Actes des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales d’octobre 2020 (1° partie)

A Perpignan, le 12 / 10 / 2020,

1/ Les grands projets inutiles imposés (GPII) ou l’art du ruissellement en circuit fermé  

A l’occasion des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question des grands projets inutiles imposés, désormais appelés dans le langage courant GPII, a été abordée dans l’atelier consacré à la transition écologique en Occitanie.  

La région Occitanie a opté sans guère de modération pour ces grands projets inutiles imposés. Ils ne répondent en aucun cas à la satisfaction de besoins sociaux et à des enjeux d’intérêt général. Ils sont également destructeurs pour l’environnement.

Un autre aspect, tout aussi redoutable mais trop rarement évoqué, a été mis en évidence. Il a trait à la question de l’utilisation de l’argent public. Ces GPII correspondent en fin de compte à des transferts de fonds considérables du public vers des intérêts privés. Ils se caractérisent par des marchés offerts, avec les profits garantis qui vont avec, à la voracité de grands groupes finissant par partager une communauté d’intérêts avec les personnes qui les leur octroient, souvent de surcroît sans la moindre conditionnalité des aides distribuées.

Les grands projets inutiles imposés constituent une modalité renouvelée du processus de confiscation des richesses par l’oligarchie. Ils illustrent l’application décomplexée du principe d’auto-ruissellement orchestré par l’oligarchie et ses commis désignés : l’argent circule à flots en circuit fermé pour un petit nombre de privilégiés. Ils posent enfin la question du scandale du business de la transition écologique, avec la dérive de l’industrialisation qui alimente les illusions nocives du capitalisme vert.

Dans la région Occitanie, les exemples ne manquent pas, à commencer par les projets d’extension du port de Port-La Nouvelle dans l’Aude, d’usine de méthanisation industrielle de Montaut dans l’Ariège, de méga scierie à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées ou d’autoroute Castres –Toulouse dans le Tarn et en Haute-Garonne.

A Perpignan, le 23 / 11 / 2020,

2/ Besoin de volontarisme pour l’emploi dans les Pyrénées-Orientales

A l’occasion des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question de l’emploi dans le département des Pyrénées-Orientales a été abordée dans le cadre de l’atelier consacré à l’attractivité du territoire. 

Un double constat a été effectué. Les Pyrénées-Orientales possèdent un taux de chômage particulièrement élevé de l’ordre de 11,4%, bien supérieur à la moyenne nationale (7,1%) et à la moyenne régionale (8,4%). Ces chiffres traduisent cependant mal la réalité du sous-emploi dans le département. L’autre grande caractéristique de l’emploi dans les Pyrénées-Orientales réside également dans le fait qu’il soit peu qualifié, mal rémunéré et précaire.

Nous sommes conscients que la question de l’emploi dépend avant tout de politiques nationales et de conjonctures mondiales. Pour autant les collectivités territoriales locales possèdent des compétences qui leur permettant d’agir et de remédier comme autant de leviers à la situation. Mais aucunes d’entres elles ne prennent la bonne direction. La ville de Perpignan, l’ancienne majorité municipalité comme la nouvelle d’extrême droite, est victime de son dogmatisme en matière économique avec sa croyance dans la vertu supposée du marché. La région Occitanie préfère attribuer des subventions aux grandes entreprises en n’exigeant ni conditions ni contreparties. Le département des Pyrénées-Orientales, dont les compétences sont pourtant essentiellement sociales, est prisonnière de l’acceptation des politiques d’austérité appliquées sous le quinquennat Hollande et des baisses drastiques des dotations budgétaires de l’Etat.

La question de l’emploi nécessite du volontarisme qui fait pour l’instant défaut. Le manque d’emploi, le chômage,  et le mal-emploi, la précarité, alimentent  les problèmes de la pauvreté et du pouvoir d’achat qui rongent notre département. Les Insoumis des Pyrénées-Orientales feront des propositions concrètes à l’occasion des prochaines élections départementales et régionales, dans le cadre des compétences attribuées à ces collectivités.

A Perpignan, le 30 / 11 / 2020,

3/ Valoriser les gisements d’emplois dans les Pyrénées-Orientales

A l’occasion de la 5° édition des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question de l’emploi dans le département a été abordée dans le cadre de l’atelier animé par Francis Daspe et consacré à l’attractivité du territoire. Plusieurs gisements d’emplois dans les Pyrénées-Orientales ont été identifiés à cet effet. Il y a urgence à les valoriser réellement, ce qui nécessite d’éviter quelques dérives constatées aux différents échelons territoriaux (municipalités, département, région).

Les emplois de proximité dans l’agriculture doivent promouvoir une agriculture paysanne et écologique valorisant les circuits courts, afin de ne pas être dépendants d’une agriculture industrielle productiviste inconséquente et destructrice.

Les emplois engendrés par la nécessaire transition écologique, et notamment dans l’indispensable rénovation thermique, doivent éviter d’être une caution malvenue d’un improbable capitalisme vert.

Les emplois de services publics répondant à des besoins sociaux, de cohésion territoriale et de nécessité écologique, clairement identifiés par les collectivités locales, doivent récuser toute forme de privatisation favorisant une logique marchande.

Les emplois de services et d’aide à la personne, notamment à destination du 3° âge, ne doivent pas être l’occasion de juteux profits pour des groupes financiers privés spécialisés dans la  « silver économie ».

Les emplois dans le tourisme, en lien avec l’aménagement du territoire, doivent cesser d’être précaires, saisonniers et mal payés.

Les emplois dans la formation professionnelle, répondant à des besoins éprouvés, doivent être un levier d’émancipation et ne pas être livrés aux intérêts particuliers des entreprises dans la logique de l’adéquationnisme.

Les emplois dans les industries agro-alimentaires doivent valoriser les productions locales, sans céder aux intérêts des lobbies agro-industriels.

La réalisation de ces objectifs en termes de gisements d’emplois dépend en partie de compétences départementales et régionales. Ils dessinent en creux un projet de société alternatif, que le programme national de La France Insoumise, « L’Avenir en commun », préserve de tout risque des dérives citées.

A Perpignan, le 20 / 12 / 2020,

4/ Gestion de l’argent public : pour des aides conditionnées à des critères

A l’occasion de la 5° édition des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question des aides publiques a été transversale aux 3 ateliers qui portaient respectivement sur la question sociale dans les Pyrénées-Orientales, sur la question de la transition écologique en Occitanie, sur la question de l’emploi et de l’activité dans les Pyrénées-Orientales.

            Les Vendémiaires Insoumises et Citoyennes accordent une place particulière à la gestion de l’argent public. Celle-ci doit viser exclusivement à la réalisation de l’intérêt général, et non pas à la satisfaction d’intérêts particuliers comme c’est trop souvent le cas avec la gestion clientéliste, voire clanique, des collectivités territoriales. Pour parer à cette dérive, l’attribution d’aides publiques doit être conditionnée à un certain nombre de critères dont la stricte observance est non négociable et ne peut faire l’objet de quelconques contournements.

Des critères sociaux, écologiques et éthiques ont été déterminés à cette occasion. Les aides publiques attribuées doivent servir de levier pour le progrès social (en terme de salaires, de création d’emplois, de nature des contrats de travail, de gestion des salariés etc.), pour la bifurcation écologique (en terme de respect de l’environnement, d’empreinte carbone, de relocalisation de l’activité etc.) et pour la promotion de pratiques éthiques (en terme de gestion des ressources humaines, de partage des profits, d’insertion et de conquête de marchés).

Il est également indispensable que cette définition de critères s’accompagne de la mise en place a posteriori de dispositifs efficaces de contrôle et de suivi. En cas de non respect des dits critères, des clauses permettront la restitution, pour partie ou en totalité, des aides publiques ainsi attribuées.

La question des aides publiques rejoint en bien des domaines les préoccupations concernant la gestion des marchés publics qui exige une réflexion complémentaire à part entière.

A Perpignan, le 15 / 04 / 2021,

5/ Pour un rééquilibrage des activités économiques dans les Pyrénées-Orientales 

A l’occasion des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question des activités économiques dans les Pyrénées-Orientales a été abordée dans plusieurs ateliers de réflexion. Une réflexion s’est engagée sur les caractéristiques de la structure des emplois dans le département et les déséquilibres en résultant.

Les Pyrénées-Orientales sont un département agricole, fortement marqué par la ruralité, en dépit du poids urbain de l’agglomération de Perpignan. L’agriculture départementale n’est pas forcément en avance dans la modernisation, ce qui n’est pas toujours une mauvaise chose en termes de maintien de l’emploi.

C’est un département peu industrialisé, et ce depuis longtemps. L’absence de matières premières constitue une première explication. D’autres raisons renvoient à des choix politiques effectués par les élites, ceux privilégiant « la terre et la pierre », autrement dit la rente foncière et la rente immobilière.

C’est aussi un département désormais fortement marqué par le tertiaire. Une opposition entre un tertiaire peu qualifié, mal payé, précarisé et un tertiaire plus qualifié et parfois « notabilisé » (justice, droit, éducation, administratif) renforce la tendance à la polarisation sociale dans un département se caractérisant par de fortes inégalités.

C’est enfin un département dépendant du tourisme parfois qualifié de mono-industrie. C’est la résultante du choix d’un tourisme de masse, générateur d’emplois saisonniers souvent peu qualifiés, mal payés et précarisés.

La nécessité d’un rééquilibrage des activités économiques et de la structure des emplois dans les Pyrénées-Orientales se fait de plus en plus impérieuse. La région, par ses compétences de chef de file économique, et le département, par ses compétences sociales et les leviers pour l’aménagement du territoire dont il dispose, peuvent tenir un rôle fondamental pour la réalisation de cet objectif. L’enjeu est de taille : modifier en profondeur le modèle de développement économique et procéder à la la création d’emplois d’avenir pérennes. 

Tagué , , , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 152 MAI / JUIN 2021

Sommaire du numéro 152 : Spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne »

  • Edito de Francis DASPE « Surenchères à droite, aveuglements à gôche » page 2
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « République et démocratie », François COCQ  page 4
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « Education », Francis DASPE  page11
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « Laïcité », Collectif  page 16
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2021 page 19

Surenchères à droite, aveuglements à « gôche »

Tribune parue sur le site de Politis le 27 / 04 / 2021.

Francis DASPE est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et auteur de « 2022. Pour renverser la Table à la présidentielle » (Eric Jamet éditeur, août 2020).

            Les grandes manœuvres en vue de l’élection présidentielle de 2022 ont bel et bien déjà débuté. C’est ainsi qu’un responsable des Républicains a fait part d’un plan visant à « rompre avec le macronisme en cent jours » en cas de victoire l’an prochain. Un certain nombre de mesures, visiblement d’ores et déjà calibrées, ont été présentées sans le moindre complexe. C’est le moins que l’on puisse dire, tant elles sont édifiantes et ébouriffantes.

            Au motif de « créer un choc du pouvoir d’achat », la droite préconise la suppression de toutes les cotisations sociales afin d’opérer à la jonction du salaire net et du salaire brut. Le tour de passe-passe est bien évidemment présenté comme une augmentation de 20% des salaires. L’emballage est en définitive moins alléchant qu’en apparence : la réalité est toute autre, annonçant un fort mauvais temps pour la protection sociale solidaire issue du programme du Conseil national de la Résistance. A terme, il s’agira d’une aubaine pour les requins à l’affût de la marchandisation de la santé.  

L’entreprise de destruction méthodique des conquis sociaux s’intensifie, sans réelle surprise et encore moins de vergogne, avec l’annonce de la suppression programmée de tout âge légal de départ à la retraite. La nouvelle règle consisterait à « cotiser 44 ans sans âge légal couperet ». Autrement dit, repousser à des limites frôlant l’indécence l’âge de liquidation à taux plein de la retraite, à moins que le recours à une part substantielle de capitalisation ne permette à qui en aura les moyens de partir à la retraite avant les dégâts irréversibles de l’âge. Autre aubaine pour les requins !

Les fondamentaux de l’oligarchie et de l’ordo-libéralisme sont conviés sans guère d’exceptions pour accomplir la basse besogne. L’inévitable règle d’or budgétaire s’assigne pour objectif « zéro déficit à l’horizon 2030 », au rythme d’une centaine de millions d’euros de coupes franches, dans les domaines de prédilection de ceux qui n’aiment pas le peuple et le charge de tous les vices possibles : la prétendue fraude sociale sans mettre en vis-à-vis la fraude fiscale pourtant sans commune mesure, les arrêts maladie soi-disant de complaisance sans que la mesure de la souffrance au travail ne soit prise en compte, les retraites dont on voit qu’elles ne constituent qu’une vulgaire variable d’ajustement etc.

Dans une veine dont on ne sait trop s’il faut la qualifier davantage d’orwellienne ou de kafkaïenne, ajoutons pour couronner le tout un projet de loi sur « l’école du mérite », et un autre sur la laïcité tout en procédant à « l’inscription des racines judéo-chrétiennes dans la Constitution ». Cette pseudo école du mérite, dans une logique identique à celle de la si mal nommée école de la confiance de Blanquer qui s’est révélée au final une école de la défiance et du mépris, aboutira à une école de l’inégalité, de la concurrence et de la reproduction accrue des dominations sociales. Bref, du renoncement à l’ambition collective qui fonde l’honneur d’une école de la République digne de ce nom. Un trait d’union relie ces mêmes logiques destructrices : Jean-Michel Blanquer qui dans ses fonctions de Dgesco (directeur général de l’enseignement scolaire) sous le quinquennat d’airain de Nicolas Sarkozy fut un redoutable cost-killer. L’association de la laïcité à la reconnaissance constitutionnelle des racines judéo-chrétiennes n’est qu’une vaste et sinistre tartufferie : c’est dévoyer et dénaturer le principe de laïcité masquant mal la tentation d’un retour à l’esprit concordataire.

Comment interpréter ce projet de rupture se voulant radicale ? Nous le percevons comme une énième surenchère au sein des différentes nuances de la droite. Ces propositions ne sont pas en rupture avec le quinquennat en cours d’Emmanuel Macron, comme celui-ci s’inscrit dans la filiation des précédents quinquennats de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Et pour cause : l’actuel Président de la République y occupa à chaque fois des fonctions éminentes : membre de la commission Attali, secrétaire-général de l’Elysée (il succéda à un certain Jean Castex) ou ministre de l’économie.

Ce plan de « rupture avec le macronisme en cent jours » relève de la supercherie. Il va dans le sens de l’aggravation de l’existant. Dans ces conditions, on est en droit de se demander pour qui surviendrait un inévitable Waterloo au bout de cent jours de l’administration d’une telle potion ? Sûrement pour Les Républicains qui subiraient rapidement un désaveu des citoyens qui ne veulent plus d’une politique de classe désinhibée. Encore plus pour le peuple confronté à des souffrances insoutenables engendrées par des mesures aussi injustes. Assurément pour notre modèle social, héritage d’un siècle de combats ouvriers et populaires, et ce en dépit de ses imperfections. Bref, un peu pour tout le monde, même les catégories sensées en bénéficier, car les profits acquis par des forfaitures de ce niveau ne sont jamais durables.

La situation aura du mal à bénéficier à la gauche si elle persiste dans les impasses qui ne manqueront pas de résulter de l’initiative impulsée par Yannick Jadot avec la récente rencontre de l’ensemble des composantes de la gauche. Cette « gôche » est « incapacitante et incapacitée », bref incapable de répondre aux défis et aux enjeux. La finalité de cette initiative est apparue au grand jour dès la fin de la réunion, avec les propos pour le moins cavalier d’Olivier Faure : il s’agit rien moins que de favoriser la résurrection d’un hypothétique pôle de centre-gauche, mêlant social-libéralisme, capitalisme vert et replis identitaires influencés par la pensée dominante de droite et de ses confins. Disons-le clairement, c’est voué à l’échec. Ni l’arithmétique ni la dynamique ne sont de son côté. On ne divorce pas impunément d’avec le peuple. Ce centre gauche ne peut reconquérir une quelconque hégémonie, qu’elle soit culturelle, politique ou électorale.

La situation de crises multiples et l’insuffisance notoire  des propositions alternatives indiquent qu’il est temps que ces agitations stériles cessent.  Il est véritablement temps de créer les conditions permettant de rendre possible de renverser la table en vue de 2022.

Francis DASPE

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : République et démocratie

Chronique n°1 : 35 ans après l’Acte unique, tout est à a reconstruire 

Tribune parue sur le site de « Quartier Général » le 17 février 2021.

François COCQ et Frédéric VIALE, membres du collectif « Les Constituants ». François COCQ est enseignant et essayiste. Frédéric VIALE est spécialiste des traités de libre-échange et de l’Union européenne.

Ce 17 février 2021 a vu le 35ème anniversaire de la signature de l’Acte unique. Ouvrant la voie aux traités qui l’ont suivi, l’Acte unique signe l’abandon du projet européen aux injonctions du marché et la mise en place d’un verrou sur la souveraineté populaire. Trois décennies et demie de politiques néolibérales s’en sont suivi qui ont détruit toute capacité de l’État à intervenir sur les questions sociales, économiques, et in fine politiques. L’élection présidentielle de 2022 doit être l’occasion  de ruptures ordonnées dès lors que les Français feraient le choix d’un président qui aurait la volonté de reconstruire le pays, et non de le vendre à la découpe comme c’est actuellement le cas.

L’Acte unique de 1986 marque le passage du Marché commun au Marché unique, ou plutôt à l’unique Marché. Il installe les quatre libertés dites « fondamentales » de l’UE : à côté de la libre circulation des biens et des services (renforcée par la suppression des barrières non tarifaires et la libéralisation des marchés publics), il instaure la liberté d’installation et de prestation des services, celle des mouvements de capitaux et des personnes. Bref, des facteurs de production mobiles qui, après l’élargissement de l’UE et la disparité nouvelle des économies, génèreront une tempête concurrentielle.

En parallèle, l’Acte unique a ouvert la voie au traité de Maastricht (1992), d’Amsterdam (1997), de Nice (2001) puis de Lisbonne (2007), sans oublier la Pacte de stabilité et de croissance (2012) qui ont permis que l’UE soit ce qu’elle est, une machine à fabriquer du droit néolibéral et une austérité aussi absurde économiquement que socialement injuste. Le traité de Lisbonne mérite une mention spéciale : après que le projet de Traité constitutionnel européen (TCE) ait été rejeté par la France puis par les Pays-Bas, le texte a été adopté alors même que de l’aveu de son initiateur, Valéry Giscard d’Estaing, l’intégralité des propositions du texte rejeté en 2005 se retrouve dans le texte de Lisbonne, « mais dans un ordre différent ». En France, la forfaiture démocratique a été couverte par un vote du Congrès à Versailles qui restera dans l’histoire comme un des plus grands crimes contre les principes de souveraineté du peuple et porte une tâche indélébile à la « construction européenne ».

Mais le Pacte de stabilité et de croissance (si peu, au demeurant) de 2012, aura été l’occasion d’une autre trahison, celle du candidat Hollande qui a promis de le renégocier et qui, une fois élu, l’a accepté sans changement. Ce traité a permis l’imposition de politiques d’austérité absurdes aggravant la saignée après 2012, au moment où des dirigeants moins dogmatiquement néolibéraux, et plus enclins à rechercher l’intérêt général auraient poursuivi une politique d’expansion.

L’Acte unique a donné aux institutions européennes la possibilité d’imposer des politiques qui, concrètement, laminent toute velléité de politique publique visant au développement des services publics, à la redistribution ou au partage des richesses. Les traités suivants leur ont donné peu à peu les clés de la décision politique. Si l’on y ajoute la mise en place de l’euro et d’une Banque centrale européenne indépendante, il faut faire le constat que la politique monétaire échappe aux gouvernements, tout comme la politique relative au commerce international (les accords commerciaux avec le reste du monde), la politique agricole, mais aussi la politique budgétaire. Le vaste débat de savoir ce que nous ferons de la dette Covid est déjà tranché par le Pacte de stabilité qui a pérennisé le principe du « semestre européen » selon lequel chaque pays soumet son projet de budget six mois avant son adoption. Ce n’est pas un hasard si le ministre chargé des comptes publics, Olivier Dussopt, a rappelé qu’une dette « ça se rembourse », si la présidente de la BCE Christine Lagarde a jugé une annulation de la dette « inenvisageable », ou si la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, demande une fois de plus que la France conduise la réforme engagée sur les retraites (entendez, les réduise drastiquement). L’axe Bercy, Bruxelles, Berlin fait bloc.

Dès lors, un président qui arriverait en 2022 et privilégierait enfin l’intérêt général par rapport aux intérêts privés, devrait rompre sur deux points : le premier est qu’une part considérable de la réglementation actuelle est le fait de décisions de l’UE simplement transcrites en droit français. Comment faire une politique de transition énergétique par exemple, ou de relocalisation, lorsque ce levier vous échappe ? Le second est que désormais, c’est par le titre XV de notre Constitution que s’impose la primauté du droit européen sur le droit national. Un président qui voudrait l’ignorer serait confronté à une guérilla juridique qui verrait chacun des actes du gouvernement annulés les uns derrière les autres dès lors qu’ils iraient un tant soit peu contre les sacro-saints principes de libertés de circulation des capitaux et de libre-concurrence.

Il faudrait donc prendre le taureau par les cornes : référendum sur la suspension du titre XV, renégociation immédiate, limitation de la liberté des capitaux, règles de protection commerciales. En réalité, les outils ne manquent pas pour répondre à l’exigence de reprise en main de la capacité de décision et engager un programme d’intérêt général. Un tel programme exigera bien sûr le soutien des citoyens et des citoyennes pour être mis en œuvre. Mais c’est à trancher ces questions et à mettre en œuvre une dynamique populaire que doit servir la campagne présidentielle. Celui des candidats qui saura choisir la France avant l’UE de la finance et montrer qu’il est capable d’être sérieux et crédible sur les ruptures à mener vis-à-vis de l’Union européenne sans entraîner de crise inutile, celui-là fera valoir la Raison populaire qui depuis 2005 est, nous le savons, majoritaire dans le pays.

François COCQ et Frédéric VIALE

Chronique n°2 : Election à un tour ?

Tribune parue sur le site de « HuffPost » le 17 avril 2021, sous le titre « Pourquoi le second tour de l’élection présidentielle 2022 est en train d’évincer le premier ».

François COCQ est enseignant et essayiste. Il est membre du collectif « Les Constituants ».

« Au premier tour on choisit, au second on élimine » révélait l’adage politique. Ce temps semble bel et bien révolu et les élections présidentielles semblent désormais ne comporter qu’un tour décisif : le premier en 2017, qui valait à coup sûr victoire finale pour celui qui accompagnerait Marine Le Pen au second tour ; et a priori, dans une saisissante inversion des rôles, le second en 2022, qui surdéterminera le choix de premier tour en fonction de la capacité des candidats à s’imposer dans le duel final face à Marine Le Pen… et Emmanuel Macron.

Fin janvier, la publication d’un sondage Harris indiquait qu’Emmanuel Macron avait vu son avance fondre comme neige au soleil dans un duel supposé avec Marine Le Pen. Le président sortant était ainsi donné au coude-à-coude avec la candidate du RN (52-48). Moins de quatre ans auparavant, il l’avait pourtant largement emporté (66-34). Mais déjà le signal d’alerte avait retenti : la participation au second tour de 2017 était tombée à 74,56%, son plus faible total depuis plus de 50 ans, et plus encore Emmanuel Macron avait été élu en ne recueillant à cette occasion les suffrages que de 43% des inscrits, là où Jacques Chirac, dans une situation similaire, disposait quinze ans plus tôt d’une assise de 65% du corps électoral.

Quelques semaines plus tard, le 17 mars, un sondage Ifop pour Marianne donnait même Marine Le Pen gagnante face à Anne Hidalgo (51-49). Le même institut complétait le panorama le 11 avril avec une enquête pour le JDD qui confirme et approfondit la tendance : non seulement Marine le Pen semble résister aux candidats de droite (45-55 face à Valérie Pécresse, 41-59 face à Xavier Bertrand), mais Emmanuel Macron reste sous la menace (46-54) et les différents candidats testés pour la gauche sont donnés perdants face à la candidate du RN (Jadot 47-53, Mélenchon 40-60 !) ou au mieux arrachant un très incertain 50-50 (Hidalgo).

Alors bien sûr, en 2017 déjà, ou plus exactement en 2016, le chantage au RN avait été utilisé pour tenter de faire advenir le favori n°1 des bien-pensants, Alain Juppé. Souvenons-nous ainsi qu’en avril 2016, selon un sondage Elabe, Marine Le Pen était estimée entre 23 et 28,5%. Par effet rebond, Alain Juppé, fort de 36 à 39%, était promu vainqueur avant la ligne par le landerneau médiatique, Nicolas Sarkozy étant disqualifié du haut de ses 23 % estimés. On sait ce qu’il advint in fine.  Mais retenons que l’artifice utilisé et le score de Marine Le Pen étaient ceux du premier tour et visaient à départager les candidats d’un même camp (ici de droite) lors de ce même premier tour.

Le premier tour, quoique soumis à la pression sondagière, avait donc encore son autonomie propre, comme il l’avait eu par le passé, et s’avérait déterminant. Soit qu’un camp était largement dominant et que le premier tour visait donc à savoir quel serait le héraut de celui-ci. Ce fût le cas en 1995 où la victoire de la droite était acquise et où l’enjeu de l’élection se trouvait dans le choix de son représentant au premier tour, Jacques Chirac ou Edouard Balladur. Soit que le rapport de force du premier tour portât en lui une valeur dynamique décisive pour le résultat final dans le cadre d’un duel gauche-droite : ce fût le cas en 1988 où le niveau de sortie de François Mitterrand au soir du 1er tour (34,1%) régla la question du second tour, ou en 2007 quand les 31,2% des voix au 1er tour de Nicolas Sarkozy affirmaient sa victoire quinze jours plus tard. En 2012, seul le discrédit du sortant et la médiocrité (déjà) de la campagne d’entre-deux tours de François Hollande ménagea un semblant de suspense après qu’il a récolté 28,2% des suffrages lors du premier tour.

Cette fois, dans un renversement copernicien de perspective, ce sont les résultats supposés de second tour qui s’invitent à la table du 1er tour : le choix initial des électeurs pourrait ainsi s’effectuer au prisme de ce que serait la capacité du candidat à même de l’emporter face à Marine Le Pen, mais aussi face à Emmanuel Macron. Ce n’est plus le premier tour mais le second qui fait l’élection et qui définit le vote utile : en 2017, celui qui paraissait pouvoir se qualifier au premier tour remportait l’élection ; en 2022, celui qui apparaît comme capable de gagner le second tour sera qualifié par les électeurs lors du premier tour.

Ce possible bouleversement des pratiques électorales porte bien sûr en lui une dimension structurelle. Après que l’élection présidentielle a sombré avec l’inversion du calendrier électoral dans la monarchie présidentielle, les élections législatives vassalisant l’Assemblée derrière celui auquel les députés de la majorité doivent leur élection ; après que le mouvement des Gilets Jaunes nous a mis sous les yeux le hiatus de légitimité, entre d’un côté une légitimité élective, réelle, et une légitimité populaire, non moins réelle parce que permanente et inaliénable ; après que l’affaissement du consentement s’en soit évidemment ressenti, l’abandon de l’autonomie du premier tour marquerait une fracture démocratique majeure, le scrutin présidentiel devenant une élection par défaut, qui ne permet plus ni de trancher les grandes questions structurantes de la vie en commun, ni de choisir celui ou celle à même de les porter au mieux.

Mais il est aussi le fruit de l’échec, et donc du rejet de l’existant. Ainsi, interrogés début février, si 67% des Français prévoyaient selon l’Ifop un duel Macron-Le Pen au second tour, 70% n’en voulaient pas ! La combinaison de ces deux scores indique tout à la fois la pesanteur d’un vote que l’on ressent comme imposé, mais aussi l’incapacité à s’y soustraire faute d’offre politique satisfaisante : le premier tour de 2022 tel qu’il se présente en l’état, c’est-à-dire peu ou prou sous la forme d’une réédition de 2017, n’offre en effet pas la possibilité de venir bousculer la hiérarchie établie.

Les sondages de premier tour décrivent un paysage politique figé parce qu’inadapté en ce qu’il ne propose au citoyen qu’un match retour d’une élection passée, les mêmes candidats dans les mêmes couloirs, et non une offre politique à même de retranscrire les ruptures qui ont émaillé le quinquennat. Forts de ce constat, et pour rompre avec la réédition d’un duel Macron-Le Pen, les Français risquent fort de faire l’impasse sur le premier tour et d’adapter dès celui-ci leur choix en fonction du second.

Le piège est d’autant plus dangereux pour la gauche qui, outre un affaiblissement du bloc idéologique qu’elle représente (qui ne pèse plus électoralement qu’autour de 25% des intentions de votes là où il atteignait 45% à la veille de 1981 ou encore plus de 40% en 2012), souffre d’un très mauvais report de voix en son sein. Sa victoire finale apparaissant des plus hypothétiques, elle s’en trouve mécaniquement affaiblie dès le premier tour et n’apparaît plus en tant que telle comme un prétendant au second tour. La boucle est bouclée.

Si alternative il doit y avoir, elle ne peut reposer que sur la construction d’une majorité populaire qui transcende les calculs électoraux de premier et de second tour pour sortir de l’étau du chantage de cette présidentielle, en même temps qu’elle porterait une promesse de refondation populaire et une perspective de reconstruction au pays. Ou pour le dire autrement, qu’une candidature nouvelle assume enfin de rompre avec la servitude électorale au profit de la souveraineté populaire et de l’intérêt général.

François COCQ

Chronique n°3 : Principe d’irresponsabilité

Tribune parue sur le site de « Marianne » le 19 avril 2021, sous le titre « Un an de Covid : l’irresponsabilité du politique a été érigée en méthode de gouvernement ».

François COCQ est enseignant et essayiste. Il est membre du collectif « Les Constituants ».

S’il est un enseignement sur le plan démocratique de la situation sanitaire que nous connaissons depuis plus d’un an maintenant, c’est bien la déresponsabilisation des décideurs et ses effets induits sur le politique qui entrainent le corps politique des Citoyens, autrement dit la Nation, dans un puits sans fond.

Le hiatus de légitimité qui a sauté aux yeux de tous au moment du mouvement des Gilets jaunes, entre d’un côté une légitimité institutionnelle et élective, celle du président Macron, et de l’autre la légitimité populaire qui repose sur une souveraineté permanente et inaliénable, avait déjà conduit à un affaissement du consentement. Loin d’avoir été restauré par l’épisode sanitaire qui aurait pourtant pu jouer ce rôle comme toute crise avait jusque là été appelée à le faire (notons que le « chef de guerre » Macron s’est pourtant essayé à l’exercice, en vain), le consentement s’est radicalisé, tant dans son volet adhésion que dans celui du rejet. C’est qu’entre temps l’irresponsabilité du politique a été érigée et assumée en tant que méthode de gouvernement.

Souvenons-nous. Au début étaient les masques. Les (ir)responsables politiques ont aussitôt rejeté leur incurie là sur leurs prédécesseurs (qui n’étaient pourtant autres qu’eux-mêmes), plus loin, sur les autorités scientifiques, ailleurs sur la mondialisation et la concurrence libre et non faussée que la veille encore ils chérissaient. Depuis, tout aura été à l’avenant. Du déconfinement raté au fiasco des vaccins, toujours la même rengaine : ce virus ne ressemble à rien de ce que nous avons connu auparavant et donc toute réponse ou initiative doit être exemptée de regard critique.

Or la déresponsabilisation n’a d’abord pu se faire qu’au prix du mensonge. On l’a constaté dès l’épisode des masques où la stratégie sanitaire s’est basée sur une pénurie couverte par un mensonge d’Etat. Au point que le 8 avril 2021, un après donc, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal admettait dans l’Obs à propos de cette falsification de la vérité : « Il faudra purger ça le moment venu ». Mais ce moment ne semble pas être advenu si l’on en juge par la grotesque réaction de Jean-Michel Blanquer se défaussant du plantage des serveurs de l’éducation nationale pour les cours à distance. « Nous sommes prêts » clamait-il dès le mois d’août 2020. Pourtant, dès la bascule en enseignement distanciel le 6 avril 2021, c’est le chaos. La faute aux Russes lance-t-il de manière inconséquente. La faute à l’hébergeur OVH et l’incendie qui a frappé l’un de ses bâtiments enchaîne-t-il, avant que le PDG de la dite entreprise ne soit obligé de rendre public qu’il n’héberge pas les réseaux et serveurs qui sont en cause. La faute aux collectivités locales assène alors Blanquer, arguant de « la taille des tuyaux » comme si, régressif, il pensait que c’est à l’orée de celle-ci que l’on se sent supérieur.

Mais même le mensonge, lorsqu’il sombre dans sa propre caricature et touche au ridicule, ne suffit plus. La déresponsabilisation ne se contente plus de répondre à une situation particulière donnée, elle s’institutionnalise et conduit à la fabrique de l’irresponsabilité. Depuis un an, pas une des allocutions du maître de l’Elysée ne s’est ainsi terminée sans faire peser le poids de la non sortie de crise sur les épaules individuelles des citoyens. Depuis trois mois et l’émergence de ce nouveau tabernacle de l’a-politique qu’est « l’acceptabilité », l’irresponsabilité est désormais anticipée.

Ainsi, lorsque le 29 janvier Emmanuel Macron engage son pari solitaire contre les faits scientifiques, celui-ci est aussitôt justifié par ses porte-parole politiques et ses porte-voix des médias dominants par la dite acceptabilité. Les bien-pensants, qui se veulent surtout des penseurs pour les autres, ont aussitôt proclamé que « l’opinion » n’aurait pu souffrir quelque mesure coercitive que ce soit et que le président agissait donc en son nom. Mais qui ne voit pas que « l’opinion » tout comme « l’acceptabilité » sont des marqueurs qui se ramènent aux volontés supposées des individus et qui de fait sont volontairement inquantifiables. L’acceptabilité est bien un pur produit de l’ère de l’individualisme qui, malmené en temps de Covid par le retour de solidarités certes encore repliées, vise à prolonger les rapports de domination existants. Là où le consentement – même lorsqu’il est question de sa fabrique – est un enjeu collectif, une adhésion partagée non à des valeurs mais à des principes qui structurent la vie en commun, l’acceptabilité est un habillage pour instrumentaliser en toute impunité à l’atomisation du corps social et politique.   

Cette notion d’acceptabilité est performative pour les gouvernants en ce qu’elle est le paravent de la déresponsabilisation et suivant de l’irresponsabilité du politique. Revenons à ce 29 janvier qui marque un tournant dans le quinquennat Macron. Sous couvert d’une acceptabilité déclarée défaillante au moment t (les Français auraient donc refusé un confinement court fin janvier pour établir une stratégie 0-Covid pour lui préférer le laisser-aller dont on savait qu’il mènerait à un confinement lourd et plus long au printemps ?), le chef de l’Etat se défausse aujourd’hui de toute responsabilité : il ne pouvait faire autrement car les Français n’auraient pas accepté autre chose. C’est là un renversement de responsabilité qui s’apparente à la déclinaison au politique du célèbre « socialiser les pertes, privatiser les profits » libéral : Macron aurait gagné son pari (ingagnable), il en eut été le grand bénéficiaire ; le pari est un fiasco, la responsabilité est celle des Français. L’irresponsabilité du politique est donc désormais théorisée, anticipée et organisée.

La vie démocratique, pourtant déjà largement abîmée par le glissement d’une conception représentative à un exercice délégatif de la souveraineté, a continué à s’affaisser depuis un an. La réduction de la démocratie à ses comédies électorales a empêché que soient tirées les leçons de la crise sanitaire du printemps dernier. Dès lors, les mêmes causes ont induit les mêmes effets et la Berezina des masques a trouvé sa réplique avec les vaccins un an après. Or si la responsabilité ne pouvait déjà plus être éprouvée dans les urnes, voilà qu’elle est maintenant effacée en tant qu’objet. Ne reste plus alors du politique qu’une coquille vide. L’irresponsabilité préside.

Si monde d’après il doit y avoir, il ne pourra faire l’économie de commencer par redéfinir collectivement les règles du jeu et refonder des principes démocratiques où le politique ne se soustrait plus à la société mais se place à son service. 

François COCQ

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Education

Chronique n° 1 : Blanquer et Covid : effet d’aubaine et élucubrations secrètes 

Texte paru en tribune sur le site du HuffingtonPost le 5 janvier 2021, sous le titre « Le covid-19 est une aubaine pour l’entreprise destructrice du ministre Blanquer ».

Francis DASPE est président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et impliqué dans La France Insoumise. Co-auteur de deux livres sur l’éducation, « L’école du peuple. Pour l’égalité et l’émancipation » (éditions Bruno Leprince, 2012) et « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, 2016).

L’exécutif vient de publier au Journal Officiel le 24 décembre 2020, en catimini, au milieu de la période des fêtes de fin d’année, une ordonnance  lui permettant de modifier les modalités du baccalauréat 2021 jusqu’à deux semaines avant le début des épreuves, en fonction des évolutions de la crise de la covid-19. Cette disposition constitue une illustration supplémentaire autant de l’amateurisme d’un gouvernement navigant sans boussole en ce qui concerne la crise sanitaire que de l’opportuniste du ministre Blanquer pour aller plus loin dans ses réformes détruisant le cadre national républicain du système éducatif.

Car il ne fait pas de doute que Jean-Michel Blanquer poursuit un projet de société qui, s’il n’est pas pleinement assumé comme tel dans la plénitude de son cynisme, recèle une incontestable cohérence pour qui veut en examiner les actes. C’est celui d’une contre-révolution scolaire mortifère actuellement à l’œuvre. Les aspirations profondes de Jean-Michel Blanquer restent encore souvent pour le grand public à l’état d’élucubrations plus ou moins occultes. S’y opposer avec efficacité nécessite de commencer par les dévoiler afin d’appréhender au mieux leur dimension destructrice.  Et de se demander en quoi consiste cette part encore inavouée et pour quelles raisons serait-elle encore inavouable en l’état. 

Jusqu’à présent, de manière très générale, les réformes ministérielles ont cristallisé de forts mécontentements et de franches oppositions. Rue de Grenelle, on n’en a eu cure, préférant les passages en force, ruinant de la sorte dans l’œuf toutes les chances d’une école de la confiance, formule dont a été indûment affublée, sans doute avec une ironie calculée, la principale réforme du ministre Blanquer. Acculé dans les cordes, celui-ci tente de tirer à profit les conditions nouvelles engendrées par la crise sanitaire. Et ce quand bien même sa gestion ait été particulièrement chaotique, avec une conjonction rarement atteinte de mensonges, de négligences, d’aberrations et, pour couronner le tout, de désaveux cinglants de la part de ses supérieurs hiérarchiques, que ceux-ci logent à l’Elysée ou à Matignon.

A quoi peut bien rêver Jean-Michel Blanquer ? La pandémie de la Covid-19, avec le glissement progressif vers un enseignement en distanciel, lui offre des opportunités inespérées. La crise sanitaire a été l’occasion d’une percée de l’école numérique pour se diriger, pour reprendre le jargon inimitable de la maison éducation, vers une hybridation de l’enseignement. Les éventuelles conséquences ne sont pas neutres.

Les cours à distance renforcent la pente vers la standardisation des cours, considérés à l’égal d’un produit industriel de grande consommation visant à une large diffusion. Ils réduisent à la portion congrue l’indispensable médiation pédagogique collective qui constitue la singularité de l’enseignement républicain. Cela s’accompagne d’évaluations formatées, là aussi réalité accentuée par la mode de l’enseignement par compétences dont il importe de décortiquer la dimension idéologique lourde de conséquences. Cette standardisation et ce formatage entrent de surcroit en cohérence avec la baisse des exigences disciplinaires pour les concours de recrutement des enseignants.

De fait, l’ensemble contribue de manière mécanique à un élargissement des missions des enseignants et à une intensification de leurs tâches. Dans cette logique, les cadres inamovibles de la rue de Grenelle auront vite fait de considérer que les professeurs peuvent faire cours à davantage d’élèves, prendre en charge davantage de classes. Et, partant de cette nouvelle réalité, se coltiner un plus grand nombre de copies à corriger, dont le temps supplémentaire serait pris sur celui de préparation des cours (standardisés) et sur celui de la correction, automatisée avec les compétences (même si l’existence d’un hypothétique gain de temps reste à démontrer). Et d’aggraver une dérive actuellement à l’œuvre, à savoir se noyer dans une « évaluationnite aigue » particulièrement délétère et destructrice. 

Le ministre Blanquer, qui a contribué en tant que Dgesco (directeur général de l’enseignement scolaire) à une grande partie des 80 000 suppressions de postes d’enseignants sous le quinquennat d’airain de Nicolas Sarkozy, ne peut pas ne pas avoir en tête cet effet d’aubaine. Les comptables à la petite semaine de la rue de Grenelle (dans le privé on dirait des cost-killers) n’ignorent pas les gisements considérables d’économies budgétaires qu’une telle gestion recèle. C’est à nouveau ouvrir à plein les vannes de l’austérité, avec les promesses alléchantes de (nouvelles) suppression de postes.

Les élucubrations du ministre Blanquer sont bien réelles. Elles concourent à l’émergence d’une autre école et d’un autre projet de société. Elles renvoient non seulement à une autre vision du professeur et de la définition de son métier, mais aussi tout simplement à une autre conception de l’élève et même de l’individu.

Ce projet de société vise à favoriser les (quelques) premiers de cordée pour mieux leur assujettir les (nombreux) premiers de corvée. Ces derniers le seront par l’application du triptyque caractéristique de la start-up nation visant à individualiser / responsabiliser / culpabiliser aussi bien les élèves que les familles. A cet égard, ne perdons jamais de vue que l’école et la société relèvent d’ambitions collectives, et non d’un sinistre chacun pour soi généralisé se transformant rapidement en sauve qui peut.

C’est à ce niveau qu’interviennent lesdites compétences pour aggraver la sinistre besogne projetée.  Elles sont, en réalité, des simulacres d’aptitudes et des ersatz de savoirs, promouvant une vision bassement minimaliste et étroitement utilitariste. Elles correspondent à des habitus de classe transmis et renforcés plus ou moins inconsciemment. Les idéologues pourront s’évertuer à les présenter avantageusement en supposés talents pour fonder d’éventuels mérites, elles ne peuvent cependant masquer les mécanismes de la reproduction sociale démontés en son temps par Pierre Bourdieu et les rouages d’un capital socio-symbolique discriminant. Les compétences contribuent bien à assujettir les premiers de corvée aux premiers de cordée avec l’instauration d’un darwinisme social et politique dans lequel il convient de s’adapter sous tension permanente et d’être « agile » face à la précarité. Les mutations pédagogiques de l’école peuvent donc s’envisager sous les angles conjoints de la marchandisation  et de la morgue oligarchique de classe.

De Claude Allègre à Emmanuel Macron ou Jean-Michel Blanquer, en passant par Nicolas Sarkozy, le projet de société se renforce par sédimentations successives. Il se trouve en adéquation avec les attentes de l’économie. Sa progression bénéficie des conditions nouvelles créées par la pandémie. C’est en cela que résident l’effet d’aubaine et les élucubrations masquées de Blanquer.

Francis DASPE

Chronique n° 2 : Pour l’éducation, Sarkozye et Macronie, c’est bonnet blanc et blanc bonnet !  

Texte paru en tribune dans L’Humanité le 12 février 2021.

Il n’y a pas matière à être étonné par les principales propositions dévoilées ces derniers jours à l’occasion du Grenelle de l’éducation. Elles font en effet office de parfait bréviaire des idées libérales qui ont été appliquées à l’école sans discontinuer depuis plusieurs décennies. Il s’agit d’une reprise ou d’une déclinaison, sans guère d’imagination, des vieilles recettes du quinquennat d’airain de sinistre mémoire de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

Donc, aucune surprise et aucune originalité dans les annonces faites à l’issue d’une consultation lancée en octobre 2020. L’autonomie des établissements scolaires est parée de toutes les vertus, passant par un renforcement des pouvoirs des chefs d’établissements au risque de les transformer en petits chefaillons et en redoutables féodaux. De la sorte sont actionnées les dangereuses logiques de décentralisation d’un service public à vocation pourtant nationale dans le cadre d’une République devant rester une et indivisible et de mise en concurrence d’un secteur qui doit échapper à la loi du marché et à la recherche du profit. Une fois de plus l’antienne du recrutement d’une partie des enseignants sans passer par le mouvement national, c’est-à-dire à discrétion du chef d’établissement selon des critères et des profils opaques déterminés de manière arbitraire, est une fois de plus convoquée à la rescousse. C’est une aubaine inespérée pour remettre en cause les statuts des personnels, ceci dans l’intention d’accroître leur précarité et leur docilité. Les corolaires en termes de salaires sont mécaniques, avec le projet d’introduction d’une part variable dans les rémunérations des enseignants. Cette part variable pourrait prendre des formes diverses, allant de primes à un introuvable mérite à l’imposition croissante d’heures supplémentaires, qui toutes convergent vers la suppression d’emplois, l’intensification des tâches et la dégradation des conditions d’exercice au détriment des usagers de l’école.

La visée offre bien une cohérence dévastatrice ; c’est la confirmation d’une vision libérale, managériale, strictement comptable. Elle a contribué à détruire depuis plusieurs décennies l’idéal de l’École de la République. Dans ce domaine, les ressorts de la Macronie sont identiques à ceux de la Sarkozye. C’est bonnet blanc et blanc bonnet, pour reprendre une expression de Jacques Duclos datant de 1969 et du second tour de la présidentielle. Comment peut-il en être autrement quand on sait que l’actuel ministre de l’éducation et le Dgesco (directeur général de l’enseignement scolaire) entre 2009 et 2012 sous le mandat de Nicolas Sarkozy, à la réputation en aucun cas usurpée de « cost-killer » sans état d’âme, étaient une seule et même personne, Jean-Michel Blanquer ? Quand on sait également que le jeune Emmanuel Macron a fourbi ses premières armes politiques au sein de la commission Attali instituée par Nicolas Sarkozy, dont la mission était de créer les conditions de « la libération de la croissance », autrement dit d’administrer une potion libérale des plus amères à des français pas encore traités de « gaulois réfractaires » et autres joyeusetés de langage…

Ces préconisations récurrentes et lancinantes constituent autant d’impasses tragiques détruisant méthodiquement l’École de la République. Par pur dogmatisme, elles l’éloignent toujours davantage des nécessaires objectifs d’égalité et d’émancipation. Il s’agit pourtant à la fois d’une impérative urgence et d’une ardente ambition pour un autre projet de société à rebours de ces vaticinations mortifères.

Francis DASPE

Chronique n° 3 : « Quoi qu’il en coûte », ce n’est pas pour l’éducation !  

Texte paru en tribune sur le site de Marianne le 3 mars 2021.

Chaque année, dès le mois de février, dans les établissements scolaires du secondaire, survient le temps des DHG.  Cet acronyme quelque peu ésotérique pour les non-initiés signifie dotations horaires globales. Les premiers mois des années civiles sont en effet ceux de l’attribution des DHG qui accordent aux collèges et aux lycées les moyens dont ils disposeront l’année scolaire suivante, à charge pour les établissements via leur conseil d’administration d’en établir une répartition au mieux. Ou, depuis de trop longues années désormais, au moins pire…

L’examen de ces DHG offre matière à dénoncer avec la plus grande vigueur l’indigence des moyens attribués aux établissements d’enseignement secondaire pour l’année scolaire 2021 / 2022. Une fois encore, elles se caractérisent par le renforcement d’une austérité désincarnée et par l’imposition d’une froide gestion comptable. Toutes deux restent plus que jamais, pour le ministre Blanquer, à l’ordre du jour.  Partout, on constate une baisse de ces enveloppes globales. Les répercussions sont hélas mécaniques et implacables : suppressions de postes, moins de cours dédoublés, effectifs par classes en hausse, inflation des heures supplémentaires ce qui conduit dans un même élan à supprimer des postes et à intensifier les charges de travail des enseignants etc. Cette vision étriquée conduit bien à une dégradation des conditions d’enseignement, tant pour les élèves que pour les professeurs.

Cette réalité s’ajoute à celle que connaissent les autres catégories de personnels du premier cercle de la communauté éducative composé par l’ensemble des professionnels, dont l’allocation des moyens ne dépend certes pas des DHG : personnels de vie scolaire (conseillers principaux d’éducation, assistants d’éducation etc.), personnels administratifs, personnels sociaux et de santé, conseillers d’orientation, accompagnants des élèves en situation de handicap ou AESH, auxiliaires de vie scolaire ou AVS etc. Toutes ces catégories au rôle précieux et souvent méconnu dans le (bon) fonctionnement de l’institution scolaire, sont également frappées depuis de trop nombreuses années, et de surcroît dans une indifférence quasi générale et par conséquent coupable, par une nette érosion des moyens mis à disposition dans les établissements. Ces réalités similaires et convergentes contribuent à des conséquences identiques avérées : une diminution drastique de la pourtant indispensable présence humaine dans les collèges et lycées.

L’inflexion que le Président Macron a affecté d’imprimer l’an passé pour la santé au moment du déclenchement de la crise sanitaire, avec le fameux « quoi qu’il en coûte », constitue un enfumage supplémentaire. Visiblement, ce « quoi qu’il en coûte » ne s’applique pas pour l’éducation, alors même que les besoins en cette période difficile sont considérables. Les contraintes liées à la crise sanitaire ont mis en évidence l’absurdité de l’austérité appliquée depuis plusieurs quinquennats, tous semblablement d’airain. Pire,  l’éducation est en réalité considérée comme une vulgaire variable d’ajustement pour des choix budgétaires dogmatiques. Décidément, le « quoi qu’il en coûte »  n’est surtout pas pour l’éducation !

Nombreux sont les établissements scolaires qui ont refusé par un vote du conseil d’administration de valider la répartition de ces moyens alloués. Pour quiconque défendant le service public d’éducation, gérer la pénurie ne peut constituer un horizon admissible. Et c’est bien de gestion de pénurie dans un cadre contraint et restreint dont il s’agit pour les chefs d’établissement, eux aussi au bord de la crise de nerfs, soumis à de multiples injonctions paradoxales. Nous devons exiger pour l’école de la République l’attribution de moyens à la hauteur des missions et des enjeux. Et rappeler plus jamais que l’éducation n’est pas un coût, mais un investissement qui ne saurait être sommairement bradée sur l’autel de l’austérité. En fin de compte, « quoi qu’il en coûte » pour l’éducation ne devrait pas coûter quoi que ce soit pour l’intérêt général !

Francis DASPE

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Laïcité

Chronique n° 1 : Le concordat pour tous à défaut de laïcité 

Texte paru en tribune dans Le Monde le 28 janvier 2021, sous le titre « Projet de loi confortant les principes républicains : le sérieux, l’ambition et la responsabilité font défaut »

Le projet de loi hier contre le séparatisme, aujourd’hui « confortant le respect des principes de la République » est désormais débattu. Ce texte n’est pas réellement une réponse à la menace islamiste comme il le prétend. Au contraire, il participe à la stratégie du choc menée par le gouvernement qui procède d’un affichage tout en avançant sur des points qui relèvent de son agenda. Loin de renforcer les principes de la République, ce texte ne vise pas la promotion de la liberté de conscience et apparaît comme une remise en cause profonde de la séparation des Eglises et de l’État telle qu’elle est instaurée par la loi de 1905.

En produisant un texte bavard, qui rappelle un certain nombre de dispositions existantes, et déclaratif sur beaucoup d’autres, inapplicable ou parfois dangereux, il a pour conséquence, et probablement pour but, d’étendre l’esprit du Concordat à toute la France, cet accord signé entre la France et le Vatican, encore en vigueur en Alsace-Moselle et qui fait peser sur l’État la charge de l’entretien de l’Église.

Renforcement des avoirs des cultes

Le texte affirme la soumission des associations cultuelles à la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 au lieu de la loi de 1901 mais en contrepartie celles-ci acquièrent la possibilité d’avoir des immeubles de rapport à condition que ceux-ci soient acquis gratuitement par dons et legs. Cette disposition va permettre à certains cultes déjà bien dotés en immobilier (notamment l’Église catholique) de renforcer leur patrimoine en en tirant des bénéfices et en les distribuant à qui ils veulent.

Elle va ainsi renforcer les avoirs des cultes. En effet, les écoles privées confessionnelles pourront faire don aux associations loi de 1905 de leur patrimoine immobilier. Ces écoles, largement financées par l’argent public depuis les lois Debré et Carle, en devenant les locataires des associations cultuelles, contribueront au financement des cultes. Il se trouve que ce système va d’abord et largement bénéficier à l’Église catholique puisque les écoles privées confessionnelles sont majoritairement de cette obédience.

De même en disposant du patrimoine immobilier de l’Église jusqu’ici exclusivement réservé au culte, les écoles privées catholiques vont pouvoir se multiplier au détriment de l’école laïque. Le tout en bénéficiant des exonérations de taxe foncière et de taxe d’habitation prévues par la loi de 1905. Quant à l’obligation scolaire dés l’âge de 3 ans, dans le contexte actuel et du fait de la disposition de la loi Carle, elle est favorable à l’Église catholique qui va pouvoir ainsi augmenter sa clientèle.

Certaines dispositions sont bienvenues, comme le contrôle du caractère réellement cultuel des associations, la déclaration des dons éligibles à des déductions fiscales et la nécessité de faire certifier les comptes de l’association chaque année par un commissaire aux comptes, ainsi que l’accroissement des moyens et pouvoirs donnés à TRACFIN pour contrôler la provenance des dons.

« Haine en ligne » et port du voile

Mais d’autres sont dangereuses : la création du délit de haine en ligne n’est qu’un réchauffé de la loi Avia retoquée par le Conseil constitutionnel. La définition juridique est toujours vague et surtout ce délit pourra être jugé en comparution immédiate. Il s’agit d’une dénaturation de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Le gouvernement prétend néanmoins qu’il ne s’appliquera pas aux journalistes, au mépris du principe d’égalité des citoyens devant la loi.

Pendant ce temps, le débat est accaparé par la proposition d’interdiction de voilement des fillettes : cette disposition, en apparence nécessaire, est inutile. Le dispositif légal de protection de l’Enfance en danger (article 375 du Code civil) octroie au juge le pouvoir d’ordonner qu’une fillette voilée soit confiée à d’autres personnes qu’à ses parents. En effet, il peut être considéré que cette pratique compromet gravement l’épanouissement et l’éducation d’une enfant. Il ne s’agit là que d’une agitation pour occuper le terrain médiatique, en contradiction d’ailleurs avec les décisions gouvernementales d’affaiblir la MIVILUDES, organisme de lutte contre les dérives sectaires, étant entendu que le voilement de fillettes se rattache à une pratique sectaire et d’enfermement des enfants contraire à leur chemin vers l’émancipation.

Discrimination filles garçons

Enfin, certaines mesures sont soit cosmétiques, soit inapplicables : les mariages forcés existent, mais ils sont très rarement célébrés en France. Or, le dispositif de vérification de la réalité du consentement par un entretien préalable avec un Officier d’état civil quand il y a doute ne s’appliquerait qu’en France ; les lois sur l’héritage en France interdisent depuis longtemps toute discrimination entre garçons et filles. Mais, même si on ne peut plus déshériter totalement un de ses enfants, on peut déjà limiter sa part à la portion réservataire. Dans ce contexte légal, comment un dispositif de contrôle accru (qui de toute façon ne pourrait s’appliquer qu’aux biens immobiliers se trouvant en France) pourrait-il être efficace ?

La création d’un nouveau délit de mise en danger de la vie d’autrui par divulgation d’éléments concernant sa vie privée dans le but de porter atteinte à sa vie ou à son intégrité physique ou psychique ou à celle des membres de sa famille pose une difficulté majeure : comment un juge pourra-t-il caractériser l’intention de nuire? Enfin, la simple déclaration administrative des sources de financement des associations cultuelles ne suffit pas pour contrôler la réalité de la provenance des fonds. Ce manquement de la loi indique assez clairement que la lutte contre l’islamisme radical est utilisée comme prétexte.

Vaste opération de communication

Prise dans l’émotion de l’assassinat de Samuel Paty, la loi « confortant les principes républicains » a trop de dispositions inutiles, inapplicables voire des concessions hors de propos aux associations cultuelles. Au final, cette loi n’est largement qu’une vaste opération de communication du gouvernement.

Si la République est affaiblie, c’est que les services publics sont systématiquement laminés par des politiques néolibérales, que des territoires sont relégués par des politiques d’austérité économiquement inefficaces et socialement injustes, et qu’une partie toujours plus grande de la population ne peut plus voir dans la République la promesse d’émancipation qu’elle devrait être. La destruction de l’École, l’impossibilité d’une intégration aux valeurs républicaines est le terreau fertile des menaces que nous connaissons. D’ailleurs, aucune disposition positive visant à lutter contre les discriminations au logement, à l’embauche ou contre les contrôles d’identité au faciès n’est prévue. De telles mesures auraient pourtant été de nature à « conforter les principes républicains ».

Par défaut de sérieux, d’ambition et de responsabilité, le gouvernement manque largement le but qu’il prétend atteindre.

Signataires :

Flavien CHAILLEUX, fonctionnaire au ministère du travail ; François COCQ, essayiste ; Romain DUREAU, agroéconomiste, Gauche républicaine et socialiste (GRS) ; Hélène FRANCO, magistrate et syndicaliste ; Christophe GACHE, Mouvement des citoyens (MDC) ; Jean GATEL, ancien secrétaire d’Etat à l’économie sociale et solidaire (1984-1986) ; Manon LE BRETTON, membre des Constituants ; Sacha MOKRITZKY, rédacteur en chef de la revue Reconstruire ; Henri PEñA-RUIZ, philosophe ; Nicolas POMIES, membre du bureau national de l’Union des familles laïques (UFAL) ; Bernard TEPER, co-animateur du Réseau éducation populaire ; Frédéric VIALE, essayiste.

Tagué , , , , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 151 MARS / AVRIL 2021

Sommaire du numéro 151 : Spécial Commune de Paris

  • Edito de Francis DASPE « Cœurs vaillants contre Sacré-Cœur » page 2
  • Texte de Francis DASPE « L’œuvre de la Commune de Paris : une vision anticipatrice, une visée émancipatrice » page 4
  • Texte de  Sylvie ERBANI « La diversité des causes du déclenchement de la Commune » page 7
  • Brèves du mois de Mai 2011 page 9
  • Une fiche d’adhésion (facultative…) pour 2021 page 15

Cœurs vaillants contre Sacré-Cœur

Dans une période où les débats historiques, les controverses idéologiques et les arrière-pensées mémorielles se télescopent pour le meilleur comme pour le pire, les 150 ans du déclenchement de la Commune de Paris doivent être l’occasion de célébrer cet événement d’ampleur aux allures d’épopée tragique. Dans ce contexte, qualifier les Communards de cœurs vaillants n’est en aucun cas anodin de notre part. C’est en filigrane faire référence à la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Celle-ci possède une dimension éminemment idéologique trop souvent oubliée ou, plus exactement, occultée.

Cette basilique, dite du Vœu national, située au sommet de la butte Montmartre dans le 18° arrondissement de Paris, officiellement achevée en 1923, fut érigée dans un contexte particulier. Sa construction s’inscrit à la fois dans l’immédiat après- guerre de 1870 et dans l’après-Commune de 1871, ces deux événements pour l’occasion devant être pleinement distingués et nullement confondus. En effet, un premier vœu date de janvier 1781, soit deux mois avant le déclenchement de la Commune. Une loi fut ensuite votée le 24 juillet 1873 par l’assemblée nationale de 1871, réactionnaire à majorité monarchiste qui venait de réprimer si durement la Commune, et qui déclarait la construction d’utilité publique.

La décision de construire la basilique du Sacré-Cœur s’inscrit dans ce qu’il est coutume de nommer « un contexte de recharge sacrale » et dans le cadre d’un nouvel « ordre moral » promu par les conservateurs. Elle visait d’abord à expier la défaite de Sedan face aux Prussiens de Bismarck et la confiscation des états pontificaux, intervenus quelques mois plus tôt à la suite du départ des soldats français qui étaient depuis plusieurs années l’ultime rempart du pape Pie IX menacé par l’unification italienne. Et ensuite à expier les crimes des Communards, le tout formant un programme global de réaction comme la France en connaît à intervalles réguliers jusqu’à aujourd’hui.

C’est que la défaite de la France dans la guerre franco-prussienne de 1870 était assimilée à une punition divine après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789. Le comble de l’indignation pour ces réactionnaires de tout poil fut atteint par les « attentats sacrilèges » commis à Rome contre les droits de l’Église et du Saint-Siège et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ : les forces françaises protégeant les Etats pontificaux laissèrent alors la voie libre pour la réunification totale de la péninsule italienne (hormis le Vatican laissé au pape). Il s’agissait de faire amende honorable des péchés et d’obtenir la miséricorde du Sacré-Cœur de Jésus-Christ. Dans cette optique, était faite la promesse de contribuer à l’érection à Paris d’un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus.

Quel endroit plus symbolique que Montmartre qui fut un des hauts lieux de la geste de la Commune ? Sa situation à 130 m d’altitude près de l’un des points culminants de Paris, et son dôme qui s’élève à 83 mètres, la rendent visible de très loin. La réaction entendait se donner à voir de manière ostensible et ostentatoire.  

Car c’est bien d’un symbole obscurantiste dont il s’agit. En quelque sorte, il se targue du sacrifice de ces communards « cœurs vaillants ». Il serait plus juste de parler sans fard de véritable massacre de sang-froid par les Versaillais menés par Adolphe Thiers, président d’une République dont il avait prophétisé qu’elle « serait conservatrice ou ne serait pas… ». Il suffit pour s’en convaincre, si besoin était, de se remémorer le carnage de la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871 qui s’acheva au mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise par d’ultimes fusillades.

La basilique du Sacré-Cœur continua par la suite d’être un motif de débats politiques passionnels. Les années suivantes furent celles de l’enracinement de la République. Avec toutes les confusions possibles. La République qui s’imposa était cependant l’héritière de celle qui réprima la Commune. Mais elle finit aussi par s’imposer non sans mal contre les tenants de cette « République versaillaise de massacreurs » qui ne rêvait que de restauration monarchique ; et cette République triomphante fit le choix en 1880 de l’amnistie pour nombre de communards, exilés ou déportés, qui purent ainsi revenir en France.

Le lieu continua d’être un enjeu de mémoire, en lien avec les contextes politiques du moment. C’est ainsi que le conseil municipal de Paris décida d’ériger à cet endroit, dans l’axe du grand portail du Sacré-Cœur, une statue du chevalier de La Barre. La statue sculptée est inaugurée le 3 septembre 1905 par vingt-cinq mille manifestants. La période était particulièrement sensible. Le choix du chevalier de La Barre, jeune noble français condamné en 1766 pour blasphème et sacrilège, décapité et ensuite brûlé, faisant alors pleinement sens : défendu après sa mort par Voltaire, il était devenu une figure tutélaire de l’athéisme et de l’anticléricalisme. La période coïncidait alors avec les débats débouchant sur le vote de la loi de séparation de l’Etat et des Eglises. C’était également les ultimes soubresauts de l’affaire Dreyfus au cours de laquelle les partisans de la République avaient dû affronter rudement ses plus irréductibles adversaires.

Plus tard, au lendemain de la Première guerre mondiale, en 1926, en signe d’apaisement de la municipalité vis-à-vis du monde catholique, la statue est réinstallée non loin, square Nadar, en un lieu moins directement provocateur envers le Sacré-Cœur. Une décision qui entre en résonance avec le moment politique : c’était l’époque qui vit le choix de ne pas appliquer aux trois départements d’Alsace et de Moselle repris aux Allemands la loi de séparation de 1905. Ce qui signifiait le refus d’abroger le Concordat napoléonien de 1801 et une entorse majeure au principe républicain de laïcité. Une question sui resurgit régulièrement dans le débat public français, servant à démasquer les faux défenseurs de la laïcité.

Continuons à célébrer ces « cœurs vaillants » de la Commune de Paris qui constitue une source d’inspiration pour les militants sincères de l’égalité et de l’émancipation. Le sacrifice de leurs engagements au service du peuple ne doit pas rester vain. Et encore moins oublié… Car, pour reprendre une expression utilisée dans la suite de ce numéro spécial, le message transmis par les Communards n’est rien d’autre qu’un projet de civilisation pleinement prométhéen.

Francis DASPE 25 / 02 / 2021

L’œuvre de la Commune de Paris : une vision anticipatrice, une visée émancipatrice

            En à peine plus de deux mois, la Commune de Paris a réalisé une œuvre colossale, trop peu souvent mise en valeur. On en retient plutôt les combats meurtriers qui ont mis un terme à cette expérience originale. Bien à tort tant l’ampleur des mesures adoptées est impressionnante. Et ce dans quasiment tous les domaines.

En terme de démocratie d’abord, les Communards se prononcent pour toutes les libertés : de conscience, d’association, de réunion, de manifestation, de presse, de religion etc… Une partie de celles-ci ne seront conquises que plus tard, au moment où la République triomphe en France entre les années 1880 et 1905.

L’élection constitue la base de la légitimité de l’exercice du pouvoir : la souveraineté du peuple ne connaît pas de limites ni en droit ni de fait. Les élus sont les mandataires du peuple : ils doivent rendre compte. Les élus doivent respecter des procédures de contrôle de leur action et peuvent encourir le cas échéant la révocation.

La mobilisation et l’implication populaires sont encouragées et deviennent des réalités concrètes. On assiste en effet à une floraison de réunions, de clubs, d’assemblées populaires, d’associations, de syndicats qui n’en portent pas encore le nom etc. La notion de démocratie participative n’est alors nullement galvaudée dans cet intense bouillonnement. 

Le fonctionnement démocratique de ces institutions s’accompagne d’une incontestable démocratisation de l’accès au pouvoir politique. Des hommes et des femmes issus du peuple ont voix au chapitre : c’est ainsi par exemple qu’un tiers des élus à la Commune de Paris (de son vrai nom Conseil communal de Paris) sont des ouvriers.

L’œuvre sociale réalisée par la Commune est d’une dimension historique exceptionnelle. Elle dessine véritablement les contours d’une République sociale digne de ce nom. L’essentiel est impulsé par la commission Travail animée par Léo Frankel. La liste est en effet longue.

Le décret du 16 avril 1871 relatif aux ateliers abandonnés par leurs patrons constitue la pierre angulaire de la lutte contre le chômage. Ces ateliers peuvent être remis en exploitation par l’association coopérative des salariés. Par cette mesure, les bases de l’autogestion ouvrière sont jetées.

Dans chaque mairie d’arrondissement un double registre est ouvert : un premier sur lequel les chômeurs inscrivent leurs demandes de travail, un second sur lequel les employeurs notent leurs besoins.

Les salaires sont augmentés. Parallèlement, un maximum des traitements est fixé dans la fonction publique. Par le décret du 27 avril 1871, la Commune met fin au système d’amendes et retenues sur salaires qui constituaient la forme la plus outrancière de l’arbitraire patronal.

A la demande des boulangers de Paris, la journée de travail ne peut plus commencer avant 5 heures du matin. Dans la même veine, un règlement dans l’atelier de réparation d’armes du Louvre réduit la journée de travail à 10 heures. Les délégués d’ouvriers sont par ailleurs associés aux décisions prises par la direction de l’entreprise. A la suite d’une enquête sur la confection des habits militaires confiée à des entreprises privées et qui avait révélé de nombreux abus, la Commune opte pour une révision des marchés conclus et les confie de préférence aux associations ouvrières. Un salaire minimal est également fixé. 

La République voulue par la Commune n’est pas seulement sociale ; elle est également laïque. L’objectif répond à la nécessité de briser l’outil spirituel de l’oppression que représente le cléricalisme incarné par le pouvoir des prêtres.

Le décret du 2 avril 1871 proclame la séparation de l’Etat et des Eglises ainsi que la suppression du budget des cultes, lequel était alors plus élevé que celui de l’instruction publique.

La laïcisation de l’enseignement s’effectue par le décret du 9 avril sous la houlette du commissaire à l’Instruction publique, Edouard Vaillant. Les crucifix sont retirés, les écoles congréganistes mises à la disposition des communes, le personnel religieux remplacé par des maîtres laïques. Les bases d’une école publique, gratuite et laïque sont ainsi posées.

Les programmes sont refondus en développant l’enseignement des sciences et des techniques. Il s’agit d’instaurer un enseignement intégral combinant à la fois l’esprit qui conçoit et la main qui exécute. A cet effet, deux écoles professionnelles sont créées (dont une pour les filles).

C’est qu’en matière des droits des femmes des avancées significatives et porteuses d’avenir sont enregistrées. En plus de l’ouverture d’une école professionnelle pour filles, les salaires des institutrices sont portés à hauteur de ceux des instituteurs.

En décidant de verser une pension aux veuves de Fédérés, et ceci qu’elles soient mariées ou pas, la reconnaissance de l’union libre est de la sorte actée et le droit des enfants naturels pleinement reconnu. Aux antipodes du code napoléonien, la Commune prend résolument cause pour les droits des concubines, des filles mères et de enfants illégitimes. Un décret du 13 mai autorise le président du tribunal civil à allouer une pension alimentaire à la femme demandant la séparation de corps.

Dans une volonté d’égalité et d’émancipation, la Commune favorise la création d’emplois féminins. 

Une politique volontariste d’accès aux droits sociaux est lancée. Afin de contribuer à résoudre la crise du logement, la réquisition des appartements vacants est décidée pour y loger les sans domicile. Il est interdit d’expulser les locataires. Une remise générale des loyers d’octobre 1870, de janvier et avril 1871 est votée afin de soulager les nombreux parisiens confrontés à une situation intenable.

La mise en place de bureaux d’assistances publique entièrement laïcisés permet de distribuer des secours aux indigents, notamment en organisant des cantines, des fourneaux économiques et des boucheries municipales.

La suspension de la vente des objets mis en gage au mont-de-piété est également décidée. 

Deux décrets en date des 9 et 10 avril octroient des pensions aux blessés et veuves. Le produit de la vente du mobilier saisi dans la maison de Thiers sera affecté aux pensions des veuves et orphelins.

La Commune instaure également toute une série de mesures marquées du sceau de l’humanisme.

La justice se situe au cœur des préoccupations visant à l’émergence d’un monde fraternel fondé sur de nouvelles bases. Pour une justice accessible à tous, la gratuité des actes judiciaires et la  suppression de la vénalité des offices sont votées. Une arrestation par la police supérieure à 24 heures, sans qu’elle soit validée par la décision d’un juge, est prohibée. C’est l’invention d’une période limitée de la garde à vue. Toute perquisition non autorisée par un juge est considérée hors la loi. Des efforts sont envisagés pour humaniser la prison.

D’autres actes concrets mais relevant davantage du champ du symbolique sont adoptés pour signifier l’ouverture d’une ère nouvelle. Le 6 avril 1871, deux guillotines entreposées à la prison de la Roquette sont brûlées devant la mairie du 11° arrondissement pour témoigner de l’horreur de la peine de mort. La colonne Vendôme, décrite comme un symbole du militarisme fondé sur la force brutale et de la négation du droit international, est détruite. Les conseils de guerre et l’armée permanente sont abolis.

Une politique culturelle dynamique est promue. Dans l’esprit des Communards, les théâtres doivent être considérés comme de grands établissements d’instruction. Ils doivent appartenir à des fédérations d’artistes. Le peintre Gustave Courbet est élu président de la Fédération des artistes de Paris.

§   §   §   §   §   §   §   §   §

Le travail de transformation engagé par la Commune de Paris est gigantesque. Tant de choses en si peu de temps… Ce travail s’inscrit dans une visée radicalement émancipatrice : il s’agit de libérer l’être humain de toutes ses chaînes. La vision est également fondamentalement anticipatrice. Nombreuses sont les mesures qui seront immédiatement ajournées. Mais presque aussi nombreuses seront celles qui triompheront progressivement à mesure que les idées d’une République démocratique, sociale et laïque s’imposent. D’autres resteront à l’état de projet inabouti, sans oublier que des avancées que l’on aurait pu croire définitives peuvent, à l’occasion de soubresauts politiques ou de la victoire de majorités dotées de programmes réactionnaires, être puissamment remises en cause, en France ou ailleurs. L’actualité récente fourmille d’exemples attestant que l’ambition initiale de la Commune de Paris reste plus que jamais un projet rassembleur « d’ici et de maintenant ». Les mobilisations des « indignés » de tous les pays montre si besoin était l’urgence de la réalisation de la République sociale. C’est en cela que le message transmis par les Communards n’est rien d’autre qu’un projet de civilisation pleinement prométhéen.

Francis DASPE Mai 2011

La diversité des causes du déclenchement de la Commune

Le déclenchement des événements les plus marquants de notre histoire répondent toujours à un schéma classique reposant sur une conjonction de crises. Des causes profondes se combinent à des causes immédiates, le tout mis en mouvement par une étincelle catalysant une situation devenue explosive.

Pour la Commune de Paris, l’étincelle est bien connue : c’est la décision prise par les Versaillais de Thiers de retirer au petit matin du 18 mars 1871 les canons de Montmartre. La mobilisation populaire pour s’opposer à cette mesure jugée vexatoire fut l’élément déclencheur de la Commune de Paris.

Les causes immédiates ont été dans l’ensemble bien mises en évidence dans les différentes analyses. Il y a bien évidement la gravité de la crise économique due au siège de Paris par les Prussiens, crise persistant malgré la signature de l’armistice du 28 janvier 1871. Crise rendue d’autant plus insupportable par le net contraste au regard de la forte croissance économique connue sous le II° Empire. A cela il convient d’ajouter l’imbrication extrême entre une crise politique et la perception de la défaite militaire contre les Prussiens. La crise politique possède une double dynamique conflictuelle : conflit entre l’Empire et la République d’une part que la proclamation de la République le septembre  1870 n’a pas totalement enlevé des esprits, conflit entre l’Assemblée nationale élue le 8 février 1871 à large majorité monarchiste et le sentiment profondément républicain animant la majorité des Parisiens. Elle recoupe aussi les clivages résultant de l’attitude à avoir devant la guerre menée contre les Prussiens. Le gouvernement de Thiers a accepté la capitulation tandis que les Parisiens ne s’y résolvent pas.

En fait, ce sont les raisons lointaines qui ont été le plus souvent minimisées dans les analyses portant sur le déclenchement de la Commune. Ce sont pourtant les plus significatives et les plus riches d’enseignement. Il faut en effet remonter à une double crise, sociale et urbaine.

L’ampleur de la crise sociale ne peut être sous-estimée. Elle s’enracine dans les conditions du développement de la révolution industrielle qui touche la France avec force à partir du milieu du XIX° siècle, c’est-à-dire avec un certain retard sur la Grande-Bretagne qui en a été l’initiatrice au siècle précédent. Précarité et insécurité sociale règnent en maîtresses et rythment le quotidien des ouvriers. Se met en place une société de classes conflictuelle fondée sur l’exploitation de la classe ouvrière par les propriétaires des moyens de production. Ce prolétariat peut alors facilement être assimilé à des esclaves des temps modernes.

Une crise urbaine vient alors se greffer dans les grandes villes, et plus encore à Paris. Dans la capitale, elle est exacerbée par la restructuration haussmanienne et la spéculation libérale qui s’en est ensuivie. Outre les objectifs purement politiques en termes de maintien de l’ordre visant à empêcher à l’avenir toute révolution populaire ave le percement de grands boulevards, les conséquences sur les conditions de vie des masses laborieuses considérées comme dangereuses sont extrêmement « impactantes » comme on dirait aujourd’hui. Nombreuses sont les familles populaires obligées d’aller habiter dans les nouveaux arrondissements de la périphérie, c’est-à-dire dans les arrondissements nouvellement intégrés (on passe alors de 12 à 20 arrondissements). La crise urbaine est d’autant plus aggravée qu’il s’agit aussi d’accueillir les ruraux attirés dans les grands centres urbains par la croissance d’une industrialisation conquérante. Pour beaucoup, la réalité est celle des habitats délabrés et des taudis.

Le déclenchement de la Commune de Paris en mars 1871 repose sur un cocktail de causes diverses véritablement explosif. L’élément le plus déterminant est certainement celui qui est trop peu souvent évoqué : l’existence d’une grave crise sociale. C’est celle-ci qui donnera à l’œuvre de la Commune son cachet qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

Sylvie ERBANI Mai 2011

s

Les Brèves de l’AGAUREPS-Prométhée Mai 2011 : Spécial Commune de Paris

● Repères chronologiques de la Commune

La Commune de Paris a eu une durée éphémère : on dit souvent que ce furent soixante-douze jours qui bouleversèrent la France et plus encore les mentalités collectives. Cette courte période fut pourtant riche d’événements. Il est nécessaire d’avoir des points de repères chronologiques clairs pour ne pas s’y perdre. En voici quelques-uns parmi les plus notables.

Avant le déclenchement de la révolte de la Commune, certaines dates doivent être précisées pour une meilleure compréhension. La défaite militaire de Sedan face à l’armée prussienne conduit à la proclamation le 4 septembre 1870 de la République. Malgré une résistance acharnée, l’armistice est signé le 28 janvier 1871. Quelques jours plus tard, le 8 février 1871, une assemblée nationale à nette majorité monarchiste est élue. Elle désigne le 17 février Thiers chef du pouvoir exécutif. Le 1° mars cette même assemblée ratifie à Bordeaux les préliminaires de paix de Versailles.

La Commune de Paris débute dans la nuit du 17 au 18 mars 1871 avec la provocation de Montmartre : Thiers décide de reprendre aux Parisiens des canons achetés par souscription en vue de défendre Paris. La mobilisation du Comité de vigilance de Montmartre dont Louise Michel est l’une des principales animatrices lance le processus.

Au soir de la journée, le Comité central de la garde nationale occupe l’Hôtel de ville et devient la seule autorité responsable. Il exercera tous les pouvoirs du 19 au 26 mars 1871, dans l’attente des élections communales. Le 26 mars 1871, les élections ont lieu et désignent les 92 membres du Conseil communal de Paris, d’où le nom de Commune de Paris. Parmi ces élus, on compte 25 ouvriers. Le 28 mars, se déroule la passation de pouvoir entre le Comité central de la Garde nationale (transitoire) et la Commune de Paris (élue).

La Commune de Paris va exercer la réalité du pouvoir du 28 mars au 1° mai 1871. Le pouvoir législatif bien entendu, mais aussi le pouvoir exécutif par l’intermédiaire de dix commissions. Les 6 et 19 avril la Commune de Paris s’adresse aux départements dans l’espoir à la fois d’entraîner les départements et de contredire les calomnies diffusées par le gouvernement de Thiers.

Le 1° mai 1871 voit la création d’un nouvel exécutif, le Comité de salut public. Félix Pyat est élu président tandis que Charles Delescluze est nommé délégué à la guerre (45 voix pour 23 voix contre). Des divisions au sein de la Commune apparaissent au moment le plus critique. La signature du traité de Francfort le 10 mai rend sa liberté de manoeuvre à Thiers et aux forces versaillaises.

Du 21 au 28 mai 1871 se déroule la « Semaine sanglante » qui signe l’échec de la Commune. Le 21 mai les Versaillais entrent dans Paris par la porte Saint-Cloud, à la poterne du Point-du-Jour. Le 23 mai, Montmartre, là où avait commencé le mouvement de révolte, tombe. Le 25 mai Delescluze est tué sur une barricade près de la mairie du 11° arrondissement. Le 28 mai, au cimetière du Père-Lachaise, les derniers insurgés sont fusillés mur des Fédérés.

                        Francis DASPE  29 / 05 / 2011

● Un crime de masse avéré

Dans le Journal de Goncourt à la date 31 mai 1871, soit trois jours seulement après la fin de la « Semaine sanglante », on peut lire les réflexions suivantes : « La solution a été brutale, fondée sur la force brute et éloignée des lâches compromis. Ni conciliation ni transaction ». L’auteur se félicite bruyamment de la réalisation d’un véritable crime de masse. La répression brutale de la Commune de Paris est bien un massacre de masse sans aucun précédent dans l’histoire de l’Europe au XIX° siècle.

Les chiffres des victimes peuvent être reconstitués dans leur ensemble pour donner un ordre de grandeur assez proche de la réalité. Pourtant, dans le détail, il est extrêmement difficile d’effectuer un décompte exact. Il faut en effet prendre en considération la grande diversité des exécutions sommaires qui échappe aux statistiques, tels les anonymes fusillés sans autre forme de procès. Il y a également le phénomène massif de disparition de très nombreux corps. Beaucoup furent en effet jetés dans les fosses communes, brûlés par peur des épidémies, enterrés dans les catacombes et les carrières etc.

La Ville de Paris recense pour sa part 17 000 inhumations pour la période. Ces chiffres sont repris par le chef de la justice militaire. C’est sans nul doute une estimation à la fois réaliste et basse des victimes de la répression de la Commune. Le chiffre généralement retenu par les historiens est d’au moins 20 000 morts.

C’est bien un crime de masse avéré que les autorités versaillaises ont commis en quelques jours. L’expression d’une haine de classe que symbolisent une fois de plus les écrits de Goncourt estimant que cette « saignée, en tuant la partie bataillant d’une population, ajourne d’une conscription la nouvelle révolution ».

                        Thierry DONGUAT  12 / 05 / 2011

● Les « Abattoirs » de la Commune de Paris

Dans ces Mémoires publiées en 1886, Louise Michel parle des lieux de tueries des Communards en ces termes : « Aujourd’hui ce sont des ossuaires : il y a quinze ans c’étaient des abattoirs ». Les lieux de massacres des communards vaincus méritent bien l’appellation d’abattoirs.

Le premier massacre se déroule le 22 mai au cimetière d’Auteuil le lendemain de l’entrée des Versaillais dans Paris : une cinquantaine de fédérés sont exécutés. Quasiment immédiatement, est mise en place une cour prévôtale pour le moins expéditive au théâtre du Châtelet : près de 4 000 communards sont fusillés à la caserne Lobau voisine, et ceci en pas moins de quatre petits jours.

Des fusillades massives commencent dans la nuit du 26 au 27 mai à la prison de la Roquette. En trois jours, il y aura plus de 3 000 exécutions.

Le dimanche 28 mai est le dernier jour de la Semaine sanglante. Elle se termine par l’exécution de 147 communards fusillés devant un mur du Père-Lachaise. C’est le Mur des fédérés qui restera le lieu symbolique le plus fort de la mémoire de la Commune.

Cette liste est bien entendu loin d’être exhaustive. D’autres lieux ont servi d’abattoirs sommaires auxquels des épisodes tragiques sont rattachés : le Panthéon, les Buttes Chaumont, le Champ de Mars, le Luxembourg, la Madeleine.

Si de tels événements se produisaient aujourd’hui, pourraient-ils être qualifiés de crimes contre l’humanité ou être passibles d’une justice internationale ?

                        Thierry DONGUAT  12 / 05 / 2011

● La déportation des Communards

Les Communards qui avaient survécu à la répression des troupes versaillaises de Thiers durent affronter les peines de la déportation. Ils furent jugés par des conseils de guerre, sinistre parodie de justice. On dénombre à 46 835 les personnes qui passèrent devant ces conseils de guerre.

Les verdicts condamnèrent, entre autres peines, 3 417 personnes à la déportation simple, 1 169 à la déportation en enceinte fortifiée, 251 aux travaux forcés. Les enfants sont envoyés en maison de correction. 95 peines de mort sont prononcées.

La loi du 23 mars 1872 fixe comme lieu de déportation la Nouvelle-Calédonie. Il y aura aussi comme autre lieu de déportation l’Algérie. Le premier navire à partir le fait le 3 mai 1872. Les bateaux sont équipés de cages pour enfermer les condamnés. Le voyage fait 20 000 kilomètres, soit une durée de 4 à 5 mois, dans des conditions difficiles et humiliantes. 

                        Thierry DONGUAT  17 / 05 / 2011

● Amnistie ou réhabilitation pour les Communards ?

C’est avec le changement de majorité, les monarchistes faisant place aux républicains à la fin des années 1870, que s’ouvre le débat de l’amnistie des Communards.

Une loi d’amnistie partielle est adoptée le 3 mars 1879. Partielle est le terme approprié car il fallait d’une part être d’abord gracié pour pouvoir être amnistié et d’autre part la distinction entre les « meneurs » et les « égarés » était clairement établie. Les premiers rapatriements commencent à l’automne 1879. Un peu plus d’an plus tard, une loi d’amnistie totale est votée le 11 juillet 1880. Elle s’inscrit dans une double perspective d’oubli et de réconciliation.

C’est cette double perspective qui pose problème. La tentative d’une réconciliation nationale signifie-t-elle qu’elle se fasse aux dépends de la dignité des communards ? Car l’oubli ne conduit pas à la réhabilitation des Communards. Eux seuls restent accusés de crimes, et condamnés. L’amnistie mène en réalité à l’amnésie. Cette version de l’oubli s’apparente dans les faits à une véritable chape de plomb sur un épisode historique éminemment passionnel dont le dénouement fut absolument tragique.

L’association créée en 1882 par les Communards revenus d’exil de Nouvelle-Calédonie et d’Algérie est en fait la plus vieille organisation du mouvement ouvrier français. L’actuelle association, Les Amis de la Commune de Paris 1871, en est l’héritière en ligne directe. Elle s’est assigné deux objectifs principaux : transmettre l’histoire de la Commune, en faire vivre les idées. La montée annuelle au mur des Fédérés participe de ces deux objectifs. Mais la bataille est aussi juridique : il s’agit d’obtenir la réhabilitation officielle de tous les Communards. Pas seulement de l’amnistie, et encore moins de l’oubli… Car les idéaux de la commune sont encore subversifs…

                        Sylvie ERBANI  25 / 05 / 2011

● Le Mur des Fédérés, lieu de mémoire

Les années qui suivirent la répression sanglante de la Commune de Paris, l’hommage collectif aux morts fut rigoureusement interdit. Ce tabou dura dix ans. Il fallut attendre la victoire des Républicains et les lois d’amnistie de 1879 et 1880 pour qu’un quelconque hommage devienne possible. Un cortège est alors organisé le dernier dimanche de mai par des organisations ouvrières et l’association fraternelle.

Un tournant s’opère en 1908 avec la SFIO fondée trois ans plus tôt. Le nouveau parti socialiste s’approprie le pèlerinage au mur pour se doter d’une pratique identitaire spécifique. La SFIO devient l’organisatrice en titre du cortège. Après la scission du Congrès de Tours en 1920, il va désormais exister plusieurs cortèges séparés, personne ne voulant abandonner l’héritage.

L’année 1936 se caractérise par le retour à un cortège unitaire : celui-ci il est vrai suit de peu les élections législatives qui traduisent la victoire historique du Front populaire. Le nombre de participants à ce cortège est estimé à plus de 500 000. Le Front populaire est de fait institué comme le prolongement et le dépassement de la Commune. Dès le lendemain le vaste mouvement de grèves avec occupation des usines se développe. Le succès du cortège unitaire a sans aucun doute joué un rôle d’impulsion non négligeable.

Après la seconde guerre mondiale, des changements s’opèrent dans la manière de célébrer le souvenir de la Commune. En 1945, la montée au mur (expression qui prévaudra alors) est ouverte par les déportés de retour des camps. La mémoire du lieu d’élargit. Le Parti communiste y fait alors inhumer des intellectuels antifascistes, des résistants, des dirigeants communistes ou des victimes des manifestations ultérieures comme les militants tués en février 1962 au métro Charonne. Des monuments en hommage aux victimes des camps de la mort sont érigés. La SFIO avait autonomisé son cortège en 1947, suite à l’exclusion des ministres communistes du gouvernement Ramadier. Elle y renonce en 1958.

Le centenaire de la Commune en 1971 redonna de la vigueur à l’événement. Il est vrai que la coïncidence avec la dynamique de construction de l’union de gauche qui allait déboucher sur l’élaboration du Programme commun fut un puissant vecteur d’entraînement. Cependant la perspective unitaire dans le champ politique ne se traduisit pas par un cortège unique : il y eut  des cortèges concurrents, mais rassemblant presque autant de manifestants qu’en 1936, année faste.

Par la suite, la montée au mur connaît un déclin : la commémoration cesse d’être l’œuvre des partis politiques, mais plutôt de relais culturels et d’organisations. Mais le souvenir de ces heures héroïques continue d’être perpétué.

                        Sylvie ERBANI  25 / 05 / 2011

● Quelques figures de la Commune

Auguste Blanqui (1805-1881).

Dit « l’Enfermé », fils d’un député de la Convention d’origine italienne. Symbolise les luttes républicaines révolutionnaires (condamné à mort en 1839, puis incarcéré en 1839, 1848, 1871). Emprisonné pendant la Commune, il en est considéré comme un des inspirateurs. Libéré en 1879, ses obsèques rassemblent 100 000  personnes.

Gustave Courbet (1818-1877).

Peintre influencé par le réalisme des peintres hollandais du 17° siècle. Chef de file de la nouvelle école réaliste, il est critiqué pour exalter la banalité et la médiocrité érigées au rang d’histoire. Elu au conseil de la Commune de Paris, il siège à la Commission de l’enseignement et dirige la Fédération des artistes. Condamné à 6 mois de prison, il s’exile en Suisse.

Charles Delescluze (1809-1871).

Journaliste, il participe aux événements révolutionnaires de 1830 et 1848, ce qui lui vaut condamnations, exils et déportation à Cayenne. Il fonde un journal radical, Le Réveil, qui affirme les principes de l’Internationale. Elu à la Commune de Paris, il meurt sur les barricades lors de la semaine sanglante.

Léo Frankel (1844-1896).

D’origine juive et hongroise, il s’établit en France en 1867. Elu au conseil de la Commune de Paris, il s’occupe des commissions du Travail et de l’échange, puis des Finances. Il est à l’origine de la majorité des mesures sociales. Blessé pendant la semaine sanglante, il réussit à s’échapper. Condamné à mort par contumace en 1872, il meurt à Londres.

Benoît Malon (1841-1893).

Ancien berger qui apprit à lire à partir de 20 ans, devenu ouvrier teinturier. Il joua un rôle important dans la I° Internationale. Réfugié en Suisse après la Commune, il fut à son retour en France le propagateur de la notion de « socialisme intégral » qui influença par la suite les idées de Jaurès.

Louise Michel (1830-1905).

Institutrice, elle joue un rôle de premier plan dans le début de l’insurrection le 18 mars à Montmartre. Condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Suite à son retour triomphal de déportation en 1880, elle continue inlassablement à militer jusqu’à sa mort, mourant au cours d’une conférence.

Jean-Baptiste Millière (1817-1871).

Député de la Seine, animateur du journal La Commune. Arrêté le 26 mai, il fut fusillé à genoux sur les marches du Panthéon.

Edouard Vaillant (1840-1915).

Formation d’ingénieur et de médecin. Membre élu de la Commune, chargé de l’instruction publique. Il est également gérant du Journal officiel de la Commune. Il s’enfuit en Grande-Bretagne. Il sera un acteur majeur de la construction d’un parti socialiste en France.

Jules Vallès (1832-1885).

Journaliste, il fut le fondateur du Cri du Peuple. Ecrivain, il fut l’auteur d’une trilogie largement autobiographique centrée sur le personnage de Jacques Vingtras : L’enfant, Le bachelier, L’insurgé. Homme politique, membre de la Commune de Paris, il fut condamné à mort et s’exila à Londres.

Eugène Varlin (1839-1871).

Ouvrier relieur, militant ouvrier, il fonde la restaurant coopératif La Marmite. Pendant le siège de Paris, il s’occupe de l’alimentation des nécessiteux en fournissant les « marmites de Varlin ». Elu au conseil de la Commune et chargé de la commission des finances. Il s’oppose à la création du Comité de salut public le 1°mai. Arrêté le 18 mai, il est sauvagement lynché, éborgné et fusillé à Montmartre.

                        Thierry DONGUAT  12 / 05 / 2011

Tagué , , , , ,

Cœurs vaillants contre Sacré-Cœur

Dans une période où les débats historiques, les controverses idéologiques et les arrière-pensées mémorielles se télescopent pour le meilleur comme pour le pire, les 150 ans du déclenchement de la Commune de Paris doivent être l’occasion de célébrer cet événement d’ampleur aux allures d’épopée tragique. Dans ce contexte, qualifier les Communards de cœurs vaillants n’est en aucun cas anodin de notre part. C’est en filigrane faire référence à la construction de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Celle-ci possède une dimension éminemment idéologique trop souvent oubliée ou, plus exactement, occultée.

Cette basilique, dite du Vœu national, située au sommet de la butte Montmartre dans le 18° arrondissement de Paris, officiellement achevée en 1923, fut érigée dans un contexte particulier. Sa construction s’inscrit à la fois dans l’immédiat après- guerre de 1870 et dans l’après-Commune de 1871, ces deux événements pour l’occasion devant être pleinement distingués et nullement confondus. En effet, un premier vœu date de janvier 1781, soit deux mois avant le déclenchement de la Commune. Une loi fut ensuite votée le 24 juillet 1873 par l’assemblée nationale de 1871, réactionnaire à majorité monarchiste qui venait de réprimer si durement la Commune, et qui déclarait la construction d’utilité publique.

La décision de construire la basilique du Sacré-Cœur s’inscrit dans ce qu’il est coutume de nommer « un contexte de recharge sacrale » et dans le cadre d’un nouvel « ordre moral » promu par les conservateurs. Elle visait d’abord à expier la défaite de Sedan face aux Prussiens de Bismarck et la confiscation des états pontificaux, intervenus quelques mois plus tôt à la suite du départ des soldats français qui étaient depuis plusieurs années l’ultime rempart du pape Pie IX menacé par l’unification italienne. Et ensuite à expier les crimes des Communards, le tout formant un programme global de réaction comme la France en connaît à intervalles réguliers jusqu’à aujourd’hui.

C’est que la défaite de la France dans la guerre franco-prussienne de 1870 était assimilée à une punition divine après un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789. Le comble de l’indignation pour ces réactionnaires de tout poil fut atteint par les « attentats sacrilèges » commis à Rome contre les droits de l’Église et du Saint-Siège et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ : les forces françaises protégeant les Etats pontificaux laissèrent alors la voie libre pour la réunification totale de la péninsule italienne (hormis le Vatican laissé au pape). Il s’agissait de faire amende honorable des péchés et d’obtenir la miséricorde du Sacré-Cœur de Jésus-Christ. Dans cette optique, était faite la promesse de contribuer à l’érection à Paris d’un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus.

Quel endroit plus symbolique que Montmartre qui fut un des hauts lieux de la geste de la Commune ? Sa situation à 130 m d’altitude près de l’un des points culminants de Paris, et son dôme qui s’élève à 83 mètres, la rendent visible de très loin. La réaction entendait se donner à voir de manière ostensible et ostentatoire.  

Car c’est bien d’un symbole obscurantiste dont il s’agit. En quelque sorte, il se targue du sacrifice de ces communards « cœurs vaillants ». Il serait plus juste de parler sans fard de véritable massacre de sang-froid par les Versaillais menés par Adolphe Thiers, président d’une République dont il avait prophétisé qu’elle « serait conservatrice ou ne serait pas… ». Il suffit pour s’en convaincre, si besoin était, de se remémorer le carnage de la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871 qui s’acheva au mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise par d’ultimes fusillades.

La basilique du Sacré-Cœur continua par la suite d’être un motif de débats politiques passionnels. Les années suivantes furent celles de l’enracinement de la République. Avec toutes les confusions possibles. La République qui s’imposa était cependant l’héritière de celle qui réprima la Commune. Mais elle finit aussi par s’imposer non sans mal contre les tenants de cette « République versaillaise de massacreurs » qui ne rêvait que de restauration monarchique ; et cette République triomphante fit le choix en 1880 de l’amnistie pour nombre de communards, exilés ou déportés, qui purent ainsi revenir en France.

Le lieu continua d’être un enjeu de mémoire, en lien avec les contextes politiques du moment. C’est ainsi que le conseil municipal de Paris décida d’ériger à cet endroit, dans l’axe du grand portail du Sacré-Cœur, une statue du chevalier de La Barre. La statue sculptée est inaugurée le 3 septembre 1905 par vingt-cinq mille manifestants. La période était particulièrement sensible. Le choix du chevalier de La Barre, jeune noble français condamné en 1766 pour blasphème et sacrilège, décapité et ensuite brûlé, faisant alors pleinement sens : défendu après sa mort par Voltaire, il était devenu une figure tutélaire de l’athéisme et de l’anticléricalisme. La période coïncidait alors avec les débats débouchant sur le vote de la loi de séparation de l’Etat et des Eglises. C’était également les ultimes soubresauts de l’affaire Dreyfus au cours de laquelle les partisans de la République avaient dû affronter rudement ses plus irréductibles adversaires.

Plus tard, au lendemain de la Première guerre mondiale, en 1926, en signe d’apaisement de la municipalité vis-à-vis du monde catholique, la statue est réinstallée non loin, square Nadar, en un lieu moins directement provocateur envers le Sacré-Cœur. Une décision qui entre en résonance avec le moment politique : c’était l’époque qui vit le choix de ne pas appliquer aux trois départements d’Alsace et de Moselle repris aux Allemands la loi de séparation de 1905. Ce qui signifiait le refus d’abroger le Concordat napoléonien de 1801 et une entorse majeure au principe républicain de laïcité. Une question sui resurgit régulièrement dans le débat public français, servant à démasquer les faux défenseurs de la laïcité.

Continuons à célébrer ces « cœurs vaillants » de la Commune de Paris qui constitue une source d’inspiration pour les militants sincères de l’égalité et de l’émancipation. Le sacrifice de leurs engagements au service du peuple ne doit pas rester vain. Et encore moins oublié… Car, pour reprendre une expression utilisée dans la suite de ce numéro spécial, le message transmis par les Communards n’est rien d’autre qu’un projet de civilisation pleinement prométhéen.

Francis DASPE

25 / 02 / 2021

Tagué , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 150 JANVIER / FEVRIER 2021

Sommaire du numéro 150

  • Editorial de François COCQ : « L’année de la cloche » page 2
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « République et démocratie » – François COCQ page 3
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « Education » – Francis DASPE page 7
  • Les actes des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des PO : Francis DASPE, Catherine DAVID page 9
  • La pétition prométhéenne de la Révolution citoyenne : Droits et Libertés : « Contre le fichage et pour la liberté de conscience ! » – page 13

  2021, l’année de la cloche  

2021 commence comme 2020 s’est terminée : avec la vie placée sous cloche. Bien sûr la crise sanitaire sévit indéniablement, avec une augmentation de la mortalité de 9 % en 2020 par rapport aux deux années précédentes, selon l’Insee. Mais depuis mai dernier, la réponse de l’exécutif ne semble pas tant se concentrer sur les aspects sanitaires que sur le fait de séparer les activités de production économique des activités de loisir et de vie sociale comme en atteste le couvre-feu généralisé. Le temps de la vie sociale est artificiellement disjoint du temps de l’organisation sociale, comme si le virus était muni d’une horloge interne. Le travail n’est plus même pensé comme une interaction sociale mais réduit à sa dimension productive. Cette abstraction intellectuelle matérialise la dichotomie de l’être si chère au néolibéralisme qui voudrait réduire les individus au double statut de producteur et de consommateur pour mieux les empêcher d’être citoyens et tout simplement d’être Hommes. Ainsi, les premiers de corvée qui sont bons pour le service de 6 heures à 18 heures deviennent des pestiférés à « l’heure de l’apéro ». 

Cette cloche, c’est aussi le signal d’alarme qui retentit : les erreurs dans la gestion de la crise sanitaire sont le fruit d’une faillite de l’analyse gouvernementale. Depuis un an maintenant, l’exécutif agit par réaction, comme s’il s’agissait d’une situation de court terme, voire d’un phénomène ponctuel : le déconfinement de mai s’est accompagné d’un appel lancé à reprendre une vie quasi normale, les aides économiques perpétuent une politique de l’offre pour tenter de reprendre le cours de la vie d’avant, la stratégie vaccinale vise à protéger quasi exclusivement les plus fragiles dans une logique d’efficacité court-termiste. Or tout montre désormais que cette crise s’inscrit dans la durée, plus encore avec l’apparition de nombreuses mutations d’importance du virus. Le virus est là pour de longs mois encore, dans le meilleur des cas. Là où nos voisins essaient d’éteindre l’incendie en le privant d’oxygène, l’exécutif tente lui de se soustraire à la dimension paradigmatique du virus et aux changements de modèle et de représentation qu’il refuse de voir en s’enferrant dans une gestion au jour le jour qui déclasse la France pour perpétuer le monde d’avant.

Le corollaire de cette crise durable se décline dès lors dans le champ démocratique : les graves erreurs de 2021, sur la vaccination, l’école, l’économie, sont celles de 2020, sur les masques, les tests, le déconfinement…  Et pour cause : non seulement aucun bilan n’a été tiré sur la manière dont a été gérée la crise jusqu’à l’été,  mais le peuple n’a pas voix au chapitre pour arbitrer sur les errements et fautes qui ont été commis. La démocratie délégative, celle qui se réduit à la seule expression électorale, dessaisit dans l’intervalle le peuple d’une souveraineté qui devrait être permanente et inaliénable. Depuis un an, les Français sont des spectateurs passifs empêchés d’être des Citoyens. A l’abri de tout compte à rendre, l’irresponsabilité a beau jeu de présider.

Alors bien sûr, le moment de solder les comptes viendra. La cloche sonne d’ailleurs déjà le dernier tour et lance le sprint final avant l’échéance présidentielle de 2022. Mais à la course de petits chevaux, tout le monde sera perdant. L’heure ne peut être qu’à la reconstruction-refondation par des ruptures ordonnées. La reconstruction du pays, de son espace de constitution des libertés, de son économie, et la refondation de son corps politique pour qu’émane l’intérêt général d’une souveraineté retrouvée. En cas d’échec, 2022 serait l’année Macron, une nouvelle année de la cloche en somme.

François COCQ  14 / 01 / 2021

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : République et démocratie

Chronique n°1 : Climat et démocratie méritent mieux qu’une instrumentalisation politicienne 

Tribune parue sur le site de Marianne le 19 décembre 2020.

François COCQ est enseignant, essayiste et membre du collectif « Les Constituants ».

Emmanuel Macron a donc décidé. Seul. Profitant de la Convention citoyenne qu’il a installée. Mais seul. À dire vrai, il a annoncé plutôt que décidé de la tenue d’un référendum pour introduire dans l’article 1 de la Constitution que « la République garantisse la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le réchauffement climatique ». Nous verrons bien in fine si la démarche ira à son terme et si le piège politique qu’il tend à l’ensemble de ses adversaires se referme ou non sur eux. Mais déjà la démarche est lourde d’enseignements.

Il est bien sûr ici question d’apparat politicien. Le président de la République aurait pu œuvrer sur le fond en reprenant plus largement à son compte les conclusions et propositions de la Convention citoyenne sur le climat. Que nenni. Il préfère le coup d’éclat permanent à l’approfondissement des mesures. Le référendum, s’il devait se tenir, interviendrait en effet a priori à la fin de l’été ou à l’automne, délai parlementaire et de convocation obligent. Soit en plein lancement de la campagne présidentielle, ce qui permettrait au président sortant, si peu pro-actif durant son mandat en matière d’écologie, de se « green-washiser », du verbe se verdir, à moindres frais. Mais la manœuvre politicienne commence déjà en amont : Emmanuel Macron, plutôt que d’endosser le référendum et de le proposer via le gouvernement comme le permettrait l’article 11 de la Constitution, demande au Parlement de s’en saisir.

Ce dernier, martyrisé durant tout le quinquennat, n’a décidément d’intérêt pour Emmanuel Macron que lorsqu’il peut l’instrumentaliser comme ce fut encore récemment le cas en avançant sa loi « sécurité globale » sous forme de proposition de loi, certes rédigée dans les ministères, plutôt que de projet de loi. Les deux chambres devront cette fois s’accorder sur un texte constitutionnalisant une « garantie » de préservation de la biodiversité et de l’environnement. Non pas donc une simple incitation contraignante à l’action mais un droit opposable. Si l’Assemblée nationale, aux ordres de l’exécutif, va se précipiter, l’opposition de droite au Sénat s’y est jusqu’à présent refusée à deux reprises depuis 2018. Elle n’aura donc d’autre alternative que d’offrir un booster vert à Macron pour la présidentielle ou d’endosser le refus de constitutionnaliser la défense du climat sous forme de « garantie », ce dont elle se défie au nom de la liberté d’entreprendre. Avec Macron, les arcanes de la vieille politique sont décidément mis au service du projet d’un seul.

Ces tripatouillages politiciens masquent surtout mal le fait que, paradoxalement, ce référendum se défie du peuple souverain et est d’essence purement institutionnelle. Le président commande et en est le maître d’œuvre. Le Parlement est missionné en maître d’ouvrage. Quant au peuple, infantilisé, il n’intervient qu’en bout de chaîne, pour avaliser ou non la décision. Avec Macron, c’est tout l’édifice démocratique qui est livré en DSP,  un dévoiement de souveraineté populaire. Le RIP de Macron, son référendum institutionnel princier, enterre le RIC, le référendum d’initiative citoyenne.

Ce référendum constitutionnel est enfin l’occasion pour Emmanuel Macron de tenter de dévitaliser l’aspiration constituante qui anime le pays depuis le mouvement des Gilets jaunes. Pour ce premier référendum potentiel depuis 2005, lequel portait déjà à l’époque sur un projet constitutionnel visant à destituer le peuple plus qu’il n’ambitionnait de le constituer, la question est en effet à nouveau d’ordre constitutionnel tout en prenant garde de ne pas s’avérer directement constituante. Alors que le pays éprouve plus que jamais un besoin de refondation pour redéfinir du commun, le président lui propose de se prononcer non pas directement sur ce qui le constitue mais sur ce qui l’entoure. Emmanuel Macron évite ainsi de mettre le sujet politique, le peuple, comme objet de la décision. Alors bien sûr, les individus sont inséparables de l’environnement dans lequel ils se meuvent. Mais justement, ce sont uniquement les individus auxquels Macron s’adresse pour mieux détourner l’attention de la dimension collective que représente le peuple. En exerçant un traitement constitutionnel parcellaire et à la découpe, Emmanuel Macron fait mine de revenir au peuple sans pour autant lui restituer son pouvoir constituant.

Tant le climat que la démocratie méritent mieux qu’une instrumentalisation politicienne de bas étage. C’est sans doute que l’un et l’autre ne doivent que peu importer au locataire de l’Élysée pour être traités de la sorte.

François COCQ 19 / 12 / 2020

Chronique n°2 : Macron, en vœux tu en voilà

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. A l’occasion de ses vœux pour 2021, Emmanuel Macron ne s’est pas tant adressé aux Français qu’il s’est parlé à lui-même. D’autosatisfaction en désir compulsif de règne universel, le monarque élyséen a livré un récit pour endormir les Français et se faire lui-même rêver.

L’Elysée avait « teasé » pour dire que ces vœux ne seraient pas convenus. Qu’ils seraient même intimistes. L’ambiance était donnée dès la Marseillaise inaugurale : le chant de l’Armée du Rhin était joué façon musique de chambre. Le « Nous sommes en guerre » de mars avait laissé la place à l’ambiance coucher public du roi. Car l’intimité n’est pas la proximité. Emmanuel Macron pouvait bien égrainer les prénoms de ces Français qui, eux, agissent, lui donnait à voir qu’il restait confiné, à distance de cette réalité qu’il récite machinalement mais qui lui échappe.

Alors le monarque, bouffi d’orgueil, s’est enfermé dans son propre éloge. Et Macron de lister ces politiques triées sur le volet adoptées au cours de l’année, et de surtout taire celles qui, des masques aux tests en passant par le déconfinement ou la vaccination, ont relevé du désastre, de passer sous silence celles qui entravent la Liberté et font entrer dans le droit commun des mesures d’exception comme autant d’entraves permanentes aux libertés individuelles. Macron n’a rien perdu aux jeux d’écriture comptables de son passé chez Rothschild et ferait passer son lourd passif pour une plus-value. Ainsi des vaccins. Emmanuel Macron a repris la fable des masques pour masquer le fiasco d’une campagne de vaccination qui plafonne à quelques centaines de personnes quand partout ailleurs dans le monde le vaccin est à disposition et largement injecté à ceux qui le souhaitent : selon le président, il ne faut aller ni trop vite ni trop lentement. Bref aller au rythme commandé par l’impéritie de sa politique. Désastreux.

Mais pour Emmanuel Macron, la France n’est qu’un tremplin pour assouvir ses rêves de gloire. Contre toute évidence Macron a repris son credo selon lequel la France « a mieux tenu que beaucoup » face au Covid, que notre pays est « l’un de ceux qui est le plus intervenu », et même qu’il est devenu le chef de file en Europe après avoir « su convaincre Allemagne » du bien fondé d’une mutualisation budgétaire. Apparemment, Emmanuel Macron n’a toujours pas compris que la France n’est pas grande quand elle se compare, surtout de manière autoproclamée et volontairement biaisée, mais quand elle fait vivre concrètement les idéaux universels qui font sa devise et qu’elle commence par prendre soin des siens.

Cette antienne macroniste est à mettre en regard avec l’interview présidentielle au Grand continent il y a deux mois. A cette occasion, prétendant jouer à fronts renversés, Emmanuel Macron proclamait vouloir remplacer le consensus de Washington, livre d’or du néolibéralisme galopant, pas le « consensus de Paris », réponse à l’échec patent du capitalisme financiarisé et mondialisé. Las. La France est trop petite pour celui qui à défaut de s’intéresser aux Français préfère chercher une reconnaissance internationale. Ainsi, si Emmanuel Macron, après s’être fait le chantre depuis le début de son quinquennat de la souveraineté européenne, fait mine depuis quelques mois de retrouver les vertus de la souveraineté nationale qu’il a mentionnée lors de ses vœux, c’est aussitôt pour affirmer que « notre souveraineté passe par une Europe plus forte, plus unie ». Là encore, comme lors de l’entretien fleuve qu’il a donné au Grand Continent, Macron n’emploie plus le terme de souveraineté européenne mais n’en remise pas pour autant le concept. Pris en défaut sur sa gestion de crise et plus globalement sur son impolitique, entendre ce qui est contraire à la bonne politique, Macron prend donc le large vers 2022 et imagine un récit où sa stature internationale autoproclamée jetterait les bases d’un nouvel ordre politique et économique mondial. A être petit chez soi on rêve de grandeur ailleurs.

Ainsi en est-il de la transition numérique mentionnée lors de ses vœux comme l’un des défis de notre pays. Pourtant, au même moment, on apprenait que Bercy, via la Banque publique d’investissement (BPI), passait un partenariat avec Amazon et sa plateforme « L’accélérateur du numérique » pour accompagner la transformation numérique des entrepreneurs français. Dilapidé le savoir-faire français et son contre-modèle de plateformes territorialisées regroupant entreprises et collectivités. Il faut que tout passe sous les fourches caudines des marketplace globalisées. Pire, Bercy livrait carrément à Amazon l’hébergement des données des 550.000 entreprises françaises ayant contracté un prêt garanti avec l’Etat (PGE) au géant américain. Les entreprises, potentiellement en difficulté, sont offertes au géant américain. Le tout sans contreparties, Donald Trump annonçant au contraire le jour même l’augmentation des droits de douanes sur les vins et spiritueux qui pourrait coûter 1 milliard d’euros à la filière française. La France est en passe de devenir une colonie numérique des Etats-Unis.

Emmanuel Macron a dès lors beau jeu de scander qu’il faut « inventer une économie plus forte » et que « l’espoir vit dans la liberté que nous retrouverons » quand, du dedans au dehors, il est le premier à saborder l’appareil productif et à le livrer clés en mains aux ravages de la compétition internationale et de la mondialisation. 2021 commence en effet par la révélation que Larry Culp, le PDG de General electric, va empocher un bonus de 47 millions de dollars, voire potentiellement de 230 millions en 2025, en profitant du redressement que lui permet l’acquisition d’Alstom que Macron lui a offert sur un plateau ! Pendant ce temps, les salariés trinquent : non content de ne pas avoir le début des créations d’emplois promises, les plans sociaux se succèdent comme à Belfort.

« Nous serons là » conclut Macron. « On est là » lui disent depuis plus de deux ans les Gilets jaunes. Décidément, en 2021, Macron continuera à avoir un train de retard.

François COCQ 02 / 01 / 2021

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : éducation

Chronique n° 1 : Jaurès rappelle à l’ordre Blanquer 

Texte paru tribune sur le site de Politis le 14 novembre 2020.

Francis DASPE est président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et impliqué dans La France Insoumise. Co-auteur de deux livres sur l’éducation, « L’école du peuple. Pour l’égalité et l’émancipation » (éditions Bruno Leprince, 2012) et « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, 2016).

Le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé la décision d’annuler, pour la session 2021 du baccalauréat, les E3C (épreuve commune de contrôle continu) pour les classes de Première et de Terminale. L’imposition au forceps de ces épreuves, dans le cadre de la réforme Blanquer du bac aux termes du décret du 16 juillet 2018, avait fait l’objet d’une puissante vague de contestation, tant des enseignants que des élèves, au début de l’année 2020. Les protestations avaient eu lieu de manière concomitante au mouvement de lutte contre la réforme des retraites. La récente décision ministérielle est salutaire, desserrant quelque peu l’étau en cette période de crise sanitaire et de protocole inapplicable au quotidien dans les établissements d’enseignement.

Est-ce à dire que Jean-Michel Blanquer a fini par obtempérer aux remarques, pour le coup anticipatrices, exprimées par Jean Jaurès dans sa lettre aux instituteurs et institutrices du 15 janvier 1888 ? Le croire, ou même seulement faire semblant de le croire, se révèle vraiment difficile. Car le passage concerné fut oublié (en réalité en bonne et due forme censuré) de la version qui devait être lue aux élèves à la suite de l’assassinat du professeur Samuel Paty. Cachez ce passage dérangeant que je ne saurai voir ! Ces quelques lignes prenaient en effet une résonnance particulière. Elles offraient de fait un réquisitoire cruel et impitoyable pour les réformes engagées par le ministre Blanquer. Jugez-en plutôt avec la version complète occultée : « J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! ». Autrement dit, une critique sans concession de « l’évaluonnite aiguë » qui dénature l’acte d’enseigner, tendance puissamment renforcée par les marottes du ministre, la systématisation d’évaluations nationales à tous les échelons et le recours croissant aux neurosciences.

Cet extrait fait resurgir une actualité brûlante, condamnant incontestablement la réforme du baccalauréat, qui le transforme d’examen final anonyme en vulgaire contrôle continu, agrémenté d’une kyrielle d’évaluations intermédiaires dans le cadre notamment des E3C. C’est modifier en profondeur le bac, diplôme national préservant quoi qu’on puisse en dire l’égalité territoriale entre tous les lauréats, mutant en diplôme local (voire même  localiste) ne garantissant plus grand-chose. Cette dérive s’inscrit dans la pente menant à la territorialisation de l’école et à sa balkanisation. Convenons que cela constitue bien un fil rouge des trois derniers quinquennats.

La suppression des E3C, même rebaptisées en cette rentrée épreuves communes pour tenter d’en évacuer la réalité intrinsèque de contrôle continu (l’incontournable vol du sens des mots une fois de plus à l’œuvre…), offre une respiration bienvenue pour les enseignants de lycée. Sans parler des lycéens soumis à un stress en croissance exponentielle, en lien de surcroît avec les modalités d’affectation dans l’enseignement supérieur définies par Parcoursup. Elle est également l’occasion de mettre en lumière l’ineptie de ceux et de celles qui, dans une veine co-gestionnaire de fort mauvais aloi, avaient crû limiter les dégâts en négociant la mise en place d’épreuves pouvant être assimilées à un « examen en cours de formation » : les E3C. Ce fut un échec total. Les E3C n’ont rien retranché à la perte de l’égalité territoriale de ce diplôme, validant même la réforme dans son ensemble, pourtant toujours contestée et pareillement nocive. Les E3C ont au contraire apporté un supplément considérable de complications et de tracasseries les plus diverses dans le quotidien aussi bien des professeurs que des élèves. Ou l’art d’illustrer un marché perdant et perdant, conformément aux travers habituels de la cogestion !

La suppression (temporaire) des E3C constitue une étape. Elle doit d’abord devenir définitive. Elle doit ensuite se doubler de la suppression du cœur de la réforme tant rejetée et honnie : le passage du bac en contrôle continu. Car l’annulation bienvenue des E3C, en réalité bien davantage subie et contrainte, ne doit pas servir d’effet d’aubaine au ministre Blanquer pour avaliser définitivement la réforme d’un bac renforcée dans sa logique de contrôle continu. Il reste, avec les sessions 2021 et 2022, au mieux deux ans à Jean-Michel Blanquer pour invalider sa réforme destructrice, et revenir à un examen pleinement républicain. Sans quoi, il s’agira de renverser la Table[1] à la présidentielle de 2022, afin d’instituer enfin l’école de l’égalité et de l’émancipation[2], c’est-à-dire celle de la 6° République[3]. Car écartons d’avance toute idée que Jean-Michel Blanquer puisse devenir un tant soit peu jaurésien… Et dans le même ordre de raisonnement ne comptons pas non plus sur celles et ceux qui constituent la cause d’une partie des problèmes auxquels nous sommes confrontés pour défendre et promouvoir l’école de la République.

Francis DASPE

Les actes des vendémiaires Insoumises et citoyennes des Pyrénées-Orientales

Actes n°1 : Les grands projets inutiles imposés (GPII) ou l’art du ruissellement en circuit fermé

A l’occasion des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question des grands projets inutiles imposés, désormais appelés dans le langage courant GPII, a été abordée dans l’atelier consacré à la transition écologique en Occitanie. 

La région Occitanie a opté sans guère de modération pour ces grands projets inutiles imposés. Ils ne répondent en aucun cas à la satisfaction de besoins sociaux et à des enjeux d’intérêt général. Ils sont également destructeurs pour l’environnement.

Un autre aspect, tout aussi redoutable mais trop rarement évoqué, a été mis en évidence. Il a trait à la question de l’utilisation de l’argent public. Ces GPII correspondent en fin de compte à des transferts de fonds considérables du public vers des intérêts privés. Ils se caractérisent par des marchés offerts, avec les profits garantis qui vont avec, à la voracité de grands groupes finissant par partager une communauté d’intérêts avec les personnes qui les leur octroient, souvent de surcroît sans la moindre conditionnalité des aides distribuées.

Les grands projets inutiles imposés constituent une modalité renouvelée du processus de confiscation des richesses par l’oligarchie. Ils illustrent l’application décomplexée du principe d’auto-ruissellement orchestré par l’oligarchie et ses commis désignés : l’argent circule à flots en circuit fermé pour un petit nombre de privilégiés. Ils posent enfin la question du scandale du business de la transition écologique, avec la dérive de l’industrialisation qui alimente les illusions nocives du capitalisme vert.

Dans la région Occitanie, les exemples ne manquent pas, à commencer par les projets d’extension du port de Port-La Nouvelle dans l’Aude, d’usine de méthanisation industrielle de Montaut dans l’Ariège, de méga scierie à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées ou d’autoroute Castres –Toulouse dans le Tarn et en Haute-Garonne.

Catherine DAVID et Francis DASPE 12 / 10 / 2020

Actes n°2 : Besoin de volontarisme pour l’emploi dans les Pyrénées-Orientales

A l’occasion des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question de l’emploi dans le département des Pyrénées-Orientales a été abordée dans le cadre de l’atelier consacré à l’attractivité du territoire. 

Un double constat a été effectué. Les Pyrénées-Orientales possèdent un taux de chômage particulièrement élevé de l’ordre de 11,4%, bien supérieur à la moyenne nationale (7,1%) et à la moyenne régionale (8,4%). Ces chiffres traduisent cependant mal la réalité du sous-emploi dans le département. L’autre grande caractéristique de l’emploi dans les Pyrénées-Orientales réside également dans le fait qu’il soit peu qualifié, mal rémunéré et précaire.

Nous sommes conscients que la question de l’emploi dépend avant tout de politiques nationales et de conjonctures mondiales. Pour autant les collectivités territoriales locales possèdent des compétences qui leur permettant d’agir et de remédier comme autant de leviers à la situation. Mais aucunes d’entres elles ne prennent la bonne direction. La ville de Perpignan, l’ancienne majorité municipalité comme la nouvelle d’extrême droite, est victime de son dogmatisme en matière économique avec sa croyance dans la vertu supposée du marché. La région Occitanie préfère attribuer des subventions aux grandes entreprises en n’exigeant ni conditions ni contreparties. Le département des Pyrénées-Orientales, dont les compétences sont pourtant essentiellement sociales, est prisonnière de l’acceptation des politiques d’austérité appliquées sous le quinquennat Hollande et des baisses drastiques des dotations budgétaires de l’Etat.

La question de l’emploi nécessite du volontarisme qui fait pour l’instant défaut. Le manque d’emploi, le chômage,  et le mal-emploi, la précarité, alimentent  les problèmes de la pauvreté et du pouvoir d’achat qui rongent notre département. Les Insoumis des Pyrénées-Orientales feront des propositions concrètes à l’occasion des prochaines élections départementales et régionales, dans le cadre des compétences attribuées à ces collectivités.

Francis DASPE 23 / 11 / 2020

Actes n°3 : Valoriser les gisements d’emploi dans les Pyrénées-Orientales

A l’occasion de la 5° édition des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question de l’emploi dans le département a été abordée dans le cadre de l’atelier animé par Francis Daspe et consacré à l’attractivité du territoire. Plusieurs gisements d’emplois dans les Pyrénées-Orientales ont été identifiés à cet effet. Il y a urgence à les valoriser réellement, ce qui nécessite d’éviter quelques dérives constatées aux différents échelons territoriaux (municipalités, département, région).

Les emplois de proximité dans l’agriculture doivent promouvoir une agriculture paysanne et écologique valorisant les circuits courts, afin de ne pas être dépendants d’une agriculture industrielle productiviste inconséquente et destructrice.

Les emplois engendrés par la nécessaire transition écologique, et notamment dans l’indispensable rénovation thermique, doivent éviter d’être une caution malvenue d’un improbable capitalisme vert.

Les emplois de services publics répondant à des besoins sociaux, de cohésion territoriale et de nécessité écologique, clairement identifiés par les collectivités locales, doivent récuser toute forme de privatisation favorisant une logique marchande.

Les emplois de services et d’aide à la personne, notamment à destination du 3° âge, ne doivent pas être l’occasion de juteux profits pour des groupes financiers privés spécialisés dans la  « silver économie ».

Les emplois dans le tourisme, en lien avec l’aménagement du territoire, doivent cesser d’être précaires, saisonniers et mal payés.

Les emplois dans la formation professionnelle, répondant à des besoins éprouvés, doivent être un levier d’émancipation et ne pas être livrés aux intérêts particuliers des entreprises dans la logique de l’adéquationnisme.

Les emplois dans les industries agro-alimentaires doivent valoriser les productions locales, sans céder aux intérêts des lobbies agro-industriels.

La réalisation de ces objectifs en termes de gisements d’emplois dépend en partie de compétences départementales et régionales. Ils dessinent en creux un projet de société alternatif, que le programme national de La France Insoumise, « L’Avenir en commun », préserve de tout risque des dérives citées.

Francis DASPE 30 / 11 / 2020

Actes n°4 : Gestion de l’argent public : pour des aides conditionnées à des critères

A l’occasion de la 5° édition des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question des aides publiques a été transversale aux 3 ateliers qui portaient respectivement sur la question sociale dans les Pyrénées-Orientales, sur la question de la transition écologique en Occitanie, sur la question de l’emploi et de l’activité dans les Pyrénées-Orientales.

            Les Vendémiaires Insoumises et Citoyennes accordent une place particulière à la gestion de l’argent public. Celle-ci doit viser exclusivement à la réalisation de l’intérêt général, et non pas à la satisfaction d’intérêts particuliers comme c’est trop souvent le cas avec la gestion clientéliste, voire clanique, des collectivités territoriales. Pour parer à cette dérive, l’attribution d’aides publiques doit être conditionnée à un certain nombre de critères dont la stricte observance est non négociable et ne peut faire l’objet de quelconques contournements.

Des critères sociaux, écologiques et éthiques ont été déterminés à cette occasion. Les aides publiques attribuées doivent servir de levier pour le progrès social (en terme de salaires, de création d’emplois, de nature des contrats de travail, de gestion des salariés etc.), pour la bifurcation écologique (en terme de respect de l’environnement, d’empreinte carbone, de relocalisation de l’activité etc.) et pour la promotion de pratiques éthiques (en terme de gestion des ressources humaines, de partage des profits, d’insertion et de conquête de marchés).

Il est également indispensable que cette définition de critères s’accompagne de la mise en place a posteriori de dispositifs efficaces de contrôle et de suivi. En cas de non respect des dits critères, des clauses permettront la restitution, pour partie ou en totalité, des aides publiques ainsi attribuées.

La question des aides publiques rejoint en bien des domaines les préoccupations concernant la gestion des marchés publics qui exige une réflexion complémentaire à part entière.

Francis DASPE 20 / 12 / 2020

La pétition prométhéenne de la Révolution citoyenne : Droits et libertés

Contre le fichage et pour la liberté de conscience !

Pétition lancée par un collectif d’une cinquantaine de personnalités pour l’abrogation des décrets de fichage du 2 décembre 2020 : « Contre le fichage et pour la liberté de conscience ! ».

Le lien pour signer :

https://www.petitions.fr/non_a_lextension_du_fichage_policier#form

Au moment même où la loi dite de « sécurité globale » et où la « doctrine du maintien de l’ordre » rencontrent une opposition déterminée, alors que se multiplient les violences policières, le gouvernement vient de promulguer en catimini trois décrets étendant le fichage policier !

Les décrets du 2 décembre 2020 permettent en effet la collecte « des opinions politiques, des convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale », ainsi que « des données de santé révélant une dangerosité particulière. » sans qu’aucun débat public à la hauteur des enjeux n’ait été organisé.

Déjà en 2015, des militants écologistes avaient été empêchés de manifester sur la base de l’état d’urgence anti-terroriste, les Gilets Jaunes ont été criminalisés depuis 2018 et un préfet de police en exercice s’est permis de diviser la société en «camps» opposés. Les nouveaux décrets donneraient aux procureurs de la République un accès aux convictions philosophiques ou religieuses contenues dans ces méga-fichiers. Ces données qui relèvent de l’intime ne sauraient en aucun cas être essentialisées. Ce serait une grave rupture avec la liberté de conscience, fondement du principe de laïcité. Elles sont par ailleurs inutiles au juge mais pourraient servir à museler les opposants aux politiques gouvernementales. 

Les progrès de l’informatique et du traitement des données auraient dû s’accompagner d’une prudence et d’un contrôle démocratique accrus de la création et de l’utilisation de ces fichiers. Force est de constater qu’il n’en est rien. Ainsi, des avis de la CNIL n’ont pas été suivis sur le périmètre de certaines catégories de données qu’elle considérait trop étendues ainsi que sur les données relatives aux « activités sur les réseaux sociaux ».

Du « Livret ouvrier » de Napoléon 1er aux fichiers de police actuels (le rapport Bauer en avait dénombrés 37 en 2008), en passant par le « fichier Tulard » recensant les supposés communistes ou Juifs à la fin de la 3ème République qui fut remis gracieusement à la Gestapo à Paris en 1942, ou le carnet anthropomorphique des « nomades » créé par une loi de 1912, remplacé en 1969 par un « carnet de circulation » des « gens du voyage » (supprimé en 2015), l’histoire du fichage de la population en France s’est trop souvent confondue avec des outils de répression, voire d’extermination des personnes ainsi répertoriées. Les présents décrets sont une boîte de Pandore qui ne peut être mise entre les mains des dirigeants d’aujourd’hui et a fortiori entre celles de ceux de demain.   

Cette extension du fichage doit être abrogée en ce qu’elle viole non seulement le principe constitutionnel de sûreté qui implique que tout citoyen soit protégé des éventuels abus du  pouvoir, mais aussi le principe de laïcité qui contient le respect de la liberté absolue de conscience et le droit de changer à tout moment de « convictions ».

Le recul de Nicolas Sarkozy en 2008 qui a dû retirer le fichier EDVIGE après qu’une pétition eut recueilli plus de deux millions de signataires montre que rien n’est perdu.

Les recours juridiques déjà engagés ne suffiront pas. Le peuple doit se lever en masse contre ces décrets scélérats !

Nous exigeons le retrait immédiat des décrets du 2 décembre 2020.

Premiers signataires :

Philippe Barre, syndicaliste – Dounia Besson, militante associative – Josine Bitton, avocate au Barreau de Seine-Saint-Denis – Franck Boissier, président Ufal Montreuil – François Boulo, avocat, Gilet jaune – Flavien Challieux, fonctionnaire ministère du travail – François Cocq, essayiste – Fanny Cortot, avocate au Barreau du Val-de-Marne – Charles Coutel, philosophe

Vincent Denorme, militant associatif – Romain Dureau, agroéconomiste, GRS – Frédéric Faravel, conseiller municipal et communautaire de Bezons (95) – Arnaud Fabre, administrateur national des Stylos rouges – Bernard Foucher, conférencier gesticulant – Hélène Franco, magistrate, syndicaliste – Jean Gatel, ancien ministre – Christian Gaudray, président de l’Union des Familles Laïques – UFAL – Charlotte Girard, universitaire – Riva Gherchanoc, CLCS-Flp – Nicolas Gliere, membre des stylos rouges – Claudine Granthomme, Clcs-flp Charente – Nicolas Guillet, juriste – Ioannis Kappopoulos, avocat au barreau de Valenciennes – Georges Kuzmanovic, président de République Souveraine – Franck La Brasca, professeur des Universités honoraire – Aude Lancelin, rédactrice en chef de QG, le média libre – Laurent Lebon, musicien artiste enseignant – Manon Le Bretton, membre des Constituants – Patrice Leguerinais, militant associatif – Louisa Leroy, Clcs-Flp Paris et Convergence SP Paris – David Libeskind, avocat – Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice – Caroline Mécary, avocate au Barreau de Paris – Thierry Mesny, président de l’ADLPF (Association des Libres Penseurs de France) – Sacha Mokritzky, rédacteur en chef de la revue Reconstruire – Arnaud de Morgny, coordonnateur GRS Ile-de-France – Armand Nejade, ancien chercheur Inrs – Frédéric Pierru, chercheur en sciences sociales et politiques – Nicolas Pomiès, dirigeant mutualiste, membre du bureau national de l’UFAL – Régis Portalez, Gilet jaune – Christophe Prudhomme, médecin hospitalier, syndicaliste – Bernard Teper, co-animateur du Réseau Éducation Populaire (Rep) – Didier Thevenot, président de la Mutuelle Générale de Prévoyance – Yohan Salès, conseiller municipal à Pierrefite – Mylène Stambouli, avocate au Barreau de Paris – Catherine Verne, philosophe – Monique Vezinet, journal Respublica – Frédéric Viale, essayiste – Pierre Zilber, président de Mutuale, La Mutuelle Familiale


[1] « 2022. Pour renverser la Table à la présidentielle », Francis DASPE, éditions du Borrego, 2020.

[2] « L’école du peuple. Pour l’égalité et l’émancipation », François COCQ et Francis DASPE, éditions Bruno Leprince, 2012.

[3] « Manifeste pour l’école de la 6° République », Paul VANNIER et Francis DASPE, éditions du Croquant, 2016.

Tagué , , , , , ,

2021, l’année de la cloche

2021 commence comme 2020 s’est terminée : avec la vie placée sous cloche. Bien sûr la crise sanitaire sévit indéniablement, avec une augmentation de la mortalité de 9 % en 2020 par rapport aux deux années précédentes, selon l’Insee. Mais depuis mai dernier, la réponse de l’exécutif ne semble pas tant se concentrer sur les aspects sanitaires que sur le fait de séparer les activités de production économique des activités de loisir et de vie sociale comme en atteste le couvre-feu généralisé. Le temps de la vie sociale est artificiellement disjoint du temps de l’organisation sociale, comme si le virus était muni d’une horloge interne. Le travail n’est plus même pensé comme une interaction sociale mais réduit à sa dimension productive. Cette abstraction intellectuelle matérialise la dichotomie de l’être si chère au néolibéralisme qui voudrait réduire les individus au double statut de producteur et de consommateur pour mieux les empêcher d’être citoyens et tout simplement d’être Hommes. Ainsi, les premiers de corvée qui sont bons pour le service de 6 heures à 18 heures deviennent des pestiférés à « l’heure de l’apéro ».  

Cette cloche, c’est aussi le signal d’alarme qui retentit : les erreurs dans la gestion de la crise sanitaire sont le fruit d’une faillite de l’analyse gouvernementale. Depuis un an maintenant, l’exécutif agit par réaction, comme s’il s’agissait d’une situation de court terme, voire d’un phénomène ponctuel : le déconfinement de mai s’est accompagné d’un appel lancé à reprendre une vie quasi normale, les aides économiques perpétuent une politique de l’offre pour tenter de reprendre le cours de la vie d’avant, la stratégie vaccinale vise à protéger quasi exclusivement les plus fragiles dans une logique d’efficacité court-termiste. Or tout montre désormais que cette crise s’inscrit dans la durée, plus encore avec l’apparition de nombreuses mutations d’importance du virus. Le virus est là pour de longs mois encore, dans le meilleur des cas. Là où nos voisins essaient d’éteindre l’incendie en le privant d’oxygène, l’exécutif tente lui de se soustraire à la dimension paradigmatique du virus et aux changements de modèle et de représentation qu’il refuse de voir en s’enferrant dans une gestion au jour le jour qui déclasse la France pour perpétuer le monde d’avant.

Le corollaire de cette crise durable se décline dès lors dans le champ démocratique : les graves erreurs de 2021, sur la vaccination, l’école, l’économie, sont celles de 2020, sur les masques, les tests, le déconfinement…  Et pour cause : non seulement aucun bilan n’a été tiré sur la manière dont a été gérée la crise jusqu’à l’été,  mais le peuple n’a pas voix au chapitre pour arbitrer sur les errements et fautes qui ont été commis. La démocratie délégative, celle qui se réduit à la seule expression électorale, dessaisit dans l’intervalle le peuple d’une souveraineté qui devrait être permanente et inaliénable. Depuis un an, les Français sont des spectateurs passifs empêchés d’être des Citoyens. A l’abri de tout compte à rendre, l’irresponsabilité a beau jeu de présider.

Alors bien sûr, le moment de solder les comptes viendra. La cloche sonne d’ailleurs déjà le dernier tour et lance le sprint final avant l’échéance présidentielle de 2022. Mais à la course de petits chevaux, tout le monde sera perdant. L’heure ne peut être qu’à la reconstruction-refondation par des ruptures ordonnées. La reconstruction du pays, de son espace de constitution des libertés, de son économie, et la refondation de son corps politique pour qu’émane l’intérêt général d’une souveraineté retrouvée. En cas d’échec, 2022 serait l’année Macron, une nouvelle année de la cloche en somme.

François COCQ  

14 / 01 / 2021

Tagué , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 149 NOVEMBRE / DECEMBRE 2020

Sommaire du numéro 149 : Spécial « République et Laïcité »

  • Editorial de Francis DASPE : « La laïcité, la République, l’universel » page 2
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « République et laïcité » – François COCQ, Francis DASPE page 3
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : « République et société » – François COCQ page 7
  • Le texte prométhéen de la Révolution citoyenne : « « Remettre le combat social au cœur du combat laïque » – Jean-Louis BOTHUREL page 9
  • La pétition prométhéenne de la Révolution citoyenne : Education : « Enseignants debout ! » – par Collectif d’enseignants page 13
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2020 page 15

La laïcité, la République, l’universel

Parmi les (nombreuses) vertus de la laïcité, se trouve la reconnaissance de  la souveraineté populaire se fondant sur le postulat simple mais puissant, en somme révolutionnaire, que le peuple peut se gouverner lui-même d’une manière terrestre et rationnelle, en dehors de tout dogme ou de toute vérité révélée. C’est dire à quel point les liens entre laïcité et République relèvent de l’intime. Ce numéro spécial de la Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée consacré à la République et à la laïcité contribuera à convaincre qu’il ne s’agit nullement d’une affaire franco-française. Le croire serait une erreur grossière, tant les principes républicains et la laïcité ouvrent la voie à l’universalisme. L’atroce et abject assassinat de l’enseignant Samuel Paty en apporte également un témoignage saisissant.

La confrontation à l’actualité internationale renforce cette conviction chevillée au corps et à l’esprit. Une multitude d’informations converge pour montrer que la laïcité ne peut décemment s’arrêter à des frontières quelles qu’elles soient. C’est bien évidemment le cas du combat actuel des femmes polonaises pour sauvegarder le droit à l’avortement devant les menées d’autres fous de Dieu situés sur notre continent.

C’est aussi la litanie des récentes élections dont les résultats contestés plus vite que l’éclair n’éclairent pas des situations confuses. A moins qu’ils ne mettent au contraire en évidence des réalités ô combien cruelles et révélatrices de la marche du monde. Le verdict des élections présidentielles en Bolivie a été sans appel avec la victoire du dauphin d’Evo Morales, Luis Arce. L’écart était tellement net qu’il fut délicat, en dépit de quelques tentatives du bloc réactionnaire, de contester même mollement les résultats pour tenter de rééditer le coup d’état de l’année passée qui avait volé la victoire de Morales. N’oublions pas cependant la tentative d’assassinat du président nouvellement élu…

Les résultats des élections législatives en Géorgie ont vu chacun des deux camps revendiquer la victoire. Par contre, contrairement à la Bolivie, le choix offert était peu pluraliste : d’un côté l’ancien président Mickheïl Saakachvili, initialement amené dans les fourgons américains puis exilé en Ukraine pour impopularité après deux mandats et une crainte de poursuites judiciaires, de l’autre le chef de la coalition gouvernementale sortante, Bidzina Ivanichvili, un milliardaire. En somme, une simple compétition interne à l’oligarchie.

Les élections présidentielles en Côte d’Ivoire constituent un autre cas de l’intrusion des intérêts oligarchiques. Boycottées par l’opposition, elles ont débouché sur un troisième mandat d’Alassane Ouattara, pur produit de la Françafrique et des instances supranationales de la mondialisation, un supposé démocrate qui réduit les libertés et foule aux pieds la constitution. Comment enfin ne pas évoquer la farce qui s’est déroulée aux Etats-Unis avec les gesticulations pourtant annoncées de Donald Trump, en passe de devenir le forcené de la Maison Blanche, qui conteste par tous les moyens inimaginables la victoire de Joe Biden. Nous disons bien une farce, car il s’agit d’une triste répétition après le déshonorant scrutin de 2000 entre George Bush fils et Al Gore qui fut tranché par les rocambolesques événements de Floride ne faisant pas honneur à la démocratie américaine aux relents pour l’occasion de république bananière, symbolisant des disputes oligarchique de bas étage…

La laïcité, c’est aussi le primat de l’intérêt général. Visiblement, la politique et la géopolitique éprouvent un besoin urgent de laïcité pour accéder à l’universel.  

Francis DASPE  14 / 11 / 2020

Les Chronique prométhéennes de la Révolution citoyenne: République et laïcité

Chronique n°1 : Le temps de l’action et de la refondation

La République est en deuil après l’attentat islamiste qui a coûté la vie à l’enseignant Samuel Paty. Mais ce drame marque sinon une rupture du moins un moment de bascule. Ce n’est pas seulement l’institution républicaine par excellence qu’est l’Ecole qui a été attaquée. C’est un enseignant en particulier qui en a été la cible, visé pour les savoirs et connaissances émancipateurs qu’il distillait en notre nom à tous pour faire vivre la liberté d’expression et la liberté de conscience dont elle est l’émanation. Dès lors il apparaît que ce sont bien aux contenus républicains universalistes que les obscurantistes islamistes font la guerre. La réponse ne saurait plus longtemps faire l’objet de mesures éparses mais être une initiative globale et conjointe de toute la société et doit s’articuler sur quatre axes.

Premièrement l’islamisme, c’est-à-dire l’islam politique, ne peut être tenu pour un à côté de l’islam. Le combat au sein de l’islam fait rage et les premières victimes en sont d’ailleurs les musulmans qu’il faut protéger comme tous les citoyens. Comme chaque religion confrontée à ses fanatiques et son extrême-droite, c’est aussi à l’islam de mener cette tâche en interne pour expurger ses éléments radicaux qui prétendent au nom du spirituel s’insinuer dans le temporel. Des messages importants ont cette fois été émis en ce sens par des autorités religieuses musulmanes comme l’imam de Nîmes ou encore le Recteur de la Grande Mosquée de Paris qui dès le 16 octobre au soir déclarait « Nous ne pouvons plus nous suffire de condamnations. Toutes les mosquées doivent agir. Et vite » ou qui quatre jours plus tard lâchait que « l’islamisme est une maladie de l’islam ». C’est là une avancée importante qui mérite d’être saluée, sans qu’il y ait pour autant d’immixtion des pouvoirs publics dans cette part de la bataille.

Deuxièmement, les pouvoirs publics et notamment les élus locaux doivent cesser d’être complices par électoralisme de l’islam politique comme d’ailleurs de toutes les extrêmes-droites religieuses qui veulent s’insinuer dans la vie de la Cité. En l’espèce, les islamistes radicaux ne survivent dans la société que grâce au terreau islamiste « institutionnalisé » fortement implanté dans certains quartiers et qui leur sert d’incubateur voire de bases arrières. La lutte contre l’islamisme radical ne peut donc se faire sans rompre avec les politiques nationales et pratiques locales qui ont laissé s’implanter et prospérer un islam politique qui se voudrait présentable.

Troisièmement, les pouvoirs publics doivent sortir de l’immobilisme. Il est anormal, alors même que l’alerte avait été donnée dix jours auparavant et que les menaces circulaient à la vue de tous, que rien n’ait été fait pour protéger Samuel Paty dans son cadre professionnel et privé. Le renseignement et la surveillance sont nécessaires. Mais s’ils ne servent jamais l’action, alors ils sont des pistolets à eau. Les réseaux islamistes sont aujourd’hui largement identifiés et bénéficient d’une mansuétude qui ne peut plus durer. La République doit être intransigeante vis-à-vis des franges de l’islam qui tentent de se frayer un chemin dans le champ politique. Les structures qui revendiquent une action en ce sens doivent être fermées. Mais parce que la cécité volontaire de l’Education nationale a été pareillement affligeante, la République doit aussi redevenir protectrice de son bien commun qu’est la laïcité. Pareillement, les politiques libérales qui ont conduit à ce que l’expression concrète de cette laïcité à travers les services publics, l’action sociale, les institutions républicaines (Education nationale, police républicaine et justice) se dissolve et devienne pour partie inopérante, doivent être mises en accusation et abandonnées. Car quand les actes conduisent à l’inverse des objectifs proclamés, le sens des valeurs qui les soutiennent flotte et disparaît. Enfin la déshérence organisée de certains quartiers par la jungle néolibérale et l’abandon d’une politique de la ville digne de ce nom doivent cesser d’alimenter la montée des inégalités, terreau fertile à l’enracinement de tous les communautarismes.

Enfin quatrièmement, les appels à l’Unité sont aujourd’hui des paroles en lévitation sans prise avec le réel. Celles et ceux qui ont ces dernières années accepté une ligne de partage des eaux autour de la confession des citoyens, fût ce en prétendant ainsi défendre des croyants, ont participé de la fracturation de la société qui sévit aujourd’hui. Dès lors, ce n’est plus tant une illusoire unité sur l’existant dont nous avons besoin, qu’une nécessaire refondation républicaine de la société autour du principe d’organisation politique et social qu’est la laïcité et qui repose sur la dimension politique exclusive de la citoyenneté. La réagrégation autour d’un pacte commun dont chacun se sent le dépositaire et qui relégitime aux yeux de tous l’action publique.  

La réponse à fournir est donc collective, structurelle et structurante. La poussière ne peut plus être mise sous le tapis faute de voir la société se disloquer. L’aspiration constituante était le fruit d’une volonté. C’est désormais la nécessité qui nous appelle.

François COCQ 21 / 10 / 2020

Chronique n°2 : Actualité de la laïcité, modernité de la loi de 1905

Tribune parue sur le site de Marianne le 26 octobre 2020 sous le titre « Cessons de considérer que la loi de 1905 serait obsolète ».

Le meurtre barbare de Samuel Paty nous a plongés dans l’abasourdissement et la sidération. Il s’agit véritablement d’un fait considérable qui interroge la société jusque dans ses soubassements. Après le temps de l’émotion (légitime), doit advenir celui de la réflexion (rationnelle et indispensable). La question de la laïcité se pose, au même titre que celle, pendante, de la religion et de sa nature intrinsèque.

La sémantique se révèle pour l’occasion d’un recours appréciable. Laïcité provient du mot grec laos signifiant peuple. Religion découle du verbe relier. Une religion est censée créer un lien entre les individus, les relier entre eux. Mais la réalité est bien différente. Les religions ont pris l’habitude d’isoler, de cloisonner, d’exclure, et ce quelles que soient leurs visées : s’adresser à une communauté d’élus ou de purs, parvenir à l’universalisme par la parole ou le fer. Le mode d’emploi retenu par les religions favorise trop souvent les intolérances et les exclusives. Toutes sont concernées. Aucune n’en est exempte. Il est important de l’indiquer en ces circonstances précises et à ce stade de la réflexion.

Il est fréquent de rappeler les chemins tourmentés empruntés au cours de l’histoire par le christianisme, avec les croisades et l’Inquisition de sinistres mémoires. Il est moins connu qu’en cette période de Moyen Age central la civilisation arabo-musulmane connaissait ses « Lumières », offrant aux savants et aux artistes une liberté d’expression inconnue dans l’Occident chrétien. La médecine arabe sut tirer profit de ce contexte favorable pour prendre quelques longueurs d’avance en prolongeant les apports de la médecine grecque « païenne » ou polythéiste. Mais le XVIII° siècle vit les trajectoires s’inverser : au moment où l’obscurantisme reculait, non sans mal, en Occident sous les effets des vertus des idées de l’humanisme et de la philosophie des Lumières, le monde musulman pour sa part devait faire face à la nuit du wahhabisme qui surgissait dans la péninsule arabique.

Dans le temps présent, il est utile de signaler les dérives préoccupantes à l’œuvre en Inde, où sous la férule du Premier ministre Narendra Modi, une politique de discriminations exercée pour des motifs nationalistes et religieux par les hindouistes à l’encontre des musulmans est devenue monnaie courante. Ou encore en Birmanie, où les bouddhistes (en dépit de la belle formule relevant du pur marketing présentant le bouddhisme comme « une philosophie, pas une religion ») persécutent les Rohingyas majoritairement musulmans (il existe aussi des Rohingyas qui sont chrétiens ou hindouistes pour complexifier la situation…). Et que le premier ministre israélien Yitzhak Rabin  fut assassiné avec l’assentiment de juifs orthodoxes extrémistes déchainés contre les accords de paix d’Oslo et qui établirent un parallèle entre l’impie qui livre la terre sacrée aux ennemis du Grand Israël et le sort réservée dans l’Ancien Testament à la reine Jézabel, défenestrée et dévorée par les chiens. Sans parler aux Etats-Unis du nombre hallucinant d’assassinats ou de tentatives d’assassinats perpétrés par des chrétiens ultraconservateurs (des évangélistes ou des protestants pour l’occasion) contre des médecins pratiquant l’avortement. Litanie bien évidemment hélas non exhaustive…

Pourquoi une religion censée relier se révèle au final un instrument de clivage et de séparation ? Simplement en oubliant que la religion doit rester avant tout une affaire privée et de conscience. La liberté de conscience est absolue, ne possédant pas de limites. Car tant qu’elle reste dans le cadre de la conscience privée, une idée ne peut devenir une discrimination ou un délit. En dépit de toutes les formes d’inquisition s’évertuant à traquer des crimes au plus profond des consciences humaines.

Là aussi, des « gestes barrières » s’avèrent salutaires. C’est cette fonction que remplit la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905 qui faisait de la France une République laïque, incongruité alors jugée scandaleuse sur le continent européen en ce début de XX° siècle. Cessons de considérer que la loi de 1905 serait obsolète. Qu’elle demanderait des adaptations et des toilettages pour se conformer aux conditions, jamais clairement explicitées, de ce XXI° siècle décidément incertain et instable. Nous nous inscrivons en faux contre tous ceux qui s’échinent à ajouter des adjectifs à la laïcité pour mieux la dénaturer. Les uns proposent intransigeante, stricte, exemplaire : ils confondent la laïcité avec des envies de re-christianisation de la France. Les autres utilisent les termes d’ouverte, de plurielle, de prohibitionniste : ils assimilent (au mieux) la laïcité à des formes improbables d’œcuménisme, quant ils ne révèlent pas en creux de projets bien plus funestes. La version plus soft des « accommodements raisonnables » ouvrent en fin de compte la voie aux connivences malsaines, aux clientélismes déplorables et aux compromissions éhontées, aux antipodes de l’universalisme et de l’humanisme.

La laïcité n’a pas besoin d’être flanquée d’adjectifs qualificatifs qui la déqualifient et la disqualifient. Elle se suffit à elle-même dès lors qu’elle est pleinement comprise. Il en va de même de la loi de 1905. Toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905. Ses apports sont intemporels et universalistes. Ils défient l’anachronisme et le relativisme, deux des pires contresens qui soient, deux des subterfuges les plus condamnables. Les deux premiers articles de ce texte législatif fixent le décor. « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » (article 1). « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2). Il ne s’agit pas d’éléments de langage dénués de sens opératoire. Ils fondent au contraire un projet de société qui constitue dans sa plénitude le peuple et le contrat social afférent.

Si en grec, trois mots existent pour désigner le peuple, ethnos, demos et laos, pourquoi avoir choisi celui de laos ? Le demos recoupait une petite partie de la population détentrice du pouvoir politique comme dans l’Athènes antique. L’ethnos coïncidait au groupe humain se reconnaissant dans un certain nombre de caractéristiques culturelles, et parfois même physiques ou de sang. Le laos  comprend l’ensemble d’une population sans distinction interne, sans sous-groupes ; il stipule l’indivisibilité et la non discrimination ; il s’attache à ce qui est commun à tous les membres d’une population et à l’impérieuse nécessité de références communes. La laïcité se présente bien comme l’affirmation universaliste que l’on est d’abord un être humain et un citoyen avant d’être quoi que ce soit d’autre. Idéal d’émancipation, elle vise à un affranchissement de toutes les dépendances et à un arrachement de tous les enfermements, qu’ils soient de nature religieuse, intellectuelle, économique ou sexiste etc.

« Ecrasons l’infâme » disait Voltaire, en ciblant un ensemble de superstitions et de fanatismes conduisant aux pires dévoiements du sentiment religieux. « Le cléricalisme, voilà l’ennemi » proclamait Gambetta quand la République avait maille à partir avec l’Eglise catholique. Ajoutons-y toutes les formes de théocratie, qu’elles soient à l’état de projets avancés, de tentations avouées et d’impensés masqués. Combattons avec énergie les confusions mortifères entre les sphères publiques et privées, les chevauchements forcément intempestifs et délétères entre politique et religion. Refusons pied à pied toutes les injonctions que la religion adresse à la politique et à la société. Prenons conscience qu’il ne s’agit pas d’un combat qui puisse être à géométrie variable, qui puisse s’accommoder de faiblesses compromettantes ou de compromissions coupables. Sans perdre de vue que le blasphème reste une opinion, certainement pas une discrimination, encore moins un délit.

Francis DASPE 26 / 10 / 2020

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne:

République et société

Chronique n° 1 : Effondrement, chronique décalée

Texte paru en éditorial sur la Feuille constituante le 21 octobre 2020.

Le Covid, tempêtes, plans sociaux, islamisme : les crises et les chocs ne sauraient être comparés et mis sur le même plan mais le fait est que le rythme de leur avènement fait que l’un chasse l’autre dans le tourbillon étourdissant de l’actualité. En résulte ce sentiment étrange et anxiogène d’être à la merci du prochain évènement venu. Notre nature d’être social s’en trouve altérée.

Le climat d’incertitude n’est jamais propice à la projection dans l’avenir. Quand il se couple au rétrécissement des perspectives individuelles et collectives, alors c’est le champ des possibles qui semble se racornir voire se refermer. D’un côté, il y a donc une vague anxiogène : conscience concrète qu’un choc paradigmatique comme le Covid peut advenir à tout moment, et donc crainte latente qu’il se produise à nouveau; retour du religieux belliqueux dans la sphère publique ; incertitude accrue sur sa propre place dans l’organisation sociale avec le risque non plus seulement de perdre son emploi mais de voir celui-ci disparaître et donc sans perspective de le retrouver ; phobie du déclassement à l’heure où la pauvreté explose ; prise de conscience que la puissance publique, à s’être dessaisie, est devenue largement inopérante et ne peut donc plus assumer en tout domaine sa tâche de filet de protection et de sécurité ; interrogation sourde de savoir si les années à venir vont être des années de « progrès » ou d’obscurantisme …

De l’autre les réponses que nous y apportons, consciemment ou inconsciemment, en tant qu’individus : resserrement de l’espace géographique dans lequel nous nous mouvons, que ce soit par la limitation des voyages longue distance ou par le rétrécissement de l’environnement proche qui nous garantit l’accès à nos activités du quotidien ; réduction des interactions sociales et recentrage sur un environnement humain plus réduit, de la famille et des relations proches qu’il a fallu « prioriser » ; réaffirmation du besoin de protection de soi et des siens… C’est ce glissement, via le moment solidariste de la crise Covid, d’un individualisme égoïste (celui des 40 dernières années) vers un individualisme protecteur qui prétend prendre soin de soi et des siens, qui correspond au temps des « solidarités repliées » selon la formule si bien ciselée de mon amie Charlotte Girard.

La plupart des politiques vont proposer au mieux des réponses ponctuelles, et toujours viser à nous faire réintégrer le monde d’avant. Il faut au contraire s’en démarquer en prenant la mesure du changement de société qui s’opère. Cette fois, il n’est pas possible de faire comme si les modifications de la perception de soi et du monde qui nous entoure ne nous avaient pas transformés. Par effet rebond, la société, elle qui se trouvait si sûre d’elle-même et prête à passer à la suite, s’en trouve bouleversée. « Aux moments de crise, ce n’est pas contre un ennemi extérieur qu’on lutte mais toujours contre son propre corps » nous disait George Orwell dans 1984. De fait cela appelle des réponses politiques spécifiques de refondation populaire qui, de la reconstruction des liens sociaux et économiques, à la démondialisation en passant par une réaffirmation partagée de la laïcité, par la mise à distance de la prédation de l’oligarchie, ou par la reconquête de la souveraineté, apparaissent plus que jamais nécessaires.

François COCQ 21 / 10 / 2020

Le texte prométhéen de la Révolution citoyenne

Remettre le combat social au cœur du combat laïque

Texte réalisé pour le site de ReSPUBLICA

La laïcité byzantine

A défaut de croire aux anges, les militants laïques se passionnent parfois pour leur sexe. On en a eu une triste illustration en 2019, où pendant d’interminables semaines, des esprits qu’on avait connu plus aiguisés se perdirent en arguties pseudo-étymologiques pour savoir si telle ou telle « phobie » existe ou non, s’il s’agit d’une peur, d’une « critique » (bien que personne n’ait jamais présenté l’arachnophobie comme une « critique des araignées »…), si l’on peut définir une personne par sa religion (comme si ce n’était pas le propre d’une religion révélée promettant salut ou damnation que de vouloir définir la personne par sa foi), voire si l’on peut caractériser comme un « droit » quelque chose dont on nie par ailleurs l’existence, sans doute dans un hommage involontaire à Ionesco : « Et la cantatrice chauve ? Elle se coiffe toujours de la même façon… »

Bis repetita placent : depuis quelques mois, une partie des milieux militants engagés en faveur de la laïcité se perdent en controverses exégétiques stériles sur le sens du concept présidentiel de « séparatisme », dont la seule chose pertinente à en dire est justement qu’il s’agit d’un concept opportuniste utilisé comme appeau, afin d’attirer l’attention d’oreilles trop peu vigilantes. Tel est bien le problème de ces polémiques dans lesquelles certains d’entre nous se lancent : elles sont toujours lancées par nos adversaires, et ne servent qu’eux. En particulier, elles mettent un point d’honneur à se placer au niveau de principes anhistoriques, ultra-généraux, à la fois intuitifs et flous, caractéristiques en cela d’un usage pseudo-scientifique des concepts. Il est difficile de ne pas penser, en écoutant le président de la République se goberger de sa dernière trouvaille terminologique, à la formule de Gilles Deleuze à propos des Nouveaux Philosophes des années 1970, fiers de leurs « concepts gros comme des dents creuses ».

Macron ou le réparatisme

Jouons donc à notre tour et baptisons « réparatisme » la doctrine cultuelle du président de la République (en hommage à sa précédente intuition fondamentale en la matière, en avril 2018, devant la Conférence des Évêques de France : « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer ». Le réparatisme n’est rien d’autre qu’une nostalgie du système concordataire napoléonien, qui dans le cas des religions minoritaires de l’époque (mais aussi de la Franc-Maçonnerie) a pris la forme de la désignation par le pouvoir central d’intercesseurs patentés et de bureaucraties cultuelles bénéficiant des largesses de l’État pour veiller à ce que leurs ouailles filent droit.

Emmanuel Macron n’a pas annoncé autre chose aux Mureaux début octobre, à grands renforts d’aide à la structuration de l’islam, de formation nationale des imams, d’institut étatique d’islamologie, autant de mesures à double tranchant, promettant des prébendes à une future bourgeoisie communautaire discrètement réactionnaire, et les foudres de la police à tout ce qui sortirait de cette tranquille cogestion sur le dos de classes populaires assimilées à un lumpenproletariat qu’on mène à la baguette ou qu’on achète à coups de subventions. 60 ans après la loi Debré qui organise le détournement de l’argent public au bénéfice de l’enseignement privé, l’interdiction de la scolarisation à la maison, quand elle se double d’un laxisme redoublé dans le contrôle des établissements privés confessionnels, va sonner l’heure de généreuses subventions à destination d’un enseignement ségrégué pour les enfants de familles musulmanes qui en auront les moyens. On vous parle de séparatisme, et vous aurez la ségrégation.

On n’insistera pas sur l’échec programmé d’un tel projet s’agissant de l’islam sunnite, dont le modèle religieux n’est pas sans rappeler certains courants de l’évangélisme anglo-saxon, avec sa double insistance sur le caractère strictement intérieur de la foi et sur le zèle à montrer publiquement l’ardeur de cette foi, en redoublant de conformisme. Dans tous les cas, ces deux courants religieux partagent une méfiance innée vis-à-vis des bureaucraties cultuelles, qui ne sera que renforcée par l’effet repoussoir du label gouvernemental, dans un contexte de discriminations persistantes et de provocations liberticides régulières par le ministre de l’Intérieur et celui de l’Éducation Nationale. Parler de « sursaut laïque » après l’attentat de Conflans en faisant abstraction de ces données et, pour le dire très clairement, de la situation politique de la lutte des classes en France, c’est effectivement disserter sur le meilleur coiffeur possible pour une cantatrice chauve.

Éléments de diagnostic

Quelques faits doivent donc être rappelés : l’islam est une religion numériquement ultra minoritaire en France, et si l’on tient compte des tendances à la déconfessionnalisation progressive de génération en génération, ainsi que des dynamiques démographiques de divers groupes sociaux et religieux, rien ne permet sérieusement d’affirmer que cette situation ultra-minoritaire puisse changer. L’agenda des fondamentalistes n’est pas un agenda de « conquête » comme l’ont affirmé certains après l’assassinat de Conflans, mais un agenda d’hégémonie interne, de mainmise sur les corps et les esprits des musulmans, des musulmanes et de leurs enfants.

Le désastre politique, urbanistique et social savamment organisé qui a débouché sur la création de ghettos est une aubaine pour les tenants de ce programme d’oppression, et la politique du gouvernement ne fait que servir leurs intérêts. Soyons un peu cyniques : la terreur, de ce point de vue, relève pour partie de l’accident industriel (lorsqu’elle est l’acte d’un déséquilibré isolé), pour partie de l’intimidation ciblée des dernières interfaces reliant le ghetto à la collectivité civique : l’école publique, laïque et gratuite ; certains médias ; les services publics de proximité. Là encore, pour qui entend défendre une perspective d’émancipation collective, il est indispensable de relever que la politique de sabotage menée par le gouvernement contre ces interfaces est au minimum totalement irresponsable. C’est particulièrement vrai pour l’école.

La seule solution laïque, c’est le socialisme

La solution ne consiste pas à mettre la main sur le cœur pour prononcer un discours sur « l’école qui émancipe » avec des trémolos dans la voix. Elle consiste à construire de nouvelles écoles publiques ; à pré recruter et à former de vastes cohortes de futurs enseignants dès le début de la licence à l’université ; à créer par conséquent de nouveaux pôles universitaires, loin des agglomérations et dotés de vastes cités étudiantes, pour en finir avec l’assignation à résidence sociale et géographique de la jeunesse des classes populaires ; il convient en outre de revaloriser les salaires, les carrières et les statuts des enseignants ; de leur accorder toutes les garanties nécessaires de protection en cas de conflit, ce que n’a pas fait l’institution dans le cas de M. Samuel Paty. Elle consiste, bien sûr, à lancer une politique d’éducation populaire et culturelle émancipatrice largement financée.

Mais l’éducation ne peut pas tout. Nous ne sortirons pas de la dynamique meurtrière où nous sommes engagés sans un programme de lutte efficace contre le racisme et le sexisme, y compris et surtout quand il est le fait d’agents de l’État. Là encore, ReSPUBLICA s’est fait l’écho de ces questions ces derniers mois, s’agissant notamment de la police, qu’il est maintenant urgent de re-républicaniser. Enfin, et c’est bien le reproche central que l’on peut faire à l’angélologie laïque où s’abandonnent certains, seule l’émancipation sociale et économique, doublée d’une bifurcation écologique, rouvrira à toute la population de ce pays la perspective d’un avenir partagé qui ne se fasse pas sous le signe de l’effondrement. Moins que jamais, le combat laïque ne saurait être séparé du combat social.

La patrimonialisation de la référence à 1905 par une partie de la bourgeoisie conservatrice est un fait ; c’est aussi une menace. Il est de notre devoir de républicains socialistes de rappeler la force proprement révolutionnaire du mot d’ordre laïque, qui n’est justement pas un patrimoine, mais une promesse qui attend encore sa pleine réalisation. Le combat laïque est indissociable de la lutte des classes, et l’attentat de Conflans est une nouvelle occasion de se rappeler le mot d’ordre de Rosa Luxemburg dans un autre contexte : Socialisme ou barbarie. Plus près de notre sujet, on peut citer ici sa formule de 1902 : « La religiosité des masses ne disparaîtra complètement qu’avec la société actuelle, quand l’homme, au lieu d’être dominé par le procès social, le dominera et le dirigera consciemment. »

Faire entendre la parole laïque socialiste

A contrario, le cœur du projet « réparatiste » est bien de faire à nouveau résonner « la vieille chanson qui berce la misère humaine » aux oreilles de tout un peuple, dans mille langues et avec mille théologies s’il le faut, en s’appuyant à chaque fois sur des bourgeoisies sectorielles. Le mot d’ordre de cette Sainte-Alliance, c’est d’obtenir le libre consentement des opprimés à leur assignation à résidence sexuelle, religieuse, ethnique, économique, géographique, en un mot : sociale, mieux : leur participation active à la construction de leur propre oppression, et leur engagement à surveiller et à réprimer leurs voisins. Voilà le pacte que le Capital est prêt à nouer avec l’obscurantisme ; tout juste entend-il simplement choisir ses intercesseurs, sans en avoir les moyens, tandis que pour le dire de façon délibérément cynique, ceux qui tirent les marrons du feu jusqu’à présent sont tout de même trop infréquentables : on veut bien de ça chez nos partenaires commerciaux, mais quand même pas chez nous. Le reste est une valse des hypocrites. Rosa Luxemburg, à nouveau : « Pour les partis bourgeois, la lutte contre l’Église n’est donc pas un moyen, mais une fin en soi ; on la mène de façon à n’atteindre jamais le but ; on compte l’éterniser et en faire une institution permanente. […] L’anticléricalisme bourgeois aboutit à consolider le pouvoir de l’Église. »

Nous n’avons pas à arbitrer un conflit entre loups, ni à nous soumettre aux termes d’un des deux camps, fût-il moins directement menaçant pour les mauvais sujets et autres apostats que nous sommes. Nous ne serons pas les idiots utiles de cette guerre à laquelle le prolétariat perdra toujours, et nous ne nous laisserons pas hameçonner plus longtemps. Il est temps de reprendre le combat idéologique et de faire à nouveau exister, dans les milieux associatifs, syndicaux et politiques, et de là dans tout le bloc social des travailleurs et producteurs, la parole spécifique du socialisme laïque, qui ne doit jamais se confondre avec celle du républicanisme conservateur, ni reculer d’un pouce sur l’exigence collective de la promotion du libre examen et de l’esprit critique.

Terminons en retrouvant les mots de Rosa Luxemburg, cette fois dans un texte de 1905 : « Pour cette raison, entre le clergé qui veut pérenniser éternellement la misère et l’oppression du peuple et les sociaux-démocrates qui apportent au peuple l’évangile de l’émancipation, il fallait qu’éclate un combat mortel, comme celui qui oppose la nuit noire au soleil qui se lève. Les ombres de la nuit ne s’effacent que contre leur gré et à grand-peine devant l’aurore rougeoyante et de même, les chauves-souris calotines entendent voiler le visage du peuple sous le noir des soutanes, pour empêcher les yeux du peuple d’apercevoir la lumière de l’émancipation socialiste qui se lève à l’horizon. »

Jean-Louis BOTHUREL 02 / 11 / 2020

La pétition de la Révolution citoyenne

Education Enseignants débout !

Pétition lancée par un Collectif d’enseignants à l’adresse du ministre de l’Education nationale et de la jeunesse Jean-Michel Blanquer le 27 / 10 / 2020.

https://www.change.org/p/jean-michel-blanquer-enseignants-debout-3206b31c-8395-43da-838d-cabc317f81d5?redirect=false

Enseignants, nous sommes debout. Droits et fiers de l’ouverture d’esprit et de l’élévation du niveau de conscience et de connaissance que nous apportons au quotidien à nos élèves. Nous sommes debout mais nous sommes las, tristes, et en colère.

Abasourdis par l’assassinat de notre collègue, Samuel Paty, parce qu’il accomplissait au service de tous la mission de l’Ecole laïque et républicaine.

Ecœurés, parce que nous connaissons l’inertie d’une institution qui, au nom du « pas de vague », abandonne les siens pour protéger les avantages acquis d’une bureaucratie complice.

Fatigués, de subir l’irruption de parents intrusifs qui remettent en cause notre autorité et la dimension professionnelle de notre action.

Révoltés, par la déstructuration de nos missions et la casse organisée de nos métiers.

Dépités, d’avoir subi en mars la première vague du Covid sans que rien de concret n’ait été mis en place dans les établissements, devant nous contenter des incantations d’un ministre incapable d’organiser la fourniture en gel hydro alcoolique ou en en savon et les aménagements d’emploi du temps nécessaires.

Diffamés en tant que « décrocheurs » en juin, alors que le grand nombre des enseignants s’est adapté à de nouvelles pratiques chronophages en dépit du manque de réactivité de notre hiérarchie. 

Irrités, d’entendre depuis septembre notre ministre répéter à l’envi qu’il s’agit d’une « rentrée normale » alors que tout dans nos pratiques atteste du contraire.

Dégoûtés, de constater l’abandon du protocole sanitaire et de la distanciation physique à l’Ecole.

Ulcérés, de la tromperie de l’institution qui a masqué depuis mi-septembre les cas contacts.

Démunis, dans cette seconde vague comme lors de la première, de subir le refus de l’institution de nous fournir les masques indispensables pour au final distribuer au compte-goutte des masques toxiques et au rabais.

Sacrifiés, en constatant que face à la seconde vague de l’épidémie, élèves et enseignants sont les victimes collatérales des choix économiques du gouvernement. 

Blessés, du manque de reconnaissance de notre travail et de nos missions dont attestent le gel du point d’indice depuis 2010 ou encore les rémunérations très en deçà de nos collègues européens.

Enseignants, nous sommes debout et plus déterminés que jamais. Parce que nous savons ne rien devoir attendre d’une institution aux abois, nous prendrons les choses en mains dès le 2 novembre en initiant largement des assemblées générales dans les établissements. Au-delà, c’est au pays tout entier de redéfinir aujourd’hui les missions qu’il assigne à l’Ecole de la République. L’avenir de nos enfants est l’affaire de tous, saisissons-nous en !

Ajout effectué le 30 / 10 / 2020

Le Président de la République a annoncé ce mercredi sa volonté de confiner à nouveau le pays pour une durée d’un mois minimum. Alors que l’épidémie continue de frapper sur notre territoire, les professeurs continueront de tenir le front dans des écoles restées ouvertes.

Il est évidemment louable de promouvoir la continuité de l’instruction publique. Mais un tel choix doit s’accompagner d’une protection renforcée des personnels de l’éducation nationale ; ce n’est pas le cas.

L’appel que nous avons lancé prend tout son sens dans une période comme celle que nous traversons : nous, professeurs, hussards de la République, ne pouvons accepter que notre métier soit à nouveau insulté et méprisé ainsi.

Continuons de signer et de faire signer cet appel. Organisons partout sur le territoire des assemblées générales pour redéfinir ensemble les contours de notre engagement.

Si chaque signataire envoyait l’appel à ses collègues, le partageait sur les réseaux sociaux, la masse critique des enseignants de France rassemblée pour leur avenir pourra se faire entendre.

Nous comptons sur vous.

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée

Chez Francis Daspe  19 avenue Carsalade du Pont, porte 2, 66100 PERPIGNAN

Site internet : www.agaureps.org

Courriel : agaureps@orange.fr  

FICHE D’ADHESION  ANNEE 2020

NOM :

Prénom :

Date et lieu de naissance :

Adresse :

Numéro(s) téléphone(s) :

Courriel :

Profession :

Le montant de l’adhésion annuelle est fixé à 10 Euros. Le règlement peut se faire en espèces ou par chèque à l’ordre de l’AGAUREPS-Prométhée. Envoyer tout courrier à l’adresse indiquée en en-tête.

Tagué , , , , , ,

La laïcité, la République, l’universel

Editorial de la Lettre du mois n° 149 de l’AGAUREPS-Prométhée de Novembre / Décembre 2020, numéro spécial consacré à « République et laïcité ».

Parmi les (nombreuses) vertus de la laïcité, se trouve la reconnaissance de  la souveraineté populaire se fondant sur le postulat simple mais puissant, en somme révolutionnaire, que le peuple peut se gouverner lui-même d’une manière terrestre et rationnelle, en dehors de tout dogme ou de toute vérité révélée. C’est dire à quel point les liens entre laïcité et République relèvent de l’intime. Ce numéro spécial de la Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée consacré à la République et à la laïcité contribuera à convaincre qu’il ne s’agit nullement d’une affaire franco-française. Le croire serait une erreur grossière, tant les principes républicains et la laïcité ouvrent la voie à l’universalisme. L’atroce et abject assassinat de l’enseignant Samuel Paty en apporte également un témoignage saisissant.

La confrontation à l’actualité internationale renforce cette conviction chevillée au corps et à l’esprit. Une multitude d’informations converge pour montrer que la laïcité ne peut décemment s’arrêter à des frontières quelles qu’elles soient. C’est bien évidemment le cas du combat actuel des femmes polonaises pour sauvegarder le droit à l’avortement devant les menées d’autres fous de Dieu situés sur notre continent.

C’est aussi la litanie des récentes élections dont les résultats contestés plus vite que l’éclair n’éclairent pas des situations confuses. A moins qu’ils ne mettent au contraire en évidence des réalités ô combien cruelles et révélatrices de la marche du monde. Le verdict des élections présidentielles en Bolivie a été sans appel avec la victoire du dauphin d’Evo Morales, Luis Arce. L’écart était tellement net qu’il fut délicat, en dépit de quelques tentatives du bloc réactionnaire, de contester même mollement les résultats pour tenter de rééditer le coup d’état de l’année passée qui avait volé la victoire de Morales. N’oublions pas cependant la tentative d’assassinat du président nouvellement élu…

Les résultats des élections législatives en Géorgie ont vu chacun des deux camps revendiquer la victoire. Par contre, contrairement à la Bolivie, le choix offert était peu pluraliste : d’un côté l’ancien président Mickheïl Saakachvili, initialement amené dans les fourgons américains puis exilé en Ukraine pour impopularité après deux mandats et une crainte de poursuites judiciaires, de l’autre le chef de la coalition gouvernementale sortante, Bidzina Ivanichvili, un milliardaire. En somme, une simple compétition interne à l’oligarchie.

Les élections présidentielles en Côte d’Ivoire constituent un autre cas de l’intrusion des intérêts oligarchiques. Boycottées par l’opposition, elles ont débouché sur un troisième mandat d’Alassane Ouattara, pur produit de la Françafrique et des instances supranationales de la mondialisation, un supposé démocrate qui réduit les libertés et foule aux pieds la constitution. Comment enfin ne pas évoquer la farce qui s’est déroulée aux Etats-Unis avec les gesticulations pourtant annoncées de Donald Trump, en passe de devenir le forcené de la Maison Blanche, qui conteste par tous les moyens inimaginables la victoire de Joe Biden. Nous disons bien une farce, car il s’agit d’une triste répétition après le déshonorant scrutin de 2000 entre George Bush fils et Al Gore qui fut tranché par les rocambolesques événements de Floride ne faisant pas honneur à la démocratie américaine aux relents pour l’occasion de république bananière, symbolisant des disputes oligarchique de bas étage…

La laïcité, c’est aussi le primat de l’intérêt général. Visiblement, la politique et la géopolitique éprouvent un besoin urgent de laïcité pour accéder à l’universel.  

Francis DASPE  

Tagué , , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 148 OCTOBRE 2020

Sommaire du numéro 148 : Spécial Rentrées  

  • Editorial de Sylvie ERBANI : « Des rentrées, une sortie (de route) et un enfermement » page 2
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Rentrée politique – Francis DASPE page 3
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Rentrée sanitaire – François COCQ page 9
  • Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Rentrée Education – Francis DASPE page11
  • Communiqués écosocialistes Catherine DAVID et Francis DASPE  page 15
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2020 page 18
  Des rentrées, une sortie (de route) et un enfermement  

Un étrange sentiment se saisit de nous et nous enveloppe. En cette période de crise sanitaire persistante, plus d’un mois après la rentrée scolaire et politique qui la précède comme de coutume, on éprouve l’impression que la rentrée ne s’est pas produite et reste toujours devant nous. Il faut dire que l’incompétence manifeste de nos gouvernants accentue cette détestable perception. La difficulté à rentrer est persistante. Il ne s’agit pas d’une simple rentrée, mais bien de plusieurs qui se télescopent pour embrouiller encore davantage une situation pour le moins confuse se caractérisant par des incertitudes manifestes.

Le gouvernement n’apporte aucune perspective et n’ouvre aucun chemin. Il est aux abonnés absents du bon sens et de l’intérêt général. L’incompétence règne dans ce paysage de désolation. C’est le sens de la note de blog, parmi les diverses chroniques prométhéennes de la révolution citoyenne que contient cette Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée, qui dévoile la faillite sanitaire de la Macronie dans son entièreté. C’est l’objet de la tribune qui décrit le peu d’autonomie de pensée et d’action du Premier ministre Jean Castex, dont on peine à déceler l’activité dans ce moment incertain. Du moins au vu de ce que lui laisse comme espace le Jupiter élyséen.

Pour sa part, la rentrée scolaire se réalise dans des conditions délicates. Elles sont pourtant mises en sourdine par une communication ministérielle lénifiante relevant de l’enfumage. Les conditions sanitaires requises pour garantir la sécurité des personnels comme des usagers ne sont pas au rendez-vous. Le manque récurrent de moyens est démultiplié par les effets catastrophiques de réformes inconsidérées imposées à la hussarde. La pente managériale se fait plus raide, l’austérité encore davantage destructrice. L’heureuse formule d’une ubérisation de l’école rend bien compte de la situation endurée.

Pendant ce temps la planète continue à souffrir. Rien de nouveau à l’horizon de la rentrée écologique : elle s’effectue une fois de plus sous le signe de l’hypocrisie et du double langage. Les solutions esquissées dans une nouvelle rubrique par les communiqués de l’écosocialisme apportent des espoirs bienvenus dans un ciel maussade. Comme l’a démontré le mouvement des Gilets jaunes, fin du monde et fin du mois constituent les deux faces d’un même combat. La rentrée sociale procède d’une urgence plus que jamais enkystée dans le quotidien. Elle alimente un profond mécontentement qui peine cependant à s’exprimer. Pour autant, il est prêt à exploser sans crier gare.

Ces multiples rentrées gâchées offrent la réalité d’une sortie de route incontrôlée de nos gouvernants. Ou plus exactement d’une fuite en avant systématique qui aboutit à un enfermement mortifère. Rien de véritablement surprenant à vrai dire : c’est le lot des ultimes remparts de tous les systèmes oligarchiques, comme l’est pleinement la Macronie. Plus que jamais, pour reprendre le titre du dernier ouvrage de notre camarade Francis Daspe, renverser la Table doit être mis à l’ordre du jour.  

Sylvie ERBANI 14 / 10 / 2020

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Rentrée POLITIQUE

Chronique n° 1 : Entre Hercule et Sisyphe, les (petits) travaux donnés par Jupiter à Jean Castex  

Texte paru sur le site de Politis le 10 juillet 2020.

Le Premier Ministre Jean Castex n’aura pas à potasser outre mesure le discours de politique générale qu’il devra prononcer devant la représentation nationale. Le Jupiter élyséen, avant même d’user de la foudre pour changer de locataire à l’hôtel Matignon, avait strictement corseté l’action gouvernementale pour les deux prochaines années. Qu’importe au final qu’Edouard Philippe parte et que surgisse Jean Castex, la politique menée s’inscrit dans les orientations définies par Emmanuel Macron dans l’interview accordée à la presse quotidienne régionale début juillet. Jupiter a assigné à celui qui pourra difficilement se prévaloir d’être Hercule six travaux à réaliser en guise de feuille de route. Ceux-ci équivalent à une entreprise de destruction méthodique et systématique du pacte républicain et social issu en grande partie du programme du Conseil national de la Résistance.

            Le premier défi à réaliser consistera à lutter contre le chômage. Le ton a été donné, Emmanuel Macron n’hésitant pas à parler d’une prétendue maladie française : la préférence du chômage. La lutte contre le chômage se transformera en chasse aux chômeurs. Les incitations financières à l’embauche se traduiront par des cadeaux fiscaux et des allègements de cotisations sociales (ils diront de charges). Ces mesures approfondiront la dégradation des comptes de la sécurité sociale et amoindriront la capacité d’intervention de la puissance publique en raison d’une baisse des recettes budgétaires. Jean Castex, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, ne devrait pas être en terre inconnue.

            La deuxième tâche assignée concernera le système de santé dont la situation alarmante a été (enfin) mise en lumière à l’occasion de la crise sanitaire. Le « Ségur de la santé » se révèle d’ores et déjà une entourloupe. Emmanuel Macron n’a-t-il pas indiqué que les quelques maigres subsides seraient liés à la contractualisation au sein de chaque hôpital ? C’est précisément cette mécanique qui a déstabilisé le système de santé depuis plusieurs quinquennats. Par les fonctions occupées auprès de plusieurs ministres, Jean Castex  a été au cœur des mesures ayant conduit à l’introduction des notions d’objectifs et de rentabilité dans l’hôpital, à la rationalisation des coûts dans le cadre du plan Hôpital 2007 et à l’imposition de la tarification à l’acte ou « T2A », sources des maux et des dysfonctionnements. Il ne sera donc pas pris au dépourvu pour accomplir la sinistre besogne commanditée par Jupiter.

La question fiscale constitue un fil rouge pour la Macronie. Le Président des riches a indiqué qu’une réforme fiscale n’était pas prioritaire, alors que le partage des richesses s’expose dans toute son indécence. Dans la bouche du « Robin des bois à l’envers », cela équivaudra en définitive à ne pas augmenter les impôts pour les plus riches, à coup d’exonérations et de cadeaux fiscaux généreusement consentis. Mais des efforts et des sacrifices seront pourtant exigés du plus grand nombre, des plus précaires aux classes moyennes accusés les unes comme les autres de vivre au dessus des moyens du pays. Pour Jean Castex, la situation lui rappellera sans aucun doute le bouclier fiscal concocté par son ancien mentor Nicolas Sarkozy.

Le Président Macron a affirmé qu’il ne comptait pas abandonner la réforme des retraites pourtant très largement rejetée. L  a volonté d’en conserver les aspects les plus contestables est manifeste : augmentation du nombre des années de cotisation, maintien du système universel par points, respect des équilibres financiers dans le cadre de l’austérité. Jean Castex pourra toujours puiser son inspiration dans la réforme des retraites de 2010 imposée par le président Sarkozy après que le candidat Sarkozy ait pourtant promis au cours de la campagne de 2007 que, lui élu président, il ne toucherait pas aux retraites.

Un nouvel acte de décentralisation est envisagé, sans doute en écho au pacte girondin évoqué à plusieurs reprises par Edouard Philippe. Il s’accompagne de la promesse d’un nouveau big-bang des collectivités territoriales et de transferts massifs de compétences, les termes de différenciation et d’expérimentation étant utilisés. Ils ne sont pas neutres : c’est l’assurance d’une destruction du cadre républicain par la perspective d’une fragmentation de la loi égale pour tous les citoyens et partout sur l’ensemble du territoire. Exit la République une et indivisible. Jean Castex aura tout loisir à se référer à l’esprit du projet de réforme territoriale échafaudé par Nicolas Sarkozy que le duo Hollande / Valls avait ensuite repris en grande partie.

Le sixième des travaux réside dans la défense de la souveraineté européenne. La voie est tracée sans faux-fuyants par Emmanuel Macron : aller plus loin, plus vite, plus fort dans la construction européenne, sur la base de l’accord franco-allemand. C’est un bien curieux projet que la défense d’une chose qui n’existe pas, la souveraineté européenne qui ne peut qu’entrer en concurrence avec la souveraineté nationale. L’expression masque en réalité la volonté de continuer à détruire la souveraineté populaire possédée en théorie par les citoyens français. Jean Castex ne partira pas de rien : son modèle Nicolas Sarkozy bafoua la souveraineté du peuple français exprimée par référendum le 29 mai 2005 qui refusait le traité constitutionnel européen en adoptant en catimini le traité de Lisbonne en reprenant pourtant l’essentiel.

Pour Jean Castex, tout ou presque est déjà écrit. Son autonomie de pensée et d’action dans le cadre de sa gestion des affaires de La France à Matignon est très faible. Il peut lui rester à trouver des éléments de langage et des artifices de communication à inscrire dans son discours de politique générale. Encore que le Président Macron, animé par une forme d’hybris sans limites, puisse aussi s’en charger. C’est ainsi qu’il  terminait son interview dans la presse quotidienne régionale en lançant une mise en garde. La France des jours heureux devait être d’abord la France des devoirs. La sentence n’est pas anodine et relève d’une logique orwellienne du détournement du sens des mots. Comment oser reprendre à son compte « les jours heureux », titre du programme du Conseil national de la Résistance  que l’on s’est juré de démanteler ? Qui plus est en utilisant une expression qui constitue l’éternel argument (les devoirs avant les droits ou même à la place des droits) de toutes les droites réactionnaires, de Sarkozy à Pétain en passant par Macron, effarouchées par toute idée de progrès social et d’émancipation ? Quelle cruelle ironie pour quelqu’un se présentant comme un gaulliste social de faire table rase de l’édifice mis en place à la Libération par, entre autres, De Gaulle !

Les travaux assignés au nouveau Premier Ministre Jean Castex convergent vers la réalisation d’une entreprise de casse généralisée, dans la droite ligne de l’œuvre en son temps de Nicolas Sarkozy et prolongée avec constance par Emmanuel Macron. La tâche est immense. N’est-elle pas trop lourde pour ses épaules ? Jean Castex aura sans aucun doute des difficultés à endosser la tunique d’un nouvel Hercule. Faisons le vœu qu’il soit réduit à n’être que Sisyphe, incapable d’amener la pierre au sommet de la montagne. La mobilisation populaire doit au cours des deux prochaines années faire perpétuellement dégringoler le rocher…

Francis DASPE

Chronique n°2 : L’insuffisance des propositions politiques ou le retour de l’ancien monde

Tribune parue sur le site de Libération le 30 août 2020.

Les récentes élections municipales auront sans nul doute un impact négligeable sur le déroulement des prochaines échéances qui se tiendront en 2021 et 2022. D’une part car la fin des municipales a clôturé une séquence politique qui n’aura que peu à voir avec celle qui s’ouvre désormais ; d’autre part car l’interprétation rationnelle de ces résultats reste délicate et malaisée. C’est que la tentation de l’analyse auto-réalisatrice est grande afin de forcer le réel pour mieux justifier ses choix tactiques, flatter ses désirs ou satisfaire ses intérêts.

L’abstention, accentuée par les conditions rocambolesques engendrées par la crise sanitaire et plus encore par la gestion abracadabrantesque qui en a été faite par le pouvoir, constitue sans contestation possible un fait majeur que (presque) tous évoquent mais dont (presque) personne ne cherche à prendre la réelle mesure. D’autres conclusions ont été (trop) prestement avancées. Ce fut le cas d’une vague verte, du maintien des positions du parti socialiste, de choix d’union de la gauche payants etc. Rien de tout cela n’est totalement vrai.

Il nous semble que la donnée majeure de ces élections municipales réside au contraire dans l’insuffisance notoire des propositions politiques élaborées à cette occasion. Cette réalité n’a pourtant pas fait l’objet de remarques et d’analyses de la part des commentateurs, et encore moins de la majeure partie des premiers concernés, les acteurs et les candidats. C’est pour cette raison que les succès revendiqués par les uns et les autres se révèlent souvent être en trompe-l’œil.

Des succès en trompe-l’œil

Les élections se traduisent mécaniquement par des victoires pour les uns et des revers pour d’autres. Une grande partie des victoires n’ont pu en réalité exister que par l’effondrement de systèmes à bout de souffle. Il n’y eut pas vraiment, ou peu, de victoires d’adhésion. Ce furent en fin de compte surtout des victoires par défaut.

Par conséquent, la prétendue vague verte est un mirage ; celui-ci ne résulte que de l’habileté des Verts à se positionner comme tête de liste de rassemblements aux périmètres forts variables, ce qui empêche toute généralisation et élaboration de quelconques modèles.  Le cas de la victoire à Marseille de Michèle Rubirola se passe à cet égard de commentaires, tant il est éclairant. Présenté comme une preuve de la vague verte, son succès illustre précisément le contraire. Elle a en effet porté une candidature dissidente de rassemblement de la gauche, en opposition frontale au choix officiel de sa formation, EELV, dont la candidature identitaire en solo dût se contenter au premier tour d’un bien maigre 8%.

Dans une logique identique, les succès attribués aux choix présentés comme payants de rassemblement de la gauche ont davantage coïncidé avec l’affaissement de systèmes plus ou moins clientélistes en décrépitude, comme à Lyon, Marseille ou même Bordeaux, qu’à une improbable dynamique impulsée par une union au spectre plus ou moins large. D’ailleurs, si la bascule ne s’est pas produite également à Toulouse, c’est sans doute que le système local n’était pas suffisamment usé et décomposé : dans le système Baudis et de ses épigones, il y eut une discontinuité avec une alternance historique qui bénéficia à la gauche en 2008 lors d’un mandat précédent.

En fin de compte, les victoires revendiquées par les uns se réduisent souvent à n’être que les échecs des autres, occasionnés par l’existence de châteaux de sable vidés de toute force ou par l’impopularité avérée d’équipes sortantes disqualifiées. Les nouvelles équipes municipales intronisées par le verdict des urnes bénéficient rarement d’un vote fondé sur l’enthousiasme ou l’adhésion. Elles ont plutôt capitalisé sur l’idée qu’il fallait du changement coûte que coûte, et que cela ne pourrait pas être pire qu’avant quoiqu’il arrive.

L’insuffisance des propositions

Ces succès en trompe-l’œil ne sauraient masquer l’insuffisance incontestable des propositions politiques. Celle-ci peut se décliner dans plusieurs domaines et aspects complémentaires.

D’abord, en ce qui concerne les contenus, dans le cadre des compétences des communes et des intercommunalités, faute de projets de société réellement en rupture avec le système économique global qui constitue la cause principale des crises multiformes auxquelles nous devons faire face. Elles sont de nature globale, associant des dimensions sociale, écologique et démocratique. Ce ne sont pas les formules standardisées ânonnées sur tous les tons, mais au final dépourvues de sens concret, qui peuvent inverser la tendance : « démocratie citoyenne », « transition écologique », « solidarité pour ne laisser personne sur le bord de la route » ou « territoires résilients ».

Ensuite, en ce qui concerne les pratiques retenues et utilisées. Elles se sont caractérisées par la reproduction quasiment à l’identique d’un large panel de carambouilles opportunistes peu vertueuses et de tractations contre-nature peu honorables. Et ce aussi bien avant le premier tour qu’entre les deux tours, et même après le second tour !

Enfin, en ce qui concerne les stratégies échafaudées par les uns et les autres. A gauche, des tentatives de resucée de la gauche plurielle, à droite, des raidissements sur des thématiques clairement de classes privilégiées conduisant à acclimater des idées nauséabondes. Et partout, des fâcheries et des réconciliations toutes incompréhensibles, le tout agrémenté d’accords politiciens stupéfiants ne pouvant se comprendre que par le puissant appel de la gamelle.

Le retour de l’ancien monde

En définitive, on a très souvent assisté au retour du jeu des rentes de l’ancien monde qui avait pourtant été congédié en 2017. Une droite décomplexée clairement assumée et un ersatz de gauche plurielle ont pu donner l’impression d’être de retour, dans un remake mortifère de l’alternance sans alternative. A ce jeu là, Les Verts, qui veulent leur part du gâteau, se sont révélés particulièrement gloutons. Si ces enseignements que d’aucuns voudraient tirer un peu hâtivement étaient valides pour la séquence qui s’ouvre, nous serions alors revenus à la situation prévalant avant 2017. Celle-ci se caractérisait par la reconduction des diverses nuances de l’existant comme seul horizon. Autrement dit, pour consacrer le statu quo ante qui ne satisfait pas la majorité des citoyens. Les votes d’adhésion qui n’ont pas été la règle au cours de ces municipales le confirment, au même titre que les votes sanctions antérieurs.

C’est en cela que nous disposons sous les yeux à bien des égards des symptômes du retour de l’ancien monde, avec une simple alternance à la petite semaine empêchant toute alternative pourtant désirée par le plus grand nombre. Les résultats des municipales, tels qu’ils sont complaisamment présentés par certains, ne peuvent pas constituer de socle solide pour l’élaboration de solutions viables en vue de la prochaine séquence politique. Ils reposent en définitive sur des logiciels périmés et, de surcroît, déjà désavoués à de multiples consultations électorales.

Tout reste à (re)construire : des trous de souris pour des rentes ou une rupture ?

En effet, cela ne pourrait qu’être générateur de blocages, de frustrations et de déceptions. Une telle situation n’offrant comme perspective que le retour des différentes nuances de l’ancien monde ne peut favoriser que deux options. Soit l’émergence dans une logique gramscienne d’un monstre qui prendrait le visage de l’extrême droite incarnée par le Rassemblement national / Front national qui est pourtant l’assurance-vie d’un système décrié avec complaisance ; soit le subterfuge de l’illusion disruptive qu’a été le macronisme alors qu’il n’était que le plan B de l’oligarchie et l’ultime rempart du vieux monde.

C’est dire le boulevard qui s’ouvre devant la nécessaire entreprise de (re) définition de la stratégie en vue de 2022. Les supposés enseignements des municipales ne seront plus valides à cette échéance. Il s’agira de construire des propositions politiques propulsives en capacité d’offrir une perspective majoritaire. A ce moment précis, il n’existe partout et pour tous que des trous de souris incertains. Car l’enjeu est de savoir si la perpétuation de rentes sera encore une fois de plus de mise ou si l’émergence d’une véritable alternative pour renverser la Table est envisageable.

Quoiqu’il en soit, la stratégie de rupture, quel que soit le nom qu’elle prendra, devra s’appuyer sur le peuple et ses adjectifs dérivés, populaire, populiste ou plébéien, peu importe. Car ce qui sera déterminant sera de renouer avec le respect de la souveraineté du peuple et de répondre réellement aux aspirations du plus grand nombre.

Francis DASPE

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Rentrée sanitaire

Chronique n° 1 : Faillite sanitaire  

Emmanuel Macron n’a rien à envier à Donal Trump. Si le président états-unien a pu étaler sa réussite entrepreneuriale depuis des années avec l’assentiment d’une presse aux ordres avant que le New-York Times ne fasse récemment état des déficits abyssaux de son empire, la politique sanitaire conduite par le président français est une faillite sans pour autant que pour l’heure les médias bien-pensants interrogent sa responsabilité.

Le 9 octobre, la France enregistrait en effet plus de 20.000 cas positifs de Covid (20.339). Sans pour autant faire plus de tests que nos voisins, la France diagnostiquait autant de contaminations que ses pays limitrophes (Espagne 5.986, Belgique 5.728, Italie 5.372, Allemagne 4.895, Suisse 1.487, Luxembourg 141). Le lendemain 10 octobre, la France de Macron devenait championne toutes catégories avec près de 27.000 cas positifs en 24h ! Le record de contaminations quotidiennes pour 100.000 habitants était pulvérisé (40,1 pour la France devant le Brésil 33 et les Etats-Unis 23,5). Au mois d’avril, Emmanuel Macron se justifiait alors en arguant que « l’épidémie nous a frappés plus tôt et plus fort qu’ailleurs ».

Arguments grotesques que pas un n’avait alors relevé. Car si l’épidémie nous a frappés plus tôt, sans doute est-alors du fait des mesures nécessaires différées. Ou des alertes non entendues si l’on en croit Agnès Buzyn, alors ministre de la santé. Ou de l’absence de tests, couverte par les mensonges désormais avérés de la ministre des armées Florence Parly, des militaires de l’Oise rentrés fin janvier de Wuhan, l’Oise où le premier décès français lié au Covid a eu lieu. Quant au fait que l’épidémie nous ait frappés plus fort, le docteur Macron spéculait sans doute sur une source française du virus. Lamentable.   

Six mois plus tard, Macron aura du mal à nous ressortir ses balivernes. Bien sûr d’autres les remplaceront mais le fait est que la puissance de la seconde vague en France comparativement aux autre pays donne à voir l’inefficacité globale de la réponse sanitaire apportée par le gouvernement. L’incurie de la politique sanitaire au printemps n’était donc pas que le fait d’un système de soins et de prévention qui avait été au préalable dépecé (ça l’était aussi !). C’est aussi la conduite de la politique du gouvernement, du maintien des municipales à une fermeture des écoles et un confinement trop tardifs, en passant par l’incapacité à dire la vérité et à se procurer en temps et en heures des masques et des tests, qui en sont responsables.

Depuis ? Six mois pour rien. Il n’existait pas en septembre un lit de plus en réanimations qu’en mars. Le « tester, tracer, isoler » tant vanté par le gouvernement était dans les faits réduit à néant par l’anarchie instaurée dans les tests qui empêchait derrière tout traçage et donc tout isolement pour circonscrire la propagation de l’épidémie. En même temps, les protocoles établis étaient rendus caduques comme à l’Ecole. Tout a été renvoyé à la responsabilité individuelle, en préférant masquer la réalité comme à l’école où le ministre Blanquer a préféré casser le thermomètre en invisibilisant les cas contacts. En bons libéraux, Macron & Co adoptaient aussi vis-à-vis du virus la stratégie du laisser faire-laisser passer, bref de l’immunité collective qui n’ose dire son nom.

L’immunité collective parlons-en. L’étude de cas de Manaus au Brésil où cette stratégie a été appliquée de fait a apporté des résultats peu convaincants avec une surmortalité massive. En Suède, qui misait sur l’immunité collective, le nombre de cas repart à la hausse, notamment à Stockholm où  Anders Tegnell, responsable de la stratégie face au virus, admettait le 10 octobre « ne pas comprendre » comment cela est possible. Au CHU de Nantes comme ailleurs, on apprenait ainsi le 9 octobre que des soignants positifs et contagieux étaient pourtant maintenus à leurs postes sous couvert de préconisations ministérielles.  

La stratégie sanitaire du gouvernement est une faillite. A l’inverse des discours lénifiant du gouvernement et du silence complice des médias perroquets, les comparaisons internationales en attestent. La question n’est donc plus tant de se déchirer sur le degré de dangerosité du Covid, sur lequel nous n’avons pas de prise, que sur la mise en cause de la responsabilité des décideurs, que nous subissons.

A l’heure où la société se clive à nouveau sur la perception de chacun de l’épidémie et de ses conséquences, nourrie en cela par la stratégie de séparatisme sanitaire de Macron, la responsabilité gouvernementale ne saurait plus longtemps être occultée tant elle est avérée et se prête donc à une unanimité populaire d’analyse contre elle. Pour agir sur ce qui peut l’être, il convient au plus vite de reprendre les leviers de commande.   

François COCQ 11 / 10 / 2020

Les Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne : Rentrée Education

Chronique n°1 : Une contre-révolution scolaire en marche : vers une école ubérisée

Tribune parue sur le site du HuffingtonPost le 28 août 2020 sous le titre « Blanquer transforme l’Ecole de la République en succursale d’Uber ».

Celles et ceux qui estimaient que l’école, de par son supposé statut de fonction régalienne, était préservée d’un certain nombre de dérives doivent se rendre à l’évidence et amèrement déchanter. Avec cette majorité se voulant disruptive, une contre-révolution scolaire est bel et bien en marche. Le ministre Blanquer a résolu de la réaliser pleinement. Pour y parvenir, il a opté pour un modèle d’ubérisation de l’école. Plusieurs leviers sont manipulés à cet effet, afin de transformer l’Ecole de la République en une vulgaire succursale éducative d’Uber.

Les racines de cette basse besogne se trouvaient déjà dans la vision managériale et autoritaire qui bousculait le service public d’éducation. Les méthodes déshumanisantes et autoritaires du New Public Management sont très largement utilisées, avec  la brutalité qui va de pair. Pour les enseignants, il ne s’agit plus d’exercer leur métier mais de se contenter de se soumettre aux injonctions ministérielles. Les dispositions de la loi sur l’école de la confiance furent à cet égard une accélération significative, ave le prétendu devoir de réserve. Sans oublier l’enseignement à distance, testé grandeur nature en raison de la crise sanitaire, qui a vu la prolifération de l’utilisation de logiciels privateurs de liberté et capteurs de données privées.

L’école ubérisée se caractérise également par l’imposition de savoirs utilitaristes et minimalistes. Sous couvert de la nécessaire maîtrise des savoirs fondamentaux hélas trop souvent négligés et galvaudés, le ministre se rabat sur une vision purement rétrécie et rabougrie des savoirs, en les déconnectant des dimensions culturelles, scientifiques et artistiques. Au final, bien loin des objectifs de construction de l’individu et de son émancipation par l’acquisition de savoirs structurés et structurants.

Un autre aspect de cette dérive préoccupante se traduit la prédominance accordée à la technique et à l’expertise dans l’acte pédagogique. Comme si celui-ci pouvait se réduire à un simple protocole… Le ministre Blanquer veut imposer ses conceptions personnelles à l’ensemble d’une profession, celles des neurosciences. Et ce sans un quelconque débat contradictoire, sans évaluer de façon indépendante ni la pertinence ni l’efficacité de ces politiques éducatives, en tournant le dos aux apports des sciences cognitives et des sciences de l’éducation pour ne privilégier que le seul pan de la recherche lié aux neurosciences. La marotte du Ministre est d’imposer une neuropédagogie désincarnée qui réduit drastiquement les fondements de la liberté pédagogique.

De ce parti-pris, découle la systématisation d’évaluations nationales. Au prétexte encore une fois de la crise sanitaire et des conséquences de la fermeture des écoles pendant la période de confinement, le ministre les impose pour l’ensemble des niveaux scolaires à la rentrée 2020. Les évaluations ont montré leur violence institutionnelle envers les élèves et les enseignants ; pire, elles ont aussi démontré leur très mauvaise conception et leur profonde inutilité. Ces évaluations standardisées engendrent un biais parfaitement identifié maintenant : le « teaching to the test », c’est-à-dire adapter son enseignement aux seules perspectives des prochains tests. La généralisation du contrôle continu pour l’obtention du bac va de surcroît aggraver la situation de « bachotage permanent » à tous les échelons du système éducatif.

Une contractualisation à outrance ne cesse de gagner du terrain. Elle est destinée à favoriser l’austérité et la territorialisation du système éducatif. Cela concerne les établissements qui devront se targuer de projets à la fois grandiloquents et inutiles pour espérer bénéficier de financements ; cela affectera de la même manière les enseignants, aussi bien pour une partie des salaires qui seront alors directement liés aux performances des élèves estimées à l’occasion de telles évaluations si peu pertinentes que pour l’évolution et la gestion de leurs carrières ou parcours professionnels.

L’École de la République est bien sur le point d’être transformée en profondeur, à travers les différents changements systémiques qui s’opèrent sans ménagement sous la férule de Jean-Michel Blanquer. L’objectif vise à la faire basculer vers un système scolaire entrepreneurial et ubérisé, profondément inégalitaire et territorialisé. Il devient urgent de se mobiliser pour que l’école d’Uber ne puisse advenir, qui plus est sans débat approfondi ni réflexion collective, tous pareillement balayés par le fait du prince.

Sans quoi nous serions confrontés à la mise en place d’une multitude de petites entreprises ubérisées, où des petits chefs, eux-mêmes précarisés et surveillés, cocheront les cases d’indicateurs de performances évaluant à la fois des personnels robotisés et des élèves mis en compétition sur des apprentissages réduits à la portion congrue. Sans parler des familles invitées, au motif d’une responsabilisation et d’une individualisation relevant d’un darwinisme scolaire, à se mouvoir dans un vaste marché de l’éducation se caractérisant par des avantages comparatifs réservés aux mieux lotis et déjà initiés. A l’école, comme ailleurs, la République ne peut décidément pas se métamorphoser en Uber.

Francis DASPE

Chronique n°2 : La promesse du Grenelle des professeurs, cache-sexe de la volonté de destruction du métier de prof. Une contre-révolution scolaire est bien en marche !

Tribune parue sur le site de Marianne le 11 septembre 2020 sous le titre « Les cinq attaques du duo Macron – Blanquer contre le métier de professeur ».

La maison Education nationale est visiblement prête à s’enflammer. Face à des remontées de terrain convergentes et à un sondage indiquant qu’une majorité des enseignants était saisie par le pessimisme, le ministre Blanquer vient de sortir son joker en proposant d’organiser un Grenelle des professeurs. En reprenant, dans une veine orwelienne du New Management Public où les mots correspondent à des réalités diamétralement opposées, les antiennes pourtant éculées de la « revalorisation du métier » et de la définition du « professeur du XXI° siècle ». Rien de moins !

Dans ces conditions, l’inquiétude peut être de mise de manière on ne peut plus légitime. Car un des piliers de la contre-révolution scolaire actuellement en marche sous la férule du duo Macron / Blanquer réside dans la remise en cause fondamentale du métier et de l’expertise des enseignants. Les racines de cette basse besogne se trouvaient déjà dans la vision managériale et autoritaire qui bouscule le service public d’éducation depuis plusieurs quinquennats. Il ne s’agit plus d’exercer son métier mais de se contenter de se soumettre aux injonctions ministérielles. Les attaques frontales contre le métier de professeur comportent cinq facettes complémentaires et cumulatives.

Des personnels muselés. C’est l’objectif visé par la loi Blanquer pour une école de la confiance du 26 juillet 2019. Elle s’échinait à poser une chape de plomb sur l’École et ses personnels. Ces derniers étaient invités à taire les maux qui rongent pourtant l’école, notamment à travers l’improbable devoir d’exemplarité. En fait, la loi Blanquer cherche à verrouiller toute une institution à travers une communication univoque, verticale et managériale, niant le réel et ses aspérités.

Des personnels assujettis. Le contrôle et l’assujettissement se réalisent de manière de plus en plus frontale avec des dispositions convergentes construisant patiemment un outil managérial. Ces pratiques conduisent à transformer les établissements scolaires en petites entreprises soumises à des contrats d’objectifs chiffrés s’appuyant sur des évaluations nationales pour lesquelles la proportion de tracasseries l’emporte nettement sur la pertinence et l’utilité réelles, aussi bien pour les élèves et les familles que pour les enseignants. L’assujettissement à une verticalité du pouvoir se renforce de la sorte, mais plus encore avec un ministre se positionnant en prise directe avec la profession, en se substituant de ce fait aux cadres intermédiaires, et tout en leur assignant des feuilles de route draconiennes. Sans doute une déclinaison de l’hybris jupitérienne de son maître…

Des personnels dépossédés. La tendance à la réduction, voire à la suppression, de la liberté pédagogique, présentée comme un « désordre pédagogico-gauchiste », actionne tous les leviers disponibles. Les personnels sont transformés de facto en prestataires de services. La tentative de réduire l’Éducation à un marché constitué d’opérateurs en concurrence les uns entre les autres ne peut être masquée en dépit des dénégations fleurant l’insincérité manifeste. C’est sans doute la partie la plus violente de la transformation en cours, même si elle est aussi la moins visible de l’extérieur. Au travers des évaluations nationales, de la mise en place des 2S2C (santé, sport, culture, civisme), du déploiement massif du numérique et de l’enseignement à distance, c’est tout le métier qui pourrait basculer vers un travail prescrit et automatisé. Et cela dans le but d’imposer une conception pédagogique unique fondée sur la marotte du ministre, celle des neurosciences.

Des personnels précarisés. La destruction programmée du statut des enseignants (qui fait office de code du travail pour la fonction publique) sanctionnera la fin de l’indépendance du professeur, pourtant absolument nécessaire pour un exercice, serein et préservé d’éventuelles pressions particulières, de sa mission au service de l’intérêt général. Une accélération se produit avec la fin du paritarisme ouvrant la voie à un New Public Management totalement débridé. Car la mise à mort du paritarisme laisse la hiérarchie de l’Éducation Nationale toute puissante face aux enseignants. Aggravée par la multiplication des postes à profil, elle va générer une mise en concurrence croissante et une allégeance renforcée des personnels.

Des personnels méprisés. Cette réalité grotesque se traduit par la campagne insidieuse de prof-bashing orchestrée par le ministre lui-même (et sa majorité, qu’on se rappelle les propos outrageants de Sibeth Ndiaye au moment du confinement).  Il joue en effet un rôle clé dans cette offensive contre l’école et ses personnels. Elle permet de discréditer toute la profession afin de la museler et de la couper des familles. Sans soutien, les enseignants vont se retrouver isolés et à la merci de changements majeurs qui s’appuieront sur ce discrédit fabriqué. Cependant le plan ourdi a du mal à fonctionner pleinement : la crise sanitaire a permis à une majorité de français de reconnaître les mérites et la valeur des enseignants, bien davantage que ceux d’une institution managée par des responsables aux abois et à la compétence douteuse.

La contre-révolution scolaire actuellement en marche forcée réduit les personnels à n’être que des courroies de transmission d’une logique qui les écrase. C’est celle de la doxa managériale pour laquelle l’École est sommée d’obéir, de s’adapter de gré ou de force, de se soumettre et de fonctionner sans moyens. L’intendance ne suit plus, privée des moyens humains ou financiers et du temps de réflexion nécessaires. Croulant sous le poids des injonctions paradoxales, des dysfonctionnements structurels organisés, de l’imposition de changements non concertés, l’institution scolaire est menée à des impasses prévisibles, les enseignants voyant de surcroît la réalité professionnelle de leur métier niée.

Quand le ministre Blanquer assigne au futur Grenelle des professeurs la mission de redéfinir « les hussards du XXI° siècle », la mystification est à son comble. Il ne s’agira pas d’école ou de République à promouvoir, mais d’un projet de société à rebours des principes mêmes de la République. La Macronie ne vise pas à être une et indivisible, démocratique, sociale et laïque. Le grand marché de l’éducation imaginé par cette majorité et ce gouvernement se propose d’être territorialisé, inégalitaire, ubérisé, et soumis aux intérêts particuliers, marchands ou non marchands. Avec des enseignants relégués aux antipodes de l’ambition des hussards noirs de la République, et dont le cœur du métier aura été vidé de son sens initial au service de l’intérêt général. Des enseignants en fin de compte muselés, assujettis, dépossédés, précarisés et méprisés.

Francis DASPE

Les communiqués écosocialistes des Pyrénées-Orientales

Communiqué n° 1 : L’urgence des enjeux écosocialistes dans le Vallespir et les Albères

Le 4 octobre 2020,    

Dans le cadre de la préparation des assises internationales de l’écosocialisme lancées par le Parti de Gauche, le PG 66 alerte sur l’actualité de luttes significatives dans le Vallespir et les Albères mettant en lumière des enjeux écosocialistes d’importance.

Le PG 66 apporte son soutien à la pétition dénonçant les risques engendrés par la tendance à la déforestation dans les Albères. Cette tendance sera en outre aggravée par les projets du groupe Florian et aura des conséquences désastreuses pour l’environnement : ruissellement et érosion des sols, appauvrissement de la biodiversité concernant tant la faune que la flore,  suppression du « puits carbone » de ce poumon vert des Albères. 

Le PG 66 dénonce le projet de construction d’un 4° pont à Céret. Il s’agit d’un projet inutile, disproportionné et d’un autre âge. Il réduit des terres agricoles de plus en plus artificialisées ; il méconnait les réalités du trafic routier et des besoins en mobilité autour de Céret ; il s’illusionne sur les solutions à apporter au désengorgement de la route départementale. Ce pont qui conduira à l’urbanisation de Nogarède n’a-t-il pas pour vocation principale en fin de compte qu’à améliorer l’accès et la desserte du golf de Saint-Jean Pla des Corts, autre catastrophe écologique notamment sur la ressource eau ? 

Ici dans le Vallespir et dans les Albères, comme ailleurs, l’écosocialisme constitue une nécessité ardente face à des projets dénués de tout sens. C’est la solution pour promouvoir une bifurcation écologique qui prenne en compte les réalités environnementales et sociales.

Pour le Secrétariat départemental du PG 66, Catherine DAVID et Francis DASPE

Communiqué n°2 : La honte des néonicotinoïdes ou l’urgence du paradigme écosocialiste

Le 7 octobre 2020,

Le Parti de Gauche 66 s’insurge vigoureusement contre le vote majoritaire en faveur du retour des néonicotinoïdes qui s’est déroulé le 6 octobre à l’Assemblée nationale. Quelle unité parfaite entre nos députés des Pyrénées-Orientales, Laurence Gayte, Sébastien Cazenove et Romain Grau pour LREM, Catherine Pujol pour le RN ! Ceux-ci font preuve d’une belle cohérence dans leurs convictions en matière de protection environnementale et sanitaire des populations.

En effet, celle-ci passe visiblement après les intérêts des betteraviers et de l’industrie sucrière. Peu importe que les abeilles en payent au final le prix fort ! Une baisse de 10% sur la totalité de la production française ne pouvait être décemment envisagée ! La France, premier producteur mondial de betteraves sucrières, ne pouvait pas perdre des parts de marché à l’exportation ! Tel est l’argumentaire qui a été opposé à ceux qui dénonçaient les dégâts collatéraux engendrés par cette mesure signant l’inféodation à des intérêts privés.  

Le double langage constamment utilisé par la Macronie n’en est plus un : c’est de manière cynique et décomplexée qu’elle apporte de la sorte son soutien aux lobbies de la chimie. Nous sommes confrontés à des empoisonneurs conscients de leurs actes et uniquement préoccupés par leurs profits. Ce décalage ne doit plus faire illusion auprès des populations.

Rompre avec ce vieux monde est un impératif incontournable. En cela, seul le Parti de Gauche porte un projet de société au service du progrès humain. Ce projet, l’écosocialisme, dont le PG a lancé les assises internationales, doit passer par la révolution citoyenne et ouvrir la voie à un nouveau paradigme, celui de la planification écologique, sociale et démocratique au service des besoins humains et non de la finance.

Pour le Secrétariat départemental du PG 66, Catherine DAVID et Francis DASPE

Communiqué n°3 : Les grands projets inutiles imposés (GPII) ou l’art du ruissellement en circuit fermé

Le 12 octobre 2020,

A l’occasion des Vendémiaires Insoumises et Citoyennes des Pyrénées-Orientales qui se sont déroulées samedi 10 octobre 2020 à Ille-sur-Têt, la question des grands projets inutiles imposés, désormais appelés dans le langage courant GPII, a été abordée dans l’atelier consacré à la transition écologique en Occitanie. 

La région Occitanie a opté sans guère de modération pour ces grands projets inutiles imposés. Ils ne répondent en aucun cas à la satisfaction de besoins sociaux et à des enjeux d’intérêt général. Ils sont également destructeurs pour l’environnement.

Un autre aspect, tout aussi redoutable mais trop rarement évoqué, a été mis en évidence. Il a trait à la question de l’utilisation de l’argent public. Ces GPII correspondent en fin de compte à des transferts de fonds considérables du public vers des intérêts privés. Ils se caractérisent par des marchés offerts, avec les profits garantis qui vont avec, à la voracité de grands groupes finissant par partager une communauté d’intérêts avec les personnes qui les leur octroient, souvent de surcroît sans la moindre conditionnalité des aides distribuées.

Les grands projets inutiles imposés constituent une modalité renouvelée du processus de confiscation des richesses par l’oligarchie. Ils illustrent l’application décomplexée du principe d’auto-ruissellement orchestré par l’oligarchie et ses commis désignés : l’argent circule à flots en circuit fermé pour un petit nombre de privilégiés. Ils posent enfin la question du scandale du business de la transition écologique, avec la dérive de l’industrialisation qui alimente les illusions nocives du capitalisme vert.

Dans la région Occitanie, les exemples ne manquent pas, à commencer par les projets d’extension du port de Port-La Nouvelle dans l’Aude, d’usine de méthanisation industrielle de Montaut dans l’Ariège, de méga scierie à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées ou d’autoroute Castres –Toulouse dans le Tarn et en Haute-Garonne.

Pour les Vendémiaires Insoumises et Citoyennes, Catherine DAVID et Francis DASPE

Tagué , , , , , , ,

Les projections politiques pour 2022 de Francis Daspe

Francis Daspe organisait une conférence de presse pour présenter son nouveau livre intitulé « 2022. Pour renverser la table à la présidentielle » (Eric Jamet éditeur, août 2020).

« Cet ouvrage s’inscrit dans une double logique » indiquait en préambule Francis Daspe qui est impliqué dès le début de sa création dans La France Insoumise, le mouvement lancé en 2016 par Jean-Luc Mélenchon. « Il s’agit de réfléchir à la question de la stratégie, la grande oubliée et trop souvent sacrifiée au profit de la tactique de court terme politicienne et électoraliste. Or c’est ce qu’il y a de plus noble dans l’action politique ». Dans cette optique, l’objectif vise à déterminer une cohérence à la nouvelle séquence qui s’est ouverte avec la fin des municipales  et qui se conclura en 2022 par l’élection structurante dans le régime de la V° République, la présidentielle.

Le livre détermine dans un premier temps les conditions de l’action politique. Celles-ci se caractérisent par le triptyque crises / verrous / logiciels périmés. « Les crises sont multiformes et globales, mais la crise démocratique surplombe et impacte les autres comme le montrent l’abstention récurrente et le mouvement des Gilets jaunes ». Pour l’auteur, il faudra d’abord faire sauter des verrous qui paralysent la volonté de changements politiques en profondeur, comme les institutions monarchiques de la 5° République, les traités européens ou une fiscalité injuste. « Si l’on veut parvenir à renverser réellement la table, pour reprendre le titre de mon livre, il sera également nécessaire de proposer autre chose que les logiciels périmés, tels que ceux visant à ressusciter une improbable gauche plurielle bis, à rassembler de manière anachronique la gauche sur le mode cartel ou encore à succomber aux mirages du capitalisme vert », développait Francis Daspe.

La description du panorama politique offre une situation pleine d’incertitudes. « Chaque formation politique ne dispose pour l’instant au mieux que de trous de souris ». Et de citer la situation parfois délicate des principales forces politiques : la perte d’un socle électoral et les problèmes d’incarnation pour la droite, les limites du « et en même temps » pour Macron qui cristallise sur sa personne de profonds ressentiments, les plafonds de verre et le problème de la compétence pour le Rassemblement National / Front National, le profond discrédit dans lequel est tombé le Paris socialiste, le manque d’ancrage militant et les ambiguïtés programmatiques pour les écologistes d’EELV.

Pour Francis Daspe, La France Insoumise possède des atouts non négligeables. « Une possibilité s’offre pour réaliser les grands changements politiques attendus par une partie de la population ». Une liste de ces principaux atouts est établie : la stratégie de fédérer le peuple ou de fédération populaire qui a fait ses preuves en 2017 et qui vise à dépasser les logiques appareils et l’arithmétique des cartels, l’existence et l’émergence d’une perspective majoritaire enfin réalisable, le fait que La France Insoumise dispose d’une réelle résonance au sein de la population, la crédibilité de son programme « L’Avenir en commun ». « Pour toutes ces raisons, la réalisation de cette révolution citoyenne est à portée de main pour 2022. Elle passe par la définition d’une stratégie s’appuyant sur la restitution au peuple de sa souveraineté ».

Cet ouvrage vise à alimenter la réflexion collective en contribuant au débat public. Il suscite des pistes pour passer du « que faire ? » au « comment le faire ? ». « Cette opération est certes complexe mais éminemment nécessaire si l’on veut parvenir à l’objectif de renverser la Table », précisait Francis Daspe qui se risque dans cette perspective à quelques anticipations d’une situation encore confuse ne demandant qu’à se décanter.

Tagué , , , , , , , ,