LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 128 SEPTEMBRE / OCTOBRE 2017

Sommaire du numéro 128 

  • Editorial de Francis DASPE : « L’AGAUREPS-Prométhée, au cœur d’une rentrée agitée» page 2
  • Chroniques de François COCQ : « Quousque tandem Macron ?» page 3
  • Texte de François COCQ : « Sénatoriales : le cynisme macroniste pour mettre en pièce les collectivités» page 5
  • Tribune de Francis DASPE : « La Maternelle, levier pour l’égalité et l’émancipation» page 8
  • Communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée : « Drôle de Robin Macron » page 10
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2017 page 11

 

 

L’AGAUREPS-Prométhée, au cœur d’une rentrée agitée

L’AGAUREPS-Prométhée a tenue son assemblée générale annuelle vendredi 24 août à Marseille. Le bilan d’activité a mis en évidence la présence significative de notre association dans le débat public. Le nombre élevé de diffusion dans la presse de tribunes, la variété des prises de position par l’intermédiaire de communiqués, la qualité des Lettres du mois qui restent une vitrine de choix, la multiplication et la réussite des réunions publiques sont autant d’éléments parmi d’autres qui en attestent. L’AGAUREPS-Prométhée participe pleinement au combat pour l’hégémonie culturelle, conformément à sa raison d’être.

Des propositions en termes d’organisation et d’animation ont été faites à cette occasion. Elles verront le jour prochainement. Des délégués territoriaux seront mandatés, avec un rôle d’animation, de développement, d’identification et de représentation de l’AGAUREPS-Prométhée sur le territoire concerné. De nouveaux modes de communication sont en projet. C’est ainsi que le format de cette Lettre sera amené à évoluer d’ici les prochains mois.

L’AGAUREPS-Prométhée continue à s’adapter aux réalités politiques afin de s’inscrire toujours davantage comme acteur du débat public. Il s’agit bien évidemment de prendre en compte le travail effectué depuis 15 ans. Car l’AGAUREPS-Prométhée pourrait célébrer en ce mois de septembre son quinzième anniversaire. Trois quinquennats d’existence en réalité, avec des politiques bien souvent similaires dans la casse du pacte républicain et social issu de deux siècles de combats.

L’AGAUREPS-Prométhée a fait le choix de fêté son anniversaire différemment des traditionnelles coutumes en usage pour ce genre d’événement. Nous avons décidé d’être au cœur d’une rentrée qui s’annonce particulièrement agitée. Le macronisme est déjà déclinant. La crise de régime s’intensifie. La rentrée scolaire se réalise dans de mauvaises conditions. Des manifestations sont prévues contre le coup d’état social que s’apprête à perpétrer la majorité autour du Président de la République et du gouvernement. L’AGAUREPS-Prométhée s’inscrit dans la double mobilisation à la manifestation syndicale de mardi 12 septembre et au rassemblement contre le coup d’état social à Paris le samedi 23 septembre à l’initiative de La France Insoumise.

N’y a-t-il pas de plus stimulante célébration d’anniversaire que d’être dans le tourbillon des luttes d’intérêt général ? C’est en tout l’ADN de l’AGAUREPS-Prométhée. Et elle y tient comme à la prunelle des yeux !

Francis DASPE  03 / 09 / 2017

 

 

 

 

 

Quousque tandem Macron ?

Il s’agit d’une chronique hebdomadaire de François COCQ publiée chaque vendredi dans le journal en ligne « L’heure du peuple » : https://heuredupeuple.fr/quousque-tandem-macron/ 

Elle est également disponible sur son blog : https://francoiscocq.fr/2017/08/16/quousque-tandem-macron/#more-3717

 

Quousque tandem abutere, Macron patientia nostra ? Jusqu’à quand vas-tu, Macron, abuser de notre patience ?

Clin d’œil de l’Histoire, c’est au temple de Jupiter Stator en – 63 que Cicéron ouvrit par ces mots, au personnage près, la première de ses catilinaires.

De nos jours, un été et 100 jours auront suffi pour que se déchire le voile qui enveloppait l’illusion macroniste. Non que les plus avertis aient eu le moindre doute. Mais force est de constater que Macron était parvenu à capitaliser suffisamment sur son nom pour se voir propulsé à l’Elysée signe que, de bonne foi, beaucoup, à défaut d’adhésion à son programme, ont consenti à lui laisser le bénéficie du doute.

Six semaines de session parlementaire auront donc eu raison de la bienveillance de ceux-là : le code du travail est passé à la moulinette libérale, l’état d’urgence va s’inscrire dans le droit commun, les collectivités territoriales vont être ponctionnées comme jamais tandis que les aides au logement vont se voir rabotées et que les fonctionnaires sont une fois encore mis à la diète avec le gel du point d’indice et le retour du jour de carence.

Que l’on prenne soin de regarder de près qui est touché par ces mesures : le code du travail organise la vie de 18 millions de salariés, 5,5 millions de fonctionnaires sont dans le viseur, l’ordre et la justice régissent les règles de vie en société de 65 millions de personnes, le service public local est nécessaire au bien-vivre de chacun-e …

 

La politique d’Emmanuel Macron n’est donc pas simplement une politique du moins-disant social  même s’il est d’évidence qu’elle reporte l’effort sur les plus fragiles. Elle se caractérise d’abord par la remise en cause des équilibres globaux et la déstructuration générale qu’elle engendre du quotidien de la grande majorité : Macron devient partout et pour tous un facteur de désordre social.

Ajoutez-y le front ouvert avec l’armée et mesurez le trouble suscité en chacun de nous par le chef de l’Etat dès lors qu’apparaît une dissension entre l’exécutif et l’outil de la sûreté et de l’indépendance de notre pays.

 

Un tel sentiment collectif d’insécurité pèse dès lors que Macron a été élu en surfant sur la vague dégagiste qui a balayé la vieille classe politique. Les partis historiques du système avaient autrefois vocation de représentation populaire majoritaire, et pour tout dire ils y gagnaient ainsi leur légitimité. Depuis, le PS n’est plus, ou si peu, et l’UMP a abandonné dans la présidentielle sa capacité à regrouper au-delà du cercle traditionnel de la droite bourgeoise. Macron et les siens semblaient donc devoir reprendre le flambeau. Or il n’en est rien. En quelques semaines à peine, Macron s’est « hollandisé » comme en attestent les études d’opinion estivales. Les deux mois qui viennent de s’écouler traduisent sinon la rupture, puisqu’il n’y avait pas adhésion, mais au moins l’éloignement du peuple du projet et de la méthode macronistes.

Les conséquences en sont multiples et j’y reviendrai dans cette chronique les semaines à venir : basculement du Président en tant que facteur d’instabilité, défaut de représentation populaire par l’exécutif et le corps législatif majoritaire, apparition de larges systèmes d’équivalence dans le rejet macroniste, isolement de celui tout juste élu sous la bannière du rassemblement…

 

Jusqu’à quand Macron peut-il prétendre abuser dans ces conditions de la patience populaire ? L’avenir nous le dira mais il n’est pas écrit que, cette fois, le glaive institutionnel de la Vème République suffise à résister aux conditions inédites qui s’ouvrent devant nous.

François COCQ  16 / 08 /2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sénatoriales : le cynisme macroniste pour mettre en pièces les collectivités

https://francoiscocq.fr/2017/08/07/senatoriales-le-cynisme-macroniste-pour-mettre-en-pieces-les-collectivites/#more-3712

 

J’avoue être d’abord resté coi devant le nouveau coup fourré d’Emmanuel Macron contre les territoires : 300 millions d’euros de dotations aux collectivités pour la fin de l’année 2017 annulés en douce d’un trait de plume présidentiel le 20 juillet dernier. Et il est heureux que le journal Libération s’en soit aperçu le 1° août faute de quoi la pratique financière élyséenne aurait eu des airs de fraude budgétaire sur le dos des collectivités !

Alors bien sûr j’ai pensé prendre le clavier pour mettre en évidence la méthode détestable qui est celle employée par Emmanuel Macron : trois jours avant cette coupe claire, lors de la conférence des territoires qu’il avait convoquée au Sénat, Emmanuel Macron s’était en effet engagé devant les associations d’élus à ne pas baisser brutalement les dotations aux collectivités pour 2018. Cynique, il s’est donc empressé de raboter dans leur dos les dotations pour… 2017.

Bien sûr j’ai aussi pensé évoquer le mépris qui suinte du service après vente gouvernemental comme lorsque le ministère de la cohésion des territoires a ainsi tenté de justifier que « les programmations 2018 permettront de revenir sur les opérations qui seraient ainsi décalées. » Sauf que voilà, en 2018 et les années suivantes, cela va aussi être ceinture. Car le 17 juillet, Emmanuel Macron a aussi surclassé ses promesses de campagne, faisant passer l’anémie budgétaire des collectivités de 10 à 13 milliards ! Une fois élu, le suzerain ne se refuse rien tant que c’est sur le dos de ses sujets : 3 Mds de restrictions supplémentaires ont ainsi été impérieusement décrétés.

Bien sûr j’ai pensé mettre en lumière la continuité libérale dans laquelle s’inscrit Emmanuel Macron, lui qui, lorsqu’il était ministre de l’économie et des finances de François Hollande, s’était attaché à mettre scrupuleusement en œuvre la seconde vague (2014-2017) de la saignée des collectivités locales. Constat est établi qu’une fois aux manettes, Macron copie-colle la politique de celui-ci. En pire.

 

Bien sûr, bien sûr, bien sûr… Mais chemin faisant, une interrogation m’a assailli. Quelle mouche pique Emmanuel Macron pour se jeter de la sorte à l’assaut des territoires à deux mois d’élections sénatoriales dont le Président avait initialement fait un enjeu électoral pour s’implanter dans la chambre haute et renforcer ainsi la main qui est la sienne sur le Parlement ?

C’est que l’installation de LREM s’avère plus compliquée que prévue. La déferlante macroniste des législatives a laissé place à l’incurie parlementaire des siens. Les orientations ministérielles ont révélé le retour du libéralisme le plus échevelé. Et les doutes sur l’exercice de la présidence jupitérienne après notamment l’épisode des armées, ont fragilisé jusqu’à sa sainteté elle-même qui dégringole dans les sondages au point de se hollandiser avant l’heure.

Sur le terrain, dans les collectivités, le doute s’est déjà installé. Ceux qui hier encore s’apprêtaient à rallier le camp présidentiel par opportunisme sont saisis d’un doute. Et si tout cela n’était que feu de paille ? Macron mérite-t-il de lâcher la proie pour l’ombre ? Que ceux-là en soient amenés à se poser la question témoigne de l’essoufflement de la vague d’entraînement macroniste.

Pire : la désillusion se matérialise. Voyez la mairie de Fresnes dans le Val-de-Marne, où le député macroniste Jean-Jacques Bridey a voulu passer la main à l’une de ses affidées…avant d’être mis en minorité lors du conseil municipal d’investiture. Voyez aussi la difficulté pour LREM à présenter candidats et listes aux sénatoriales : 170 candidat-e-s sont nécessaires mais le parti peine pour l’instant à en annoncer plus de 45. Et les alliés de circonstance d’hier, Modem ou RDSE, pourtant bien pourvus en ministères lors de la gratification présidentielle, reprennent leur indépendance pour s’assurer dans nombre de départements des élu-e-s sous leurs propres couleurs. D’une trentaine de sénateurs aujourd’hui, le groupe LREM pourrait au mieux atteindre une cinquantaine d’élus : tout sauf une percée pour celui qui sur son nom s’est offert une majorité absolue écrasante à l’Assemblée il y a un mois et demi.

Bref, tout porte à croire que les sénatoriales ne seront pas l’étape d’enracinement dans le pays telle qu’Emmanuel Macron la souhaitait et la prévoyait hier encore. Mais celui-ci est trop fin tacticien pour ne pas prendre la mesure de ce ressac. Il est également trop cynique pour ne pas tenter de s’en extirper à tout prix. Par-delà les commentaires qui ne manquent pas d’apparaître sur le retour de l’austérité  ou sur le fait du prince imposé à ses vassaux, c’est donc sans doute tout autant à l’aune des sénatoriales qu’il faut lire le tir de barrage engagé par Macron contre les collectivités durant l’été : puisque les sénatoriales ne peuvent pas représenter une étape supplémentaire de conquête macroniste, celui-là joue la politique de la terre brûlée pour mieux pouvoir se soustraire au résultat du 24 septembre.

 

La recette a certes un goût de réchauffé mais elle est efficace : au soir du vote, tout ce qui n’est pas LREM pourra être taxé de conservatisme face au « principe de réalité » incarné par la macronie. Vent debout contre la baisse des dotations annoncée, les élu-e-s locaux de tous bords seront renvoyés au vieux-monde qui défendrait ses intérêts particuliers quand Macron et les siens incarneraient le renouveau en osant eux enfin assumer le rétablissement de l’équilibre budgétaire, fût-ce au prix du démantèlement du service-public, des usagers qui subissent les restrictions d’accès ou de prestations, et des agents publics qui se mettent en quatre pour préserver les apparences au prix de leur bien être et de leur santé. Une fois encore, Macron voudrait donc jouer à fronts renversés : être sous couvert de modernité le vecteur de l’orthodoxie budgétaire du vieux modèle bruxellois qui s’effondre, se faire le dépositaire de l’intérêt général, quand au contraire sa politique propage le désordre social jusqu’aux échelons les plus proches de nos concitoyens.

Il sera demain d’autant plus aisé pour le Président Macron de pousser au démantèlement de l’architecture institutionnelle républicaine qui organise notre pays qu’il aura ainsi commencé à en délégitimer tous les échelons. Qui ne l’a pas entendu annoncer voilà s’attaquer aux départements, en commençant par ceux de petite couronne : Sarkozy l’avait rêvé, Valls l’avait tenté, Macron s’y essaie. Chantre des métropoles comme il ne cesse de le rappeler, Macron n’a par ailleurs retardé que d’un an l’assaut qu’il lance contre les communes avec la suppression de la taxe d’habitation, asséchant encore un peu plus celles-ci en termes de ressources propres. La saillie budgétaire macroniste et son justificatif électoraliste préparent de fait une offensive d’une toute autre ampleur contre le cadre républicain.

L’astuce sonne pourtant déjà comme un aveu d’impuissance. Car en adoptant une telle stratégie, Emmanuel Macron cimente l’opposition contre lui. Il acte ainsi à son corps défendant le glissement en trois mois à peine d’une orientation de rassemblement sous son manteau des grandes familles politiques françaises telle que fût sa campagne présidentielle, à une dimension d’affrontement de seul contre tous telle que le laisse augurer le lancement de sa campagne pour les sénatoriales. Prenons soin de constater que ce n’est pas rien : l’arrimage d’une politique, surtout quand comme c’est le cas avec LREM elle est le fait d’une incarnation omnipotente, tient sa solidité de sa capacité à homogénéiser l’espace autour d’elle. Enfermé dans le jeu électoraliste faute d’avoir voulu remettre à place l’assemblage institutionnel de notre pays, Emmanuel Macron se laisse prendre au piège de devenir un facteur d’homogénéisation mais cette fois à son encontre. C’est ainsi toute la réflexion politique qui a structuré la conquête du pouvoir macroniste qui vole en éclats.

Ces sénatoriales prennent ainsi tout à coup un intérêt qu’en lui-même le scrutin indirect de la chambre haute ne pouvait laisser augurer.

François COCQ 07 / 08 / 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Maternelle, levier pour l’égalité et l’émancipation  

Cette tribune, parue le 28 août 2017, est disponible sur le site de Marianne.

https://www.marianne.net/debattons/tribunes/la-maternelle-levier-pour-l-egalite-et-l-emancipation  

 

L’école maternelle illustre de manière éclatante l’insuffisance de vision globale et sa non inscription dans un projet de société, deux conditions indispensables pour instituer un système éducatif fondé sur le progrès humain. En dépit des déclarations d’intention tentant d’affirmer son rôle essentiel, elle reste la grande oubliée.

 

La maternelle s’inscrit pleinement dans le processus d’acquisition au long cours des savoirs. Cette étape ne saurait donc être négligée. Il y a pourtant un paradoxe absolu : l’école maternelle ne fait pas partie de la scolarité obligatoire. Ce qui serait important pourrait-il ne pas être obligatoire ? C’est le sens de la proposition de rendre la scolarité obligatoire à partir de l’âge de 3 ans. La maternelle favorise puissamment les conditions de réussite d’une scolarité ultérieure. Les familles doivent pouvoir faire valoir le droit de l’enfant à être accueilli dès l’âge de 3 ans.

 

Il faut également en finir avec le flou de la scolarisation de ces âges, avec notamment la porosité entre les rôles de l’accueil pré-élémentaire et l’école maternelle. Il en va de même avec les activités périscolaires qui ont brouillé les repères de tous les acteurs avec la réforme des rythmes scolaires des gouvernements précédents. Il s’agira également de favoriser la scolarisation des 2 à 3 ans. La situation est dramatique, plus particulièrement dans les départements les plus populaires là où la scolarisation des enfants de 2 ans aurait le plus de sens.

 

L’école maternelle doit s’intégrer également pleinement dans le cadre d’un projet de société affirmé. Les enjeux pédagogiques s’y télescopent avec les enjeux sociaux et politiques.

 

La qualification des personnels non enseignants de la maternelle est une ardente priorité. Il se trouve là une trappe à précarité contre laquelle il faut agir. Il en va également de l’émancipation concrète des femmes. Dans ce but, pour les touts petits, un service public de la petite enfance garantissant la pluralité des choix pour les parents constitue un impératif. Ce service public ne sera pas un accueil pré-école maternelle : chaque âge doit préserver sa spécificité. Le maintien d’un réseau d’écoles maternelles va de pair avec la préservation de la vitalité et de l’attractivité des territoires ruraux : la réforme territoriale allant dans le sens de la métropolisation a tendance à aggraver la situation. C’est un domaine où la marchandisation a pu avancer plus que de raison, avec les sollicitations liées aux projets d’animations dans le cadre scolaire ou les activités périscolaires. C’est ici que commence le combat pour la gratuité absolue du champ scolaire pour les familles.

 

La maternelle doit faire l’objet d’une réflexion globale en lien avec le projet de société que l’on entend instaurer. C’est ce projet de société qui doit lui assigner ses missions. Elle aura dans ce cadre à prendre toute sa place pour favoriser les principes d’égalité et d’émancipation. La maternelle ne se résume décidément pas à changer les couches comme l’avait indiqué en son temps le ministre Xavier Darcos…

Francis DASPE   28 / 08 / 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Drôle de « Robin Macron »…

Il s’agit d’un communiqué de presse de l’AGAUREPS-Prométhée d’août 2017.

 

L’AGAUREPS-Prométhée dénonce l’asymétrie de la politique sociale de la nouvelle majorité de « La République en marche ». Le Président de la République Emmanuel Macron se transforme en « Robin des bois inversé ». Il prend l’argent des plus pauvres pour le redistribuer aux plus riches.

 

Jugez-en plutôt. D’un côté, baisse des APL (aides personnalisées au logement) et augmentation de la CSG (contribution sociale généralisée) au détriment des plus modestes. De l’autre côté, suppression de l’ISF (impôt sur la fortune), multiplication des cadeaux fiscaux, reconductions du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) et du pacte de responsabilité au bénéfice des plus nantis.

 

Après la destruction programmée du code du travail, Emmanuel Macron et consort s’attaqueront demain à la sécurité sociale et à la retraite. Détruire les acquis sociaux, voilà la seule chose que ces libéraux  au service  de la commission Européenne, de la finance, des banquiers et du patronat s’acharnent à faire méthodiquement.

 

L’AGAUREPS-Prométhée s’indigne d’une telle politique de classe décomplexée, indigne d’un président de la République supposé être garant de l’intérêt général et de la cohésion nationale. Décidément, « Robin Macron » ne court pas dans les bois… Alors, donnons-lui rendez-vous dans la rue le mardi 12 septembre 2017 et le samedi 23 septembre 2017 !

Publicités
Tagué , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 127 MAI / JUIN 2017

AgaurepsJPEGHQ

Sommaire du numéro 127 : Spécial élections

  • Editorial de Francis DASPE : « Macron, entre Bonaparte et Giscard» page 2
  • Chroniques de François COCQ page 3
  • Tribune de Francis DASPE : « Les Indiana Jones de gauche, à la recherche de centralités perdues» page 10
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2017 page 12

 

 

Macron, entre Bonaparte et Giscard   

Lénine avait raison quand il affirmait que la guerre est un accélérateur de l’Histoire. A leur niveau et dans leur domaine, les élections en constituent indiscutablement elles aussi un, qu’il convient cependant de ne pas confondre avec le tourbillon auquel nous avons dû faire face depuis plus d’un an.

La séquence électorale désormais terminée, le moment du bilan, avec la nécessaire prise de distance et l’indispensable recul, s’impose. Souvenons-nous à quel point les résultats furent annoncés avec certitude à plusieurs reprises. Il y a deux de cela, chacun devait s’apprêter à revivre le duel de 2012 sur le mode de la revanche entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, que seule Marine Le Pen pouvait troubler ; un an plus tard, le palais de l’Elysée était promis à Alain Juppé qui apporterait comme par enchantement confiance et apaisement au pays. Trois mois après, l’élection était présentée comme une formalité au bénéfice de François Fillon, alors qu’à gauche la déconfiture du président de la République sortant ouvrait un boulevard à Manuel Valls.

 

Rien de tout cela n’est arrivé. Emmanuel Macron a profité d’un incroyable concours de circonstances pour coiffer tout le monde sur le poteau final. Il est devenu le plan B passe-partout. La défaite d’Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre lui a offert le soutien des centristes. Les déboires judiciaires de François Fillon ont conduit un nombre significatif des forces oligarchiques à considérer que le ralliement à Emmanuel Macron, déjà encouragé par le Medef, offrait davantage de garantie pour le succès de la « contre-révolution thatchérienne » qu’elles appellent de leurs vœux. La victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste a déclenché une vague migratoire d’ampleur de socio-libéraux décomplexés qui ont soutenu, officiellement ou clandestinement selon les stratégies individuelles, Emmanuel Macron. Ce dernier a également bénéficié de manière indirecte d’un autre plan B : celui de ceux qui considéraient comme le plus grand danger une éventuelle victoire de Jean-Luc Mélenchon. Ils ont préféré favoriser la qualification pour le second tour de Marine Le Pen. C’était faire d’une pierre deux coups : éliminer Jean-Luc Mélenchon, garantir la victoire d’Emmanuel Macron dans un duel au final déséquilibré.

 

Tant de circonstances imprévues favorables pour quelqu’un sorti de nulle part pour le grand public (en réalité il avait le soutien de moins en moins occulte de l’oligarchie raisonnable du CAC 40) renvoient à assimiler cette victoire mystificatrice à la geste de l’aventurier Bonaporte. Mais comme sous Bonaparte perçait déjà Napoléon, l’élu Emmanuel Macron laissa très vite apparaître Jupiter que les institutions monarchiques (ou impériales) de la V° République aident à dévoiler les tendances lourdes. Les promesses de renouvellement et de transformation ne se réaliseront pas, accroissant la déception citoyenne et les envies de dégagisme ambiant.

Alors le président jupitérien descendra de son Olympe (ou plus exactement passera du Capitole à la roche Tarpéienne citoyenne) pour finir comme Valéry Giscard d’Estaing. Contre l’ambition de jupitérisation, la réalité de la giscardisation, voilà en quoi pourrait bien se résumer le quinquennat qui s’ouvre.

Francis DASPE 03 / 07 / 2017

 

 

 

 

 

Chroniques de François COCQ

Ces textes sont en ligne sur le blog de François COCQ :

https://francoiscocq.fr/

 

 

 

Texte 1: La macronite, maladie infectieuse de la démocratie

Le 20 juin 2017

https://francoiscocq.fr/2017/06/20/la-macronite-maladie-infectieuse-de-la-democratie/

Il aura suffi d’un mois à M. Macron pour plonger le pays dans la grève civique. 57,4% au niveau national, 70 % dans certaines circonscriptions, jusqu’à 88% chez les français de l’étranger, la démocratie vire au drame quand elle se parodie. La question n’est alors pas celle de la légitimité des députés, ils sont arrivés devant leurs adversaires, mais du pouvoir qui leur est conféré.

 

L’onction du suffrage universel valait jusqu’à présent légitimité. Et à défaut de scrutins à la proportionnelle, il fallait se résoudre à ce que le fait majoritaire ne soit que l’émanation d’un second tour. Ainsi, LREM de M. Macron draine 53,4% des sièges avec ses 308 députés quand à l’inverse la France insoumise doit se contenter avec ses 17 élu-e-s de moins de 3% des sièges avec pourtant 11% des suffrages récoltés lors du 1er tour. Je suis donc en désaccord mais comme ce n’est pas là l’objet de mon propos, passons car nous aurons l’occasion d’y revenir.

Il faut donc en l’état accepter l’idée que peut être élu-e au second tour un-e député qui a récolté plus de 50% des exprimés quitte à ce que ce total soit inférieur à 50% des inscrits et que le fait majoritaire fût-il indirect ne soit donc pas vérifié. La participation globale elle-même ne repose plus sur le fait majoritaire. En 2012, l’abstention avait grimpé jusqu’à 46%. Elle passe cette fois la barre des 50% pour se porter à 57%. Un accroissement de près de 25% de l’abstention en à peine 5 ans ! L’abandon du fait majoritaire n’est donc pas un détail que l’on demande alors au citoyen en termes de consentement.

 

Car « légitime » est emprunté au latin legitimus, « établi par la loi », « conforme aux règles ». Or en République française rousseauiste, la loi est l’expression de la volonté générale. C’est donc un nombre toujours plus petit qui incarnerait la volonté générale. Le hiatus entre fait majoritaire et volonté générale est patent.

Dimanche dernier, la plupart des députés a été élu au second tour en ayant reçu l’appui au 1er tour de 15% des inscrits et au second d’à peine plus de 20% de ceux-ci. Que peut-il donc bien rester alors de ce consentement quand on s’éloigne d’autant de la barre de la majorité des inscrits ? Quelle est la légitimité du pouvoir qui leur est conféré. Et pourquoi ce reflux civique ?

 

L’inversion du calendrier entre la présidentielle et la législative a largement contribué à dévitaliser l’exercice démocratique du second. Mais jusqu’à présent il prenait appui, qu’on en soit d’accord ou non, et je ne le suis pas, sur la validation de la présidentielle. Sauf que désormais celle-ci est amputée de son second tour : les constructions politico-médiatiques qui s’organisent avec le FN comme chien de garde annihilent tout l’enjeu du second tour de la présidentielle. Tout se joue alors au 1er tour… où il ne saurait être question d’établir un fait majoritaire mais de poser un acte hiérarchique. La politique spectacle, primaires à l’appui, a transformé la politique en compétition électorale. L’objet n’est plus ni la volonté générale, ni le fait majoritaire, mais la logique partisane.

 

La politique de M. Macron a quant à elle fait fuir du champ civique nombre de ceux qui y étaient revenus à l’occasion de la présidentielle : résignation devant sa politique de casse sociale et écologique, dégoût devant la perpétuation des magouilles politico-financières, dépit devant le recyclage du vieux personnel politique grossièrement remaquillé.

Quant à la soumission à injonction médiatique de soutenir celui-là, elle a annihilé la capacité collective de résistance. Construite dès l’entre-deux tours de la présidentielle, prolongée ensuite par une hagiographie macroniste, elle a vu le déferlement médiatique se saisir de la « nécessité » de donner au Président une majorité. Quel singulier paradoxe qu’au moment où le fait majoritaire disparaît justement du champ politique il ait encore servi d’alibi pour conférer le pouvoir à celui qui remodèle la démocratie en y évinçant l’idée de volonté générale.

 

La macronite est une maladie infectieuse de la démocratie. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés…

 

 

 

 

 

Texte 2: Du calendrier des affaires et de l’usurpation démocratique

Le 21 juin 2017

https://francoiscocq.fr/2017/06/21/du-calendrier-des-affaires-et-de-lusurpation-democratique/

 Macron est bien comme les autres. Il aura laissé passer les élections pour que la crise larvée qui touchait depuis des semaines les membres de son gouvernement éclate au grand jour. Goulard, Bayrou, De Sarnez, Ferrand et désormais Pénicaud, emportés ou en passe de l’être. Et pendant que M. Macron protégeait ceux-là, il s’est construit une majorité absolue sur la base d’une tromperie flagrante des électeurs. Que ces affaires là n’ont-elles pas eu de conséquences plus tôt ? La composition de l’Assemblée en eut-été modifiée. Et qui sait, la majorité absolue peut-être se serait-elle-même envolée…

 

Le calendrier en soi est un révélateur de la façon de faire du Président. Celui-là a compris qu’il fallait maîtriser les temporalités en politique. Mais c’est pour mieux reproduire les maquillages à l’ancienne. M. Macron a verrouillé la communication sur les affaires politico-judiciaires jusqu’au soir du 2nd tour : « présomption d’innocence » ânonnait-il. Lundi matin, le 1er ministre Edouard Philippe clamait encore sur les ondes, lors du service après-vente électoral, qu’il n’y avait « aucun problème » avec M. Bayrou !

Une heure après Mme Goulard démissionnait pourtant du ministère de la Défense. On était entré dans la phase d’après. Le lendemain, c’était au tour de François Bayrou de quitter le ministère de la justice et de Marielle de Sarnez de suivre la course folle de ce gouvernement. Avant Richard Ferrand ce soir et Mme Pénicaud demain, elle aussi visée par une affaire judiciaire directement liée au Président.

 

Que personne ne vienne repeindre le tableau en exonérant M. Macron de sa responsabilité, voire en le félicitant pour ces évictions : M. Macron est en première ligne. C’est lui qui avait retardé l’annonce de la composition de son gouvernement de 24h au mois de mai pour des « vérifications » de probité. Le résultat est là : les « vérifications  » étaient un artifice, ce gouvernement est pire que les précédents. Le contrat individuel de probité revendiqué par M. Macron et décliné dans son ersatz de loi sur la moralisation de la vie publique a volé en éclat : comme en matière de droit du travail, ce n’est pas le contrat qui protège, c’est la loi qui prévient des abus. La méthode Macron, si tant est qu’elle ait eu vocation à être autre chose qu’une stratégie de communication, est un échec absolu.

Mais la falsification macronienne ne s’arrête pas là : M. Macron recycle ceux qui sont mouillés dans les affaires politico-judiciaires comme il recycle les anciens du PS ou de LR.  Son bras droit Richard Ferrand ne serait ainsi plus assez vertueux pour être ministre et sera donc exfiltré ce soir lors du remaniement ministériel. Mais M. Macron l’impose par contre à la tête du groupe des députés de La République en marche. La représentation parlementaire serait-elle à ce point un objet politique de seconde zone dans la tête du Président pour que ce qui était incommodant au gouvernement redevienne indispensable à l’Assemblée ? Mépris ostensible pour la représentation parlementaire et pour les députés LREM qu’il a fait élire dont il veut faire des godillots. Ceux-là seront d’ailleurs jugés sur leur autonomie, et attachement au renouvellement des pratiques par leur capacité de refuser de mettre ou non M. Ferrand à leur tête.

 

Les mauvaises manières présidentielles inspirent au-delà et se diffusent. Instruite de cet exemple, Mme De Sarnez  emboîte le pas de M. Ferrand et prétend faire de même. Elle qui juge sa situation intenable au ministère se projette sans ciller à la tête du groupe parlementaire Modem. M. Macron par sa pratique irrigue l’ensemble de la vie politique avec de l’eau souillée.

C’est donc l’ensemble du processus électoral que M. Macron a détourné : il s’est construit une majorité grâce à la sourdine apposée depuis l’Elysée sur les affaires. Qu’on se le dise quand on sait que nombre de circonscriptions se sont jouées à quelques centaines de voix. Puis il travestit le sens du vote de celles et ceux qui, en toute bonne foi, se sont portés sur les candidats de son parti en espérant le renouvellement : ceux-là voient les députés qu’ils ont élus être mis sous la coupe d’un et d’une président-e de groupe que le scandale a chassé du gouvernement.

A défaut d’adhésion à son projet, force est de constater que d’élection en élection, M. Macron est passé maître dans l’art de la manipulation.

 

 

Texte 3: Valls, De Rugy : quand les perdants du PS se transforment en idiots utiles de la macronie

Le 27 juin 2017

https://francoiscocq.fr/2017/06/27/valls-de-rugy-quand-les-perdants-du-ps-se-transforment-en-idiots-utiles-de-la-macronie/

 

Coup double dans la même journée : avec Valls et De Rugy, la République en marche ! (LREM) se nourrit des restes de la primaire du PS. Prime aux perdants pour prétendre faire du neuf avec du vieux. Mais surtout recyclage de cautions de « gôche » suffisamment affaiblies et compatibles pour ne pas risquer de faire contrepoids à la politique de casse sociale et écologique de M. Macron.

 

Il y a d’abord eu Manuel Valls qui, dans un tango à deux temps avec le pouvoir en place, annonçait ce matin qu’il quittait le PS avant de se voir dans la foulée adoubé par le groupe LREM en tant que député apparenté. Puis, sans coup férir, François De Rugy a été sorti du chapeau par M. Macron pour prendre la présidence de l’Assemblée nationale.

 

Macron raconte une histoire mais il faut lire entre les lignes : si après Richard Ferrand à la tête du groupe parlementaire LREM et avec François De Rugy au perchoir il donne aujourd’hui aux ex-du PS et affidés les clefs du Parlement, il a auparavant laissé le volant du gouvernement à la droite avec Edouard Philippe à Matignon, Bruno Lemaire à Bercy et Gérald Darmanin à l’action et aux comptes publics. Or il n’y a là aucun équilibre politique comme M. Macron voudrait nous le faire croire dès lors que la pratique politique, et la loi d’habilitation sur les ordonnances qui sera présentée demain en atteste,  fait de l’exécutif le seul dépositaire de l’action publique.

 

Le Président peut bien recaser au Parlement des cautions de « gôche », ceux-là ne sont rien d’autres que des idiots utiles de la macronie. Dans la primaire, ils ouvraient la voie au glissement de l’opinion et des idées vers le libéralisme financier de M. Macron. Après la primaire, ils lui servaient de marche-pied pour lui permettre de remporter l’élection. Ils en sont aujourd’hui remerciés en étant recasés dans la sphère de la macronie pour être un contrepoids futile à la politique libérale de l’exécutif.

 

L’épisode est par ailleurs révélateur, après le 1er acte de samedi pour l’élection du président de groupe, de la soumission des députés macronistes à leur Président : ceux-là juraient leurs grands dieux que jamais au grand jamais ils ne serviraient à blanchir politiquement le linge sale d’hier : ils acceptent comme un des leurs l’ancien Premier ministre. Quant à leur liberté de parole et d’action, après que pas un d’entre eux n’ait osé s’élever ce week-end contre la candidature de Richard Ferrand à la tête de leur groupe, ils acceptent pareillement et docilement François de Rugy, l’homme des combines politicardes du dernier quinquennat entre EELV et le PS, à la tête de l’Assemblée. Avec les députés Macron aux ordres, le royaume de la combine est décidément bien gardé.

 

L’histoire ne serait pas close si l’on ne constatait que les commentateurs et les petits politiques qui hier s’époumonaient à vouloir faire passer tout le monde par la moulinette de la primaire du PS s’érigent encore en donneurs de leçon au nom de « l’UUUnité ». Benhamias, Pinel, De Rugy, Valls, la primaire du PS sert encore aujourd’hui à nourrir la bête Macron après lui avoir permis de remporter la présidentielle. Et encore, il paraît que Benoît Hamon l’a gagnée…

 

 

 

 

 

Texte 4: Hamon à contretemps

Le 02 juillet 2017

https://francoiscocq.fr/2017/07/02/hamon-a-contretemps/

 

Benoît Hamon vient de quitter le PS pour mieux lancer son mouvement du 1er juillet. Que ne l’a-t-il pas fait plus tôt ? La présidentielle en eût été changée. Que ne le fait-il pas plus tard ? La refondation politique n’interfèrerait pas avec la mobilisation sociale. A agir de la sorte à contretemps, Benoît Hamon en est réduit à susciter un tsunami dans un verre d’eau.

 

Manuel Valls hors du PS, on aurait pu croire que Benoît Hamon et les siens se lanceraient dans le ré-ancrage du PS dans les fondements progressistes et humanistes qui ont pu être les siens. C’est pourtant le moment que Benoît Hamon a choisi pour, à la suite de l’ancien premier ministre, claquer à son tour la porte du parti. Ainsi donc, Benoît Hamon reconnaît aujourd’hui que Manuel Valls n’est pas la question : c’est le PS lui-même qui est un frein à la refondation.

Que chacun-e imagine ce qui se serait produit si Benoît Hamon avait assumé une telle analyse il y a tout juste trois mois ! L’élection présidentielle en eût été changée. Alors même que le désaveu populaire à l’encontre du PS était acté début avril, Jean-Luc Mélenchon aurait alors avec l’appui de Benoît Hamon atteint mécaniquement le second tour de l’élection présidentielle. Et il est à parier que nous aurions de la sorte évité la présidence Macron et les ravages sociaux et écologiques qu’elle charrie. Anachronique, Benoît Hamon a raté le rendez-vous qui pouvait porter l’humanisme émancipateur au pouvoir.

 

Benoît Hamon a pareillement laissé filer les législatives. En maintenant un semblant de perspective refondatrice au sein du PS, il a contribué à permettre l’élection d’un groupe dont il acte aujourd’hui l’inefficience au regard des objectifs qu’il entend porter. Est-ce à dire que c’est l’échec électoral du courant Hamon, et de Benoît Hamon lui-même, pris en tant que partie du PS, qui l’a conduit à l’analyse qu’il nous livre aujourd’hui ? Ce serait de sa part faire preuve de beaucoup d’opportunisme…manqué. Ou le laisser-faire de Benoît Hamon aurait-il participé d’une volonté d’affaiblir le mouvement porteur de l’aspiration populaire, la France Insoumise ? Ce serait renouveler l’erreur de la présidentielle et en faire une faute.

Le 1er juillet, Benoît Hamon réunissait pourtant autour de lui les appareils du PCF, d’EELV, du MRC, pour lancer son mouvement. Aux contours explicitement délimités puisqu’il se servait de cette tribune commune pour jeter l’opprobre sur Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise : « Jaurès ne se serait pas indigné du drapeau européen », « Jaurès s’est fait remarquer autrement que pas ses codes vestimentaires »… La réunion apparaissait alors pour ce qu’elle est : une tentative pour  étouffer la force populaire mise en mouvement par la France Insoumise et maintenir par contrecoup sous oxygène les vieux appareils. Anachronisme historique.

Pour finir, Benoît Hamon nous promet des Etats généraux de la gauche pour la rentrée de septembre. Le mouvement social appelle pourtant déjà à la mobilisation contre les ordonnances et le démantèlement du code du travail, une date ayant d’ores et déjà été posée le 12 septembre par la CGT. C’est dans ce calendrier que Benoît Hamon appelle les forces politiques à mettre en question les enjeux de leur propre structuration, enserrant dans de l’organisation interne des énergies qui devraient se déployer dans la mobilisation sociale. Si les forces politiques ont bien une tâche à la rentrée, c’est d’être aux côtés des syndicats et de prendre leur part dans la lutte qui s’annonce en jouant aussi leur rôle d’émetteur propre pour appeler le peuple à se fédérer dans la lutte et pour une société de justice sociale.

 

Benoît Hamon est décidément toujours à contretemps. Celui de ses intérêts, de parti hier, ou personnels aujourd’hui, est incompatible avec l’intérêt général. Ce n’est pas parce qu’avoir raison trop tôt c’est déjà avoir tort qu’avoir tort trop tard c’est avoir raison.

 

 

Texte 5: Pharaon et grand-prêtre : Tout-en-Macron

Le 03 juillet 2017

https://francoiscocq.fr/2017/07/03/pharaon-et-grand-pretre-tout-en-macron/#more-3688

 

De Tanis ou Thèbes à Versailles, l’histoire balbutie. Balayé Jupiter. Rarement discours présidentiel devant la représentation nationale avait à ce point tenu des oripeaux de l’antique. Et ce qui se voulait être le discours sur l’état de l’union de Pharaon a plus ressemblé aux prophéties du grand-prêtre adressées à ses fidèles, à coups de jugements lapidaires, menaces et autres mises à l’index. La puissance du règne de Pharaon et l’ésotérisme au service de sa réalisation matérielle : Tout-en-Macron.

 

Qui a écouté le discours de M. Macron l’a entendu s’adresser exclusivement aux parlementaires issus de ses rangs. Ignorée la représentation nationale, M. Macron ne s’est adressé qu’aux siens comme si une partie était le tout. Ce choix n’est pas fortuit et participe d’une stratégie de soumission de l’Assemblée en lui imposant une homogénéité qu’elle n’a pas. A son corps défendant, il a en cela validé le choix de celles et ceux qui ont préféré laisser la chaise vide plutôt que d’être phagocytés en direct et in situ.

Mais le message va plus loin : en s’adressant exclusivement aux parlementaires de La République en marche ! comme s’ils représentaient l’Assemblée toute entière, M. Macron a nié la diversité du Parlement et ce faisant le peuple lui-même. La contestation ne saurait être autorisée quand il s’agit d’ingérer l’ensemble de l’existant. M. Macron a même osé aller plus loin : il veut extirper la conflictualité qui crée la conscience en chaque individu pour le rendre servile et soumis, identifiant en l’individu « complexe » une source de danger : « les forces adverses continuent d’être puissantes, dans les têtes. En chacun de nous, il y a un cynique qui sommeille ». Chez Macron, c’est la pensée même des individus qui doit être dirigée. Pharaon a cédé l’autel au grand-prêtre.

Mais l’exercice du pouvoir temporel n’était jamais loin, fait d’injonctions et de menaces : après l’appel vendredi du porte-parole du gouvernement Christophe Castaner à « ne pas chercher à affaiblir » la ministre du travail, c’était aujourd’hui au tour de M. Macron de jeter déjà un voilà pudique sur la notion de probité, appelant à « changer d’état d’esprit » et faire cesser la chasse aux corrompus.  La République exemplaire se soustrait aux yeux des témoins…

 

Quant aux projets de Pharaon, le nouveau consiste en retrouver la pureté supposée de l’ancien : le CESE ? Revenir à ses fondements. L’Union européenne ? Revenir à l’esprit des pères fondateurs. Nouvelle politique et vieilles idées dépoussiérées, comme si la perversion réelle ou supposée apparue en cours de route n’était pas contenue dans l’objet initial. L’idéalisme est une pensée à œillères …

Pareil révisionnisme historique est aussi à l’œuvre quand M. Macron s’aventure dans une lecture de la Grande Révolution. Faisant resurgir un conflit dichotomique entre Jacobins-Girondins, il le tranche abruptement sans chercher à unifier le pays. Sa tâche n’apparaît que trop : chercher à déconstruire l’histoire révolutionnaire de notre pays et trancher à rebours de ce qu’a été la suite de l’histoire. Il faut dire que la pensée jacobine ayant été le berceau de la recherche de l’articulation entre la souveraineté populaire et la représentativité démocratique, on comprend que M. Macron s’en méfie.

 

Pharaon n’est pas digne des mortels et, à défaut de pouvoir supporter une interview le 14 juillet qui supposerait la contradiction, il préfère déclamer en solo. Chacun-e aura noté que la retransmission télévisée sur la chaîne du service public s’est interrompue sitôt le discours du maître prononcé, faisant fi des commentaires des groupes représentés, ou pour le dire plus simplement, ramenant ceux-ci au rang de faire valoir du monarque. Les apparitions de Pharaon ont ces codes que le Grand-Prêtre organise : au XXIème siècle, c’est Tout-en-Macron.

 

 

 

 

 

 

Tribune:

Les Indiana Jones de gauche, à la recherche de centralités perdues

Cette tribune, parue le 8 mars 2017, est disponible sur le site de Mediapart.

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/080317/les-indiana-jones-de-gauche-la-recherche-de-centralites-perdues

 

Les élections se résument très souvent des questions de centralités politiques. Les actuels appels à l’unité à gauche s’apparentent davantage à une resucée du vote prétendument utile en faveur du candidat socialiste. Ils relèvent de l’incantatoire.  Leur voile ne saurait dissimuler l’enjeu surgissant en filigrane. Partis et candidats se transforment en aventuriers en quête de centralités politiques, à l’égal de nouveaux Indiana Jones à la recherche de l’arche perdue.

La stratégie de Podemos avait consisté, pour reprendre l’expression de Pablo Iglesias, à adopter une position centrale dans le débat public. Pour la gauche, c’est une remise en cause du concept de « latéralisation » organisant l’échiquier politique selon le schéma droite / gauche, permettant par conséquence l’émergence d’un processus alternatif ou complémentaire de « verticalisation » caractérisé par une opposition entre oligarchie et peuple.

La centralité politique de l’ensemble de la gauche appartient depuis plusieurs décennies au parti socialiste, plus précisément depuis que celui-ci l’avait enlevé au parti communiste. Aujourd’hui, les choses ont changé : la gauche au pouvoir est nommée par un nombre croissant de personnes « gôche », signe de sa décrépitude. Le quinquennat Hollande / Ayrault / Valls a disqualifié le parti socialiste, à force de mensonges, reniements et renoncements. Il a indiscutablement perdu cette centralité. Il ne faut cependant pas sous-estimer la capacité de rebond de l’appareil socialiste : la victoire à la primaire de Benoît Hamon a été utilisée comme le plan B pour récupérer cette position centrale. Certes il ne faut pas y voir un plan ourdi à l’avance, mais plus comme une capacité d’adaptation a posteriori aux réalités qui s’imposent à tous : Manuel Valls aurait bien voulu être mordicus celui autour duquel se serait reconstituée cette centralité politique, davantage en vue du prochain congrès socialiste que de la présidentielle…

Dépossédé de la centralité de l’ensemble de la gauche, le parti communiste s’était accommodé de celle de la gauche de gauche ou gauche de contestation. C’était une situation qui lui apportait satisfaction, validée par son histoire et son ancrage territorial. Manuel Valls jugeait les deux gauches irréconciliables : d’une certaine manière il n’avait pas tort puisque ces deux centralités ne se recoupaient pas ou plus sur des bases idéologiques communes. Le caractère propulsif de l’expérience du Front de Gauche en 2012 aurait pu assurer au parti communiste le maintien de cette centralité politique. Mais des alliances à géométrie variable lors des élections locales de 2014/2015 ont mis à bas le drapeau du Front de Gauche et lui ont fait abandonner la position centrale de cet espace de gauche radicale.  Le vote des militants communistes en novembre dernier pour rallier la candidature de Jean-Luc Mélenchon est de nature à y pallier partiellement en faisant quelque peu oublier le vote contraire des cadres du PCF quelques semaines plus tôt.

La gauche s’est élargie au cours des dernières décennies à l’écologie politique. Une formation politique, au-delà de ses métamorphoses et changements de nom, occupait cette centralité politique particulière : Europe Ecologie/ Les Verts (EELV). Succession de zigzags, course impudique aux maroquins ministériels, tambouilles politiciennes pour arracher des circonscriptions sur mesures ont discrédité cette formation. Le ralliement de Yannick Jadot à Benoît Hamon en est le dernier avatar, dont l’issue était courue d’avance.

L’espace de la gauche est orphelin de ces trois centralités politiques traditionnelles désormais évanouies. Les repères commodes ont volé en éclats, en dépit des efforts déployés pour les conserver comme des rentes ad vitam aeternam. La politique, ayant horreur du vide, reste affaire de dynamiques à construire. D’autres centralités politiques ont émergé en conséquence.

Celle issue de l’expérience du Front de Gauche a été reprise par La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. La constance, la cohérence et la clarté du candidat qui avait offert à la gauche radicale un score à deux chiffres aux présidentielles de 2012 ont maintenu l’ambition initiale : renverser la table en indépendance des dérives sociales-libérales. L’écologie politique, avec l’écosocialisme promu par le Parti de Gauche, loin des mirages du capitalisme vert et de l’environnementalisme, est portée désormais par Jean-Luc Mélenchon.

La centralité de l’ensemble de la gauche ne peut résulter que d’un espoir. Cet espoir a été dissous par les trahisons d’un quinquennat inauguré par les mensonges d’une supposée lutte contre la finance et d’une promesse de renégociation des traités européens. Il ne risque pas de s’incarner dans le projet de Benoît Hamon qui doit d’abord donner des gages à ceux qui tiennent l’appareil du parti socialiste afin de les dissuader de glisser vers Emmanuel Macron. Ce ne sont pas non plus les bagages accompagnés, négociant pour les législatives, qui réorienteront la trajectoire : il n’est plus possible de faire oublier l’indéfendable bilan du quinquennat en rééditant le coup du Bourget. L’espoir continue néanmoins à être porté par le programme du candidat de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, intitulé « L’avenir en commun ».

Ces introuvables centralités politiques véritablement dépassées ne sont au final que la modalité ad doc visant à la survivance de l’appareil du parti socialiste et un subterfuge pour sauvegarder des situations acquises. Tous ces Indiana Jones à la recherche d’improbables centralités se trompent. On ne les récupère pas par des carambouilles d’appareil. Cette recherche frénétique équivaut en réalité aux ultimes soubresauts d’un monde politique voulant se raccrocher à des repères rassurants, mais ne correspondant plus à des réalités observables et intelligibles. Les élections présidentielles et législatives des prochains auront à apporter d’indispensables et salutaires clarifications concernant ces centralités politiques. Pour construire du solide, pas maintenir l’illusion d’optique de l’évanescent…

 

Francis DASPE   08 / 03 / 2017

Tagué , , , , , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 126 MARS / AVRIL 2017

Sommaire du numéro 126 : Spécial Education

  • Texte de Francis DASPE : « Pour l’école du peuple en préparation» page 2
  • Texte de François COCQ : « L’école payante, ethnique et dérogatoire de Madame Le Pen» page 4
  • Texte de Céline PIOT : « Les conventions ruralité : un inique marché de dupes»page 6
  • Texte de Jean-Claude BAUX : « Pour une didactique de l’Insoumission… Matérialisme contre idéalisme : le combat continue page 7
  • Texte de Francis DASPE : « Santé et Education : une communauté de destin» page 9
  • Texte de Francis DASPE : « Attaquer l’enseignement professionnel pour dissoudre le droit du travail» page 10

 

 

Pour l’école du peuple en préparation

Tribune parue dans l’Humanité du 26 octobre 2016 sous le titre « Pour l’école du peuple en préparation. Former l’homme, le citoyen ; le travailleur de la 6° République ».

 

Nous appelons de nos vœux la mise en place de la 6° République et de l’école de la 6° République. Toutes deux auront pour finalité de former dans un même élan l’Homme, le travailleur, le citoyen. Chaque élève ne doit être perçu qu’à travers ce triple prisme.

Se préoccuper de l’Homme sans prendre en considération le travailleur et le citoyen est une entreprise vaine et dérisoire ne prenant pas en compte les réalités de la société. Viser le travailleur en négligeant l’homme et le citoyen équivaut à de l’utilitarisme réducteur et aliénant. Se focaliser sur le citoyen en se détournant de l’homme et du travailleur n’est pas exempt d’arrière-pensées suspectes bien peu émancipatrices.

L’identité de cette école découle  en réalité du pacte civique inscrit sur nos établissements publics : « Liberté, Égalité, Fraternité ».  C’est aussi une autre manière de formuler le triptyque « Instruire, Qualifier, Emanciper », sur lequel nous entendons bâtir cette école de la 6° République. Ces trois piliers rendent possible l’école de l’égalité et de l’émancipation. Elle correspondra à celle du peuple souverain dans la 6° République.

 

Instruire repose sur une conception sans ambiguïté du savoir. Seule richesse qui augmente pour chacun quand on la partage entre tous, le savoir contribue à s’élever à l’universel. La mission de l’École, fondamentalement celle de la transmission des savoirs, permet à l’être humain de repousser les frontières de l’ignorance. Et donc, en se grandissant lui-même, de s’améliorer et d’améliorer la société dans laquelle il vit. C’est la République du savoir.

Qualifier renvoie à l’insertion sociale de chacun qui constitue une des finalités du système éducatif. Le diplôme est la pierre angulaire de la reconnaissance de la qualification, illustrée par l’exemple en cette période de rejet de la loi travail El Khomri. Chacun d’entre nous dispose des moyens intellectuels de se rendre utile au collectif humain ; il y est nécessaire par la qualification professionnelle. C’est le soubassement de la République sociale.

Emanciper renvoie à la formule utilisée en son temps par Condorcet, lors de la Révolution française. Il assignait à l’école de « former des citoyens qui ne s’en laissent pas conter mais qui entendent qu’on leur rende des comptes ». Voilà en quoi réside l’enjeu premier de la révolution citoyenne et de l’Ecole de la 6° République. Le but de l’éducation est de donner à chaque personne, femme ou homme, la possibilité de son autonomie d’existence. En somme d’être pleinement citoyenne et citoyen. Par conséquent, l’ardente priorité est de rétablir ou d’instituer tout ce qui concourt à la formation d’une conscience éclairée. C’est la République de la souveraineté populaire.

 

L’École est bien le lieu du peuple en préparation. Chaque génération est un nouveau peuple. L’École fonde et refonde le peuple français, le constituant en peuple acteur de son histoire. L’École de la République, plus encore celle de la 6° République, ne peut pas se penser autrement que comme préparation du peuple républicain avec pour horizons l’égalité et l’émancipation.

Francis DASPE

 

 

 

L’école payante, ethnique et dérogatoire de Madame Le Pen

Marine Le Pen a décidé de lancer l’assaut contre l’école de la République : à l’enseignement public gratuit, laïque et obligatoire, elle entend substituer une école payante, ethnique et dérogatoire. Après les déclarations de sa patronne la veille, Florian Philippot parlant de la scolarisation le confirmait ce 9 janvier sur France-Inter au nom de la « préférence nationale » : « Pour les étrangers en situation légale, on demandera un délai de carence […] Pendant ce délai de carence, il y aura une petite cotisation ».  Où quand la discrimination fait office de nouveau droit.

Le 8 décembre dernier, Mme Le Pen  déclarait déjà : « Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation ! » Avant d’en rajouter : « Je parlais des enfants de clandestins […] Plus de scolarisation des clandestins. Et contribution au système scolaire de la part des étrangers sauf s’ils cotisent en situation légale » Tout juste un mois après, le 8 janvier, considérant sans doute que la répétition est une vertu pédagogique, elle récidivait : « Les travailleurs étrangers devront cotiser quelques années avant de pouvoir accéder au bénéfice de la protection sociale et de la solidarité nationale. J’y inclus l’école publique ».

Interpellé sur le sujet par Léa Salamé, Florian Philippot le confirmait le lendemain au micro en restreignant l’accès à l’école publique et le rendant sous conditions : «Pour tous les Français sans aucun problème ; Pour les étrangers clandestins la question ne se pose pas, puisqu’ils sont clandestins ils n’ont pas vocation à rester en France ; Pour les étrangers en situation légale, on demandera un délai de carence, ça peut être un an, ça peut être deux ans, avant de bénéficier et de rentrer dans le régime général et de la gratuité. Pendant ce délai de carence, il y aura une petite cotisation».

 

Nous avions déjà noté en décembre en quoi la proposition de Mme Le Pen est régressive en ce qu’elle nie la dimension universelle des droits qui s’attachent à l’enfant. Le droit à l’éducation le considère en tant qu’individu à part entière quand Mme Le Pen le replace sous la tutelle parentale et étend les interdits des uns aux autres. L’éducation ne saurait alors prétendre être une émancipation dès lors qu’elle est d’abord une aliénation des droits. Nous avions également soulevé en quoi la remise en cause du principe de gratuité scolaire a pour corollaire immédiat la fin du principe d’obligation scolaire qui y est consubstantiellement lié depuis les lois Ferry des années 1880. Mais il s’avère qu’ayant ouvert la boîte Pandore, Mme Le Pen, entre deux contradictions, étend déjà les mesures de restriction scolaire qu’elle propose au-delà de ce qu’elle annonçait en décembre.

Ainsi, les précisions de la candidate du FN visaient en fin d’année à circonscrire la fin de la gratuité aux « clandestins ». La mesure était déjà inique, illégale et constituait un délit d’humanité. Trop peu pour Florian Philippot qui balaie déjà ce cas d’un revers de main : « Pour les étrangers clandestins la question ne se pose pas, puisqu’ils sont clandestins ils n’ont pas vocation à rester en France ». C’est donc que la cible n’était pas uniquement ceux-là. Mme Le Pen parlait en décembre de  « contribution au système scolaire de la part des étrangers sauf s’ils cotisent en situation légale ». Un mois après, la même nous dit que « les travailleurs étrangers devront cotiser quelques années », confirmé en cela par son âme damnée Philippot qui ne peut être plus explicite : « Pour les étrangers en situation légale, on demandera un délai de carence ». On est donc passé en un mois des « clandestins », aux « travailleurs étrangers qui ne cotisent pas en situation légale »,  jusqu’aux « étrangers en situation légale » d’aujourd’hui avant qui d’autre demain ? L’abandon de l’égalité est un puits sans fond.

C’est bien que ce sont les fondements de la mesure proposée par Mme Le Pen qui posent problème. Florian Philippot le révèle à son corps défendant : « Tout le monde aura droit à l’éducation mais nous assumons de mettre la priorité nationale dans la constitution ». La priorité nationale redéfinirait le droit. Disant cela, Florian Philippot se rattache à la conception du droit qui circonscrit celui-ci aux « droits de l’homme en société ». Vieille querelle que les réactionnaires font ainsi resurgir pour remettre en cause les « droits naturels » hérités de l’humanisme émancipateur de 1789. La bataille n’est pas que sémantique. La priorité nationale appliquée à la nature humaine est incompatible avec le caractère naturel des droits.

 

Patrie des Lumières et de l’universalisme républicain, la France arbore depuis plus d’un siècle avec fierté que sur notre sol l’enseignement public est gratuit, laïque et obligatoire. En dévoilant son projet éducatif, Mme Le Pen se met en tête de changer de triptyque : l’école deviendrait payante, ethnique et dérogatoire. Et cesserait d’être française et républicaine en somme.

François COCQ  09 / 01 / 2017

 

 

 

 

Les conventions « ruralité » : un inique marché de dupes

Céline PIOT est conseillère municipale Mont2Gauche à Mont-de-Marsan, co-secrétaire départementale du Parti de Gauche des Landes et candidate « France insoumise » dans la première circonscription des Landes.

 

Persuadés qu’avoir une école pour une commune c’est mieux qu’avoir une école dans une commune, comme le préconise le rapport Duran, du nom du sénateur PS de l’Ariège, (20 mai 2016), trente départements ont déjà signé ou vont bientôt signer la convention hypocritement nommée « ruralité » proposée par l’État et la Direction des Services départementaux de l’Éducation nationale, initiée dans le département du Cantal en 2015. Celui des Landes est en passe de le faire en juin 2017 alors que l’expérience montre que cette convention dégrade le tissu social et qu’elle détruit la ruralité. L’école rurale et en périphérie des villes est une fois de plus menacée.

Il s’agit de la énième conséquence de la réforme territoriale (loi NOTRe). En effet, expliquant qu’il faut « désacraliser le lien école-commune », le rapport Duran explique que « pour réorganiser les réseaux scolaires, l’échelon le plus pertinent pour agir n’est plus la commune mais l’intercommunalité » (p. 43). Dès lors, suivant une logique arithmétique et marchande, les conventions « ruralité » veulent imposer partout le modèle dominant de la concentration des moyens. C’est-à-dire la suppression des écoles à moins de quatre classes et la constitution de grosses structures, si possible implantées dans le chef-lieu du canton et adossées à un collège, sans aucune considération de l’aménagement des campagnes ni de l’intérêt et de la santé des enfants. Une école qui ferme, et c’est un point d’attrait en moins pour un village, c’est la suppression d’emplois, ce sont des conditions d’apprentissage dégradées pour les élèves.

D’un côté on prône une « école de proximité », de l’autre on réalise des regroupements. Pourtant, aucune étude n’a prouvé que les élèves issus des écoles rurales ont moins de chances de réussir leurs études par la suite. Croit-on qu’en regroupant les petites écoles dans la grande école du centre-bourg aux classes surchargées, les enfants apprendront mieux, avec plus de plaisir, après avoir subi des trajets de plus d’une heure ?

En outre – et c’est un véritable déni démocratique –, le rapport Duran considère que les présidents des associations départementales de maires ont vocation à représenter l’ensemble des maires du département : par conséquent, ils peuvent accepter ces conventions à leur place.

Les conventions « ruralité » sont un exemple supplémentaire de la rouerie technocratique de la réforme des rythmes scolaires. Car c’est pour mieux assurer les activités périscolaires ainsi que la numérisation des écoles qu’on fait croire que les écoles rurales n’ont pas d’avenir. « Cohérence », « mutualisation », « solidarité des territoires » deviennent des mots valises, des alibis de la bonne conscience « moderniste » et/ou « rationaliste ». Il faut donc s’opposer avec force à cette perpétuelle casse du service public !

Céline Piot Mars 2017

 

 

 

 

Pour une didactique de l’Insoumission… Matérialisme contre idéalisme : le combat continue…

Ce texte est le manifeste d’un projet ambitieux, envisagé pour être utile à l’homme de la 6ème République que nous appelons tous de nos vœux, et notamment à son école pour laquelle, selon les dires de Francis Daspe  et François Cocq, nous construisons « des convictions chevillées au corps et à l’esprit » (1). Pour prendre à la lettre cette expression tirée des remerciements des deux auteurs à la fin de leur remarquable ouvrage, ce sont ces deux entités, le corps et l’esprit qui vont plus précisément intéresser les réflexions qui suivent.

 

Hélène Trocme-Fabre, dans son célébrissime ouvrage, J’apprends, donc je suis, écrit : « Depuis des siècles, l’homme occidental s’est identifié à sa pensée au lieu de considérer l’ensemble de sa réalité… Les conséquences ? Les occidentaux les paient chaque fois que l’esprit (la conscience, diront certains) se donnent la mission de contrôler le corps, chaque fois que esprit et corps sont pris comme deux entités séparées. Quand donc les désignera-t-on d’un seul mot pour consacrer leur unité ? » (2)

La problématique essentielle de notre propos est ainsi posée, qui nous engage à lutter contre la méthode d’analyse traditionnelle des faits observés – dite analytique – pour  recommander la recherche d’une  vision globale du sujet à traiter , en se dotant d’une approche systémique, pour mieux l’appréhender dans toute sa complexité interactive vivante, le plus important restant les interrelations reliant les différents détails. Il s’agit donc ici de considérer la dualité corps/esprit, non plus comme une juxtaposition ou même une opposition, ou pire comme une préférence pour l’un ou pour l’autre, mais comme une complémentarité inter-agissante.

D’énormes progrès ont  été accomplis ces dernières décennies par les sciences, notamment par les neurosciences qui confirment  « cellule par cellule » cette interactivité fondamentale entre le corps et la pensée. On peut citer comme exemple l’apprentissage de la marche chez le jeune enfant  et notamment, le fait décisif de la marche autonome que l’on attribue à l’évolution de ses capacités cognitives (traitement rapide de l’information et anticipation responsables de l’accès au maintien de la posture érigée). On peut citer également le neuro-didacticien Pierre Huc dont les récentes recherches mettent en évidence que le langage est totalement dépendant de la gestuelle. Les gestes, les attitudes et les mimiques renforcent et complètent l’expression orale, ce qui, selon lui, facilite non seulement l’apprentissage des langues mais aussi de l’écriture et des sciences. On peut également citer l’approche classique de la psychologie cognitive où les composantes sensori-motrices de la conduite sont analysées et mises en relation avec les capacités intellectuelles de l’enfant.

 

Devant cet état de fait, souvent argumenté par une neuro-pédagogie relativement nouvelle dans le panorama  éducatif, nous ne pouvons que faire référence au plus vieux problème rencontré par les premiers philosophes quand ils ont cherché à expliquer la permanence du monde , de la nature et de l’homme . Amenés à faire des distinctions entre les objets matériels  du monde sensible et d’autres réalités moins évidentes,  parce que non palpables, non mesurables, mais cependant existantes comme nos pensées ou nos sentiments, en présence de la matière et de l’esprit, de l’être et de la pensée, ils ont été dans l’obligation de donner une explication  au problème fondamental de la hiérarchie des rapports entre ces entités pour expliquer les origines de la vie. La philosophie idéaliste a accueilli ceux qui admettaient la création du monde par un ou des dieux, c’est-à-dire des esprits (purs esprits, disaient-ils). Les autres qui tentaient de donner une explication scientifique du monde, pensant que la matière était l’élément principal créateur, ont appartenu aux différentes écoles du matérialisme.

« – 650/- 600 Sappho ; – 570 Pythagore ; entre 490 et 460 naissance de LEUCIPPE ; vers – 563 naissance de Bouddha ; 0 naissance d’un supposé Jésus  » … «  Les enjeux idéologiques qui traversent  l’histoire des idées et opposent une tradition hédoniste à son ennemie, familière de l’idéal ascétique, nous montrent que la philosophie dans sa période grecque, mais également par la suite, n’a cessé de présenter un double visage dont une seule face est montrée, privilégiée. Car, Platon, les stoïciens et le christianisme, en gagnant,  imposent leur logique : haine du monde terrestre, détestation des passions, des désirs, discrédit jeté sur le corps, le plaisir, les sens, sacrifice aux forces nocturnes, aux pulsions de mort ! » (3). Vingt-cinq siècles d’obscurantisme s’ensuivent au cours desquels une place convenable dans l’éducation n’a jamais été faite au corps (ou si peu !) dans notre culture judéo-chrétienne ou musulmane qui voit dans la privation ou la souffrance une source de jouissance.

 

La philosophie  idéaliste, majoritaire, n’a jamais accordé au corps ne serait-ce que la parité avec  l’esprit et la pensée rationnelle  amplement valorisée dès l’école. Trop ! J’en appelle à «  déboulonner » cette intelligence conceptuelle académique qui est actuellement encore la seule forme la plus sollicitée dans les apprentissages scolaires. Compréhension verbale, raisonnement logique et  mémoire nous semblent des évaluations bien insuffisantes  pour exprimer et développer tout le potentiel humain de vie que les enfants, tous les enfants, apportent à l’école et pour lequel ils seraient heureux d’y être distingués. A côté des «  Intelligences Multiples » (4) et de leur jeu permanent interactif, qui nous paraît un modèle intéressant, pour les voir enfin arriver dans une véritable refondation systémique de l’école, le concept «  d’Unité-Totalité » des individus nous semble particulièrement pertinent pour venir s’enchâsser dans ce contexte novateur et  en constituer sa trame. Cette nouvelle façon de considérer l’Homme, après avoir guéri du dualisme qui plombe toute considération à son sujet depuis Platon, nous paraît porteuse d’espoir pour une école enfin nouvelle qui accorderait au corps toute la place qu’il mérite. Des créations en perspective pour les pédagogues novateurs.

Jean- Claude BAUX 18 / 04/ 2017

Notes :

(1) François COCQ, Francis DASPE : L’ Ecole du peuple. Pour l’ égalité et l’émancipation –  Collection  « Politique à gauche » Editions Bruno Leprince ( 2012)                                                                                                                                          (2) Hélène TROCME- FABRE : Introduction à la Neuropédagogie – Les Editions d’organisation- Collection POCHE ( 1994)                                                                                                                                             (3) Michel  ONFRAY : Les sagesses antiques- Contre  histoire de la philosophie Tome 1 Editions GRASSET ( 2006)                                                                                                                                                                     (4) Howard GARDNER :  Les Intelligences Multiples   Editions RETZ ( 2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Santé et Education, une communauté de destin

Tribune parue sur le site de L’Humanité le 20 décembre 2016 sous le titre « Santé et éducation, une communauté de destin. Contre l’offensive libérale et la marchandisation ».

 

La santé et l’éducation ont partagé une communauté de destin au cours de l’Histoire. Ces deux activités furent prises en charge par l’Eglise : à ce titre, elles relevaient du champ de la charité. Le combat laïque et ouvrier, en un mot républicain, s’est évertué à les transférer dans le champ de la solidarité et de l’intérêt général. Ce fut l’objet des lois Ferry de 1881/1882 et de l’avènement de la Sécurité sociale en 1945, étapes décisives.

Education et santé subissent aujourd’hui une offensive libérale de grande ampleur visant à leur démantèlement. Marchandisation et privatisation constituent les deux leviers de l’entreprise de destruction. Le projet de François Fillon de « redressement » de la Sécurité sociale est particulièrement illustratif de la tendance.

Une de ses propositions majeures vise à redéfinir les rôles respectifs de l’assurance publique et de l’assurance privée. L’assurance-maladie (publique) serait invitée à se recentrer sur les affections graves ou de longue durée : ce serait le panier de soins dit « solidaire » ; les autres dépenses du quotidien jugées moins graves devraient être prises en charge par l’assurance complémentaire : ce serait le panier de soins dit « individuel » (en d’autres termes il y aurait déremboursement de certains soins). On peut au passage relever le non sens que constitue la supposée « moindre gravité ». Tout peut devenir grave s’il n’est pas soigné à temps, d’autant plus que la hausse des renoncements aux soins devient un inquiétant problème de santé publique. C’est un raisonnement de la même veine que celui de Marine Le Pen pensant que les microbes disposeraient (ou pas) de papiers…

La parallèle santé / éducation prend alors tout son sens. C’est instaurer une santé à deux vitesses, comme le socle commun de compétences fait triompher une vision minimaliste et utilitariste des savoirs dans l’éducation. C’est dérouler le tapis rouge aux intérêts du privé qui s’engouffreront dans la manne que représentent les soins non remboursés par l’assurance-maladie publique. Comme les officines de cours privés ont saisi l’occasion de compenser la transmission de savoirs rabougris et racornis du socle, en bénéficiant de surcroît d’exonérations fiscales. Le panier de soins individuel fait penser au chèque éducation que les libéraux rêvent de mettre en place pour parachever le grand marché de l’éducation auquel ils aspirent. La marchandisation et la privatisation de la santé trouve son pendant dans la notion d’investissement éducatif que les libéraux veulent imposer aux familles pour le seul bénéfice d’intérêt privés.

Il existe un point commun à ces évolutions constatées dans l’éducation et la santé : François Fillon. Ministre de l’éducation nationale, il avait porté la loi d’orientation d’avril 2005 qui instaurait le socle commun, repris ensuite par la loi Peillon de juillet 2013. Désormais candidat aux présidentielles,  il annonce vouloir procéder à la désintégration de la branche maladie de la Sécurité sociale, après avoir porté de rudes coups à une autre branche, celle des retraites par répartition.

Francis DASPE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Attaquer l’enseignement professionnel pour dissoudre le droit du travail

Tribune parue dans L’Humanité le 17 février 2017 sous le titre de « Enseignement professionnel et droit du travail ».

 

François Fillon s’apprête à porter un coup décisif à la voie professionnelle. Dans son projet, les régions seraient autorisées à définir, pour les diplômes nationaux menant à une insertion directe dans l’emploi, des adaptations régionales. La logique « d’adéquationnisme », qui s’échine à faire coïncider bassin d’emploi et offre de formation, relève de l’assignation sociale et territoriale au bénéfice des intérêts patronaux. Elle se situe aux antipodes de l’objectif  d’émancipation ainsi relégué aux oubliettes.

Un tel programme, s’il était appliqué, pourrait se révéler une césure significative dans la brève histoire du baccalauréat professionnel. Créé par Jean-Pierre Chevènement dans les années 1980, revalorisé par Jean-Luc Mélenchon à partir de 2000, il fut sapé par Xavier Darcos avec une préparation réduite à 3 ans. Cette disposition ne fut pas remise en cause par les ministères du quinquennat de François Hollande, illustrant la pratique récurrente des renoncements politiques.

 

L’enseignement professionnel se situe au cœur de la transformation sociale. Les libéraux l’ont très bien compris : ils s’évertuent à le démanteler méthodiquement. Car l’enjeu est de taille : se joue la reconnaissance des qualifications dans les conventions collectives et le droit du travail. Le maintien de diplômes nationaux de qualité sert de bouclier social pour les futurs salariés. La certification de compétences, dans la logique du socle commun (mis en place par la loi Fillon d’orientation pour l’éducation d’avril 2005…), n’offre pas ces garanties si chèrement conquises.

Le dessein est malheureusement parfaitement cohérent. C’est une certaine idée du salariat que l’on veut imposer : précaire, flexible, isolé. La visée est éminemment réactionnaire : revenir à la loi Le Chapelier de 1791 qui en supprimant le droit de coalition au nom de la liberté du travail (autre rengaine aujourd’hui ressassée) avait laissé l’ouvrier à la merci des patrons. Redonner une dimension collective à la relation de travail avait été la grande affaire du combat ouvrier  et socialiste des deux derniers siècles (droit de grève, liberté syndicale, conventions collectives etc.). Cette régression d’ampleur se cache sous l’euphémisme de « République contractuelle », que l’ANI (Accord national interprofessionnel) de janvier 2013 et la loi Travail El Khomri ont faite avancer au cours du quinquennat. On comprend mieux dans ces conditions que François Fillon soit à ce point décomplexé pour aller au bout de la besogne.

 

Jean-Luc Mélenchon avait réussi par son volontarisme à remettre à l’ordre du jour ce grand oublié des débats qu’est l’enseignement professionnel. Il est d’ailleurs hautement symbolique que depuis il n’y ait plus eu de ministère ou de secrétariat d’Etat consacré à l’enseignement professionnel. C’est par le biais de l’enseignement professionnel que les libéraux  entendent vider de sa substance la République sociale. Il y a bien nécessité à opérer une révolution copernicienne en plaçant au centre des préoccupations l’enseignement professionnel vu jusqu’à présent comme une simple soupape aux dysfonctionnements du système éducatif. Il faudra sans aucun doute que le candidat de La France Insoumise accède à la présidence de la République pour que l’enseignement professionnel soit à nouveau à l’avant-garde de la République sociale.

Francis DASPE

 

 

Tagué , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 125 JANVIER / FÉVRIER 2017

N° 125 – Janvier / Février 2017

Sommaire du numéro 125

  • Editorial de François COCQ : « Qousque tandem ? 2017 !» page 2
  • Texte de François COCQ : « Quand M. Macron recycle le système» page 3
  • Tribune de Francis DASPE et Céline PIOT : « Pour la reconquête du sens des mots» page 5
  • Tribune de Francis DASPE : « Primaires : sincérités successives, hégémonies culturelles circonstancielles…» page 7
  • Texte de François COCQ : « Fillon et le Service public : quand la logique comptable cache l’acharnement politique» page 9
  • Recension d’Aurélien SAINTOUL : « Le vol des mots. Le voile des mots» page 12
  • Agenda des réunions de l’AGAUREPS-Prométhée page 14

 

Qousque tandem ? 2017 !   

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand s’interrogeait Cicéron en ouverture du premier discours de ses catilinaires ? Jusqu’à quand pourrait-on pareillement s’interroger allons-nous souffrir de nous voir infligées des politiques ineptes dont la seule légitimité repose sur le déni de souveraineté qu’elles organisent ?

Si la question se pose avec tant d’acuité, c’est que 2017 est riche en échéances qui vont structurer le devenir de notre peuple. Les élections générales en Allemagne bien sûr, mais sur lesquelles il ne faut pas trop compter pour mettre à mal la déferlante ordo-libérale qui balaye l’Europe. La rédaction programmée d’un nouveau traité européen sans doute, qui si l’on n’y prend garde s’inscrira dans le droit fil des précédents. Mais aussi et d’abord la double échéance présidentielle et législative qui aura lieu en France. Dans ce culbuto mondialisé qui voit depuis quelques mois les peuples prendre goût à l’insoumission, la séquence électorale française pourrait bien, au pays des Lumières, profiter d’une dynamique populaire qui use de son pouvoir subversif pour mettre un coup d’arrêt aux déclinaisons de la pensée libérale dominante.

Rarement depuis longtemps paysage fût en effet plus incertain pour une élection hexagonale. Le bipartisme a été emporté et l’alternance est tombée avec lui. Non sans que des scories émergent sous la croûte de l’ancien : un Macron se cachera toujours derrière un Hollande comme un Giscard se cachait derrière un Pompidou. Le système recycle les siens pour tenter de maintenir l’ordre établi. C’est de bonne guerre.

Mais les réceptacles d’hier ne sont plus à même de recevoir les signifiants d’aujourd’hui et encore moins ceux de demain. Les vieux partis font le lit des vieilles idées. Parce qu’une phase d’hégémonie s’achève lentement, la perception des choses est en train de s’inverser : les constructions politiques ne président plus aux constructions sociales tandis que l’émergence de majorités sociales cherche son débouché politique.

Rien n’est plus incertain et en un sens plus dangereux car les forces de l’obscurantisme peuvent représenter un pis-aller conservateur et corporatiste pour un système aux abois. Rien n’est plus incertain mais aussi source d’espérance car l’humanisme émancipateur qui avait dû céder le pas devant le délitement individualiste offre à nouveau un horizon radieux.

Quousque tandem, Patricii, abutere patientia nostra ?  Jusqu’à quand, Patriciens, abuserez-vous de notre patience ? Pour la première fois depuis longtemps, les citoyens sont en mesure d’apporter une réponse : 2017 ! Et de choisir par là même un avenir en commun.

François COCQ  

25 / 01 / 2017

 

 

 

Quand M. Macron recycle le système

Macron se vantait d’avoir un projet mais pas de programme. Et maintenant que ce dernier va être élaboré, ça promet : M. Macron vient en effet d’annoncer ce mercredi 11 janvier qu’il en confiait la responsabilité à … Jean Pisani-Ferry, le pousse-au-crime ultra libéral des gouvernements Hollande. Loin des apparences de modernité, M. Macron recycle le système en cooptant ceux qui le font tourner.

Jean-Pisani-Ferry n’est pas un inconnu. Il est de ceux qui murmurent depuis une vingtaine d’années à l’oreille des puissants. Et notamment à Bercy où il  conseillait déjà le millénaire dernier les ministres de l’économie et des finances Dominique Strauss-Kahn et Christian Sautter. Les politiques passent mais les conseillers du prince restent.

Plus près de nous, Jean-Pisani-Ferry a excellé dans le rôle de perce-muraille pour pousser toujours plus avant la dérive libérale des gouvernements Hollande. Nommé le 1er mai 2013 par François Hollande commissaire général de France Stratégie, le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, il a notamment remis fin 2014 un rapport franco-allemand (Pisani-Ferry / Enderlein) qui prônait le gel des salaires comme en Allemagne ! Multi-casquettes, c’est le même qui présidait au même moment le comité de suivi du crédit d’impôt pour la compétitivité et pour l’emploi (CICE), outil de propagande pour vanter les louanges des 40 milliards d’euros offerts annuellement aux entreprises et véritable garde-chiourme pour éviter que ces dernières aient, diantre, à fournir une quelconque contrepartie à ce cadeau.

Du haut de France-stratégies et des alcôves du pouvoir, Jean-Pisani-Ferry s’attaquait aussi à notre cadre institutionnel et à l’unité de la République. Le 13 avril 2015, il remettait ainsi un rapport dans lequel il affirmait que la révision générale des politiques publiques (RGPP) sarkozyste et la Modernisation de l’action publique (MAP) hollandaise n’avaient pas été assez loin. Il faudrait encore selon lui baisser de 6 points de PIB (!) la dépense publique. L’Etat devrait alors se contenter « d’être présent là où il est le plus irremplaçable » et « se désengager des fonctions » qui pourraient être assurées par d’autres tandis que le rapport encourageait le recours à des initiatives privées.

Ce n’est pas un hasard si l’annonce du débauchage de Jean Pisani-Ferry s’effectue au lendemain de la visite berlinoise d’Emmanuel Macron qui a été vanter dans la capitale allemande la « souveraineté » de l’Europe : souveraineté de la défense, souveraineté des frontières extérieures, souveraineté de la monnaie. Il ne manquait finalement que la seule souveraineté qui vaille, la souveraineté populaire, celle du peuple français, sans laquelle les précédentes ne sont en réalité que des abaissements de la France pour se mettre dans la main des technocrates bruxellois.

Jean-Pisani-Ferry y trouve à coup sûr son compte, lui qui fait de longue date office pour les libéraux de pont entre les deux rives du Rhin pour importer en France le modèle du staat allemand et de ses länder. Professeur d’économie et de politique publique à l’Hertie school of governance de Berlin, directeur du think tank bruxellois Bruegel, membre du Cercle des économistes, il est également membre du conseil d’administration du think tank Notre Europe. Bref le relais de l’Europe allemande dans les cénacles bruxellois qui ensuite imposent leurs politiques aux peuples européens.

Finalement, alors que la presse se fait largement l’écho du ralliement auprès de M. Macron de la journaliste Laurence Haïm, c’est le débauchage de l’autre pilier du système, Jean-Pisani-Ferry, qui est plus encore révélateur des phénomènes de Caste et de continuité que M. Macron entend promouvoir en guise de renouvellement de la politique.

François COCQ 

11 / 01 / 2017

 

 

 

 

 

Pour une reconquête du sens des mots

Tribune publiée sur le site de Libération le 26 décembre 2016 sous le titre « Pour une reconquête du sens des mots ».

Francis DASPE et Céline PIOT sont co-auteurs du livre « Le vol des mots, le voile des mots » (éditions du Croquant, novembre 2016). Ils sont membres de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée) et responsables départementaux du Parti de Gauche (respectivement des Pyrénées-Orientales et des Landes).

Dans ses Cahiers de prison, rédigés entre 1926 et 1937, le théoricien politique italien Antonio Gramsci indiquait que la maîtrise du vocabulaire est nécessaire dans le combat pour l’hégémonie culturelle et politique. De plus en plus de mots sont détournés de leur sens originel, falsifiés et usurpés. Ils deviennent l’enjeu de batailles idéologiques.

Le combat pour rétablir le sens des mots sera un des enjeux de la présidentielle de 2017. En ce début de campagne, nous en avons un échantillon significatif. François Fillon veut « redresser la Sécurité sociale » pour mieux la démanteler et la marchandiser. Manuel Valls parle de supprimer l’article 49.3 qu’il a pourtant utilisé plusieurs fois afin de faire passer la loi Travail. Emmanuel Macron veut nous faire croire que, avec ses vieilles idées n’ayant pour seul objectif que la dérégulation, il est un révolutionnaire. Marine Le Pen poursuit son hold-up sur des principes sur lesquels les autres membres de la famille, le père et la nièce, ne cessent de vitupérer.

La raison de toutes ces usurpations est le règne de « la grammaire du renoncement ». Les techniques « d’envoûtement culturel » se sont développées. Il existe toute une batterie d’expressions que l’on se repasse : des éléments de langage soigneusement choisis pour faire dire aux mots tout et leur contraire. Les mots finissent donc par ne plus rien signifier. La langue de bois s’est diffusée partout ; on crée des euphémismes (« transfert de compétences » pour « abandon de souveraineté »), synonymes de la vacuité du parler contemporain (« le pays va mal », « le pays va mieux »), de la vassalité à la novlangue européenne qui engendre des innovations langagières relevant davantage d’un nouveau bourrage de crâne (« gouvernance », « rationalité », « compétitivité », « sérieux budgétaire »…).

Les exemples concrets sont légions : charges sociales à la place de cotisations, clients au lieu d’usagers à l’hôpital, privilèges pour acquis sociaux… On stigmatise un prétendu coût du travail alors que le travail produit des richesses, on mise tout sur la croissance alors qu’elle va de pair avec le productivisme, on accole à la laïcité des adjectifs (ouverte, positive, intransigeante etc.) pour mieux la dénaturer, la disqualifier et la déqualifier. Quand on veut faire passer des privatisations de services publics, on emploie les trompeuses expressions de services au public ou de délégations de service public…

Les dérives sémantiques sont nombreuses et lourdes de conséquences dévastatrices : céder sur les mots équivaut à céder sur les choses. Il faut donc refuser toutes les confusions et usurpations du sens des mots qui vident ensuite les réalités politiques de leur substance. Dénoncer ces détournements est nécessaire pour inverser le rapport de force idéologique, et donc politique. Sans quoi Manuel Valls proclamera sans vergogne que la Finance est son ennemie, François Fillon indiquera sans sourciller qu’il tient comme à la prunelle de ses yeux au programme du Conseil national de la Résistance, Emmanuel Macron fixera toute honte bue comme horizon la réalisation d’une révolution progressiste, Marine Le Pen se fera avec cynisme le chantre du peuple et de la République !

Voilà en quoi consiste le combat des idées à mener résolument en vue de la reconquête du sens des mots. N’oublions jamais que les mots traduisent des équilibres issus de rapports de force entre le peuple et ceux de la caste, au bénéfice toujours de l’idéologie dominante.

Francis DASPE, Céline PIOT

 

 

 

 

 

 

Primaires : sincérités successives, hégémonies culturelles circonstancielles…

Tribune publiée sur le site internet de Politis le 9 janvier 2017.

Francis DASPE est co-auteur du livre « Le vol des mots, le voile des mots » (éditions du Croquant, novembre 2016). Il est membre de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée) et président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche.

En politique, où les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire, il existe couramment des sincérités successives contradictoires. Elles s’alignent sur des hégémonies culturelles circonstancielles, à géométrie variable. A cet égard, les primaires constituent un révélateur impitoyable.

La primaire de la droite a consacré dans un premier temps l’état  de grâce de François Fillon. Son néo-thatchérisme décomplexé a fait un tabac auprès de la frange dure de la droite. Au delà, il s’agit d’une autre paire  de manches : l’atterrissage a été plutôt brutal. Même en interne, la pertinence des propositions de redressement de la Sécurité sociale a été mise en doute. Il a même été envisagé d’actionner la mécanique du rétropédalage. Car si l’hégémonie culturelle au sein de la droite s’incarne actuellement dans une double radicalité, économique (un libéralisme de plus en plus échevelé et déshumanisé) et sociétale (une vision traditionaliste conservatrice), il n’en est pas de même au sein de l’électorat élargi de la droite. Et encore moins au sein de l’ensemble de la société française. Une fois au pouvoir, qu’en sera-t-il ? Il ne fait pas de doute que de mauvais coups au pacte républicain et social seront portés par une majorité constituée autour de François Fillon. Un réflexe de classe sera à l’œuvre : le choix de satisfaire l’hégémonie culturelle de son camp sera effectué, au détriment des aspirations et des revendications du plus grand nombre. Une vraie politique de classe…

A la primaire du Parti Socialiste, les données diffèrent peu. Ou de manière symétrique. Il s’agira d’être (encore) de gauche. Mais mollement, pour deux raisons majeures. Il ne faut pas effrayer les possédants (que l’on se souvienne de François Hollande venant s’amender devant la City de Londres en déclarant « i am not dangerous » après son discours du Bourget où il avait identifié la finance comme son ennemie) ; il convient de ne pas obérer les conditions du futur rassemblement derrière le vainqueur à l’issue de ce qui n’aura été qu’un théâtre d’ombres. La distorsion est réelle. L’hégémonie culturelle du peuple de gauche reste sensible au discours marqué par un attachement aux services publics et à la sécurité sociale. Celle de l’appareil du PS est devenue fondamentalement sociale-libérale, animée par l’impératif de préserver ses petites rentes dans une logique d’appartenance à une caste de nantis. Pour le coup, donnons raison à Manuel Valls : il existe bien deux gauches irréconciliables. Mais Martine Aubry est également dans le vrai : c’est qu’une des deux n’est tout bonnement plus de gauche. Au pouvoir, des mauvais coups seraient de manière identique à attendre, en raison d’une conversion de classe effectuée par conviction. Et ceci dans la logique du quinquennat finissant de François Hollande, entre cadeaux aux entreprises, loi Travail et répression de l’action syndicale.

Les primaires ne produisent que des états de grâce éphémères reposant sur des malentendus. Ils conduisent les candidats à emprunter un même chemin : exagération pour sortir de la primaire, rétropédalage pour lisser son image, dissimulation pour gagner l’élection, passage en force une fois au pouvoir en tirant profit du caractère monarchique de la V° République qui permet de congédier le peuple. Le malentendu permanent s’incarne bien dans le rapport au peuple. Un peuple que La France Insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon travaillent à fédérer et à mettre en mouvement. Avec un programme « L’avenir en commun » s’articulant autour d’une hégémonie culturelle structurante qui récuse la notion de sincérités successives.

Francis DASPE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fillon et le service public : quand la logique comptable cache l’acharnement politique

Le 19 décembre, l’Institut Paul Delouvrier publiait son baromètre annuel rendant compte de la satisfaction des usagers des services publics. Où il apparaît qu’une part croissante de Français refuse que soient altérées les prestations et est prête pour cela à un effort commun et partagé. Au même moment, François Fillon et les siens s’avéraient bien en peine d’expliciter leur volonté de supprimer 500.000 emplois publics sauf à mettre à terre l’édifice républicain et social issu du Conseil National de la Résistance. De Delouvrier à Fillon, l’héritage gaulliste fait décidément le grand écart.

Le baromètre de l’Institut Paul Delouvrier est une mine pour qui accepte d’en déchiffrer les codes. Ainsi, il est saisissant de constater qu’une fois encore, un fossé existe entre la satisfaction des usagers des différents services publics en 2016 (69% !) et l’opinion positive (37%) qu’ils peuvent en avoir, soit une différence de 32 points ! De l’objectif au subjectif, du concret au discours dominant, il existe un canyon que la veine libérale s’est attelée à creuser et qu’elle entend continuer à emprunter nonobstant les attentes de nos concitoyens. François Fillon en est l’exemple éclatant avec sa proposition dogmatique de supprimer 500.000 emplois publics à l’échelle du quinquennat.

Avant même que d’examiner les modalités concrètes d’application et leurs conséquences sur le service public, il faut prendre cette annonce pour ce qu’elle représente, un phare dans la bataille culturelle engagée par les libéraux. En dépit des signaux envoyés par les Français, ou plutôt justement contre eux, François Fillon se raccroche de manière assumée au processus contraint de construction d’une volonté collective, c’est-à-dire de transformation profonde du sens commun et des formes de subjectivité. Alors que cette bataille pour l’hégémonie culturelle est en train de basculer après 30 ans de déferlante libérale, François Fillon s’accroche et se pose en gardien du temple pour préserver l’ancien monde. Sa légitimation par la primaire de la droite était à ce prix. Il est pourtant déjà trop tard : les usagers non seulement se rendent compte mais donnent acte que les services publics fonctionnent, et même plutôt bien. Ce qui ne fonctionne pas, c’est le jeu politique normal, celui qui cherche à occulter le réel pour le faire passer dans l’entonnoir de la pensée unique. La crise de régime n’est pas la crise de l’Etat.

Car la demande de service public s’est accrue en 2016. Les Français sont de moins en moins nombreux à souhaiter que leurs impôts baissent si cela doit se traduire par une altération des prestations nous indique le baromètre : -10% en un an, à 55% contre 65% l’année précédente. Le besoin de service public augmente tandis que baisse la demande d’économies solitaires. Pourtant, le service public sera frappé indistinctement. Selon Serge Grouard, chargé du programme de François Fillon, les suppressions de postes  « seront réparties de manière à peu près homogène. » C’est sûrement cela qu’ils appellent l’égalité à droite…

Il faut dire que supprimer 500.000 emplois publics, fonctionnaires et contractuels, « cela représente une baisse des effectifs de 9% » (entre 5,4 millions et 5,6 millions d’agents en comptant les contrats aidés) de l’aveu même d’Eric Woerth qui a depuis la primaire intégré l’équipe Fillon. Ceux-ci sont répartis entre  2,4  millions d’agents pour la fonction publique d’Etat, 1,9 millions pour la fonction publique territoriale et 1,1 millions pour la fonction publique hospitalière. François Fillon annonce vouloir jouer sur deux leviers pour parvenir à de telles coupes claires : le non remplacement des agents partant à la retraite et l’augmentation de la durée du travail. Examinons l’un et l’autre.

Pour ce qui est du départ à la retraite des fonctionnaires, on peut l’estimer au regard des chiffres des dernières années à environ 120.000 départs par an. Faisons le compte. Si sur la durée du quinquennat François Fillon s’engage à supprimer 500.000 postes, cela signifie qu’il entend ne remplacer qu’un fonctionnaire sur six partant à la retraite. Vous avez aimé le duo Sarkozy-Fillon qui ne remplaçait qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? Fillon tout seul c’est trois fois pire !

Mais le détail entre les fonctions publiques mérite aussi qu’on s’y arrête. Car là où Nicolas Sarkozy avait concentré le feu sur la fonction publique d’Etat, François Fillon entend s’en prendre pareillement aux trois fonctions publiques. Quand bien même le baromètre de l’Institut Paul Delouvrier fait apparaître clairement le souhait de voir préservé le budget de la santé, on constate que c’est pourtant par là que François Fillon a annoncé vouloir commencer, en mettant à mal la sécurité sociale, et désormais en poursuivant la saignée des effectifs dans la fonction publique hospitalière. Le prorata « homogène » de Serge Grouard conduirait à environ 100.000 suppressions de postes au sein de celle-ci alors même que les activités de l’Hôpital progressent de manière mécanique de 1,5 à 2% l’an. Comment y parvenir alors sinon en fermant carrément des établissements ? C’est bien ce que François Fillon suggère, lui qui parle dans son programme de « rationnalisation de la carte hospitalière » et de « reconversion d’établissements ». Moins de fonctionnaires, c’est donc une carte du service public plus diffuse et de fait l’abandon de l’ambition d’égalité entre les territoires.

La fonction publique territoriale ne sera d’ailleurs pas en reste. Avec ses 1,87 million d’agents elle représente 35% des effectifs de la fonction publique. François Fillon entend s’inspirer de François Hollande qui, en réduisant année après année les dotations des collectivités, a conduit à infléchir leurs effectifs. Le voilà qui de son côté entend poursuivre dans cette voie en passant avec elles un « contrat territorial » : l’Etat contractualiserait l’austérité contre moins d’emploi public, moins de droits et des traitements à la baisse pour les agents et le recul du service public comme l’énonçait François Fillon au Mans le 1° décembre : « On peut faire beaucoup d’économies, y compris sur l’emploi public (…) Je veux passer avec les collectivités locales des contrats de cinq ans, dès le début du quinquennat. On met tout : les économies qu’on va continuer à vous demander, la baisse des normes et des contraintes administratives qui pèsent, les charges insupportables (…) On met de la liberté sur la gestion des personnels, on met de la liberté sur votre organisation (…) ». Un modèle perdant-perdant pour les collectivités, les usagers et les administrés. Et au final la démocratie, les économies escomptées devant se faire par des mutualisations imposées à coup d’intercommunalité au détriment de la souveraineté communale.

L’autre levier concerne le travail des agents et donc le service rendu. Dans son programme, François Fillon ne s’en cache pas : « Porter à 39 heures le temps de travail des fonctions publiques qui devront montrer l’exemple, avec une compensation financière partielle et de meilleures perspectives de carrières. J’ai évoqué l’objectif de réduire de 500 000 les effectifs de la fonction publique en 5 ans. Ce chiffre correspond à l’augmentation du temps de travail. Il est aussi en ligne avec les réformes conduites au Royaume-Uni et en Allemagne qui ont permis le retour au plein emploi ». Laissons aller la comparaison dépourvue de sens avec les autres pays européens qui témoigne simplement de l’alignement filloniste avec la doxa bruxelloise. Selon l’économiste Olivier Passet interrogé par le peu marxiste journal La Tribune : « On se leurre sur le sureffectif public. Certes le poids de nos rémunérations publiques est important. Mais lorsqu’il ne l’est pas chez les autres, il faut alors s’interroger sur le poids de la sous-traitance, qui n’est rien moins qu’une embauche indirecte, comptabilisée en consommation intermédiaire, dont on aurait tort de penser qu’elle est systématiquement plus efficace et moins coûteuse pour le citoyen. D’emblée, la position française paraît bien moins atypique. Cela n’interdit pas de s’interroger sur l’écart considérable qui nous distingue de l’Allemagne, par exemple. Ensuite, il faut rapporter le nombre d’agents à la population. Ce que l’on ne sait pas bien faire, car les statuts sont très variables d’un pays  à l’autre. Néanmoins l’extravagance française paraît bien moins extravagante. Surtout si au lieu de se centrer sur les fonctionnaires, on se focalise sur l’emploi que mobilisent les différents pays sur les grandes fonctions de l’État, indépendamment du statut privé ou public : dans l’administration, la santé, l’éducation, l’action sociale notamment, il apparaît immédiatement que la France n’est pas mieux dotée  en ressources humaines que les autres, et même plutôt moins bien loties que beaucoup d’autres grands pays ». Concentrons-nous plutôt sur la « compensation financière » dont le plus important est le terme « partielle » qui y est accolé. Car François Fillon entend en parallèle réaliser 15 milliards « d’économies » ce qui signifie clairement que les 39h ne sauraient être payées 39h. C’est donc le salaire horaire des fonctionnaires qui va baisser, sans doute pour gage de leur meilleur taux de productivité dans les études européennes que François Fillon aime tant vanter !

Là où François Fillon veut détruire l’Etat comme l’analyse Jean-Luc Mélenchon, c’est le baromètre publié par l’Institut qui entend mettre ses pas dans ceux du gaulliste Paul Delouvrier, ancien résistant et chef de la division financière du commissariat au Plan (la planification, le méchant mot que voilà !), qui vient contredire le bien-fondé de son programme. Celui-ci ne correspond ni à une attente des Français, ni à un besoin de notre pays. Son annonce comme sa mise en œuvre se réduiraient à une démonstration idéologique pour continuer à laisser s’abattre la chape libérale, maintenir les esprits à terre sous le poids du mensonge des dominants et empêcher le peuple de relever la tête. L’affaire n’est pas que comptable. Elle est d’abord politique. Et n’en déplaise aux politiciens qui ressassent les idées de la fin du XXème siècle comme François Fillon, c’est désormais d’Un avenir en commun auquel notre pays aspire.

François COCQ

02 / 01 / 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recension du livre « Le vol des mots. Le voile des mots »

Francis Daspe et Céline Piot sont professeurs, historiens de formation, et militants du Parti de Gauche. En toute logique, avec Le vol des mots. Le voile des mots (Editions du Croquant, novembre 2016) ils mettent à la disposition du public un petit livre de combat fort clair, revenant aux sources de la gauche et qui vise à réarmer idéologiquement toutes celles et tous ceux que l’ère du temps laisse démunis devant la mêlée confuse du débat public.

Avec patience et pédagogie les deux auteurs ont décidé de s’attaquer aux éléments les plus massifs de la novlangue néolibérale. S’appuyant sur quelques solides références ils montrent comment, comme dans 1984, les mots servent désormais en politique à dire essentiellement autre chose que ce qu’ils veulent dire. Dès lors les règles du débat public sont perverties et la vie démocratique est en grand danger.

Les auteurs passent donc en revue les « gros mots » de la vie politique et nous donnent par la même occasion la possibilité de lister les nombreux procédés grâce auxquels le libéralisme a fini par s’appeler « néo-libéralisme ». C’est d’ailleurs un des premiers aspects de ce hold up politique sur les mots : parvenir à faire croire que la défense de l’ordre établi et des riches est la position la plus moderne ; mais il en existe bien d’autres…

La substitution d’un terme à un autre est une figure récurrente de cette rhétorique. Elle se décline selon deux variantes : dans un cas, par atténuation, cette substitution vide le mot de sa substance et pour ainsi dire le stérilise de toute potentialité émancipatrice ; c’est le cas lorsque vous remplacez « gouvernement » par « gouvernance ». Le glissement discret fait basculer le citoyen d’un ordre politique où la décision lui revient, fût-ce par l’entremise de ses représentants, à une technocratie opaque où les experts se chargent d’applique la seule politique possible, puisque comme s’est évertuée à l’inculquer Margaret Thatcher, « there is no alternative ».

Dans un autre cas de figure, la substitution cherche à discréditer le terme initial : faites d’un laïque un « laïcard » et vous pourrez sereinement vous vanter d’être catholique et gaulliste comme certain candidat à la présidence de la République ; ajoutez un « -isme » à un mot et vous pourrez aller jusqu’à défigurer la devise de la République en étant chef du parti Les Républicains : on pense évidemment au procès sommaire que Nicolas Sarkozy et la droite en général font à l’égalitarisme pour mieux faire renoncer nos concitoyennes et concitoyens à tout désir d’égalité. En politique aussi, qui veut tuer son chien, l’accuse d’avoir la rage.

Il faut aussi débusquer les vocables utilisés en raison de leur puissance de sidération. L’un des plus emblématiques est sans doute « compétitivité » : il semble le fin mot du libéralisme, culpabilise et angoisse les travailleurs et les laisse désemparés devant les exigences jamais satisfaites du dieu marché. Il porte avec lui tout un imaginaire où le monde se partage entre « winners » et « losers » – à ce propos, c’est un léger manque du livre que de faire l’impasse sur l’anglomanie néolibérale.

L’euphémisme, qui est une des astuces les plus utilisées dans la langue de bois néolibérale peut carrément devenir falsification. Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen se sont particulièrement illustrés dans l’accaparement des mots des autres. La stratégie de « triangulation » initiée par les conseillers de Tony Blair, qui consiste à employer les mots de l’adversaire, a fait florès et de nombreux dégâts : c’est ainsi que des candidats de droite réactionnaire et d’extrême-droite en viennent à citer Jean Jaurès ou Guy Môquet. Mais l’exemple le plus criant de falsification est donné sans doute par le mot « gauche » ou encore le mot « socialiste » que les hommes de la rue de Solférino se sont employés avec constance et efficacité à vider de leur substance, en particulier sous le Gouvernement de Manuel Valls.

A force de « transgresser les tabous de la gauche», comme aiment à dire les journalistes, il ne reste en vérité presque plus rien pour séparer la droite de cette gauche-ci. Le discrédit se porte alors sur l’ensemble du spectre politique qui revendiquait cette appellation et place devant une cruelle alternative celles et ceux qui ont dû se résigner à s’appeler « l’autre gauche » : faut-il, oui ou non, renoncer au mot gauche quand on défend le progrès et pour lui substituer quoi ? Cette question posée par l’épuisement du signifiant « gauche » est d’ailleurs l’une des quelques occasions pour les auteurs de questionner la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, que par ailleurs ils soutiennent activement. Les lecteurs verront effectivement affleurer moins qu’un doute, le souci que le tournant populiste ne conduise à jeter le « bébé avec l’eau du bain ». S’il est vrai que le mot gauche est « dévoyé » il demeure un point de repère important pour des centaines de milliers de personnes : la salutaire entreprise de France Daspe et Céline Piot consiste à réinscrire ce repère dans le paysage mental du plus grand nombre. Avec quel espoir de réussite ? Nul ne sait et après tout, cela n’est pas nécessaire : il suffit de faire ce que l’on doit.

Et puis, après tout, sur les voies de la clarification politique, faut-il revenir aux fondamentaux ou solder les comptes ? Les faits sont en train de trancher la question.

Aurélien SAINTOUL

Janvier 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

Agenda des réunions de l’AGAUREPS-Prométhée

Mardi 14 février 2017 à MONT-DE-MARSAN à 19 heures

Salle Georges Brassens, 285 rue Pierre Benoît

« Le sens des mots. Pour une reconquête culturelle »

 

Francis DASPE et Céline PIOT présenteront leur livre intitulé « Le vol des mots. Le voile des mots » (éditions du Croquant, novembre 2016)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 16 février 2017 à BAZAS à 19 heures

Salle Gérard Bonnac, Place de la cathédrale

 

« Pour la reconquête du sens des mots »

 

Francis DASPE présentera le livre intitulé « Le vol des mots. Le voile des mots », co-écrit avec Céline PIOT (éditions du Croquant, novembre 2016)

Tagué , , , , ,

Santé et Education, une communauté de destin

Tribune parue sur le site de l’Humanité mardi 20 septembre 2016

http://www.humanite.fr/sante-et-education-une-communaute-de-destin-628879

flyer-vmvm-2-page-001

Francis DASPE, secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, est co-auteur avec Céline Piot du livre « Le vol des mots, le voile des mots » (éditions du Croquant, octobre 2016)

 

La santé et l’éducation ont partagé une communauté de destin au cours de l’Histoire. Ces deux activités furent prises en charge par l’Eglise : à ce titre, elles relevaient du champ de la charité. Le combat laïque et ouvrier, en un mot républicain, s’est évertué à les transférer dans le champ de la solidarité et de l’intérêt général. Ce fut l’objet des lois Ferry de 1881/1882 et de l’avènement de la Sécurité sociale en 1945, étapes décisives.

Education et santé subissent aujourd’hui une offensive libérale de grande ampleur visant à leur démantèlement. Marchandisation et privatisation constituent les deux leviers de l’entreprise de destruction. Le projet de François Fillon de « redressement » de la Sécurité sociale est particulièrement illustratif de la tendance.

Une de ses propositions majeures vise à redéfinir les rôles respectifs de l’assurance publique et de l’assurance privée. L’assurance-maladie (publique) serait invitée à se recentrer sur les affections graves ou de longue durée : ce serait le panier de soins dit « solidaire » ; les autres dépenses du quotidien jugées moins graves devraient être prises en charge par l’assurance complémentaire : ce serait le panier de soins dit « individuel » (en d’autres termes il y aurait déremboursement de certains soins). On peut au passage relever le non sens que constitue la supposée « moindre gravité ». Tout peut devenir grave s’il n’est pas soigné à temps, d’autant plus que la hausse des renoncements aux soins devient un inquiétant problème de santé publique. C’est un raisonnement de la même veine que celui de Marine Le Pen pensant que les microbes disposeraient (ou pas) de papiers…

La parallèle santé / éducation prend alors tout son sens. C’est instaurer une santé à deux vitesses, comme le socle commun de compétences fait triompher une vision minimaliste et utilitariste des savoirs dans l’éducation. C’est dérouler le tapis rouge aux intérêts du privé qui s’engouffreront dans la manne que représentent les soins non remboursés par l’assurance-maladie publique. Comme les officines de cours privés ont saisi l’occasion de compenser la transmission de savoirs rabougris et racornis du socle, en bénéficiant de surcroît d’exonérations fiscales. Le panier de soins individuel fait penser au chèque éducation que les libéraux rêvent de mettre en place pour parachever le grand marché de l’éducation auquel ils aspirent. La marchandisation et la privatisation de la santé trouve son pendant dans la notion d’investissement éducatif que les libéraux veulent imposer aux familles pour le seul bénéfice d’intérêt privés.

Il existe un point commun à ces évolutions constatées dans l’éducation et la santé : François Fillon. Ministre de l’éducation nationale, il avait porté la loi d’orientation d’avril 2005 qui instaurait le socle commun, repris ensuite par la loi Peillon de juillet 2013. Désormais candidat aux présidentielles,  il annonce vouloir procéder à la désintégration de la branche maladie de la Sécurité sociale, après avoir porté de rudes coups à une autre branche, celle des retraites par répartition.

 

Tagué , , , , ,

LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 124 NOVEMBRE / DECEMBRE 2016

N° 124 – Novembre / Décembre 2016

Sommaire du numéro 124

  • Editorial de Sylvie PUJADE : « Le sens des mots et l’hégémonie culturelle» page 2
  • Tribune de François COCQ : « La laïcité pour la nulle : rappels à Madame Le Pen» page 3
  • Tribune de Francis DASPE : « L’investissement éducatif au cœur des réformes contre-libérales» page 5
  • Tribune de Pascal LANGLOIS : « Lorant Deutsch et l’Histoire : pour un enseignement débarrassé des charlatans et des idéologies nationales» page 7
  • Texte de François COCQ : « Macron : sortie de route» page 9
  • Bibliographie page 11
  • Agenda des réunions de l’AGAUREPS-Prométhée page 14
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2016 page 15

 

 

Le sens des mots et l’hégémonie culturelle  

Dans ses Cahiers de prison, rédigés entre 1926 et 1937, le théoricien politique italien Antonio Gramsci indiquait que la maîtrise du vocabulaire est nécessaire dans le combat pour l’hégémonie culturelle et politique. De plus en plus de mots sont détournés de leur sens originel, falsifiés, devenant l’enjeu de batailles idéologiques. On sait bien que les mots varient en fonction du contexte social et politique dans lequel ils évoluent.

Le combat idéologique a constitué une des raisons d’être de l’AGAUREPS-Prométhée. En témoigne son inlassable travail depuis près de 14 ans maintenant. C’est avec fierté que nous voyons plusieurs de nos camarades confirmer par leurs écrits l’engagement de l’AGAUREPS-Prométhée en première ligne pour la reconquête de l’hégémonie culturelle.

C’est le cas récemment du livre de Céline Piot et Francis Daspe qui vient de sortir aux éditions du Croquant en novembre 2016. Il dénonce cette « grammaire du renoncement », qui justifie le titre de l’ouvrage[1]. Il en va de même du livre sur la laïcité de François Cocq (co-écrit avec Bernard Teper, éditions Eric Jamet) sorti quelques semaines auparavant. L’actualité nous montre à quel point la laïcité est instrumentalisée à des fins opposées à son ambition originelle[2]. Dès la fin des vacances, Francis Daspe, en coopération avec Paul Vannier, avait appliqué au champ de l’éducation la nécessité du combat des idées[3].

L’activité de l’AGAUREPS-Prométhée se poursuit bien évidemment au quotidien. Cette Lettre du mois en offre des exemples avec quelques tribunes. C’est ainsi que François Cocq montre à quel point Emmanuel Macron vole les mots pour les vider de leur substance. Sans nul doute qu’un examen approfondi de la sémantique de Macron donnerait matière à alimenter une suite au vol des mots.  Quant à Marine le Pen, le dévoiement de la laïcité est sidérant par son caractère décomplexé. Une version de la « société du spectacle » théorisé par Guy Debord est mise en exergue par Pascal Langlois avec Lorant Deutsch qui tord la réalité historique à fins idéologiques. C’est aussi Francis Daspe qui montre à quel point la notion d’investissement éducatif constitue le cheval de Troie des politiques libérales qui déstabilisent l’école de la République.

Céder sur les mots équivaut à céder sur les choses. Sans contexte, il ne reste que des croyances. Les mots traduisent des équilibres issus de rapports de force entre le peuple et les élites. Sans aucun doute des livres utiles pour les fêtes de d’année…

Sylvie PUJADE 10 / 11 / 2016

 

 

La laïcité pour la nulle : rappels à Madame Le Pen 

Tribune parue le 18 octobre 2016 sur le site du Plus de L’Obs sous le titre « La religion a inventé la laïcité ? Quelques rappels utiles à Marine Le Pen ».

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1567369-la-religion-catholique-a-invente-la-laicite-quelques-rappels-utiles-a-marine-le-pen.html

François COCQ est président de l’AGAUREPS-Prométhée et co-auteur avec Bernard TEPER de « La Laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation, aux éditions Eric Jamet éditeur, octobre 2016.

Et soudain, Marine Le Pen a surgi au bout du fil. Alors que ce lundi 17 octobre l’animateur de RMC Jean-Jacques Bourdin rappelle la volonté du Front national d’interdire les signes religieux ostentatoires dans l’espace public, la candidate Le Pen dégaine son téléphone pour confirmer cette position avant d’afficher sa pseudo-laïcité à visée sélective en rhabillant la laïcité en fille aînée de l’Eglise : « la religion catholique n’a pas de signe ostentatoire et pour une raison simple, c’est peut-être parce c’est elle qui a inventé en réalité la laïcité ».

La provocation est bien sûr grossière et absurde et chacun a conscience de la manière dont la loi de 1905 a été arrachée à l’Eglise catholique qui n’a d’ailleurs depuis eu de cesse de reconquérir du terrain, comme en attestent les irruptions intempestives du Pape dans nos affaires intérieures. Chacun mesure tout autant à quel point la laïcité est le fruit d’une lente sédimentation d’insoumissions individuelles et collectives qui, du gallicanisme au déisme en passant par la philosophie des Lumières, ont permis d’ouvrir un chemin vers l’émancipation en permettant à chaque être humain de devenir maître de sa réflexion sur l’infini et de l’éventuelle perspective spirituelle qu’il y attache en étant libéré des vieilles chaînes de l’aliénation religieuse.

 

Ce propos ne doit donc pas nous détourner de la mesure préconisée par Madame Le Pen sur l’interdiction de signes religieux ostentatoires dans l’espace public, entendre dans la rue comme elle l’a confirmé à l’antenne: « Il est temps d’élargir la loi de 2004 pour nous permettre d’interdire au nom de la laïcité tous les signes ostentatoires dans l’espace public, ce qui permettra également de les interdire dans les entreprises ». Cette proposition, à visée grossièrement électoraliste, est autrement plus dangereuse en ce qu’elle nie en son fondement le principe de laïcité et notamment la liberté de conscience qui y est attachée.

Madame Le Pen use ainsi d’une définition fourre-tout de l’espace public et de l’espace privé. C’est au prix de cette confusion qu’a émergé au cœur de l’été le débat sur le burkini. Souvenons-nous : il était au départ question d’usage dudit habit de bain dans le cadre d’une journée privée dans un parc de loisir privé. Front National et élu-e-s en tous genres en pertes de repères s’en sont pourtant saisis pour vouloir faire interdire la manifestation. Avant que de porter la revendication d’interdiction sur les plages, espace public estival, et de servir ainsi la victimisation dont use l’islamisme pour agréger autour d’une identité non plus spirituelle mais politique.

 

Marine Le Pen confirme donc la manœuvre et le piège tendu par le Front national et ses porteurs de parole comme Nicolas Sarkozy. Considérer comme espace public tout ce qui est situé hors les murs est un voile jeté sur la liberté de conscience. La laïcité est au contraire le principe d’organisation sociale et politique qui assure le plus haut degré de liberté en garantissant la liberté de conscience et en refusant tout préalable religieux pour adhérer à la communauté politique des citoyens. Elle doit pour cela non pas se contenter de distinguer la sphère publique de la sphère privée mais exiger la stricte séparation entre la société civile d’une part et les sphères de l’autorité politique et de constitution des libertés de l’autre (école, services publics, protection sociale). Autrement dit, c’est la nature de l’activité qui définit l’application dans l’espace du principe de laïcité et non pas la géographie. Les signes religieux ostentatoires sont interdits à l’école non pas parce que l’école n’est pas la maison mais parce que l’école est publique, gratuite, laïque et obligatoire et qu’elle est le lieu commun de l’acquisition des savoirs et de la construction individuelle et collective de l’enfant, sujet politique en devenir.

Réfléchissons-y un instant. Si les signes religieux étaient interdits dans tout l’espace public, la possibilité de vivre sa conviction religieuse serait renvoyée aux seuls espaces non pas privés mais personnels et communautaires, autrement dit la maison et les lieux de culte. L’attachement à la foi pourtant garanti par la liberté de conscience devrait ainsi être caché. Voilà bien sûr qui contrevient à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui proclame que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi ». Les conséquences en seraient terribles, allant du repli sur soi à la fortification du lien communautaire et identitaire.

 

Dans sa pseudo-laïcité anti-islam, Marine Le Pen fait le jeu du courant politique qu’est l’islamisme et qui nourrit son versant djihadiste qui frappe à travers le terrorisme. La même use pourtant des mêmes ressorts identitaires pour stigmatiser nombre de nos compatriotes par des amalgames sordides entre l’islam, qui est une religion et dont la foi et la pratique relèvent de la liberté de conscience de chacun et doivent être à ce titre garanties, et l’islamisme qui sous couvert de spirituel est en réalité une forme particulière de l’islam politique dont l’irruption dans le champ temporel doit être combattue.

La place et le rôle accordés à la laïcité sont l’un des éléments structurants du débat public à l’approche des échéances électorales de 2017. Deux axes antagonistes peuvent guider la campagne et le scrutin qui s’en suivra : soit la fragmentation entre ce qui nous distingue, soit le rassemblement sur ce qui nous rassemble. La laïcité est l’ennemi du premier et le vecteur du second. Madame Le Pen est le vecteur du premier et l’ennemi du second.

François COCQ

 

 

 

L’investissement éducatif au cœur des contre-réformes libérales

Tribune parue le 30 août 2016 sur le site de Politis.

http://www.politis.fr/articles/2016/08/linvestissement-educatif-au-coeur-des-contre-reformesliberales-35250/

Francis Daspe est co-auteur avec Paul Vannier du livre « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, août 2016). Il est également responsable de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée.

 

En matière d’éducation, les contresens idéologiques et les renoncements politiques ont caractérisé le quinquennat qui s’achèvera l’an prochain. Un verdict identique serait valable pour le précédent quinquennat. Un dénominateur commun solidarise en effet les politiques menées par Nicolas Sarkozy et François Hollande : le concept d’investissement éducatif. C’est un véritable venin qui catalyse les dernières réformes éducatives.

Le principe de base est fort simple. Pour les libéraux, le rôle de la puissance publique doit se limiter à la transmission de connaissances de base aux élèves. Celles-ci correspondent grosso modo aux apprentissages fondamentaux déclinés dans la version minimaliste et utilitariste du socle commun de compétences de la fin de la scolarité obligatoire au collège. Toute acquisition de savoirs au-delà de ce « smic culturel » est susceptible de permettre à celui qui en est le bénéficiaire d’accéder à un métier lui permettant des gains financiers dans sa future vie professionnelle d’adulte. Par conséquent, les libéraux considèrent que l’opération doit relever d’un investissement de la part des familles, et non pas être une dépense de la puissance publique. Un investissement d’ordre éducatif en somme.

Cette logique trouve sa traduction concrète dans certaines réalités et certains projets. La très contestée réforme du collège l’illustre parfaitement, par le rabougrissement organisé des savoirs transmis. C’est le cas aussi de la floraison des officines de soutien scolaire censées compenser, pour ceux qui en ont les moyens, les insuffisances d’une transmission de savoirs ainsi volontairement rabougris. Cela va de pair avec les exonérations fiscales dont bénéficient les cours particuliers financés par les familles à leurs rejetons. Et au final, Acadomia prospère… Il est vrai que ces dépenses génèrent des flux financiers en circuit fermé : l’argent ne sort pas réellement de l’entre-soi de l’oligarchie. Il faut bien fluidifier le système, tout en écartant les autres dont la promotion pourrait troubler cette élite déjà installée…

La logique du chèque éducation s’inscrit pareillement pleinement dans le cadre de l’investissement éducatif. Chaque famille doit être responsable de ses choix en matière de scolarité des ses enfants. Il convient alors de faire jouer la concurrence en évoluant dans le labyrinthe d’un système éducatif transformé en marché. Le triptyque infernal des libéraux peut donc se mettre en route pour produire ses effets dévastateurs : individualiser, responsabiliser, culpabiliser. L’absurde de cette logique conduit à l’endettement des familles les plus modestes pour financer les études des enfants. Et c’est ainsi que l’on crée le scandale de la dette étudiante, explosif dans les pays anglo-saxons, en passe de le devenir de manière semblable en France. Ou celui des étudiants salariés, principale cause de l’échec au niveau du Supérieur.

Pour l’Ecole de la République, la menace porte un nom : la financiarisation de son fonctionnement et la marchandisation des savoirs. Il y a un danger mortifère à concevoir l’organisation de l’école comme un marché. L’idéologie dominante n’a pas épargné l’école, octroyant une place considérable aux concepts liés à l’économie de marché. Ces concepts agissent, en toute circonstance, comme une vérité révélée. Le dogme de la main invisible et les autres arguments métaphysiques du libéralisme ont été introduits dans le système éducatif. Ils y sont à l’œuvre et y impriment puissamment leur marque. Il y a bien urgence à contrecarrer la notion d’investissement éducatif si l’on veut éviter que ce venin ne paralyse l’école de la République.

Francis DASPE

 

 

Lorant Deutsch et l’Histoire : pour un enseignement débarrassé des charlatans  et des idéologies nationales

Pascal LANGLOIS est membre de l’AGAUREPS-Prométhée. Se définissant comme républicain et socialiste insoumis, il est également militant syndical dans l’Education nationale.

 

La polémique récente suscitée par la venue de Lorànt Deutsch, comédien et auteur d’ouvrages de vulgarisation de l’Histoire de France, au salon Histoire de Lire de Versailles prévu le 4 novembre 2016 (1), montre à quel point l’enseignement de cette discipline est un enjeu politique qui met à mal le respect de la laïcité à l’école.

Le comédien était l’invité du salon Histoire de Lire de Versailles, une initiative du Conseil Départemental des Yvelines présidé par Pierre Bédier et appuyée par l’Inspection pédagogique régionale d’histoire-géographie auprès des chefs d’établissements, pour parler de l’Histoire de France aux élèves de toutes les classes de Quatrième de la ville de Trappes. Cette conférence, en fait obligatoire pour les élèves comme pour leurs professeurs, a été déclinée par quelques enseignants qui ont dénoncé « fermement le projet et les principes qui l’animent », à savoir « faire aimer la France et la République au travers d’une histoire présentée sous la forme d’un roman national » (2).

La réaction de ces enseignants relève d’abord du principe de liberté pédagogique, reconnu dans leur statut, mais également par le fait qu’il ne relève pas de leur rôle de « faire aimer la France », contrairement à ce qu’affirme un conseiller départemental divers droite des Yvelines qui souhaite que « l’enseignement de l’histoire de France nous rendre fiers de ce que nous sommes à travers l’enseignement des grandes figures ».

Il faut dire que Lorànt Deutsch, royaliste proclamé qui se définit comme un passionné d’histoire non militant, n’a pas laissé indifférents les enseignants d’Histoire à la suite de ses publications de vulgarisation qui ont eu un énorme succès de librairie. « Approximations historiques », « partis pris idéologiques », « erreurs sur la méthode » lui sont reprochés notamment quand il évoque la bataille de Poitiers gagnée par le très chrétien Charles Martel sur les Sarrasins musulmans en 732, épisode particulièrement polémique récupéré par les militants identitaires et d’extrême droite en général (3). D’ailleurs, lors de la polémique qui suivit la publication de ces ouvrages, le journal très à droite Valeurs Actuelles fut le seul à prendre la défense de cet historien improvisé (4).

Ainsi donc, sur la pression d’un conseil départemental de droite relayé par les autorités académiques, un comédien-écrivain aux idées royalistes assumées peut être promu professeur d’Histoire auprès de collégiens !

L’enseignement de l’Histoire ne se résume aux anecdotes et aux images d’Epinal de la vie des grands personnages qui l’ont marquée ; c’est, comme le souligne justement ces professeurs, « une science qui permet de comprendre le passé par une étude critique et dépassionnée » et « d’amener les élèves vers la connaissance ».

C’est ce qui fait que l’école, l’enseignement, l’éducation, par le nécessaire respect du principe de laïcité, doivent être préservés de l’influence des charlatans comme des idéologies politiques nauséabondes. On ne forme pas des citoyennes et des citoyens capables de penser par eux-mêmes en leur enseignant une discipline, l’Histoire, de manière biaisée et idéologiquement orientée.

(1) http://www.leparisien.fr/trappes-78190/trappes-la-conference-de-lorant-deutsch-pour-les-collegiens-fait-des-histoires-19-10-2016-6228810.phpv

(2) https://aggiornamento.hypotheses.org/3533

(3) https://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/07/10/histoire-polemique-autour-du-metronome-de-lorant-deutsch/

(4) https://www.valeursactuelles.com/trappes-un-professeur-dhistoire-nest-pas-la-pour-faire-aimer-la-france-65824

Pascal LANGLOIS Novembre 2016

 

 

 

Macron : sortie de route  

Note de blog de François COCQ

https://cocq.wordpress.com/2016/10/12/macron-sortie-de-route/

 

Emmanuel Macron tenait mardi 11 octobre au Mans le deuxième de ses trois prétendus rendez-vous de « diagnostic ». Si l’ex-ministre refuse d’endosser un programme, ses constats tiennent pourtant déjà de la feuille de route : « La première cause profonde du chômage, c’est notre modèle de protection sociale et son financement » a-t-il ainsi lancé. En rejetant la responsabilité du chômage sur les salariés et sur le lien social qui les unit, Emmanuel Macron ne se contente pas d’assumer sans ambages son néo-libéralisme, il déconstruit l’idée même de collectif humain au profit du culte de l’individualisme. Sortie de route.

« La première cause profonde du chômage, c’est notre modèle de protection sociale et son financement. […] La deuxième, cause du chômage français, ce sont les normes : trop rigides, trop nombreuses, trop instables ». En abordant d’un côté la protection sociale et de l’autre la régulation (ou la dérégulation en l’occurrence) du marché du travail, Emmanuel Macron s’en prend dans son ensemble à ce qu’il est convenu d’appeler notre « modèle social ». Sans surprise, sur le deuxième aspect, l’ex ministre qui s’est fraîchement auto-exfiltré du gouvernement pour cause d’ambitions personnelles, revendique son néolibéralisme. Il dénonce ainsi les normes qui régissent le droit du travail, considérant qu’« elles apparaissent comme des boucliers mais se révèlent des murailles ».  Eminence grise de la loi El Khomri de sinistre mémoire qui introduit l’inversion des normes, il persiste et signe : « J’assume totalement le principe d’inversion des normes. Il faut transférer la fabrication des normes aux branches et aux entreprises ». Il n’y a donc rien à attendre de ce côté, Emmanuel Macron est un néolibéral qui s’assume.

L’élément nouveau provient de la responsabilité première, la culpabilité même, qu’accorde Emmanuel Macron à notre modèle de protection sociale. Entendons-nous : la protection sociale est l’ensemble des mécanismes de prévoyance collective qui permettent aux individus ou aux ménages de faire face financièrement aux conséquences des risques sociaux, c’est-à dire-aux situations pouvant provoquer une baisse des ressources ou une hausse des dépenses. La protection sociale a donc à la fois des objectifs matériels et sociaux (réduire l’inégalité dans les risques de la vie et assurer aux individus un minimum de revenus leur permettant d’être intégrés à la société). Là où la protection sociale est donc conçue comme une réponse aux risques sociaux, elle se transforme chez Emmanuel Macron en pêché originel. Par nature, le haut niveau supposé de protection sociale des salariés engendrerait selon lui le chômage. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ne disent pas autre chose avec leur discours sur « l’assistanat ». Ce ne sont donc plus seulement les normes qu’Emmanuel Macron entend inverser mais bel et bien la responsabilité du chômage qui serait le fait de l’individu.

A ce titre, Emmanuel Macron va plus loin lorsqu’il évoque le rôle négatif que joueraient notre modèle de protection sociale… et « son financement ». En effet, dès lors que la responsabilité du chômage repose sur l’individu, celui-ci devient à titre personnel comptable de son emploi… ou de son non-emploi. Chacun est donc appelé à capitaliser à titre individuel dans un modèle à l’anglo-saxonne. Ce faisant, en détruisant l’architecture de notre modèle social, Emmanuel Macron délite ce qui « fait société ». Dans la République française, le peuple n’est pas une juxtaposition d’individus. Il se définit en tant que corps politique constitué qui a justement fait le choix d’une construction collective qui seule permet d’affirmer le travail en tant que droit. Le préambule de la constitution 1946 repris dans celle de 1958 l’affirme d’ailleurs avec force : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ». La sortie mancelle d’Emmanuel Macron n’est donc pas seulement qu’un énième tête-à-queue néolibéral mais bel et bien une queue de poisson faite au peuple. Sortie de route.

François COCQ 12 / 10 / 2016

 

Agenda

A Bordeaux, le 23 / 11 / 2016

Chers camarades,

L’AGAUREPS-Prométhée vous convie

Le vendredi 9 décembre 2016 à BORDEAUX

Athénée municipal, Place Saint-Christoly à partir de 19 heures 30

à une conférence / débat

« Après deux quinquennats de casse, quelle école pour la 6° République ? »

Francis DASPE, président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, présentera son nouveau livre, « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, août 2016, réédition octobre 2016

Animation Marin AURY

Amitiés républicaines et sociales

Pour l’AGAUREPS-Prométhée,  le Secrétaire général  Francis Daspe

 

 

 

[1]  Francis DASPE et Céline PIOT, Le vol des mots, le voile des mots, éditions du Croquant, novembre 2016

[2] François COCQ et Bernard TEPER, La laïcité pour 2017 et au-delà. De l’insoumission à l’émancipation, Eric Jamet éditions, octobre 2016

[3] Francis DASPE et Paul VANNIER, Manifeste pour l’école de la 6° République, éditions du Croquant, août 2016, réédition novembre 2016

Tagué , ,

Réunion sur l’éducation de l’AGAUREPS-Prométhée à Mont-de-Marsan

mesr

Chers camarades,

L’AGAUREPS-Prométhée vous convie

Le vendredi 21 octobre 2016 à MONT-DE-MARSAN

Salle du Petit Bonheur,

Rue de la Ferme de fatigue

à partir de 19 heures

 

à une conférence / débat

« Après deux quinquennats de casse, quelle école pour la 6° République ? »

 

Francis DASPE, président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, présentera son nouveau livre, « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, avril 2016)

 

Animation Céline PIOT

 

Amitiés républicaines et sociales

Pour l’AGAUREPS-Prométhée,  le Secrétaire général  Francis Daspe

Tagué , , , , ,

Conférence / débat sur l’éducation à Bazas de l’AGAUREPS-Prométhée

Après deux quinquennats de casse, quelle école pour la 6° République ?

mesr

L’AGAUREPS-Prométhée organise une conférence / débat sur l’éducation à Bazas vendredi 30 septembre 2016, salle Gérard Bonnac, à partir de 20 heures 30 (place de la Cathédrale).

Le thème sera « Après deux quinquennats de casse, quelle école pour la 6° République ? ».

 

Francis DASPE, président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, présentera son nouveau livre, « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, avril 2016).

Patrice KADIONIK, universitaire et conseiller municipal divers gauche de Bazas, évoquera la situation de l’enseignement supérieur.

 

Cinq ans après l’engagement du candidat Hollande à consacrer à l’école les moyens qui lui avaient été retirés par Nicolas Sarkozy, cet ouvrage établit un inventaire de la continuité entre la politique éducative de la droite et de l’actuel gouvernement : mise en place des rythmes scolaires, contre-réforme du collège, remises en cause de la gratuité, de l’égalité et de la laïcité.

À un an de l’élection présidentielle, c’est l’occasion de la formulation d’un autre projet pour l’école dans une autre République.

Entrée libre.

Tagué , , , , ,

Après deux quinquennats de casse, quelle école pour la 6° République ?

mesr-2-page-001

L’AGAUREPS-Prométhée organise une conférence / débat sur l’éducation à Thuir, mardi 27 septembre 2016, salle Anis, Maison des Jeunes et de la Culture (2° étage), à partir de 19 heures.

Le thème sera « Après deux quinquennats de casse, quelle école pour la 6° République ? ».

Francis DASPE, président de la Commission nationale Education du Parti de Gauche et secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, présentera son nouveau livre, « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, avril 2016).

 

Cinq ans après l’engagement du candidat Hollande à consacrer à l’école les moyens qui lui avaient été retirés par Nicolas Sarkozy, cet ouvrage établit un inventaire de la continuité entre la politique éducative de la droite et de l’actuel gouvernement : mise en place des rythmes scolaires, contre-réforme du collège, remises en cause de la gratuité, de l’égalité et de la laïcité.

À un an de l’élection présidentielle, c’est l’occasion de la formulation d’un autre projet pour l’école dans une autre République.

Entrée libre.

 

Tagué , , , , ,