart de La France Insoumise par une alliance de rechange avec la droite dite républicaine, dans une improbable resucée d’un front républicain élimé jusqu’à la corde, discrédité par son inefficacité et son caractère improductif, voire même contre-productif, ils doivent en abandonner l’hypothèse avec l’effondrement de cette droite… Du côté de l’Hôtel de région, il va falloir à nouveau phosphorer intensément… Car ne perdons pas de vue que l’injonction à réaliser au premier tour la (petite) union mode « grande coalition à la perpignanaise » ou « macronisme ressorti des limbes » ne vise finalement qu’à empêcher la (grande) union des forces de gauche au second tour en excluant par principe La France Insoumise.

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Presque partout, les diverses nuances de grisaille s’imposent à la vue et à la réflexion de tout un chacun. Au milieu de cette morne plaine qu’est le champ électoral perpignanais (mais pas au centre, davantage plutôt au cœur ou même en surplomb), il est loisible de discerner une lueur d’espoir. Comme une promesse de printemps qui surviendra, d’un point de vue calendaire, deux jours avant le second tour des municipales. Acceptons-en l’augure et continuons à militer et à en construire le récit. Car Perpignan, n’en déplaise à certains, se gagne en mobilisant l’électorat populaire et la jeunesse continuellement occultés dans un permanent esprit rentier.

Et en répondant aux préoccupations du quotidien du plus grand nombre. C’est ce qu’indique un des prolongements du sondage, mettant les questions d’emploi et de lutte contre la pauvreté très haut placées. Cela tombe bien : un des fils rouges de la liste « Perpignan, changez d’air ! » vise à redonner du pouvoir d’achat et de vivre aux perpignanaises et aux perpignanais par l’activation des seules compétences municipales, dans une logique de bouclier social communaliste. 

Francis DASPE  14 / 12 / 2025

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La nouvelle année, le sapin et le budget

Editorial de la Lettre du mois n° 177 de Janvier / Février 2026

En cette nouvelle année, la France est en attente d’un budget. Dans une veine auto-réalisatrice, le « bloc central bourgeois » a feint de croire au père Noël. Il lui a commandé un budget à déposer au pied du sapin. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu n’a rien trouvé, ni dans les chaussons, ni dans la crèche. Il faut dire que pour le budget, cela sentait le sapin depuis bien longtemps. Pour faire court, depuis que le Président de la République Emmanuel Macron a cru pouvoir, sans vergogne et impunément, bafouer le verdict des élections législatives de juillet 2024, convoquées après une dissolution à la hussarde consécutive à une (déjà) cinglante défaite concédée aux européennes. Le Nouveau Front Populaire arrivait en tête aux deux tours des législatives, avec une majorité certes relative. Ce qui était encore plus clair, était la défaite sans la moindre ambiguïté de la Macronie. L’ancienne majorité relative présidentielle de 2022 se transformait en nette minorité. Pourtant, le Président Macron s’obstinait en dépit du réel à poursuivre sa politique massivement rejetée par le peuple. Dans ces conditions, faire passer un budget en adéquation avec les vieilles lunes macroniennes s’apparente à une gageure.

            Car le vote d’un budget n’est pas une petite affaire. C’est même l’acte politique fondamental en démocratie, par lequel se distinguent une majorité et des oppositions. C’est ce pour quoi les français ont mené une révolution à partir de 1789, ceci afin d’accéder à la souveraineté populaire. Ce faisant, ils troquaient la peu enviable condition de sujets pour le statut émancipateur de citoyen, symbolisé par le bonnet phrygien qui dans l’Antiquité signalait l’affranchissement de l’ancien esclave.

            Les deux versants du budget étaient concernés au premier chef. Celui des recettes, c’est-à-dire la manière d’acquérir de l’argent en posant la question de l’impôt, ou pour reprendre le terme de l’époque, plus expressif, de contribution commune. Mais aussi celui des dépenses, à savoir la libre disposition de l’argent collecté. Autrement dit, faire richesse commune, l’abonder, puis l’affecter, par des choix politiques souverains.

            Visiblement les voies pour l’adoption d’un budget sont étroites. Plus particulièrement par la voie parlementaire, à moins que le bloc central ne débauche des « assimilés » pour servir d’habituelles béquilles de la Macronie. On pense au Parti socialiste et au Rassemblement National. La loi spéciale constitue un expédient provisoire. Le 49.3 est risqué, s’exposant à une censure. La procédure par ordonnances équivaut à faire passer la représentation nationale sous les fourches caudines du pouvoir exécutif déjà notoirement sur-vitaminé par des institutions aux nets penchants monarchistes. Cela ressemble furieusement à une impasse.

            Quand bien même un budget macron-compatible serait adopté, il ne s’agirait pas d’un cadeau pour la majorité de nos concitoyens. Tant il est doux avec les puissants et dur avec les plus fragiles. L’année 2026 sentirait le sapin pour les principes républicains les plus élémentaires, à commencer par ceux contenus dans la devise. De quoi écrire sans nul doute une fable, en espérant que cela ne tourne, dans un premier temps, à la farce, pour se terminer, dans un second temps, en tragédie du quotidien.

Francis DASPE

28 / 12 / 2025

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