De la souveraineté et des agioteurs

La crise sanitaire du Coronavirus ou Covid-19 est au cœur des préoccupations et des débats politiques actuels. C’est bien légitime, au regard de l’urgence du quotidien pour le plus grand nombre d’entre nous. C’est bien légitime, au regard des questions purement politiques qu’elle pose sans ménagement à chacun d’entre nous, et en premier lieu aux différents responsables, d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Sans nul doute, celle de la souveraineté se trouve parmi les plus structurantes, offrant une grille d’analyse pour le moins sensible et pertinente.

 

La mise en lumière de certains cas se révèle particulièrement significative. C’est ainsi que l’usine Luxfer, à Gerzat, près de Clermont-Ferrand, doit fermer. L’annonce de la fermeture définitive avait été faite fin novembre 2018 par le groupe basé à Nottingham, en Angleterre, malgré les actions des salariés qui contestaient en justice leurs licenciements en s’appuyant sur une décision de l’inspection du travail remettant en cause le motif économique. Cette usine est la seule en Europe à produire des bouteilles d’oxygène médical, nécessaires pour faire face aux détresses respiratoires. Cette usine avait été rachetée en 2001 par Luxfer à une filiale de Pechiney-Rhenalu.

Il en va de même pour l’usine Famar près de Lyon, à Saint-Génis-Laval. Elle se trouve en redressement judiciaire depuis le 24 juin dernier. Elle est la seule habilitée à produire de la nivaquine (chloroquine) pour Sanofi pour le marché français. La chloroquine est une molécule actuellement testée contre le coronavirus, au-delà des polémiques avec le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU (Institut Hospitalier-Universitaire) Méditerranée Infection de Marseille. L’usine de Saint-Genis-Laval appartient au façonnier grec Famar, contrôlé par le fonds d’investissement KKR. Le terme « façonnier » désignant une entreprise sous-traitante ou d’externalisation dans la fabrication de produits pharmaceutiques. L’usine de Saint-Génis-Laval est dépendante d’un principe actif fabriqué en Inde, et qui ne devrait pas être disponible avant deux mois.

Dernier exemple, celui de l’usine Giffard à Plaintel, en Bretagne, qui fabriquait des masques de protection respiratoire. En 2018, huit ans après son rachat, le groupe américain Honeywell a fermé le site de fabrication, avec le licenciement de la quarantaine de salariés. Pire, l’outil de production  a été sciemment sabordé : les machines les plus simples ont pris le chemin de la Tunisie tandis que les lignes automatiques de fabrication des masques ont été détruites, vendues à ferrailleur. Une preuve supplémentaire si besoin était de l’impératif absolu de ne jamais laisser détruire l’outil industriel du pays, surtout quand il concerne des produits stratégiques ou vitaux comme ceux en lien avec la santé.

 

Mais ces exemples pourraient être aisément dupliqués à d’autres secteurs économiques tout autant stratégiques. C’est le cas dans d’autres branches de l’industrie, dans le domaine de l’alimentation, dans celui de l’énergie, ou encore dans le secteur des activités de défense. Nous sommes directement confrontés à la fable de la prétendue mondialisation heureuse.

Au nom des vertus d’une interdépendance supposée harmonieuse, on est parvenu à créer des pénuries en fermant des unités de production. Parfois en les  délocalisant dans d’autres pays, parfois en stoppant la production définitivement, parfois en transférant le savoir-faire et les brevets à d’autres concurrents. Cette fable de l’interdépendance à finalement généré des dépendances plus que fâcheuses. C’est à un véritable « désarmement industriel » auquel cette inconséquence a conduit. C’est à un dramatique affaissement de notre souveraineté auquel nous sommes désormais confrontés. Ce sont des choix politiques qui ont présidé à ces catastrophes dont nous payons aujourd’hui le prix fort.

Les responsables (à défaut d’être coupables ?) sont bien identifiés. Il s‘agit de politiques fondées sur la recherche de profits maximisés par des calculs de court-terme. Il s’agit d’acteurs, politiques et/ou économiques, en adéquation avec cette logique mortifère : firmes transnationales, fonds de pensions, boursicoteurs de tout poil etc.

 

La situation historique n’est cependant pas nouvelle. Les faits attestent de la permanence de ce genre de personnages. Sous l’Ancien Régime, puis au moment de la Révolution française, ils étaient appelés « agioteurs » ou « accapareurs ». Ou encore de manière plus prosaïque « affameurs ». Hier comme aujourd’hui, ils font fi de l’intérêt général, à la recherche compulsive de profits. Ils spéculent comme une seconde nature. Car toutes les situations actuelles décrites s’inscrivent dans cette grille de lecture des agioteurs. Le moteur des décisions prises se rapporte d’une manière ou d’une autre à un choix spéculatif. Ils n’hésitent pas à le faire pour les produits alimentaires, provoquant à l’occasion des émeutes de la famine sur tous les continents désormais. Ils ferment des sites de productions en tablant sur une augmentation des prix ou une envolée des cours boursiers. Le virus de la spéculation insensée est extraordinairement virulent et meurtrier.

Pourtant, le savoir-faire des travailleurs français, quels que soient les niveaux de qualification et les places dans le processus de production, est considérable et reconnu. Ceci grâce à la valeur d’un système éducatif qu’il est hélas de bon ton de dénigrer dans une délétère logique « décliniste », tout en veillant à le priver méthodiquement des moyens nécessaires. Exactement le sort réservé à l’Hôpital et à la santé, dont on s’aperçoit des graves conséquences… Les propos de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, laissant accroire que les enseignants seraient totalement inactifs en cette période de confinement et de fermeture des établissements scolaires, expriment un mépris crasse des réalités quotidiennes vécues. Elle était déjà prête à les réquisitionner, voire à les enrégimenter, pour aller ramasser les fruits et les légumes dans les champs. Nous adressons toute notre solidarité et notre reconnaissance aux enseignants et aux autres personnels de l’Education nationale si injustement stigmatisés de la sorte. Ainsi qu’à l’ensemble des fonctionnaires dont on se rend compte qu’ils ne sont finalement pas trop nombreux comme le rabâchent certains oiseaux de mauvais augure…

 

Cette crise sanitaire montre l’enjeu de regagner des parts conséquentes de souveraineté, non seulement dans le domaine pharmaceutique ou médical, mais aussi de manière plus globale et plus large. Il devient plus que jamais urgent de mettre fin à l’idéologie du tout marché. C’est d’intérêt général dont il s’agit. Un intérêt général que tous les « agioteurs » des temps modernes méconnaissent avec le plus parfait cynisme qui confine à de la morgue.

 

Francis DASPE  

30 / 03 / 2020

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Les « gestes barrière » pour les droits des salariés

L’AGAUREPS-Prométhée exprime sa solidarité à l’ensemble de la population confrontée d’une manière ou d’une autre à la pandémie du Covid-19. Elle encourage chacun à respecter les « gestes barrière » visant à juguler cette catastrophe sanitaire.

 

L’AGAUREPS-Prométhée considère également qu’il y a nécessité pour les salariés à faire observer des « gestes barrière » afin de faire respecter leurs droits sociaux. Certaines remontées doivent alimenter les préoccupations de tous.

 

Les salariés ne peuvent se voir imposer de prendre leurs congés payés dans cette période de confinement obligatoire. Les salariés ne doivent pas être obligés ou incités à prendre pareillement leurs jours de RTT. Les salariés doivent pouvoir utiliser leur droit de retrait si leur sécurité et leur santé ne sont pas garanties. Les salariés doivent disposer de l’intégralité de leur salaire en cas de chômage partiel. Les salariés en télétravail ne doivent pas se voir imposés une intensification des tâches se caractérisant par une confusion entre vie professionnelle / vie privée et par un non respect du droit à la déconnexion. Les salariés par les organisations syndicales doivent être pleinement associés quant aux conditions de mise en œuvre des plans de continuité d’activité.

 

L’AGAUREPS-Prométhée refuse que ce contexte de crise sanitaire devienne un motif de recul des droits des salariés en défaisant encore davantage le droit du travail. Les salariés ont suffisamment fait de sacrifices et continuent d’en faire dans le moment présent. Dans cette optique, l’AGAUREPS-Prométhée attend de la part du gouvernement un geste de bonne volonté à l’égard des salariés : l’abrogation du jour de carence dont le maintien constitue un véritable scandale.

 

Les droits des salariés doivent être protégés par des « gestes barrière » de nature sociale qui garantissent et affermissent le pacte républicain et social dont le Président Macron a indiqué avoir pris conscience ces derniers jours lors la crise du Covid-19. Après les paroles, place aux actes !

 

Francis DASPE, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée  

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 142 MARS / AVRIL 2020

Sommaire du numéro 142 : Spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne »  

  • Editorial de Sylvie ERBANI : « La révolution citoyenne, entre réflexion, élections et 49.3» page 2
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Stratégie politique et Révolution citoyenne» page 3
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Retraites et Révolution citoyenne» page 9
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Education et Révolution citoyenne» page 16
  • Communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée « Intensifier la bataille populaire des retraites» page 19
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2020 page 20

 

 

La révolution citoyenne, entre réflexion,

élections et 49.3

 

La boussole de l’AGAUREPS-Prométhée, plus que jamais engagée dans ses Assises itinérantes de la Table renversée, reste la réalisation de la révolution citoyenne. En témoigne cette nouvelle « Lettre du mois » qui est un numéro spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ».

Elle se compose de 6 tribunes qui ont été diffusées dans des médias nationaux. Elles traitent de la question au long cours de la stratégie, fil rouge de l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée, mais aussi de l’actualité immédiate des luttes, les retraites et l’éducation, preuve de sa réactivité.

La réflexion reste toujours un préalable à l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée. Elle se télescope avec l’actualité la plus immédiate. Il s’agissait au cours des dernières semaines de la campagne des élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Une autre actualité encore plus immédiate vient de s’immiscer au cours des proches heures. C’est la décision annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer en force la réforme des retraites.

Il s’agit d’un coup rude porté à la démocratie, par le très grand mépris à l’égard du pouvoir législatif et la totale ignorance de la souveraineté populaire d’une population majoritairement hostile à cette réforme des retraites. Ce choix survient au moment où les députés allaient aborder des articles contenant des points particulièrement obscurs relevant en réalité de l’enfumage macronien. Il s’agit d’une véritable forfaiture démocratique d’un pouvoir aux abois et soumis aux intérêts de l’oligarchie.

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à se mobiliser massivement. Une crise politique de cette ampleur ne peut se dénouer que par un retour au peuple : la souveraineté populaire doit s’exprimer dans le cadre d’un référendum. C’est également un choix de société dont il s’agit. L’AGAUREPS-Prométhée est favorable, dans le cadre d’un autre partage des richesses, à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous. C’était l’objet de la pétition lancée dès novembre 2018 que vous pouvez retrouver sur internet au lien suivant :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

Vous retrouvez également à la fin de cette Lettre du mois le dernier communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée sur la question des retraites. En date du 15 février 2020, il anticipait en appelant à la relance et à l’intensification de la bataille populaire des retraites.

La prochaine Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée sera un numéro spécial consacré aux enseignements de ces élections municipales. A chaque bataille sa réflexion…

Sylvie ERBANI  01 / 03 / 20

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

 

Thème : Stratégie politique et Révolution citoyenne

Tribune 1 : Francis DASPE, Recherche citoyen désespérément ?

Tribune 2 : Francis DASPE, Oligarchie recherche désespérément plan B  Gauche

 

Recherche citoyen désespérément ?

Tribune diffusée sur le site du HuffPost le 23 novembre 2019 sous le titre « Il faut associer le peuple aux municipales, pas les premiers de cordée de la société civile ».

Francis Daspe est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Chroniques prométhéennes de la révolution citoyenne ». Impliqué dans La France Insoumise, il est auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017).

 

Pour peu que des circonstances particulières soient au rendez-vous, la nécessité politique et l’effet de mode peuvent alors se rejoindre. C’est le cas des appels à des dynamiques citoyennes pour les prochaines élections municipales qui prolifèrent largement. Chacun se croit en effet obligé d’exciper de son outil citoyen afin d’exister dans le débat et de concourir dans la compétition électorale annoncée. C’est le cas par exemple des socialistes et des écologistes qui criaient il y a encore peu au populisme paré de tous les vices. Même la droite en quête de réhabilitation avec le peuple s’y essaie, bien que ce ne soit pas visiblement dans son ADN. Mais la distinction entre stratégie politique et tactique politicienne se révèle parfois infime. La sincérité doit faire face à des éléments de langage purement intéressés.

Ces conditions politiques renouvelées résultent pour partie de l’émergence en 2017 d’une forme organisationnelle inédite, celle des mouvements. Ils ont donné un coup de vieux plus particulièrement aux partis dominants à partir desquels fonctionnait le bipartisme générateur d’alternances sans alternative, le PS et Les Républicains, ainsi qu’à leurs bagages accompagnés quémandant à l’occasion des strapontins souvent dérisoires. La diversité de ces mouvements politiques (quoi de commun entre La République en Marche et La France Insoumise ?) ne permet pas d’acter pour autant la fin des partis politiques qui gardent une utilité (qu’il leur incombe cependant de déterminer ou de réactualiser). Cette tendance a sans aucun doute été accentuée par l’irruption des Gilets jaunes ; il en a résulté une complexification de l’expression de la contestation sociale jusqu’alors l’apanage des structures syndicales classiques.

 

Par-delà l’appel au citoyen, le véritable enjeu reste la capacité à toucher le peuple ; cet objet politique non identifié, cible de toutes les attentions, en vue de travailler à sa mobilisation et plus encore à son implication. Encore faut-il que le peuple ne soit pas grossièrement confondu avec la société civile. Une société civile qui est parée hâtivement et à bon compte de toutes les vertus. Ceci soit dans un aveu de coupable incapacité à toucher réellement le peuple, soit dans une intention toute aussi coupable de s’en exonérer en se donnant bonne conscience.

Car les questions restent bien souvent identiques. Qui est le peuple ? Comment toucher au plus près les aspirations populaires ? En quoi consiste une dynamique citoyenne ?

 

La recherche du peuple s’effectue avant tout contre l’apathie et la résignation, alimentées par le sentiment de dépossession de la part inaliénable de souveraineté populaire. Elle s’exerce à l’encontre des pros de la politique qui sont les représentants zélés des oligarchies. Elle se pose en alternative à la logique des cartels, dont il ne faut pas cependant sous-estimer la capacité à retomber sur ses pattes afin de préserver au mieux ses intérêts et ses rentes.

Voilà pour la face vertueuse de la recherche de dynamiques citoyennes. Il existe également une version moins reluisante, davantage intéressée et baignant dans un électoralisme à courte vue. Il s’agit de ne pas verser dans les excès et les dérives d’une forme de « citoyennisme » réducteur et de mauvais aloi. Car la démarche citoyenne ne doit pas non plus tourner à des castings politiques visant à dénicher des premiers de cordée comme a su le faire à la caricature la Macronie. Cela ne peut non plus servir de prétexte à écarter des militants de base qui représentent pourtant bien davantage le peuple que ces « happy few » se donnant pour seule peine de « traverser la rue » pour obtenir le précieux sésame à la table du banquet. Cela ne peut également fonctionner sur l’entretien de réseaux de connivence sociale favorisant au final l’entre soi et la reproduction de notables locaux.

 

Il y a bien urgence à revitaliser l’action politique. Il s’agit d’être en résonance avec le peuple, afin de capter les aspirations populaires pour leur donner pleinement droit de cité. C’est une stratégie politique de longue haleine qui demande constance et cohérence. Cela ne peut se réduire à un stratagème électoraliste de circonstance. Rien ne se fera sans le citoyen rétabli dans sa pleine souveraineté. C’est cette aspiration à recouvrer la souveraineté qui a guidé les Gilets jaunes, se rendant compte qu’ils étaient devenus dans l’ordre social et politique sujets, comme le Tiers-Etat en 1789. Cette reconquête de la démocratie et de l’intérêt général constitue le signal de la nécessaire révolution citoyenne.

 

La notion de populisme reste éminemment complexe et protéiforme. Elle est susceptible de prendre des formes particulièrement diverses. La situation peut être de surcroît renforcée par des confusions entretenues à souhait. Confronter les « populismes » au révélateur de la lutte des classes permet d’éclaircir heureusement la situation. Encore faut-il s’entendre par ce que l’on désigne avec lutte des classes, tant l’expression reste (encore) de nature à faire frémir les bonnes consciences. Il suffit de la comprendre comme une mise en tension d’intérêts contradictoires opposant des catégories sociales dans le cadre du processus de production et de répartition des richesses.

 

Certains adversaires du populisme de gauche (bien que cette formulation puisse être considérée avec raison comme un oxymore) lui reprochent de parfois minimiser les réalités de la lutte des classes. Le drapeau rouge ou l’Internationale seraient alors oubliés. C’est profondément injuste ; il s’agit même d’un contresens flagrant, du moins d’une méconnaissance des potentialités de cette forme de populisme.

C’est redonner au contraire une actualité et une vitalité nouvelles à la lutte des classes. La traditionnelle « latéralisation » gauche/droite ne signifie en effet plus grand-chose en la matière. Tout simplement parce qu’une partie de la gauche instituée a changé de camp à force de renoncements et de reniements. Elle est passée au marché, et même parfois bien davantage, intégrant le cercle de la répression des forces sociales. Si bien qu’une partie non négligeable du « peuple » vote à droite, donnant à l’occasion à croire que les exploiteurs et les possédants pourraient être majoritaires. Ce qui pas n’est pas vrai.

La « verticalisation » du champ politique, opposant oligarchies et peuple, induite par la stratégie populiste, renoue avec l’essence même de la lutte des classes. Elle rééquilibre les rapports sociaux, caractérisés par l’opposition entre une majorité de dominés et une minorité de possédants. Elle donne à voir la dureté d’antagonismes de classes réactivés et démultipliés.

 

Le populisme de droite, qu’il serait bien souvent plus approprié de qualifier d’extrémiste ou de fasciste, ne se préoccupe aucunement des problématiques liées aux réalités de lutte des classes. Il en nie résolument l’existence même. Il opte pour des clivages d’exclusion se fondant sur la race, l’origine ou la religion, dans une logique ethniciste de la nation. La désignation d’un bouc-émissaire vise à occulter la réalité d’antagonismes sociaux pourtant bien réels.

Le populisme développé par la majorité gravitant autour du Président Macron en constitue une forme particulièrement ambivalente. Il affecte de combattre ardemment, en France comme en Europe, tous les populismes. C’est une posture de confort (politicienne) qui confine en réalité à l’imposture (idéologique). Emmanuel Macron adopte de prime abord  la visée du populisme de droite consistant à nier les conflits d’une société de classes au nom d’une improbable unité fondée sur un improbable bon sens. Mais, à son corps défendant, il parvient en fin de compte, au résultat pourtant honni du populisme de gauche : il contribue à l’exacerbation de la lutte des classes.

Car ce populisme de caste décomplexé se nourrit du mépris du peuple. Il s’agit d’un populisme de marché où tout doit prendre une valeur mais où rien n’est garanti pour les catégories populaires. Il se transforme également en populisme nauséabond, flattant les bas instincts, puisant aux sources de l’antiparlementarisme ou de la dévalorisation des corps intermédiaires. Bref, un des pires populismes dont il faille se garder par tous les moyens démocratiques, éventuellement fournis par ceux du populisme de gauche qui fait appel à l’implication du peuple sans l’instrumentaliser ou le mépriser.

 

Le populisme, dès lors qu’il redonne à la lutte des classes son actualité impérieuse, renoue avec l’essence même de la démocratie. Il réaffirme le primat de la loi du nombre contre les oligarchies ; il suscite un appel à la raison et à la force de l’argumentation contre les élites autoproclamées et promulguant par argument d’autorité une pensée unique. Il est une des conditions du surgissement de la révolution citoyenne à même de renverser la table pour faire émerger l’intérêt général humain.

Francis DASPE

 

 

 

Oligarchie recherche désespérément plan B

Tribune parue sur le site du HuffingtonPost le 16 février 2020 sous le titre « Pourquoi l’oligarchie recherche désespérément un plan B ».

Francis Daspe est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017), il est également impliqué dans La France Insoumise.

 

Ce qui caractérise l’oligarchie est sa farouche détermination à continuer à exercer le pouvoir coûte que coûte. Il est vrai que la préservation de ses positions dominantes lui garantit de manière mécanique le bénéfice des richesses allant avec. L’enjeu est donc de taille : elle est donc capable de mobiliser à cet effet des ressources quasiment inépuisables et des trésors d’ingéniosité.

 

C’est ainsi que l’oligarchie se retrouve en quête constante de plan B afin de remédier à l’intensification des contestations populaires et à l’émergence des différentes formes de dégagisme. Et afin de faire face à l’échec sans cesse renouvelé de ses poulains, car il n’est pas possible de gouverner sur la durée contre les intérêts du peuple et du plus grand nombre. L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 doit en réalité être considérée comme le plan B concocté par les tenants de l’oligarchie politique, financière et médiatique. Il fut présenté comme une promesse de renouvellement d’un système à bout de souffle (le fameux concept de disruption…) alors qu’en fin de compte il n’en était que l’ultime rempart. Un véritable chef d’œuvre en matière d’enfumage : pour que rien ne change, il faut donner l’impression que tout va changer !

Depuis, le désenchantement s’est imposé massivement, le président des riches étant désormais pleinement démasqué, comme ses prédécesseurs au demeurant, tant le problème est structurel. Le pouvoir de l’oligarchie vacille sur ses bases. Le tocsin est sonné. L’oligarchie a besoin comme caution de sa gigantesque entreprise de confiscation du pouvoir d’un vernis démocratique : il lui faut créer les conditions d’un pluralisme, certes factice puisque les politiques menées seront du pareil au même. L’oligarchie avait trouvé pendant plusieurs décennies la formule de l’alternance sans alternative dans le cadre du bipartisme ayant pour dénominateur commun l’accompagnement de la mondialisation dans le cadre des politiques européennes guidées par le dogme de la concurrence libre et non faussée. Les échecs successifs des quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande alimentèrent puissamment la vague dégagiste de la présidentielle de 2017. Un expédient fut trouvé en catastrophe avec Emmanuel Macron. Momentanément, car le carrosse est bien vite redevenu citrouille, l’incapacité du nouveau président à cacher sa morgue sociale accélérant l’opération.

 

Il y eut bien la tentative éphémère autour de Raphaël Glucksmann. Malgré un profil séduisant, il ne semble pas avoir les épaules suffisamment solides pour tenir le rôle. Il y a toujours des prospections à droite, avec la recherche de profils compatibles, du style de Xavier Bertrand, François Baroin  ou Valérie Pécresse, à l’exclusion des profils trop clivants comme celui de Laurent Wauquiez, Nicolas Sarkozy ou François Fillon s’étant révélés à l’usage de mauvais chevaux. Maudites primaires qui écartèrent à la surprise générale le profil quasi idéal d’Alain Juppé ! L’oligarchie sait tirer les conclusions d’une situation décevante : elle qui ne jurait que par les primaires en 2017 (pour mieux marginaliser la candidature de Jean-Luc Mélenchon) n’en parlera plus pour 2022, doublement échaudée par l’élimination de Manuel Valls, son chouchou d’alors situé de l’autre côté du spectre des « gens raisonnables ».

 

Le panorama n’est pas forcément reluisant pour l’oligarchie, obligée de changer son fusil d’épaule. Elle semble avoir opté pour un autre plan B dans l’air du temps. L’écologie étant à la mode, Yannick Jadot peut faire l’affaire de garant du maintien d’un vieux monde plus que jamais menacé. Et toujours la même imposture qu’avec Emmanuel Macron en 2017 : une promesse identique de remise en cause d’un système pour au final mieux le perpétuer.

Il faut convenir que Yannick Jadot s’est évertué à donner beaucoup de gages d’inféodation à la bien-pensance de l’oligarchie dominante. Il a proclamé la supposée compatibilité de l’écologie avec l’économie de marché, validant de fait la notion si rassurante de capitalisme vert. Il a ouvert des brèches significatives en se déclarant disponible pour préférer en certaines occasions gérer avec la droite plutôt que la gauche. Il ne ferme aucune porte pour un travail avec les macronistes même en débandade. Il confirme être en phase totale avec les orientations de la politique européenne. Et cerise sur le gâteau, il a sacrifié sans aucune retenue au rite initiatique de la critique plus ou moins perfide de La France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. Le voilà donc définitivement adoubé par l’oligarchie ! Le modèle que cette dernière lui offre est celui de Daniel Cohn-Bendit, ancien enfant chéri de l’oligarchie et figure toujours tutélaire.

 

L’urgence climatique ne saurait être doublement instrumentalisée, pour la satisfaction des intérêts particuliers d’une classe sociale visant à l’hégémonie, l’oligarchie, et la réalisation d’un destin personnel, celui de Yannick Jadot. Ce dernier fait un choix au mépris des convictions initiales de son parti et au grand désappointement d’une partie des militants écologistes n’ayant pas abdiqué l’ambition d’une alternative politique globale au système capitaliste. Hélas, l’oligarchie menacée peut avoir des arguments persuasifs dès lors qu’elle est en ardente et désespérée recherche d’un nouveau plan B.

Elle possède même dans son escarcelle un ultime joker en cas de difficulté aggravée : le chiffon rouge de l’extrême droite. Il agit comme un double rayon paralysant, mettant en sourdine les débats de fond au nom d’une improbable unité dans le cadre de fronts plus ou moins républicains, mais tout en espérant cependant que l’extrême droite se retrouve en capacité d’être au second tour contre soi à l’exclusion des autres. Les « idiots utiles » constituent également un plan B pour l’oligarchie : ils s’intègrent pleinement dans le dispositif mis en place. Qui plus est quand l’extrême droite donne de solides garanties de respect musclé de l’ordre établi contre les contestations populaires.

 

Quand elle estime qu’il y a péril en la demeure, l’oligarchie n’est pas véritablement regardante sur les procédés utilisés. Elle sait faire feu de tout bois pour empêcher une possible révolution citoyenne susceptible de redonner sa souveraineté au peuple. C’est à cela qu’on la reconnaît.

Francis DASPE

 

 

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

Thème : Retraites et Révolution citoyenne

 

Tribune 1 : Francis DASPE, Les retraites : un avant-goût de la révolution citoyenne ?

Tribune 2 : Les Constituants, L’Assemblée nationale n’a pas mandat pour casser nos retraites !

Tribune 3 : François COCQ, La démocratie confinée. Pour une éruption populaire

 

 

Les retraites, un avant-goût de la révolution citoyenne ?

Tribune parue sur le site de Marianne le 10 décembre 2019 sous le titre « La lutte contre la réforme des retraites : un combat intrinsèquement républicain et démocratique ».

Francis DASPE est Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée) et initiateur des « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Impliqué dans La France Insoumise, il est également auteur de l’ouvrage « La Révolution citoyenne au cœur » (Eric Jamet éditeur, 2017).

 

L’intense mobilisation populaire contre le projet gouvernemental de réforme des retraites est depuis jeudi 5 décembre un formidable moment d’expression citoyenne. Les annonces du Premier Ministre Edouard Philippe sont plutôt de nature à démultiplier les colères qui ne peuvent plus se contenir. C’est sûrement un des traits particuliers du génie français que d’être en capacité de se ménager à intervalles réguliers ces instants de forte cristallisation démocratique qui donnent au fonctionnement de toute démocratie digne de ce nom vitalité et vigueur. Le message délivré par la rue ne saurait être ignoré, d’autant plus que la séquence parlementaire n’a pas encore débuté.

 

C’est pourtant ce à quoi nous convient dans un même élan les responsables gouvernementaux et autres professionnels de la résignation à bon marché. Jusqu’à présent, ils attendaient que la loi soit votée et promulguée pour mettre en demeure le peuple de baisser le rideau. Une étape supplémentaire est désormais franchie : c’est avant même que la loi n’ait commencée à être discutée que l’on s’échine à disqualifier toute tentative de contestation. Au nom de la démocratie, on voudrait nous persuader qu’il serait bienséant que les citoyens rentrent chez eux pour que d’autres plus éclairés décident au final de leur avenir. Silence dans les rangs du peuple, sans quoi il doit être congédié sans ménagement ! Une posture en somme très « premiers de cordée »…

Cette assertion prétendant défendre la démocratie correspond en réalité à un véritable contresens de nature à alimenter la regrettable distorsion, déjà activée en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, entre la représentation politique et la vox populi trop souvent méprisée. Car tout le monde est en capacité de faire sien ce lieu commun s’apparentant plutôt à un argument d’autorité : les démocrates réellement sincères comme les despotes les plus endurcis. Les seconds sûrement davantage encore que les premiers qui ne peuvent, eux, par exigence principielle se limiter à un tel slogan lapidaire. Un régime dictatorial s’y cramponne d’autant plus facilement que quand la loi en question existe, c’est exclusivement et sans partage la sienne ! L’application d’une forme de verticalité, jupitérienne ou pas peu importe…

 

L’honneur d’une démocratie consiste à garantir des espaces de discussion, et même de contestation, par delà même le champ de la loi, voire par delà les institutions légitimes. Au nom de quoi ? De l’intérêt général et de la souveraineté populaire, principes dont il est difficile d’affirmer qu’ils soient globalement respectés en ce qui concerne ce projet de réforme des retraites, mais aussi plus largement depuis le début du quinquennat du Président Macron. Symétriquement, ils servent aussi de rempart au risque de dislocation de la res publica par le maintien d’un lien avec la société dite abusivement civile. Quand la loi d’airain de la chose votée s’abat sur les peuples, on y reconnaît la marque des régimes autoritaires. Ou tout du moins des régimes à bout d’arguments coupés des aspirations et des ressentis du plus grand nombre… Convenons que la 5° République, véritable monarchie présidentielle, ne favorise pas le dialogue avec la société.

Le gouvernement n’a pu pour l’heure instrumentaliser, en vue de discréditer le mouvement social, des éventuels accès de violence ou autres dérapages. Attendons-nous à ce qu’il le fasse très prochainement. La contestation a été à cet égard exemplaire. Le discours prononcé par Jean Jaurès en 1906 devant les députés offre un éclairage bienvenu d’une actualité brûlante. Le tribun républicain et socialiste opposait « la brutalité visible et saisissable des actes » des ouvriers à celle des grands patrons qui « se décide à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration et s’évanouit dans une sorte d’obscurité ». On pourrait rajouter aussi les cénacles des cabinets gouvernementaux qui valident sans sourciller des régressions sociales d’ampleur. Laquelle des deux formes est la plus brutale, à défaut d’être la plus répréhensible ? Comme avec Jaurès, poser la question équivaut à y apporter en creux un commencement de réponse.

 

Pour nous, militants résolus de l’alternative humaniste radicale, la visée est claire : les luttes sociales s’inscrivent pleinement dans les combats républicains conduisant à des approfondissements démocratiques. Nous percevons la stratégie de la révolution citoyenne comme une ardente nécessité. Celle-ci passe par une puissante implication populaire dont les boussoles doivent être plus que jamais l’intérêt général et la souveraineté populaire. Nous ne considérons pas qu’il s’agisse de vieilleries populistes face à la supposée « seule politique possible » dont l’idéologie dominante libérale n’a de cesse de nous imposer les rigueurs dévastatrices.

La révolution citoyenne entend renouer avec les sources de la démocratie pour en faire « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Un programme effectivement révolutionnaire que le projet de réforme des retraites remet opportunément à l’ordre du jour. Un après le mouvement des Gilets jaunes qui avait conduit le gouvernement à repousser ce projet réellement explosif. La convergence et l’accumulation des exaspérations se trouvent en capacité d’offrir un avant-goût de révolution citoyenne afin de donner un nécessaire surplus d’oxygène à notre démocratie.

Francis DASPE

 

 

L’Assemblée nationale n’a pas mandat pour casser nos retraites !

Tribune parue sur le site du HuffingtonPost le 15 janvier 2020.

Tribune est signée par le collectif Les Constituants, un collectif de citoyennes et citoyens né dans l’élan de la révolte des Gilets jaunes , du constat que, face à l’ impasse politique , il appartient au peuple de revenir aux sources de la République en s’engageant dans un processus constituant.

À lire: Le Temps constituant , ouvrage collectif paru en décembre 2019 (Éric Jamet Éditeur).

Liste des signataires membres des Constituants:

François Cocq, essayiste, Gwénolé Bourrée, syndicaliste étudiant, Flavien Chailleux, gilet jaune et fonctionnaire au sein du ministère du travail, Hélène Franco, magistrate syndicaliste, Charlotte Girard, maîtresse de conférences de droit public, Manon Le Bretton, enseignante et élue rurale, Jeannick Le Lagadec, conseillère départementale, Walter Mancebon, militant pour une VIe République, Manon Milcent, étudiante gilet jaune, Sacha Mokritzky, directeur de la communication du média Reconstruire.org, Alphée Roche-Noël, essayiste, Frédéric Viale, juriste spécialiste des traités de libre-échange.

 

 

Le 17 février, le projet de loi sur les retraites doit être examiné par l’Assemblée nationale. En ne renonçant pas à l’examen parlementaire d’un texte qui a d’ores et déjà suscité le plus long mouvement social du dernier demi- siècle et auquel les Français s’opposent très majoritairement, le gouvernement bafoue la démocratie.

 

Utilisant tous les expédients offerts par l’actuelle constitution, il a même déjà annoncé qu’il pourrait passer par ordonnance pour imposer l’âge pivot et agite la menace du 49.3 pour se réserver, in fine, le bénéfice de la tenue d’un débat en bonne et due forme au Parlement.

Plus que jamais, les institutions sont donc tournées contre le peuple, au service d’un rapport de force dont l’issue espérée est la victoire de la minorité contre la majorité, et la représentation nationale est utilisée comme chambre d’enregistrement et caution morale d’un pouvoir en réalité entièrement concentré entre les mains du président de la République.

Pourtant, disons-le tout net : Emmanuel Macron n’a pas mandat pour toucher aux retraites.

Premièrement, parce que les millions de voix de barrage dont il a bénéficié contre Marine Le Pen ne valent pas blanc-seing pour désosser la solidarité nationale et faire place nette aux assurances et autres fonds de pension.

Deuxièmement, parce qu’il a menti aux Français. En effet, quand son programme mentionnait une mesure purement technique, qui ne devait avoir pour conséquence ni de reculer l’âge de départ, ni de réduire les pensions, la réforme qu’il défend désormais contre la volonté populaire renie ces deux engagements.

Pas plus que le président de la République dont ils procèdent, les députés de la majorité n’ont mandat pour abîmer ce qui fait le cœur de notre république depuis la Libération. Leur propre légitimité émanant directement de l’élection d’Emmanuel Macron, la réforme qu’ils adopteraient ainsi ne serait pas celle de la nation, mais celle d’un seul individu.

 

Alors que, depuis un mois et demi, des centaines de milliers de citoyennes et de citoyens font grève et descendent dans la rue pour exprimer leur refus d’une loi destructrice, il ne serait pas acceptable de laisser le processus législatif se poursuivre comme si de rien n’était.

Par ses manœuvres politiciennes, Macron ressuscite le vieux monde et nous ramène au régime des partis: la droite critique un texte qu’elle juge vidé de sa substance, la gauche un texte jusqu’au-boutiste, et Macron d’user de cette position d’entre-deux pour faire croire à une position d’équilibre. Mais à l’heure où le président se fait fort de réaliser le programme de la droite libérale, cette posture est au mieux un leurre, plus certainement un piège. Car à ce jeu-là, la suite de l’histoire est écrite d’avance. Les opposants à la réforme auront beau défendre brillamment leurs arguments dans l’hémicycle, à la fin des fins, la loi sera adoptée, les petites gens pourront bien travailler jusqu’à l’épuisement, les retraités être de plus en plus pauvres et les grands capitalistes faire main basse sur l’épargne des classes moyennes qui peuvent encore se permettre de mettre de l’argent de côté.

 

Au total, c’est la société tout entière qui aura renoncé à l’une des promesses de sa fondation: permettre à chacun de terminer sa carrière à un âge raisonnable, tout en continuant d’être rémunéré dignement.

Depuis plus d’un an maintenant, les Françaises et les Français disent leur volonté de révoquer le théâtre d’ombres qu’était devenue la politique pour se réapproprier leur souveraineté. Mais Macron qui ne les entend pas continue de mettre en œuvre les vieilles tactiques de la république monarchique.

Une option moins déshonorante pour lui et plus conforme à l’esprit des institutions aurait été de soumettre son texte au référendum. Et cette option lui aurait encore donné l’avantage, aussi vrai qu’avoir le choix des mots, c’est avoir le choix des armes.

 

Aujourd’hui, nous devons lui dire que sa tentative de passage en force doit s’arrêter là. Nous devons lui dire qu’on ne réécrit pas le contrat social sur un coin de table, avec BlackRock pour commensal. Nous devons lui dire que sa majorité n’a pas de délégation de souveraineté pour porter atteinte aux conditions matérielles d’existence des générations futures.

Nous devons affirmer que le temps constituant est arrivé, et qu’au point où nous en sommes de la décomposition du système politique, seul un processus de refondation permettra de remettre à l’heure les pendules de la démocratie; de redéfinir, toutes et tous ensemble, les principes fondamentaux de la société dans laquelle nous souhaitons vivre et vieillir.

Les Constituants

 

 

La démocratie confinée. Pour une éruption populaire

Tribune parue sur le site de Reconstruire le 1° mars 2020.

François COCQ est enseignant et essayiste politique. Il est également président de l’AGAUREPS-Prométhée.

 

Macron a donc dégainé le 49-3. Après la démocratie sociale ridiculisée en amont du 5 décembre, après la démocratie plébéienne méprisée et niée dans son rejet de la réforme depuis trois mois, voilà la démocratie représentative à son tour muselée par l’utilisation abusive d’un article de la Constitution de la Vème République, symbole de la toute puissance du corset institutionnel de la monarchie présidentielle.

Derrière les palinodies politiciennes de tous ceux qui, soit avaient encore récemment recours au 49-3 mais en dénoncent aujourd’hui l’usage, ou qui en dénonçaient l’usage au nom du nouveau monde mais l’utilisent aujourd’hui, décrédibilisant encore un peu plus la tartufferie politique qu’ils nous infligent, la séquence mérite qu’on y revienne tant elle témoigne de l’agonie d’un système a-démocratique à bout de souffle.

 

Contraintes d’amender à la marge un texte de réforme des retraites dont les fondements mêmes demeurent, d’étude d’opinion en étude d’opinion, rejetés par plus des 2/3 des Françaises et des Français, les oppositions parlementaires ont assumé le choix de l’obstruction par le dépôt (légal et constitutionnel) d’un grand nombre d’amendements. Il faut sur ce point ne pas regarder le doigt qui désigne la lune mais l’astre lui-même : quand la philosophie même d’un texte ne fait pas accord, pas seulement au Parlement mais dans le pays tout entier, celui-ci est inamendable et nécessite donc qu’il soit remis sur l’établi. Emmanuel Macron, de par la conduite de sa réforme, des préliminaires masqués effectués sous l’égide de Jean-Paul Delevoye depuis 2017, à son entêtement face au désaccord populaire, est donc bien le seul responsable du blocage.

Adepte de la stratégie du choc si bien décrite par Naomie Klein et si chère aux libéraux autoritaires, Emmanuel Macron a profité le samedi 29 février d’un conseil des ministres extraordinaire dédié à la lutte contre l’épidémie de coronavirus…pour faire avaliser par son gouvernement le recours au 49-3. Il avait les jours précédents préparé le terrain : 48h auparavant, le premier ministre avait en effet reçu à Matignon les chefs de partis et de groupes parlementaires pour leur présenter les mesures prises pour faire face au coronavirus. Naïvement, ceux-là ont assuré le chef du gouvernement de leur « responsabilité » pour œuvrer dans le cadre de « l’unité nationale ». Bref, ils se sont politiquement désarmés.

Le gouvernement y a gagné une impunité démocratiquement dangereuse (qui désormais pour lui demander des comptes sur la gestion de la crise, par exemple quand le ministre de la santé Olivier Véran acte la fin de la phase 1 qui visait à éviter l’importation du virus dans nos frontières sans que soit pour autant interrogées les responsabilités du pouvoir sur la possible contamination de l’Oise par nos propres forces de sécurité qui assuraient les rapatriements des expatriés de Chine ?) et dont il abuse de manière cynique pour pousser son avantage sur la question des retraites. Bien sûr tout cela n’empêchera pas les oppositions de déposer une ou des motions de censure après que le gouvernement a engagé sa responsabilité. Mais la capacité à s’opposer s’est elle-même auto-aliénée et fragilisée.

« Le 49-3 aura bâillonné le Parlement en même temps qu’il cherchait à disperser le peuple. »

Car ce 49-3, contrairement à ses 88 précédents, n’est pas utilisé cette fois pour mettre au pas une majorité récalcitrante. Il est clairement dirigé contre les oppositions parlementaires pour les soumettre sous couvert de la passivité complice de la majorité qui, depuis l’inversion du calendrier par Lionel Jospin, doit son élection à son maître-président. Le recours au 49-3 dans ces conditions, c’est la démocratie confinée. Confinée au sein d’institutions qui deviennent ce faisant un outil anti-parlementaire et pour tout dire a-démocratique en ce qu’elles n’ont plus pour légitimité que celle qu’elles s’auto-confèrent. Pire. En découplant leur action de celle du mouvement populaire, Macron acte que le Parlement n’a plus vocation (et capacité il faut le dire) à retranscrire la volonté générale, ce qui fait de lui le vecteur non plus de l’intérêt général mais d’un intérêt qui lui est propre et qui aujourd’hui se superpose à celui de la caste.

Car le peuple est concomitamment banni du débat public. Non plus seulement par la surdité et la morgue gouvernementales, mais désormais par le couvre-feu sanitaire tacite annoncé ce samedi par le gouvernement. Le 49-3 aura bâillonné le Parlement en même temps qu’il cherchait à disperser le peuple.

 

Ultime avatar : Macron soumet à approbation bloquée un texte qui diffère en 181 points de celui qu’il avait déposé voici 15 jours à l’Assemblée ! Nul n’aura pu s’emparer d’un texte qui par l’instrumentalisation exacerbée du 49-3 relève du plus strict fait du Prince. Ce n’est plus juste le peuple qui est contraint mais la volonté d’un seul qui s’impose à tous.

Macron, c’est la négation permanente et sous toutes ses formes du corps politique, social et républicain français. Face à cette démocratie confinée, politique de l’entre-soi, encore et toujours, la force et la solution ne résident que dans le peuple. Que vienne la prochaine éruption populaire !

François COCQ

 

 

 

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

Thème : Education et Révolution citoyenne

Tribune : Francis DASPE, Faire feu de tout bois contre la citadelle des enseignants : de la retraite au statut

Tribune parue sur le site de Politis le 13 janvier 2020 sous le titre « Retraite, statut : Macron fait feu de tout bois contre les enseignants ».

Francis DASPE est président de la Commission nationale éducation du Parti de Gauche et co-auteur de deux livres sur le sujet, « L’école du peuple. Pour l’égalité et l’émancipation » (éditions Bruno Leprince, 2012) et « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, 2016).Il est également impliqué dans La France Insoumise.

 

La réforme des retraites constitue à l’évidence une des dispositions majeures de l’offensive néo-libérale incarnée par le prétendu nouveau monde du Président Macron.  Elle est actuellement à l’œuvre, suscitant un fort rejet populaire. Un autre angle de ces attaques d’ampleur est la destruction du code du travail. La loi El Khomri de 2016 (qu’il est toujours bon de rappeler qu’elle aurait dû se nommer loi Macron sans les concurrences pré-présidentielles qui opposaient l’ancien ministre de l’économie à la fois au président François Hollande et au premier ministre Manuel Valls) et la loi Travail de 2017 promulguée dès l’élection présidentielle terminée en sont une illustration éclairante.

 

Pour les enseignants, ce qui fait office de code du travail, ce sont les statuts des personnels. Ils sont dans la ligne de mire de la majorité macronienne, comme ils le furent avec constance lors des quinquennats précédents, de Jacques Chirac à François Hollande en passant par Nicolas Sarkozy. Convenons d’un sens avéré de l’opportunisme du ministre Blanquer en la matière : l’occasion des retraites fait le larron. Pour le ministre de l’éducation nationale, il y eut d’abord une lettre adressée aux enseignants le 3 décembre, qui fut perçue à juste titre comme injurieuse et mensongère. Elle a sans aucun doute contribué à intensifier la colère et la mobilisation. Il était proposé sans vergogne aux enseignants un marché perdant et perdant. Il s’agissait de faire feu de tout bois à l’encontre des enseignants jugés bien trop récalcitrants.

 

Les enseignants sont parmi les catégories qui auront le plus à perdre de la réforme des retraites. La lettre ministérielle l’avouait même clairement, davantage qu’à demi-mot. Des salaires nettement inférieurs aux qualifications, surtout en début de carrière désormais pris en compte pour le calcul de la valeur du point, un gel du point d’indice quasiment sans discontinuer depuis une dizaine d’années, une absence quasiment générale de primes, des perspectives de compensations salariales indigentes à la fois sur le montant et sur la proportion des personnels concernés : tout concourt à administrer de sérieux coups de rabot aux futures pensions des enseignants.

Mais dans les pistes ministérielles l’indigence le disputait aussi à l’indécence. Les quelques concessions relevant davantage du champ de la charité condescendante s’accompagnaient de contreparties résonant comme du chantage. Déjà perdants avec l’architecture générale de la réforme des retraites, les enseignants le seraient plus radicalement via les dommages collatéraux provoqués par la remise en cause des statuts selon le principe « travailler beaucoup plus pour perdre un peu moins que beaucoup ». Ce qui laisse beaucoup de marge pour perdre de manière significative. Les vieilles lunes depuis le temps de Claude Allègre sont convoquées dans ce marché de dupes : instauration brutale du « new management public », annualisation du temps de travail, extension des missions imposées au mépris des qualifications, logique de l’individualisation etc. Aux antipodes de la prétendue la revalorisation du métier pour les enseignants du XXI° siècle, véritable supercherie, c’est en définitive transformer le professeur en pompier à tout faire, au moindre coût, et surtout sans vagues.

 

La question du statut est un copié / collé de la nature profonde de la réforme des retraites, à la fois systémique et paramétrique. Et à chaque fois pour le pire. La casse du statut des enseignants équivaut à une rupture systémique : c’est indiscutablement un autre métier qui s’imposerait alors aux professeurs. Elle conduirait également de manière mécanique à un alourdissement des conditions d’exercice au quotidien, c’est-à-dire à une autre rupture de nature constamment paramétrique. C’est une façon de tenir les deux bouts de l’entreprise de destruction visée par le Président des riches s’évertuant à casser méthodiquement les uns après les autres les cadres du pacte républicain et social qui relie encore les citoyens entre eux dans un contexte d’atomisation et de dislocation de la société.

Pour les enseignants, à mesure que se dévoilent et s’accumulent sans retenue mensonges et chantages, l’école de la confiance promise l’an passé s’éloigne irrémédiablement et définitivement. Pour les naïfs qui auraient pu y croire un instant, le divorce est prononcé. Cette majorité et ce ministre ne sont plus en capacité d’impulser des politiques conformes à l’intérêt général dans l’éducation nationale.

Francis DASPE

 

 

 

 

 

 

Le communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée

 

Le 15 / 02 / 2020,

Intensifier la bataille populaire des retraites !

            L’AGAUREPS-Prométhée appelle à intensifier la mobilisation populaire contre la réforme des retraites. Malgré l’opposition d’une large majorité de la population, le gouvernement s’apprête à présenter ce lundi 17 février devant l’Assemblée nationale son projet de casse de la retraite par répartition.

 

L’AGAUREPS-Prométhée a contribué, par des tribunes parues dans les médias, par le numéro spécial de sa Lettre du mois, par l’organisation de réunions publiques à l’aide de son diaporama pédagogique, à dévoiler le caractère rétrograde et régressif du projet de loi. Pire, les débats en commission parlementaire et l’avis de la plus haute juridiction administrative, le Conseil d’Etat, ont montré un niveau d’impréparation inimaginable d’un projet aussi dangereux que mal ficelé. Le caractère insincère, lacunaire et manipulateur du texte proposé a été clairement mis en exergue.

 

L’AGAUREPS-Prométhée rappelle sa revendication d’un référendum sur la question des retraites afin de redonner au peuple toute sa souveraineté. Elle réaffirme son exigence d’un retour du droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour toutes et tous.

Pour l’AGAUREPS-Prométhée, plus que jamais, les retraites constituent un combat politique pour un enjeu de civilisation. Pas question de laisser faire le démantèlement de cet acquis social hérité du programme du Conseil National de la Résistance au lendemain de la Libération.

La pétition allant dans ce sens peut être signée sur internet à l’adresse suivante :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

 

La raison d’être de l’AGAUREPS-Prométhée est de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts d’une minorité de nantis.

 

 

 

 

 

 

 

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée

Chez Francis Daspe  19 avenue Carsalade du Pont, porte 2, 66100 PERPIGNAN

Site internet : www.agaureps.org

Courriel : agaureps@orange.fr  

 

 

FICHE D’ADHESION  ANNEE 2020

 

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La révolution citoyenne, entre réflexion, élections et 49.3

La boussole de l’AGAUREPS-Prométhée, plus que jamais engagée dans ses Assises itinérantes de la Table renversée, reste la réalisation de la révolution citoyenne. En témoigne cette nouvelle « Lettre du mois » qui est un numéro spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ».

Elle se compose de 5 tribunes qui ont été diffusées dans des médias nationaux. Elles traitent de la question au long cours de la stratégie, fil rouge de l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée, mais aussi de l’actualité immédiate des luttes, les retraites et l’éducation, preuve de sa réactivité.

 

La réflexion reste toujours un préalable à l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée. Elle se télescope avec l’actualité la plus immédiate. Il s’agissait au cours des dernières semaines de la campagne des élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Une autre actualité encore plus immédiate vient de s’immiscer au cours des proches heures. C’est la décision annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer en force la réforme des retraites.

Il s’agit d’un coup rude porté à la démocratie, par le très grand mépris à l’égard du pouvoir législatif et la totale ignorance de la souveraineté populaire d’une population majoritairement hostile à cette réforme des retraites. Ce choix survient au moment où les députés allaient aborder des articles contenant des points particulièrement obscurs relevant en réalité de l’enfumage macronien. Il s’agit d’une véritable forfaiture démocratique d’un pouvoir aux abois et soumis aux intérêts de l’oligarchie.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à se mobiliser massivement. Une crise politique de cette ampleur ne peut se dénouer que par un retour au peuple : la souveraineté populaire doit s’exprimer dans le cadre d’un référendum. C’est également un choix de société dont il s’agit. L’AGAUREPS-Prométhée est favorable, dans le cadre d’un autre partage des richesses, à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous. C’était l’objet de la pétition lancée dès novembre 2018 que vous pouvez retrouver sur internet au lien suivant :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

Vous retrouvez également à la fin de cette Lettre du mois le dernier communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée sur la question des retraites. En date du 15 février 2020, il anticipait en appelant à la relance et à l’intensification de la bataille populaire des retraites.

 

La prochaine Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée sera un numéro spécial consacré aux enseignements de ces élections municipales. A chaque bataille sa réflexion…

 

Sylvie ERBANI

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Intensifier la bataille populaire des retraites !

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à intensifier la mobilisation populaire contre la réforme des retraites. Malgré l’opposition d’une large majorité de la population, le gouvernement s’apprête à présenter ce lundi 17 février devant l’Assemblée nationale son projet de casse de la retraite par répartition.

 

L’AGAUREPS-Prométhée a contribué, par des tribunes parues dans les médias, par le numéro spécial de sa Lettre du mois, par l’organisation de réunions publiques à l’aide de son diaporama pédagogique, à dévoiler le caractère rétrograde et régressif du projet de loi. Pire, les débats en commission parlementaire et l’avis de la plus haute juridiction administrative, le Conseil d’Etat, ont montré un niveau d’impréparation inimaginable d’un projet aussi dangereux que mal ficelé. Le caractère insincère, lacunaire et manipulateur du texte proposé a été clairement mis en exergue.

 

L’AGAUREPS-Prométhée rappelle sa revendication d’un référendum sur la question des retraites afin de redonner au peuple toute sa souveraineté. Elle réaffirme son exigence d’un retour du droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour toutes et tous.

Pour l’AGAUREPS-Prométhée, plus que jamais, les retraites constituent un combat politique pour un enjeu de civilisation. Pas question de laisser faire le démantèlement de cet acquis social hérité du programme du Conseil National de la Résistance au lendemain de la Libération.

La pétition allant dans ce sens peut être signée sur internet à l’adresse suivante :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

 

La raison d’être de l’AGAUREPS-Prométhée est de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts d’une minorité de nantis.

 

Francis DASPE, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée  

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 141 JANVIER / FÉVRIER 2020

Sommaire du numéro 141 : Spécial « Municipales et réforme territoriale » 

  • Editorial de Francis DASPE « De l’utilité des notes de bas de page, mais plus encore de la pertinence des analyses…» page 2
  • Dossier de Sylvie PUJADE, François COCQ, Francis DASPE : « Mise à jour de la Lettre du mois de novembre 2015 spéciale Réforme territoriale» page 3
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2020 page 15

 

 

De l’utilité de notes de bas de page, mais plus encore

de la pertinence des analyses…

Cette première Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée de l’année 2020 est un nouveau numéro spécial. Elle est consacrée, en cette période de début de campagne des prochaines municipales du mois de mars, à la réforme territoriale. Cette dernière date déjà, qui a été mise en place il y a plusieurs années déjà. Nous sommes revenus à une précédente Lettre du mois de novembre 2015.

Nous avons procédé à une mise à jour des réflexions de l’époque par un système de notes de bas de page. Elles actualisent les données, les complètent ; elles peuvent être également de simples commentaires à la lueur de l’actualité. L’exercice se révèle particulièrement instructif. Les enseignements peuvent parfois être pareillement cruels.

 

C’est ainsi que l’on constate une continuité évidente entre les trois derniers quinquennats, ceux de Nicolas Sarkozy qui initia la réforme, de François Hollande qui la réalisa par le vote de trois textes législatifs, d’Emmanuel Macron qui continuera à l’appliquer. Un dénominateur commun existe à ces trois quinquennats : c’est l’actuel président de la République. Il fut d’abord un conseiller prometteur, notamment dans le cadre de la commission Attali, devint ensuite un ministre influent du gouvernement Valls. Il n’y a en définitive pas de meilleur exemple possible de la politique « du pareil au même » caractérisant les diverses nuances de l’oligarchie.

 

Les analyses, émises en 2015, et évoquant les notions d’asphyxie démocratique ou de société post-démocratique, prennent une signification renouvelée avec les derniers jalons de la vie politique, séquence de la présidentielle, mouvement des Gilets jaunes, mobilisation contre la réforme des retraites. En témoignent des deux phrases sélectionnées : « Plus sûrement, la question démocratique et celle de la reconquête par le peuple de sa souveraineté seront les enjeux centraux du moment de cristallisation du débat que constituera l’élection présidentielle de 2017 ». « Les villes centres en bénéficieront au détriment des espaces périphériques, périurbains et banlieues, dont l’oligarchie se débarrasse en en faisant des lieux de relégation sociale et spatiale ». La première annonce la vague dégagiste qui a déferlé en 2016 et 2017, et dont a indûment profité Emmanuel Macron par un improbable concours de circonstances. La seconde théorise avant l’heure la révolte populaire incarnée par le mouvement des Gilets jaunes.

 

L’AGAUREPS-Prométhée avait vu juste. Ses analyses se sont révélées pertinentes : les faits les ont validées a posteriori. La réflexion politique doit aussi se nourrir de ces retours sur des réflexions antérieures. En la matière, ils constituent un encouragement à poursuivre ce travail prospectif. L’année 2020 s’inscrira dans cette visée.

Francis DASPE 10 / 01 / 2020

 

 

 

Dossier

Lettre du mois n° 119 de l’AGAUREPS-Prométhée de

novembre 2015

Spécial « Réforme territoriale »

 

  • « Vers l’ère de la société post-démocratique ?, François COCQ, octobre 2015

 

  • « Réforme territoriale : vers l’asphyxie démocratique», François COCQ, novembre 2015

 

  • « Une réforme qui vient de loin», Sylvie PUJADE, novembre 2015

 

  • « Focus sur l’arsenal législatif», Sylvie PUJADE, octobre 2015

 

  • « Ne pas transiger avec une logique de démantèlement du territoire», Francis DASPE, juin 2011

 

 

Vers l’ère de la société post-démocratique ?

La réforme territoriale va trouver début décembre sa première déclinaison concrète : c’est à l’échelle des 13 nouvelles super-régions qu’aura lieu le scrutin des élections régionales. D’Hendaye à Poitiers, de Perpignan à Cahors, de Moulins à Grenoble, les citoyen-ne-s vont s’exprimer pour désigner une même assemblée régionale.

 

On aurait tort de minimiser l’impact de ce changement d’échelle pour se concentrer uniquement sur les transferts de compétences : l’un et l’autre sont indissociablement liés. C’est par la concentration du pouvoir économique et règlementaire sur des échelons territoriaux dédiés, les régions, les métropoles et les intercommunalités, que les politiques libérales vont pouvoir laisser libre cours à leur expression ; c’est par la dévitalisation des communes et des départements que les cadres démocratiques vont céder le pas devant des structures technocratiques éloignées qui pourront défier la souveraineté populaire et imposer aux citoyen-ne-s des politiques qu’ils rejetteraient s’ils le pouvaient encore.

 

L’un est le complément de l’autre, l’autre est le complément de l’un. Une réforme territoriale n’est jamais neutre et répond toujours à un projet politique dédié. Celui porté ici conjointement par les thuriféraires de droite et du gouvernement qui survivent par le consensus au centre a un nom : l’ordolibéralisme[1].

 

En cela, la réforme territoriale est le passage au cadre structurel de la politique bruxelloise. Ce n’est pas un hasard si la même potion a d’abord été administrée en 2010 à la Grèce avant de pouvoir la saigner. L’Italie avait pris les devants de l’alignement sur le « modèle allemand ». La France potentiellement si insoumise devait être mise au pas. Les recommandations de la Commission européenne y revenaient en boucle depuis des années. C’est désormais chose faite, croient-ils.

 

Et de fait, ils ne mégotent pas sur les moyens : redécoupage, transferts de compétences, disparition programmée ou insidieuse d’échelons démocratiques, loi sur la fusion de communes, nouvelle charte de la déconcentration pour atomiser le service public, ajournement de l’Etat… La France entre de plain-pied dans l’ère de la société post-démocratique[2].

 

Mais l’histoire n’est pas écrite jusqu’au bout. Les élections régionales sont une première occasion pour que s’exprime une majorité sociale qui refuse d’acter son propre  dessaisissement. Plus sûrement, la question démocratique et celle de la reconquête par le peuple de sa souveraineté seront les enjeux centraux du moment de cristallisation du débat que constituera l’élection présidentielle de 2017[3]. Dès à présent, construisons collectivement l’exigence républicaine de réappropriation citoyenne de la chose publique.

François COCQ  29 / 10 / 2015

 

 

Réforme territoriale : l’asphyxie démocratique

Article paru dans « A Gauche Pour la 6° République » du 13 novembre 2015.

 

La réforme territoriale se décline désormais concrètement. Début décembre, les élections régionales auront lieu dans les 13 nouvelles super-régions. Quelques jours après, au 1er janvier 2016, les dernières métropoles (Paris et Marseille) prendront corps. Au même moment, les transferts de compétences vont devenir effectifs et la carte de la nouvelle intercommunalité va se dessiner.

Et déjà, les premiers décrets d’application de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) sont signés par le Premier ministre Manuel Valls pendant que depuis Bercy Michel Sapin et Christian Eckert organisent l’agonie budgétaire des échelons de base de la démocratie avec l’acquiescement bienveillant d’un parlement godillot. Avec toujours un même fil rouge : l’atomisation des cadres démocratiques pour s’affranchir du verdict citoyen et imposer leur politique libérale. Revue de détails.

Oligarchie d’échelle

D’Hendaye à Poitiers, de Perpignan à Cahors, de Moulins à Grenoble, les citoyen-ne-s vont donc être appelés aux urnes pour désigner une même assemblée régionale. On aurait tort de minimiser l’impact de ce changement d’échelle dès lors qu’il s’accompagne d’un transfert de compétences. La concentration du pouvoir économique et règlementaire va désormais s’opérer au niveau des régions, des métropoles et des intercommunalités. Les cadres démocratiques de base que sont les communes et les départements vont s’effacer devant des structures technocratiques éloignées qui pourront défier la souveraineté populaire et imposer aux citoyen-ne-s des politiques qu’ils rejetteraient s’ils le pouvaient encore.

Comme on l’a encore vu en Grèce où dès 2010 la réforme Kallikratis a façonné le cadre pour importer et imposer la politique bruxelloise, une réforme territoriale n’est jamais neutre et répond toujours à un projet politique dédié. En France, celui-ci a été porté successivement par la droite et par le gouvernement qui convergent vers un consensus au centre et a pour nom l’ordolibéralisme.

Le collet de la DGF

Le projet de loi de finances pour 2016 actuellement à l’étude au Parlement sert de collet au gouvernement pour mettre au pas les récalcitrants.

Si Manuel Valls a annoncé le 3 octobre le report de la réforme de la Dotation Globale de Fonctionnement aux collectivités locales (DGF), il n’en a pas moins maintenu un coup de rabot insensé en faisant passer la DGF de 36,6 Mds d’euros en 2015 à 32,93 Mds en 2016 : une baisse de 10 % que les petits soldats parlementaires du PS vont s’empresser d’entériner en votant contre leurs propres élu-e-s mais surtout contre l’intérêt du pays.

Des communes broyées…

Les communes sont les premières visées. La contribution du bloc communal pour 2016 s’élève à 2,07 Mds d’euros. Entre 2013 et 2017, le manque à gagner des communes se montera à 16 Mds d’euros ! Autant de politiques et de services publics en moins dispensés aux populations. Autant d’investissements d’avenir dans les écoles ou les équipements culturels ou de santé qui seront rognés et participeront de la paralysie économique du pays[4].

Dès lors, les communes sont nombreuses à anticiper sur l’échappatoire opportunément proposé par le gouvernement et l’Association des maires de France présidée par l’ancien ministre sarkozyste François Baroin : se regrouper coûte que coûte, de manière artificielle (fusion par la loi sur les communes nouvelles) ou imposée.

… aux intercommunalités

En créant d’ici au 1er janvier 2017 l’obligation du regroupement intercommunal avec un seuil minimal de 15 000 habitants, la loi NOTRe redessine la carte de France. Le nombre d’intercommunalités à fiscalité propre devrait ainsi baisser de 40 % mais leur taille exploserait : 142 fusions regrouperaient ainsi plus de 50 communes. Dans la Manche, il ne resterait plus que 5 intercommunalités pour couvrir le département dont une issue de la fusion de 11 communautés soit plus de 200 communes !  Ailleurs en Ariège, dans la Creuse ou dans les Pyrénées-Atlantiques, on se retrouverait avec moins d’un tiers des communautés aujourd’hui existantes !

Tel est le modèle a-démocratique de Manuel Valls qui privilégie les macro-territoires qui isolent les élu-e-s des citoyen-ne-s pour mieux laisser les édiles décider à leur guise. Il y a tout juste un an, devant le Sénat, il opposait ainsi les communes, où les élu-e-s agiraient en fonction d’intérêts partidaires, aux intercommunalités, « ces lieux où l’intérêt général prime ».

Départements déchus

Immanquablement, les intercommunalités vont se substituer aux départements[5]. La DGF y contribue. Celle-ci aura baissé de 39% entre 2013 et 2017 pour les départements. Dans le même temps, leurs dépenses obligatoires (notamment l’APA, aide personnalisée à l’autonomie, la PCH, prestation de compensation handicap, et le RSA, revenu de solidarité active), augmentent irrémédiablement à mesure que le chômage et la précarité croissent. Transférées par l’Etat, elles représentent 60% des dépenses des départements.

Mais alors que la Constitution en prévoit la compensation financière par l’Etat, le reste à charge pour les départements est estimé à 4 Mds d’euros pour la seule année 2015 ! Dès lors, la faillite guette nombre de conseils départementaux. A moins que ce soient les prestations sociales qui en fassent les frais…

De la métropole à la « centralité »

Mais la nouvelle architecture territoriale basée sur l’éloignement à couvert du pouvoir serait incomplète et inefficace si elle ne se dotait pas en parallèle d’un espace centre pour servir l’accumulation physique du capital. C’est le rôle dévolu aux métropoles. Ainsi, la réforme de la DGF, simplement reportée par Valls, prévoit-elle l’introduction d’une part de « centralité ».

Les villes centres en bénéficieront au détriment des espaces périphériques, périurbains et banlieues, dont l’oligarchie se débarrasse en en faisant des lieux de relégation sociale et spatiale. Et pour éviter leur courroux et le verdict démocratique, les nouvelles métropoles comme le Grand Paris se divisent en immenses territoires (au moins 300 000 habitants) au sein desquels les citoyen-ne-s verront leur représentation atomisée : les 130 communes du Grand Paris (hors Paris) seront représentées au conseil métropolitain par un-e élu-e (2 pour les plus grosses).

La Constituante

Avec la réforme territoriale, la France entre de plain-pied dans l’ère de la société post-démocratique. Mais l’histoire n’est pas écrite jusqu’au bout. Les élections régionales sont une première occasion pour que s’exprime une majorité sociale qui refuse d’acter son propre dessaisissement.

Plus sûrement, la question démocratique et celle de la reconquête par le peuple de sa souveraineté seront les enjeux centraux du moment de cristallisation du débat que constituera l’élection présidentielle de 2017. Dès cette campagne, nous devons donc construire collectivement l’exigence républicaine de réappropriation citoyenne de la chose publique qui trouvera en 2017 sa déclinaison dans la Constituante.

François COCQ

 

 

 

 

Une réforme qui vient de loin

Le projet de réforme territoriale ne vient pas de nulle part. Il est à la confluence de processus qui entretiennent des liens de consanguinité évidents : la régionalisation, la décentralisation, la réforme de l’Etat. Cette dernière a constitué depuis plusieurs décennies un fétiche pour les libéraux. La réforme des collectivités n’est en effet rien d’autre que l’aboutissement d’une lutte quotidienne depuis le milieu des années 70 contre les déficits et les dépenses publiques. On veut nous culpabiliser par ce biais tous les jours afin de réduire l’Etat à peau de chagrin et d’ouvrir au privé des secteurs entiers qui appartiennent ou appartenaient à la puissance publique.

En  1969, Charles de Gaulle propose un référendum visant notamment à élargir le pouvoir des régions. L’échec conduit à la démission du président. La fin des Trente Glorieuses et le déclenchement de la crise entrainent la mise en place de politiques de rigueur. Mais la gauche, très vite, n’a pas été en reste, puisque dès 1983, l’espoir inauguré le 10 mai 1981 retombait : l’austérité revenait avec le tournant de la rigueur après que l’orientation de Delors et Mauroy de se conformer au système monétaire européen l’emporta. Il n’est alors pas étonnant qu’en 1986 Pierre Bérégovoy fasse voter la déréglementation des marchés financiers, puis que dans la foulée le gouvernement Chirac privatise la plupart des entreprises nationalisées après 1945 ou 1981. Mais c’est sans doute le vote oui en 1992 au Traité de Maastricht qui accentua en la rigidifiant cette dérive destructrice : en acceptant ce carcan, le PS cautionnait le tournant de la concurrence libre et non faussée. Il apportait les conditions du démantèlement des services publics et des privatisations qui suivront en interdisant tout monopole public.

 

Deux grandes vagues de décentralisation ont accentué le mouvement, même si toutes deux ne relèvent pas totalement d’une même logique. Il y eut les lois Defferre de 1982 et 1983. Puis la loi Raffarin du 13 août 2004 dite loi relative aux libertés et responsabilités locales. C’est ce qui est communément appelé les actes I et II de la décentralisation[6]. Entre les deux se développa le refrain de la réforme de l’Etat qui n’avait pour d’autres buts que la remise en cause de la puissance publique.

 

Une même logique de casse sous la pression européenne allait conduire Lionel Jospin et son gouvernement à des privatisations à répétition (Air France, Crédit Lyonnais, ASF, Aérospatiale, France Télécom). C’est toujours sous l’ère Jospin, en 2001, qu’est inventée la solution destinée à normaliser cette situation de dégraissage généralisé de l’Etat, la « LOLF » (« loi organique relative aux lois de finance ») : il ne manquait plus justement qu’à légitimer ce qui se passait depuis 30 ans en offrant le cadre financier constituant la base d’une application régulière et désormais systématique de cette idéologie libérale visant soi-disant à moderniser l’Etat, c’est-à-dire à le faire disparaître. Les pères de la LOLF sont le député UMP Alain Lambert et le député PS Didier Migaud. Lorsque cette loi organique entre en vigueur le 1er janvier 2005, c’est alors très explicitement une logique de résultats qui s’impose dans toutes les administrations de l’Etat sans que personne, ou presque, ne s’y oppose à l’Assemblée nationale[7]. A croire que le thème de la réforme de l’Etat faisait alors l’objet d’un terrifiant consensus !

 

En 2007, Nicolas Sarkozy va profiter du consensus général pour aller jusqu’au bout de la dérive libérale antirépublicaine avec la « RGPP », la « révision générale des politiques publiques », dont l’objectif est la destruction définitive de la puissance publique au nom de l’économie budgétaire. Il s’agit de rentabiliser désormais ouvertement l’activité de l’Etat, ministère après ministère, en fusionnant ses services, en diminuant le nombre de postes par le non renouvellement des fonctionnaires partant à la retraite, bref en imposant clairement une gestion de type privée de l’Etat républicain. L’alternance de 2012 ne change rien : la RGPP est simplement rebaptisée MAP (modernisation de l’action publique). Voir la tribune de Francis Daspe parue dans L’Humanité le 30 janvier 2013 intitulée La transmutation de la RGPP en MAP http://www.humanite.fr/tribunes/la-transmutation-de-la-rgpp-en-map-514058

Il fallait bien que ce qui touche tous les autres ministères touche à un moment ou un autre celui des collectivités territoriales. L’Etat républicain doit être remplacé par un Etat minimal, celui que promeuvent les libéraux, celui qui est conforme à cette Europe des grandes régions et des grandes métropoles où doit s’exercer sans aucune barrière la seule loi du profit, de la rentabilité et de la concurrence. Les territoires doivent donc s’adapter aux exigences du capital et de la mondialisation, comme avant eux les entreprises publiques et la plupart des services publics, quitte à réduire l’Etat républicain à néant.

 

En 2009, le comité Balladur est chargé par le président Sarkozy de formuler des propositions pour une nouvelle étape de décentralisation : création d’un Grand Paris intégrant les départements limitrophes de la capitale[8], attribution de la clause de compétence générale à l’échelon communal seul, suppression des cantons, élection commune des conseillers généraux et des conseillers régionaux, réduction du nombre de régions de 22 à 15[9]. Tout cela débouche sur le projet de réforme territoriale de Nicolas Sarkozy (voir tribune de Francis Daspe ci après parue dans l’Humanité le 28 juin 2011 et intitulée Ne pas transiger avec une logique de démantèlement du territoire). Projet honni par l’opposition socialiste de l’époque…

Ce qui n’empêchait pas, en juillet 2011, au lancement de la primaire socialiste pour l’élection présidentielle, Manuel Valls de proposer dans Libération de « Réduire nos dépenses en décentralisant davantage, en simplifiant les structures administratives – par exemple en supprimant les départements – et en réformant la fiscalité locale ». Si bien que l’acte III de la décentralisation fut annoncé comme le grand dessein du candidat Hollande. En 2013, la Commission européenne publie ses « recommandations » : « Prendre des mesures destinées à améliorer les synergies et les économies entre les différents niveaux de l’administration, central, régional et local ».

 

La réforme territoriale peut être considérée comme la conclusion d’une attaque en règle menée avec constance par tous les gouvernements depuis 30 ans contre la République, au nom d’une logique de démantèlement de la puissance publique.

 

Sylvie PUJADE Novembre 2015

 

 

Focus sur l’arsenal législatif

Sources :

http://www.gouvernement.fr/action/la-reforme-territoriale

https://cocq.wordpress.com/reforme-territoriale/

Loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM)

Elle est promulguée le 27 janvier 2014. Afin de renforcer les territoires, le statut de métropole avait été créé par la loi du 16 décembre 2010 pour affirmer le rôle des grandes agglomérations comme moteurs de la croissance et de l’attractivité du territoire. La loi MAPTAM crée au 1° janvier 2015 13 métropoles.

C’est ainsi qu’ont vu le jour les métropoles de Rennes, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Brest, Lille, Rouen, Grenoble, Strasbourg et Montpellier. Créée également le 1er  janvier 2015, la Métropole de Lyon est une collectivité territoriale à part entière et dispose d’un statut particulier. Celles du Grand Paris et d’Aix-Marseille-Provence verront le jour au 1er janvier 2016.

Elles sont conçues comme des pôles de compétitivité[10] pour s’insérer dans la compétition économique européenne et mondiale. Ces « super intercommunalités » prennent aussi les compétences des communes pour l’eau, l’assainissement, les routes. Elles auront compétence pour la promotion internationale du territoire.

C’est par le biais d’une conférence territoriale de l’action publique (CTAP) que les collectivités d’une même région détermineront entre elles la répartition des politiques publiques[11].

Loi relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral

En dépit de désaccords entre le Sénat et l’Assemblée nationale, le projet de loi avec la nouvelle carte des régions fut adopté le 25 novembre 2014. Elle est promulguée le 16 janvier 2015, après validation par le Conseil Constitutionnel.

La nouvelle carte des régions en réduit le nombre de 22 à 13. Le nom définitif des futures régions doit être fixé par décret avant le 1er juillet 2016. Les départements redeviennent « mutables » d’une région à une autre à travers le « droit d’option » rétabli par l’Assemblée Nationale pour la période entre 2016 et mars 2019 (délibérations concordantes des assemblées délibérantes à la majorité des suffrages 3/5 exprimés, et non plus majorité absolue, mais suppression de référendum local)[12]. Par contre, le changement de limites territoriales peut désormais être mis en œuvre par un décret du conseil d’Etat et non plus obligatoirement par la loi.

La désignation du chef-lieu des régions sera fixée par décret avant le 31 décembre 2015. L’Assemblée Nationale a prévu que le Conseil régional aura la faculté d’organiser des séances par alternance entre plusieurs lieux de réunion[13].

Le modèle métropolitain est explicité à partir de l’exemple de la métropole de Lyon qui induit la disparition du département du Rhône[14]. Chaque département doit posséder au moins deux élus.

La présidence des commissions régionales en charge des finances et du contrôle budgétaire sera systématiquement confiée à l’opposition.

Loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe)

L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), après l’accord sur le texte lors de la réunion de la commission mixte paritaire le 16 juillet 2015. Il s’agit du troisième volet de la réforme des territoires, après la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles et la loi relative à la délimitation des régions.

La loi NOTRe fixe les compétences des collectivités locales. Elle est promulguée le 7 août 2015. Les élections départementales avaient eu lieu fin mars, soit près de 5 mois auparavant…

Les principales dispositions sont indiquées dans le texte de François COCQ disponible plus haut et intitulé « Réforme territoriale : l’asphyxie démocratique. Nous en reprendrons brièvement quelques éléments récapitulatifs ou complémentaires.

Les régions voient leurs pouvoirs renforcés.  Malgré la suppression de leur clause de compétence générale[15], les compétences régionales sont renforcées en matière de développement économique. Le schéma régional de développement économique d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) obtient valeur prescriptive. Le schéma d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT) aura lui aussi valeur prescriptive à l’égard des documents d’urbanisme (SCOT, PLU)[16]. Les régions seront également chef de file en matière de tourisme et élaboreront un schéma régional de développement touristique.

Les départements sont affaiblis. Ils subissent la suppression de leur clause de compétence générale. Les Conseils départementaux gardent la faculté d’aider les communes et les EPCI, financièrement et pour l’exercice de leurs compétences. Ils doivent opérer un recentrage sur leur rôle en matière de solidarités territoriales et sociales.

Le devenir des départements devient très incertain. Une distinction est opérée entre les départements sur les aires métropolitaines (voués à disparition), les départements en zone rurale (promesse de maintien), et les autres départements (transformés avec des assemblées composées des représentants de intercommunalités). Manuel Valls tablerait après 2020 sur le maintien d’une quinzaine de départements[17].

Les intercommunalités sont gagnantes. Une nouvelle phase de « rationalisation de l’intercommunalité resserrée autour des bassins de vie » est enclenchée. Elle doit être achevée avant le 31 décembre 2016. La taille minimale des EPCI (établissement public de coopération intercommunale) à fiscalité propre passe de 5.000 à 15.000 habitants.

Les services publics, unique patrimoine commun de ceux qui n’en possèdent pas à titre privé, sont les principes victimes de la réforme territoriale, selon la logique du glissement de service public à services au public.

Le « schéma d’amélioration de l’accessibilité des services au public sur le territoire départemental » devait initialement être co-élaboré entre département et Etat : il doit désormais l’être entre les EPCI et l’Etat. Les « maisons de service au public » en remplacement des actuelles « maisons des services publics » sont destinées à « améliorer l’accès des populations aux services »[18]. Elles peuvent relever de l’Etat, d’EPCI à fiscalité propre ou d’organismes de droit privé chargés d’une mission de service public. Elles rassemblent des services publics et privés.

Des prises de position antagonistes

Association des régions de France (ARF):

« Cette modernisation passe enfin par un renforcement des Régions qui doivent se voir dotées de moyens adaptés. C’est ainsi qu’elles deviendront de grandes régions comparables à leurs homologues européennes ».

« Cette modernisation passe enfin par une réforme en profondeur de l’Etat sur les territoires qui doit concentrer ses moyens sur ses missions régaliennes ».

Communiqué de l’ARF du 5 juin pour se féliciter des annonces de François Hollande.

 

Association des départements de France (ADF):

« La question porte sur notre héritage républicain » ; « La meilleure façon de solutionner l’organisation territoriale publique, [c’est d’organiser] sur cette question un référendum »

(Claudy Lebreton, président de l’ADF, 3 juin 2014).

Sylvie PUJADE Octobre 2015

 

 

 

Ne pas transiger avec une logique de démantèlement du territoire

Ce texte a été diffusé en tribune libre dans l’édition du 28 juin 2011 de L’Humanité.  

Les forces de gauche, dans leur quasi-totalité, ont fait part de leur volonté, en cas de victoire aux élections présidentielles et législatives de 2012, d’abroger la loi du 16 décembre 2010 portant sur la réforme des collectivités territoriales[19]. La levée de boucliers suscitée par cette mesure s’explique par les graves défauts des dispositions contenues dans le texte, en terme de respect de la démocratie et de la souveraineté populaire, d’égalité territoriale républicaine, de capacité à mener des politiques publiques au service de l’intérêt général, ou encore de menaces contre les services publics. C’est en effet la logique même de la loi qui doit être démontée et dénoncée : elle s’inscrit comme une étape supplémentaire de la fameuse révision générale des politiques publiques (RGPP) dont l’application dans des secteurs comme l’éducation ou la santé occasionne des dégâts considérables.

 

Cette réforme procède également d’une autre vision de la société ; elle met en jeu une perception différente de la dévolution du pouvoir et de son exercice. Autrement dit, d’une autre forme de l’identité citoyenne. Ce qui définit l’identité de chacun d’entre nous, c’est sa triple appartenance à une commune, à un département et à la patrie républicaine française. Ce sont précisément ces trois échelons que la réforme s’emploie à vider de leur substance, au profit du triptyque rassemblant intercommunalités, régions et Union européenne. Cette nouvelle trinité communie dans l’acceptation des lois du marché érigées au rang, selon les circonstances, de vérité révélée ou de fatalité incontournable.

Des subterfuges sémantiques sont utilisés dans ce but. Au premier rang de ceux-ci se trouve la confusion entre les préfixes inter et supra. L’intercommunalité promue par la loi vise désormais clairement la destruction à moyen terme des 36 000 communes françaises perçues comme un luxe incongru à l’heure des rationalisations tous azimuts. Elles constituent pourtant les lieux de base de l’exercice de la démocratie de proximité et de la citoyenneté. La dilution ainsi projetée de la réalité politique de la commune rend pour cela impropre l’utilisation du terme « intercommunalité » : il convient de lui préférer dans les faits et les pratiques celui de « supra-communalité ».

Le parallèle peut à cet égard être effectué avec l’échelon européen[20]. La construction européenne a été orientée dès le début dans une pente nettement supranationale, avec notamment les visées fédéralistes dont certaines ont plus ou moins avorté. La volonté d’instaurer un pacte de compétitivité, qui conduirait à supprimer la souveraineté budgétaire des gouvernements nationaux sur l’autel de la défense de l’euro, en est une illustration éclairante. Dans une telle construction, il n’y a rien qui soit digne du mot internationaliste, c’est-à-dire rien qui soit conforme à l’exigence de solidarité entre les peuples. Bien au contraire, dans la configuration supranationale européiste, les peuples sont congédiés et incités à entrer en concurrence les uns contre les autres.

 

Après avoir voué aux gémonies la réforme dans son ensemble, voilà que certains à gauche seraient tentés d’opter pour une attitude plus « constructive ». La crainte d’être taxés d’un « opposionniste permanent » les pousserait-elle à vouloir aménager le texte, en distinguant ce qui resterait inacceptable (les futurs conseillers territoriaux) de ce qui serait jugé amendable (par exemple la modification à marche forcée de la carte des intercommunalités) ? Attention cependant à ne pas glisser subrepticement, comme pour la mondialisation néolibérale, de l’aménagement à l’accompagnement[21]

La seule stratégie politiquement acceptable consiste à ne pas transiger avec une logique de démantèlement fondée sur des économies drastiques contraires à l’intérêt général. Il ne s’agit pas, aux antipodes des premiers discours prononcés avec virulence au moment du vote, de renoncer, voire pire, à faire du zèle en déclinant ou en anticipant des mesures découlant de la loi honnie au nom d’un réalisme de mauvais aloi. Il ne fait pas de doute, au même titre que la question du partage des richesses ou des retraites, que le sort à réserver à cette loi constituera un clivage fort des prochaines campagnes électorales. Et un test  de la capacité des partis de gauche à tenir leurs promesses. Donc de leur sincérité…

Francis DASPE Juin 2011

 

 

[1] Le Premier Ministre de l’époque Manuel Valls avait indiqué que la réforme territoriale était la mère de toutes les réformes. C’était indiquer l’impact de cette réforme structurelle.

[2] La victoire en 2017 d’Emmanuel Macron n’a-t-elle pas été une accélération vers l’ère de la société post-démocratique ? La crise des Gilets Jaunes a montré le blocage démocratique existant.

[3] L’élection présidentielle de 2017 a bien mis en avant la question démocratique et de la souveraineté populaire, notamment avec la proposition de 6° République et de Constituante portée par Jean-Luc Mélenchon.

[4] La baisse des dotations de l’Etat aux communes a eu de lourdes conséquences : la méfiance de la part des élus locaux à l’égard de l’Etat s’est exacerbée. Le Président Macron en a fait les frais, tentant de réduire les fractures  avec le lancement d’opérations de communication dont l’une des plus emblématiques a été le grand débat national au début de l’année 2019 à la suite de l’explosion de la crise des Gilets Jaunes.

[5] L’attachement des Français aux départements a empêché les gouvernements qui se sont succédé d’aller au bout de leur volonté de démanteler encore davantage les départements.

[6] L’année 2015 a vu la mise en place de l’Acte III de la décentralisation, initiée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, devenue « le grand dessein » du quinquennat de celui de François Hollande de l’aveu même du Président de la République élu en 2012.

[7] Que dire de la LOLF et de son impact ?

[8] Dire un mot sur la réalité actuelle du Grand Paris.

[9] Du projet de réforme territoriale portée par Nicolas Sarkozy, presque tout sera finalement repris par so successeur François Hollande, excepté ce qui aurait pu limiter le nombre des élus locaux du Parti socialiste (comme par exemple les conseilleurs territoriaux qui auraient remplacé dans un même élan élus départementaux et élus régionaux).

[10] La notion de pôle de compétitivité est un concept développé par Nicolas Sarkozy. Dans une logique de mise en concurrence des territoires, il s’agit de favoriser des territoires déjà bien dotés afin de les insérer dans le cadre de la concurrence effrénée de la mondialisation. Les territoires défavorisés ou en difficulté, qualifiés par Jacques Attali, un des parrains du jeune Emmanuel Macron, de « canards boiteux », n’ont pas vocation à être soutenus et seront plus ou moins abandonnés dans un souci de rentabilité immédiate.

[11] Comment ont fonctionné et fonctionnent les CTAP aujourd’hui ?

[12] Quid de la mutabilité des départements et du droit d’option ?

[13] C’est le cas par exemple de la nouvelle région Occitanie, fusion de celles de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, qui possédant deux métropoles, Toulouse et Montpellier, alterne tant bien que mal entre les deux.

[14] Qui du département du Rhône ?

[15] Y a-t-il eu vraiment suppression de la clause de compétence générale pour les régions ? Et les départements ?

[16] Ces schémas ont-ils valeur prescriptive ? Quelles conséquences concrètes ?

[17] La suppression des départements n’a pu se réaliser conformément aux projets envisagés.

[18] Quelles différences concrètes de ce glissement sémantique ?

[19] Après la victoire de François Hollande en 2012, la nouvelle majorité ne tiendra pas sa promesse. La continuité entre les deux quinquennats sera évidente, comme indiqué plus haut.

[20] Les élections européennes de 2014 et 2019 montreront à chaque fois le lien particulièrement étroit entre la réforme territoriale et l’Union européenne.

[21] En réalité, plus que du simple accompagnement, il y aura approfondissement et accélération de la réforme territoriale sous le quinquennat de François Hollande.

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 140 NOVEMBRE / DéCEMBRE 2019

Sommaire du numéro 140 : Spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne »  

  • Editorial de Sylvie ERBANI : « Des chroniques prométhéennes prometteuses» page 2
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Retraites» page 3
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Stratégie politique» page 7
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Education» page11

 

 

 

Des « chroniques prométhéennes »

prometteuses

 

 

A l’occasion de l’éditorial de la précédente « Lettre du mois » marquant la rentrée, nous annoncions que l’AGAUREPS-Prométhée lançait ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Celles-ci s’inscrivaient bien évidemment dans le cadre des Assises itinérantes de la Table renversée, campagne d’action et de réflexion au long cours. Nous indiquions également qu’elles prendraient « la forme de textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public ». Le numéro 140 de la « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée illustre à merveille cet engagement. La promesse a été tenue, puisque ce numéro est un spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Il se compose de 5 tribunes qui ont été diffusées dans des médias nationaux, témoignant si besoin était à la fois de la constance du travail effectué par l’AGAUREPS-Prométhée et de sa capacité à s’insérer dans le débat public.

 

Deux d’entre-elles concernent la question d’actualité des retraites. Elles appréhendent le sujet selon deux aspects complémentaires. L’un est classique, s’appliquant à montrer qu’il s’agit d’une réforme à la fois paramétrique et systémique qui ne produira au final quasiment que des perdants ; l’autre est plus original, mettant en exergue la méthode utilisée qui illustre à sa manière la rupture démocratique engendrée par cette réforme.

La réflexion sur la question de la stratégie politique constitue un des fils rouges de l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée. Deux tribunes y sont consacrées. Elles traitent des délicates et sensibles liaisons entre les concepts de Gauche et de Peuple qui ont contribué à structurer les débats de notre camp idéologique depuis ses origines. Dans ces analyses, deux notions sont utilisées pour tracer un chemin d’avenir. Une, ancienne, est remise au goût du jour pour en dévoiler son caractère propulsif, à rebours des contresens dont elle est victime. C’est celle de lutte des classes. L’autre, plus inhabituelle et sans aucun doute surprenante, mais puisant à des sources historiques instructives, vise à offrir une solution à la puissante crise de la souveraineté populaire en cours. C’est celle de démocratie plébéienne.

Enfin, comment établir un bilan de la rentrée sans aborder les inévitables questions scolaires ? C’est l’objet de la dernière tribune de cette « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée. Elle dénonce la vision macroniste de l’école de la République qu’elle vend à la découpe comme une vulgaire marchandise, prolongeant en cela la basse besogne des gouvernements précédents, mais en lui faisant passer un cap potentiellement irréversible au nom de la conception libérale de la start up nation qu’elle voudrait administrer à notre système éducatif.

 

Ces chroniques prométhéennes s’inscrivent bien dans l’ambition d’offrir le carburant de l’indispensable Révolution citoyenne. Comme Prométhée fit don du feu aux hommes, au grand dam de Zeus, qui dans la religion romaine se nomme Jupiter ?

Sylvie ERBANI   30 / 10 / 2019

 

 

 

Les Chroniques prométhéennes de la  Révolution

citoyenne

 

Thème : Retraites

Tribune 1 : François COCQ, Comment la réforme des retraites va briser notre pacte démocratique

Tribune 2 : Francis DASPE, Retraites : perdant et perdant

 

Comment la réforme des retraites va briser notre pacte démocratique

Tribune parue sur le site de Marianne le 10 septembre 2019

François COCQ est Président de l’AGAUREPS-Prométhée. Co-auteur de « La laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation » (Eric Jamet éditions, 2016) et auteur de « L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes » (Editions du Borrego, 2019). Membre des Constituants.

 

Emmanuel Macron est en grande partie fils de la réforme des retraites. De celle de 2010 bien plus encore que de celle à venir. La conduite à l’époque de la réforme par Nicolas Sarkozy avait largement participé du rejet dont il fût l’objet deux ans plus tard dans les urnes. Emmanuel Macron en profitait alors pour prendre ses marques à l’Élysée aux côtés d’un président par accident, qu’il évinça ensuite faute de combattant.

 

Emmanuel Macron est tout autant l’héritier de 2010 en matière de pratiques et d’exercice du pouvoir. Jusque-là, lors des grandes mobilisations et contestations populaires sur des enjeux structurants, le pouvoir entendait l’incapacité à créer du consensus et remettait l’ouvrage sur le métier : le projet de loi Savary retiré par François Mitterrand en 1984, la réforme Devaquet abandonnée par Jacques Chirac en 1986, Alain Juppé et les retraites, déjà, en 1995, De Villepin et le CPE promulgué mais jamais appliqué en 2006… Mais avec Sarkozy, tout change : le passage en force se substitue à la prise en compte d’une volonté populaire.

Le renforcement de la prédominance de l’exécutif avec le quinquennat, et plus encore l’inversion du calendrier électoral, se traduit par une concentration monarchique du pouvoir, entendue au sens du pouvoir d’un seul, qui fait du refus de céder une question personnelle. Sarkozy s’assoie sur les mobilisations de 2010 sur les retraites comme aucun autre avant lui. La boîte de Pandore est ouverte. Hollande avec la loi travail en 2016, ou Macron face au mouvement des Gilets jaunes, lui emboîteront le pas. La recherche du consensus laisse place à l’exercice du pouvoir par un dissensus assumé.

Appliquer une telle méthode à la réforme des retraites, élément structurant du corps social et donc politique, c’est participer de l’effondrement démocratique destituant que nous connaissons. Car la réforme des retraites va réviser rien moins que le contrat d’engagement professionnel initial de chaque citoyen, contrat individuel qui s’inscrivait dans un cadre collectif. Chacun a fait, en conscience et de manière raisonnée, un choix personnel d’orientation professionnelle. Celui-ci intégrait naturellement parmi d’autres éléments la retraite. Prenons un exemple : celui ou celle qui choisissait il y a quelques années l’enseignement ne le faisait pas pour le traitement, largement en dessous de la moyenne de ses collègues professeurs dans les autres pays de l’OCDE.

 

Au-delà de la vocation et de la volonté de participer à l’œuvre émancipatrice, il le faisait pour une organisation du temps de travail (dont les vacances), et pour pouvoir bénéficier à l’époque d’une retraite à 60 ans, au bout de 37,5 annuités, et calculée sur les six derniers mois. Ce métier, comme les autres, avait ses avantages et ses inconvénients, mais tel était le contrat initial d’engagement. Ce contrat a certes évolué par le passé, mais il s’apprête cette fois à être triplement rompu de manière unilatérale : la durée de cotisation est dans la ligne de mire de Macron, celle de l’âge pivot dans celle d’Agnès Buzyn, et le calcul du montant des pensions sur les 25 dernières années est revendiqué par Jean-Paul Delevoye. Autrement dit, le contrat est rendu caduque.

Cette rupture est la négation d’un élément constituant du peuple. La mise en place des retraites ouvrière et paysannes de 1910, le principe de répartition entériné en 1945, les lois Auroux de 1982, participent de la structuration et de la cohésion du peuple suite à des périodes de fermentation active. Le changement en cours de route des règles du jeu, sans adhésion citoyenne, rompt avec cette logique. Les retraites deviennent alors un objet de confrontation et de compétition là où elles représentaient la solidarité : l’introduction de la réforme par point là où le système par répartition représentait un ciment commun, ou la rupture de la solidarité intergénérationnelle, sont autant d’éléments déconstructeurs de la société.

 

Les répercussions dans la sphère démocratique en seront l’immanquable corollaire. La rupture dans le consentement aux différentes formes de représentation, y compris la personnalisation monarchique, désagrège la légitimité. S’attaquer de front aux retraites pour en nier l’essence comme s’apprête à le faire le président Macron, à travers un nouveau débat biaisé dont les tenants et aboutissants sont imposés par avance, c’est nier au peuple le fait d’être la matrice d’une volonté générale définissant un intérêt général. C’est prétendre que ce dernier doit émaner de « décisionnaires éclairés ». Bref, c’est changer le titulaire de la souveraineté.

A l’heure où l’atomisation individualiste se heurte aux blocages électoraux et à la soif exprimée par le mouvement des gilets jaunes de recréer du commun, la réforme des retraites ne saurait être appréhendée comme un exercice comptable ou un simple ajustement économique. Elle doit permettre de mettre sur la table le modèle de société dans lequel nous souhaitons vivre, et en conséquence les moyens que nous acceptons d’y consacrer. En un mot le pacte qui nous lie collectivement. L’allongement de la durée de vie qui induirait de travailler plus longtemps est une fausse évidence purement idéologique pour refermer le débat. La question des retraites recèle au contraire des vertus constituantes. Entendons qu’elle représente, au regard de l’état de décomposition de la politique, un impératif démocratique.

François COCQ

 

 

 

Retraites : perdant et perdant 

Tribune parue sur le site de Politis le 29 août 2019

Francis DASPE est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017).

 

Les craintes concernant la réforme des retraites s’avèrent hélas fondées. Les préconisations présentées jeudi 18 juillet par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye constituaient déjà une nouvelle étape dans le processus de démantèlement du pacte républicain et social. Il en va de même de l’annonce surprise faite par le Président Macron à l’issue du sommet du G 7 à Biarritz. Contrairement à ce qui a été véhiculé, les deux options ne sont pas en contradiction ou en concurrence. Il ne s’agit pas non plus d’une concession, encore moins d’un quelconque geste d’ouverture. Il faut davantage y voir une complémentarité dans le cadre d’un jeu de rôle parfaitement rodé.

Dans la logique du recours aux tentatives d’enfumage caractéristiques du « parler macronien », cette réforme nous avait été présentée comme une réforme systémique (nécessaire car structurelle) qui ne serait pas paramétrique (insuffisante car conjoncturelle). Elle est en réalité les deux à fois, démultipliant de la sorte sa portée dévastatrice.

 

C’est d’abord une réforme systémique. L’introduction d’un système par points vise de manière prioritaire à casser le système solidaire intergénérationnel de retraites par répartition. C’est faire triompher une logique d’individualisation des retraites, à rebours du logiciel du programme du conseil national de la Résistance.

C’était aussi déjà une réforme paramétrique qui ne voulait certes pas avouer sa nature profonde. La définition d’un âge pivot (64 ans) était une manière déguisée et insidieuse de repousser l’âge (légal et réel) de départ à la retraite et d’augmenter la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. D’autres mesures envisagées, comme la décote ou la valeur fluctuante du point, favorisaient les conditions d’une baisse quasi générale des pensions de retraites.

La récente sortie du Président Macron renforce la dimension paramétrique de la réforme. Chacun sait de quoi il en retournera : en indiquant sa préférence pour un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge de départ, Emmanuel Macron veut rendre inéluctable (et significative) une augmentation du nombre d’annuités de cotisation. L’âge de départ à la retraite en sera d’autant plus repoussé pour la très grande majorité de nos concitoyens.

 

Par conséquent, avec cette double dimension systémique et paramétrique, la réforme ne fait quasiment que des perdants sur tous les tableaux. Perdant car la retraite solidaire par répartition disparaît. Perdant car il faudra travailler plus longtemps et partir plus tard. Et même très tard pour espérer une pension à taux plein. Perdant car les conditions sont créées pour des pensions rabougries. Perdant car on passe d’un système à prestations définies (on sait quel niveau de pensions on touchera) à un système à cotisations définies (on ne sait pas combien on touchera car cela sera fonction de la valeur du point).

L’engagement de la réforme ne vise pas à donner du mieux-vivre au plus grand nombre et à améliorer les parcours de vie. La recherche du progrès ne constitue pas la véritable préoccupation : au contraire, dans une logique orwellienne, ce mot des progrès est grossièrement tordu. Les réels objectifs de la réforme sont pourtant clairs, bien qu’ils soient parfois volontairement masqués ou obscurcis. Il s’agit de faire partir plus tard à la retraite. Il faut réduire le montant des pensions versées pour diminuer la part globale allouée aux retraites (la déclinaison de l’idée de « charge »…). On veut arriver à moyen terme à un système par capitalisation, le mot n’étant pour l’instant pas accepté dans l’opinion publique, ce qui demande des stratégies de contournement. On s’échine à offrir sur un plateau doré aux marchés ces sommes considérables que représentent les cotisations : elles y échappent pour le moment du fait de la logique de répartition.

 

Il n’est donc pas possible de parler à propos des déclarations du Président Macron d’apaisement. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’a à sa manière révélé en affirmant qu’« il ne faut pas en rabattre sur l’ambition ». Comme pour ADP, c’est un enjeu d’intérêt général supérieur que de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts des marchés et d’une minorité de nantis. La question des retraites possède à cet égard une place centrale

Francis DASPE

 

 

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

 

Thème : Stratégie

Tribune 1 : Francis DASPE, Le populisme de gauche met fin au déni de la lutte des classes

Tribune 2 : Francis DASPE, La Gauche ou le Peuple au pouvoir ? Renouer avec une démocratie plébéienne

 

 

 

Le populisme de gauche met fin au déni de la lutte des classes

Tribune parue sur le site du HuffPost le 28 septembre 2019

Francis DASPE est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017).

 

La notion de populisme reste éminemment complexe et protéiforme. Elle est susceptible de prendre des formes particulièrement diverses. La situation peut être de surcroît renforcée par des confusions entretenues à souhait. Confronter les « populismes » au révélateur de la lutte des classes permet d’éclaircir heureusement la situation. Encore faut-il s’entendre par ce que l’on désigne avec lutte des classes, tant l’expression reste (encore) de nature à faire frémir les bonnes consciences. Il suffit de la comprendre comme une mise en tension d’intérêts contradictoires opposant des catégories sociales dans le cadre du processus de production et de répartition des richesses.

 

Certains adversaires du populisme de gauche (bien que cette formulation puisse être considérée avec raison comme un oxymore) lui reprochent de parfois minimiser les réalités de la lutte des classes. Le drapeau rouge ou l’Internationale seraient alors oubliés. C’est profondément injuste ; il s’agit même d’un contresens flagrant, du moins d’une méconnaissance des potentialités de cette forme de populisme.

C’est redonner au contraire une actualité et une vitalité nouvelles à la lutte des classes. La traditionnelle « latéralisation » gauche/droite ne signifie en effet plus grand-chose en la matière. Tout simplement parce qu’une partie de la gauche instituée a changé de camp à force de renoncements et de reniements. Elle est passée au marché, et même parfois bien davantage, intégrant le cercle de la répression des forces sociales. Si bien qu’une partie non négligeable du « peuple » vote à droite, donnant à l’occasion à croire que les exploiteurs et les possédants pourraient être majoritaires. Ce qui pas n’est pas vrai.

La « verticalisation » du champ politique, opposant oligarchies et peuple, induite par la stratégie populiste, renoue avec l’essence même de la lutte des classes. Elle rééquilibre les rapports sociaux, caractérisés par l’opposition entre une majorité de dominés et une minorité de possédants. Elle donne à voir la dureté d’antagonismes de classes réactivés et démultipliés.

 

Le populisme de droite, qu’il serait bien souvent plus approprié de qualifier d’extrémiste ou de fasciste, ne se préoccupe aucunement des problématiques liées aux réalités de lutte des classes. Il en nie résolument l’existence même. Il opte pour des clivages d’exclusion se fondant sur la race, l’origine ou la religion, dans une logique ethniciste de la nation. La désignation d’un bouc-émissaire vise à occulter la réalité d’antagonismes sociaux pourtant bien réels.

Le populisme développé par la majorité gravitant autour du Président Macron en constitue une forme particulièrement ambivalente. Il affecte de combattre ardemment, en France comme en Europe, tous les populismes. C’est une posture de confort (politicienne) qui confine en réalité à l’imposture (idéologique). Emmanuel Macron adopte de prime abord  la visée du populisme de droite consistant à nier les conflits d’une société de classes au nom d’une improbable unité fondée sur un improbable bon sens. Mais, à son corps défendant, il parvient en fin de compte, au résultat pourtant honni du populisme de gauche : il contribue à l’exacerbation de la lutte des classes.

Car ce populisme de caste décomplexé se nourrit du mépris du peuple. Il s’agit d’un populisme de marché où tout doit prendre une valeur mais où rien n’est garanti pour les catégories populaires. Il se transforme également en populisme nauséabond, flattant les bas instincts, puisant aux sources de l’antiparlementarisme ou de la dévalorisation des corps intermédiaires. Bref, un des pires populismes dont il faille se garder par tous les moyens démocratiques, éventuellement fournis par ceux du populisme de gauche qui fait appel à l’implication du peuple sans l’instrumentaliser ou le mépriser.

 

Le populisme, dès lors qu’il redonne à la lutte des classes son actualité impérieuse, renoue avec l’essence même de la démocratie. Il réaffirme le primat de la loi du nombre contre les oligarchies ; il suscite un appel à la raison et à la force de l’argumentation contre les élites autoproclamées et promulguant par argument d’autorité une pensée unique. Il est une des conditions du surgissement de la révolution citoyenne à même de renverser la table pour faire émerger l’intérêt général humain.

 

 

 

La Gauche ou le Peuple au pouvoir ? Renouer avec une démocratie plébéienne

Tribune parue sur le site de Marianne le 9 octobre 2019.

Francis Daspe est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017). Il est également impliqué dans La France Insoumise.

 

La gauche a entretenu des relations complexes avec le pouvoir. Des distinctions ont même été conceptualisées entre conquête du pouvoir et exercice du pouvoir. A tel point que la question soit parfois devenue pour elle un angle mort de la réflexion. La définition d’une stratégie, aussi bien pour conquérir qu’exercer le pouvoir, ne peut éviter de se nourrir des enseignements de l’Histoire du XX° siècle. C’est en réalité interroger l’identité profonde de la gauche.

En fin de compte, on peut considérer qu’au cours du XX° siècle la gauche n’a été réellement au pouvoir que pendant quatre ans. Nous entendons par « réellement  au pouvoir » les périodes au cours desquelles elle a effectivement appliqué le programme qui fonde son existence et sa légitimité à être élue. Ce fut à chaque fois dans des configurations et des conditions variables et singulières.

 

Cela commença d’abord en 1936 avec le Front Populaire. Une victoire électorale permit cette rupture. Mais ce fut surtout la mobilisation populaire après même les élections victorieuses, avec grèves et occupations des usines dans une ambiance insurrectionnelle et révolutionnaire, qui rendit inéluctable la conversion des promesses de campagne en réalisations durables. Nous utiliserions aujourd’hui l’expression d’implication populaire pour décrire une telle situation.

Le deuxième moment se situe à la Libération. En 1945, le programme du Conseil national de la Résistance prolongeait, en l’approfondissant, l’œuvre entamée par le Front Populaire. Le gouvernement de la République était pourtant dirigé par un représentant de droite, le général de Gaulle. L’adoption d’un ensemble de dispositions radicales ne fut possible que par la réalité d’un rapport de force favorable. Au lendemain de la Libération, les solutions libérales (on disait dans les années 30 politiques déflationnistes) étaient déconsidérées par leur incapacité à juguler la grave économique partie du krach boursier de 1929, tandis qu’une partie du patronat s’était perdue dans la collaboration avec l’occupant nazi.

Une autre étape décisive fut l’année 1968. Le mouvement de mai aboutit à des avancées progressistes solides, notamment dans le cadre des accords de Grenelle. Le paradoxe fut cependant grand : la gauche n’était pas au pouvoir, elle perdit de surcroît largement les élections législatives du mois suivant à la suite de la dissolution gaullienne, mais son projet de société gagna un terrain considérable (en dépit de soixante-huitards qui ont mal vieilli…).

On ne peut enfin occulter l’alternance de 1981. L’élection de François Mitterrand et l’application du Programme commun s’opposaient à quelques croyances dominantes pourtant fausses : la gauche ne pourrait accéder au pouvoir dans le cadre des institutions de la V° République, la révolution néo-libérale proclamée par Margaret Thatcher affirmait qu’il n’y avait pas d’alternative possible au marché. La formidable mobilisation électorale ne s’étant pas prolongée en implication populaire post-électorale, cela ouvrit la  voie au renoncement incarné par le tournant de la rigueur de 1983 et la parenthèse libérale jamais refermée depuis par le parti socialiste.

 

Ces quatre années ont donc changé en profondeur le visage de la France. Un fait en atteste sans contestation. Le programme de la droite et de l’oligarchie est désormais simple et simpliste : détruire ce qui a été alors institué. C’est ainsi que le Front Populaire aurait accoutumé la France à la paresse et à la jouissance, comme le disait Pétain, puis d’autres après lui. Il faudrait pareillement mettre fin au pacte républicain et social instauré à la Libération, ne cessent de répéter les représentants du Medef. Mai 68 serait une abomination, affirmait Nicolas Sarkozy qui promettait de lutter contre son esprit et ses effets délétères. Pendant que tant d’autres continuent à croire que l’arrivée au pouvoir de la gauche « socialo-communiste » de 1981, toujours présente dans leurs obsessions, serait la cause de tous les maux dont souffre notre pays.

La gauche au pouvoir doit changer radicalement les choses. C’est sa vocation fondamentale et sa raison d’être. Elle a pour mission de proposer un projet émancipateur porteur d’espoirs. Elle ne peut se contenter à chercher à tout prix à conserver le pouvoir ou à l’occuper en permanence. Quand la gauche l’occupe sans raison clairement définie autre que de le conserver, elle favorise les reniements et les régressions. La guerre d’Algérie, les privatisations, les casses du droit du travail, les reculs de la protection sociale, la déchéance de nationalité, pour ne citer que quelques exemples plus ou moins récents, en témoignent : ils ne sont hélas pas le seul apanage de la droite.

La gauche actuelle, prisonnière de ses petites rentes de situation dérisoires, engluée dans la tentative de se rassembler dans d’improbables cartels, s’éloigne de ce pour quoi elle est faite. Elle se retrouve parfois même aux antipodes. Elle ne suscite plus l’implication populaire, n’aspire plus à la Révolution citoyenne. Comme démarche et horizon, elle doit viser à renverser résolument la table. C’était possible tant que la Gauche collait aux aspirations du peuple, en donnant des réponses concrètes aux diverses crises, démocratique, sociale, écologique et géopolitique. Ce n’est donc plus le cas aujourd’hui. La Gauche sans le peuple ne peut porter un quelconque espoir. La reconquête du peuple ne se décrète pas : elle ne peut s’effectuer dans le cadre du rassemblement de la gauche sur le mode des cartels, qui s’avère à l’usage de véritables radeaux de la Méduse. L’ampleur et la gravité des urgences auxquelles nous sommes confrontés imposent d’emprunter les voies menant à l’édification d’une démocratie plébéienne replaçant les revendications d’intérêt général du peuple au cœur de l’action politique. Sans quoi le peuple, comme la plèbe antique, se retire sur son Mont Aventin de l’abstention, du mépris et de la colère.

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

 

Thème : Education

Tribune : Francis DASPE, Privatisation, sélection, concurrence : le macronisme vend l’école à la découpe comme une marchandise

 

 

 

Privatisation, sélection, concurrence : le macronisme vend l’école à la

découpe comme une  marchandise

Tribune parue sur le site de Marianne le 10 septembre 2019

Francis DASPE est responsable de la Commission nationale Education du Parti de gauche. Impliqué dans la France insoumise. Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée. Co-auteur avec Paul Vannier du livre « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, août 2016) et auteur de La Révolution citoyenne au cœur (Eric Jamet éditeur, 2017).

 

Un projet pour l’école ne vaut que par son inscription concrète dans un projet de société clairement défini et le surplombant. Nous avons l’exemple de nombre de mesures qui ont produit les effets inverses des objectifs visés en raison de la non prise en compte du projet de société ou de son indétermination coupable.

 

Il en va de la sorte de la question cruciale des savoirs. Trop souvent négligée, elle est de surcroît  notablement instrumentalisée. Le savoir est la seule richesse qui augmente pour chacun quand on le partage entre tous. Cette réalité est à prendre en compte dès lors que l’on élabore un projet de société pour l’école. La majorité macronienne possède une conception particulière de cette question. Que vaut réellement le savoir dans la nation start up promue par le Président Macron ?

 

Pour la Macronie, en digne émule d’un libéralisme débridé et assumé, le savoir est avant tout une marchandise. C’est une matière première pour l’économie, dont le niveau davantage complexe et élevé permettant l’innovation et la plus-value doit faire l’objet d’appropriation privée dans le cadre de la compétition économique. Il en résulte logiquement une école à deux vitesses par le savoir : un savoir minimaliste et utilitariste pour une école du socle commun pour le vulgum pecus, un savoir plus développé et élaboré pour une élite triée sur le volet en fonction in fine de critères sociaux.

 

C’est que le savoir constitue également pour nos actuels gouvernants un levier de sélection sociale. Elle s’inscrit dans la logique des concepts explicités par Pierre Bourdieu de reproduction des dominations sociales et de privatisation de fait d’un capital culturel destiné à accumulation. La réforme de l’orientation post-bac dans le cadre de Parcoursup en offre une illustration éclairante. C’est en définitive l’école du tri social et de la résignation dans une perspective d’assignation territoriale et culturelle.

 

Le savoir se révèle enfin à l’usage comme un outil de conformation sociale. Les fondamentaux minimalistes visent le comportement et la morale. Les fondamentaux utilitaristes visent à l’employabilité immédiate et à une gestion économe de la force de travail.  C’est l’école des compétences pour laquelle œuvre le ministre Blanquer avec ardeur, prolongeant en cela l’action de ses prédécesseurs. Elle vise à satisfaire le processus de dualisation du marché du travail, distinguant le prolétariat précaire des temps modernes des premiers de cordée voués à l’enrichissement sans guère de limites, en tout cas pas celles de la décence.

 

Selon le projet de société retenu, le savoir peut avoir des usages totalement opposés. Il peut en effet être un élément décisif de distinction sociale renforçant l’appesantissement des mécanismes de domination. Il peut au contraire se révéler une clé efficiente pour favoriser les conditions de l’émancipation individuelle et collective. La Macronie n’a pas pour horizon le partage du savoir dans une double perspective d’émancipation et d’égalité. Elle a fait le choix de la privatisation, de la sélection et de la concurrence. Nous considérons au contraire que le savoir est un et indivisible, ne pouvant ni se segmenter en compétences ni se vendre à la découpe comme une marchandise. Contre tous les obscurantismes, au même titre que la laïcité, il est pleinement libérateur. Le savoir doit être la pierre angulaire d’un projet de société instituant une école de l’émancipation et de l’égalité destinée au peuple.

Francis DASPE

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Des « chroniques prométhéennes » prometteuses

A l’occasion de l’éditorial de la précédente « Lettre du mois » marquant la rentrée, nous annoncions que l’AGAUREPS-Prométhée lançait ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Celles-ci s’inscrivaient bien évidemment dans le cadre des Assises itinérantes de la Table renversée, campagne d’action et de réflexion au long cours. Nous indiquions également qu’elles prendraient « la forme de textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public ». Le numéro 140 de la « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée illustre à merveille cet engagement. La promesse a été tenue, puisque ce numéro est un spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Il se compose de 5 tribunes qui ont été diffusées dans des médias nationaux, témoignant si besoin était à la fois de la constance du travail effectué par l’AGAUREPS-Prométhée et de sa capacité à s’insérer dans le débat public.

 

Deux d’entre-elles concernent la question d’actualité des retraites. Elles appréhendent le sujet selon deux aspects complémentaires. L’un est classique, s’appliquant à montrer qu’il s’agit d’une réforme à la fois paramétrique et systémique qui ne produira au final quasiment que des perdants ; l’autre est plus original, mettant en exergue la méthode utilisée qui illustre à sa manière la rupture démocratique engendrée par cette réforme.

La réflexion sur la question de la stratégie politique constitue un des fils rouges de l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée. Deux tribunes y sont consacrées. Elles traitent des délicates et sensibles liaisons entre les concepts de Gauche et de Peuple qui ont contribué à structurer les débats de notre camp idéologique depuis ses origines. Dans ces analyses, deux notions sont utilisées pour tracer un chemin d’avenir. Une, ancienne, est remise au goût du jour pour en dévoiler son caractère propulsif, à rebours des contresens dont elle est victime. C’est celle de lutte des classes. L’autre, plus inhabituelle et sans aucun doute surprenante, mais puisant à des sources historiques instructives, vise à offrir une solution à la puissante crise de la souveraineté populaire en cours. C’est celle de démocratie plébéienne.

Enfin, comment établir un bilan de la rentrée sans aborder les inévitables questions scolaires ? C’est l’objet de la dernière tribune de cette « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée. Elle dénonce la vision macroniste de l’école de la République qu’elle vend à la découpe comme une vulgaire marchandise, prolongeant en cela la basse besogne des gouvernements précédents, mais en lui faisant passer un cap potentiellement irréversible au nom de la conception libérale de la start up nation qu’elle voudrait administrer à notre système éducatif.

 

Ces chroniques prométhéennes s’inscrivent bien dans l’ambition d’offrir le carburant de l’indispensable Révolution citoyenne. Comme Prométhée fit don du feu aux hommes, au grand dam de Zeus, qui dans la religion romaine se nomme Jupiter ?

 

Sylvie ERBANI

30 / 10 / 2019

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 139 SEPTEMBRE / OCTOBRE 2019

Sommaire du numéro 139

  • Editorial de Francis DASPE : « Lancement des chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne» page 2
  • Les notes de blog de François COCQ : « Européennes : les partis politiques rattrapés par la marée» page 3
  • Tribune de Francis DASPE : « Le Mouvement, pour réaliser la Révolution citoyenne» page 8
  • Tribiune collective : « Face à la crise démocratique, c’est au peuple de tracer un chemin» page 10
  • Communiqués de l’AGAUREPS-Prométhée : ADP – Retraites – Dérive autoritaire page 12
  • Communiqué de « Combat laïque Combat social 66 » : « La laïcité, principe universel d’émancipation » page 15
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2019 page 16

         

Lancement des « chroniques prométhéennes » de la

Révolution citoyenne  

« Cela ne peut plus durer. Les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Trop c’est trop ! ». Ces phrases quand elles sont formulées de manière récurrente constituent un des symptômes d’un climat révolutionnaire. Dans ces conditions, les peuples se trouvent en capacité de se mobiliser pour pousser à des ruptures radicales avec un ordre établi considéré comme profondément injuste.

C’est la situation qu’offre l’état dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, en France comme en Europe. Elle entre pleinement en concordance avec l’initiative lancée il y plus d’un an par l’AGAUREPS-Prométhée. Poussés par une intuition de bon aloi, nous nous étions engagés dans la démarche des Assises itinérantes de la Table renversée. La décision était bien antérieure au mouvement des Gilets jaunes. Ces Assises itinérantes de la Table renversée étaient pensées comme une campagne nationale de réflexion et d’action qui s’est traduite par un certain nombre d’actions militantes, de tribunes médiatiques à des réunions publiques ou des présences sur les marchés.

 

Dans le communiqué accompagnant le lancement des Assises itinérantes, nous faisions le constat que l’ancien monde, s’il s’était paré de nouveaux visages, se perpétuait en réalité sur le fond. Nous indiquions également que la déception et la résignation démocratiques n’avaient jamais été aussi présentes. Les derniers faits politiques, des Gilets jaunes aux résultats des élections européennes du 26 mai, en passant par le dévoilement de la pratique macronienne du pouvoir, accréditent sans discussion possible ces thèses.

Plus que jamais, la révolution citoyenne s’impose comme une urgence démocratique. La restauration du peuple comme sujet politique est plus que jamais d’actualité. L’urgence à « renverser la table » se révèle véritablement comme une tâche militante prioritaire dans le contexte actuel.

 

En cette rentrée de vacances estivales, c’est en tant que modalité complémentaire et supplémentaire des Assises itinérantes de la Table renversée que l’AGAUREPS-Prométhée lance ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Elles se situeront dans le prolongement de son travail militant plaçant l’éducation populaire, le combat des idées et la conquête de l’hégémonie culturelle au premier rang de ses préoccupations.

Elles prendront la forme des textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public. Des analyses politiques du moment présent voisineront avec des propositions concrètes touchant aux aspects programmatiques comme aux conditions de l’action militante, sans oublier aux prospectives permettant d’éclairer la lanterne des stratégies politiques.

Autrement dit, des chroniques prométhéennes pour offrir aux hommes et aux femmes le feu sacré de l’indispensable Révolution citoyenne…

Francis DASPE  31 / 08 / 2019

 

 

 

 

Les notes de blog de François COCQ

 

Note n°1 : Décomposition / recomposition

L’onde de choc des européennes n’en finit plus de résonner. L’heure de découvrir pour les  uns que les élections de 2017 et le remodelage de la cartographie politique n’étaient pas un épiphénomène. L’heure de le confirmer pour d’autres. Toujours est-il que nous ne sommes encore qu’à l’orée d’une séquence nouvelle et longue qui va structurer le champ politique. Au milieu du marasme affleure un élément d’espoir : une place reste à prendre dans ce paysage.

 

La fin du bipartisme s’égrène comme une longue litanie. A l’encéphalogramme toujours plat du PS, bloqué depuis deux ans à la barre des 6 %, s’est ajouté le désastre électoral enregistré par LR. En France comme ailleurs (et de ce point de vue l’Espagne ne doit pas faire illusion), la double crise qui frappe la social-démocratie et la démocratie chrétienne s’approfondit encore. Elle consume bien sûr ses propres dirigeants désemparés: en France, Laurent Wauquiez a quitté la présidence de LR ce lundi, tandis qu’en Allemagne Andrea Nahles quittait celle du SPD la veille. Mais les recours et substituts institutionnels érigés pour pallier à cet effacement sont à leur tour en train de flancher : la grande coalition allemande ne survit provisoirement que grâce à la cécité volontaire de Merkel, tandis que la grande coalition à la française autour de Macron plafonne à 10% du corps électoral et suscite, en conséquence de la stratégie de clivage opérée par le Président, 90 % de rejet à son encontre.

Le bipartisme s’est évanoui et ne reviendra pas. Dès lors, la question n’est pas tant de savoir si les catégories gauche et droite existent encore : la droite et la gauche existeront à jamais pour délimiter un type d’espaces de par leur construction historique et idéologique. La question est par contre de savoir si le rattachement à celles-ci est encore opérant d’une part, et structurant de l’autre.

 

Opérant il ne l’est plus. EELV et LREM en ont apporté la démonstration lors de ces européennes. On peut contester bien des choses à Yannick Jadot mais pas d’avoir clairement assumé durant sa campagne, tant sur la forme que sur le fond, son positionnement ni gauche ni droite. Au final ? Plus de 13 % des suffrages exprimés, dont on est conduit à penser qu’ils viennent très largement de la gauche, se sont portés sur le bulletin de vote EELV, témoin que la labellisation « gauche » n’est à elle seule ni une force de conviction, ni une force de rétention suffisante pour les électeurs. Quant à LREM, qui a passé sa journée dans un bureau de vote dimanche dernier a constaté en quoi elle a dépecé le vote LR en incarnant avant tout le parti de l’ordre. Un identifiant aura ainsi suffi pour que l’étiquette droite s’oublie.

Structurant il ne l’est pas plus. La volatilité électorale conjuguée à l’abstention qui frappe de plein fouet l’ensemble du champ politique donne à voir que l’ancienne carte du monde politique est insuffisante à expliquer la période contemporaine. Si le récit narratif politico-médiatique s’escrime à installer un duel, c’est bien une tripartition de l’espace politique qui se met en place. Dans celle-ci, chaque pilier se doit de définir sa propre ligne de partage des eaux par rapport à laquelle il invite chacun à se positionner. Le RN l’a fait en installant la question identitaire comme prisme de regard sur la société. LREM l’a fait doublement : à la fois en assumant de faire de l’individu la base et la finalité du corps social, mais aussi en prenant appui sur la dichotomie de l’espace choisie par le RN pour faire du judo.

Reste le troisième pôle, appelé immanquablement à émerger, car seuls 20% du corps électoral, une misère, a jugé bon de se prononcer lors de ces européennes en faveur de l’un ou l’autre des pôles précédents. La grande frange du peuple aspire donc à un autre débouché. Qui, mais surtout autour de quelle ligne de démarcation ? EELV aimerait prétendre à jouer ce rôle. Pour autant l’écologie politique n’est pas un espace en soi : la plupart des formations sont désormais convaincues de l’urgence écologique et l’intègrent pour les uns dans leur réflexion, en font même un paradigme refondateur pour d’autres comme LFI. EELV, en se contentant sur le sujet d’un rôle d’accompagnateur du capitalisme, ne peut même pas hégémoniser ce champ mais doit se contenter d’être, comme ce fut le cas pour les européennes, le réceptacle ponctuel des déceptions environnantes.

 

Il faut donc autre chose. Une autre ligne de faille qui soit en même temps un autre fil d’Ariane. LFI avait su jusqu’en 2017 extraire cette ligne rouge et en faire un guide collectif avant de se perdre dans les limbes de l’électoralisme. Le discrédit général qui pèse sur la politique et les politiques fera sans nul doute payer chèrement à LFI cet abandon. Mais que ce soit LFI ou d’autres, cet axe structurant demeure et appelle à ce qu’on renoue avec lui.

La maturation de la scène politique confirme la disponibilité pour cela. Le mouvement des Gilets jaunes l’a donné à voir pendant six mois, portant au plus haut la revendication d’exercice par le peuple d’une souveraineté permanente et inaliénable. Si le mouvement en lui-même s’étiole peu à peu, les idées qu’il véhicule continuent, elles, à grandir. L’heure est venue de leur donner un débouché politique, un axe fédérateur : celui de la liberté républicaine, la liberté entendue au sens des anciens, celle qui se confond avec la participation collective et directe à la souveraineté. C’est la liberté politique qui s’exerce dans l’espace public dont elle fait un terrain de reconquête du bonheur commun.

Cette ligne de partage définit bien sûr deux camps : mais elle reprend le découpage de ses adversaires qui sont de la sorte ramenés au même objet dont on a vu à quel point il est minoritaire. Face au bloc bourgeois de Macron et au bloc identitaire du RN qui reposent sur une même acceptation voire revendication de l’individualisme pensé comme un moyen de jouir sa propre liberté individuelle, le bloc populaire peut opposer sa dimension refondatrice, sa dimension reconstitutive en se donnant une définition politique de lui-même : il est le corps politique fondé sur le contrat social.

 

Le champ politique n’a pas fini sa mue. Une place reste à prendre pour incarner l’idéal républicain d’émancipation et offrir une alternative crédible face à ceux qui sont déjà installés. Qui ne se saisirait pas aujourd’hui de cette opportunité qui est tout autant une nécessité manquerait à sa tâche au regard de notre histoire.

 

François COCQ  05 / 06 / 2019

 

 

 

Note n°2 : Réflexions estivales

Je viens de prendre connaissance avec beaucoup d’intérêt de l’entretien fleuve qu’ĺñigo Errejón a accordé début juillet au Vent se Lève lors de son passage à Paris pour leur université d’été. Le bref échange que nous avions pu avoir à l’occasion de sa conférence n’avait pas permis de dépasser les spécificités des approches nationales respectives quand bien même j’avais la conviction que nous tendions vers une même évolution dans l’analyse. Les précisions qu’ĺñigo apporte dans cette interview ouvrent une réflexion qui fait écho à mes propres intuitions. Je voudrais donc m’y arrêter, ce qui me donnera pareillement l’occasion de répondre sur le fond aux amis qui s’interrogent sur le bien-fondé de la centralité du processus constituant qu’avec d’autres je revendique.

 

A grands traits, le constat que j’ai dressé dans mes deux derniers ouvrages Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire, et L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes, est le suivant : à l’ère du bipartisme (1975 – 2005) a succédé comme une réponse de système au désaveu populaire celle des grandes coalitions (2005-2015). Celle-ci s’est vite avérée insuffisante et a débouché depuis sur des blocages électoraux à grande échelle (pas de majorité ou de coalition possible au sortir des urnes) face auxquels la Caste a choisi d’assumer le basculement dans la démocratie minoritaire (un pays sur deux au sein de l’Union européenne était début 2019 dirigé par un gouvernement ou une coalition minoritaire au sein de son propre parlement national). Tout cela est su par celles et ceux qui suivent régulièrement ce blog.

J’en ai tiré une double conclusion : la première est que la forme représentative, pour nécessaire qu’elle soit, est insuffisante à retranscrire la volonté populaire et que, finalement, la démocratie souffre d’une forme d’incomplétude comme a pu l’évoquer Emmanuel Macron en 2015 dans un entretien, la différence étant que là où il juge utile d’y restaurer la figure du roi je crois nécessaire de faire place au peuple pour qu’il puisse exercer sa souveraineté de manière permanente et sans entrave. Le corollaire de cela est qu’une large part de l’expression populaire peine à se retrouver dans le cadre institutionnel actuel et que ses manifestations hors cadre institutionnel comme le mouvement des Gilets jaunes doivent être entendues comme un souffle et une exigence démocratiques. La seconde est que l’art de gouverner s’est rigidifié pour maintenir en place les tenants d’un même ordre ancien. La recherche du consensus a laissé place au repli sur soi du passage en force. Les gouvernements non seulement ne visent plus, mais empêchent de faire société.

 

Ici réside une convergence forte avec ĺñigo Errejón même si nous n’employons pas les mêmes termes du fait des spécificités nationales des cadres dans lesquels nous intervenons (ĺñigo précise d’ailleurs très bien plus haut dans son article en quoi l’adaptation aux cadres nationaux importe pour mener à bien ce combat internationaliste commun). ĺñigo évoque le fait « d’instituer de nouvelles formes de désir et de vie communautaire », ce qu’il définit par le fait « qu’être une communauté, c’est prendre soin des autres ». Nous partageons là je crois l’idée que la lutte contre le bloc historique qu’a su constituer le néolibéralisme ne passe pas tant par la dénonciation, nécessaire, de celui-ci, que par le fait de faire à nouveau société pour répondre au désordre existant. Ce qu’ĺñigo appelle « communauté » se nomme pour les républicains Français « Nation », entendue comme corps politique constitué (savoir si le terme « Nation » doit être utilisé en tant que tel est une autre question). Je ne dis pas autre chose lorsque j’évoque la centralité du processus constituant. Entendons-nous : je ne parle pas de l’Assemblée constituante elle-même, qui ne peut être que l’aboutissement d’un processus. Commencer par évoquer la Constituante, c’est accepter les limites actuelles de la représentativité là où c’est le processus lui-même qui doit réenclencher un acte refondateur et non une nouvelle délégation du pouvoir souverain. Le processus constituant est une méthode d’implication populaire qui crédibilise l’objectif en même temps qu’il le préserve de toute récupération.

Je profite de l’occasion pour répondre à mon ami le député Eric Coquerel qui, dans un post publié au mois de juillet, a émis des réserves sur la démarche des Constituants. Je voudrais tout d’abord le remercier de prendre au sérieux ce travail de réflexion collectif et d’avoir accepté de poser la discussion sur le champ politique. Eric considère que l’heure du temps constituant n’est pas venue et que cette initiative est donc anachronique. En cela il répond en fonction d’une analyse de la période sur laquelle nous divergeons. Je crois en effet, comme lui, que le temps destituant se poursuit et que de ce point de vue l’élection présidentielle de 2017 n’a rien purgé bien au contraire.

Mais il faut comprendre que le processus constituant ne s’inscrit pas dans une continuité linéaire avec le processus destituant. Le système ne peut pas s’effondrer dans sa globalité pour mieux repartir sur des  bases saines. Le coup de talon au fond de la piscine est un mythe. Il existe une bifurcation dans le processus destituant où celui-ci se poursuit tandis qu’une branche de la société commence à porter l’aspiration nouvelle au changement et à la reconstitution d’un corps politique. Tous les processus révolutionnaires nous l’enseignent. Et le mouvement des Gilets jaunes en est l’ultime démonstration : la radicalité de sa contestation a été consubstantielle d’une volonté de recréer à la fois du lien social mais aussi de l’agrégation politique.

Ce n’est pas un hasard si, après l’étincelle fiscale, dès l’Acte 2 fin novembre 2018 les revendications de droits politiques ont eu la part belle dans les cortèges, avant de se cristalliser d’abord sur la demande du référendum d’initiative citoyenne puis sur des plateformes partagées pour mettre en relation toutes celles et tous ceux qui aspirent à se refonder en tant que peuple. Les Gilets jaunes sont encore l’interface la plus visible de cette aspiration constituante dans un temps où les corps intermédiaires se soustraient à cette tâche. Le temps destituant se poursuit donc tandis que le temps constituant est parallèlement déjà enclenché. Il n’est nul besoin de structures organisées pour laisser aller le processus destituant. Au contraire, celui-ci les emporte toutes. Par contre c’est la tâche du politique à mon sens de pousser vers cet horizon émancipateur constituant.

 

Je reviens à ma seconde convergence avec ĺñigo Errejon. Celle-ci  réside dans nos réflexions sur une évolution non conflictuelle du populisme. ĺñigo concède que « l’antagonisme a actuellement moins de poids en Espagne » et s’interroge sur le fait « qu’il est possible que nous vivions un moment politique plus consensuel et moins conflictuel ». Je partage ce sentiment. Ce n’est dans la période pas tant une chaîne d’équivalence de luttes et de combats que nous pouvons aujourd’hui construire que le raccordement à un même fil rouge qui traverse la société. Dès lors, l’antagonisme demeure mais ne peut plus être présupposé. Le retour à l’esprit de la Liberté passe par le fait qu’aucun individu ne peut être assigné à résidence politico-sociale. Dès lors que le temps destituant a commencé à partiellement bifurquer en temps constituant, le eux et le nous ne peut plus être une structure rigide préétablie. Chacun doit retrouver la liberté de se positionner par lui-même dans un antagonisme qui repose au départ sur deux ensembles vides qui se font face.  Le processus constituant permet cette dichotomie du champ non excluante. : d’un côté ceux qui acceptent de se prêter à cet acte refondateur, de l’autre ceux qui veulent s’y soustraire pour préserver des privilèges. Par le biais du processus constituant, vous pouvez décider de vous inscrire dans la démarche ou de ne pas vous y inscrire, et cela quels que soient la place que vous occupez dans l’organisation sociale. Vous pouvez ainsi être économiquement privilégié et considérer que l’exacerbation des injustices sociales  rend la situation instable et intenable à court, moyen ou au long terme, au point que vous pourriez avoir beaucoup à y perdre. Dès lors, vous êtes tentés de faire un calcul raisonné qui vous incite à rediscuter les conditions d’un nouvel équilibre. Quel que soit votre état de citoyen, vous décidez si oui ou non vous jugez nécessaire de refaire société et pour cela de vous accorder avec vos semblables. C’est ainsi un eux et un nous qui se reconstitue mais sans que vous ayez au préalable été catégorisé dans l’un ou dans l’autre. Le processus constituant de la société est aussi de la sorte constitutif de l’individu. C’est en cela que je considère que la centralité accordée au processus constituant définit un « antagonisme non conflictuel » qui ouvre une perspective majoritaire.

 

La période est complexe et les temporalités elles-mêmes évoluent. Le cycle de l’immédiateté du résultat se referme peut-être pour mieux rouvrir une fenêtre à moyen terme. Dans un cas comme dans l’autre, la tâche refondatrice doit être prise en charge en amont. Et pour ce faire, le débat doit irriguer le camp émancipateur. Comme toujours je suis très attentif aux réflexions d’ ĺñigo Errejón. Modestement, j’y apporte les miennes.

 

François COCQ 23 / 08 / 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mouvement, pour réaliser la Révolution citoyenne

 

Tribune parue sur le site de Politis le 5 juin 2019, soit une dizaine de jours après les résultats des élections européennes du 26 mai.

Francis DASPE est animateur de groupe d’action de La France Insoumise. Il est aussi auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Eric Jamet éditeur, octobre 2017).

 

L’actualité politique se caractérise par des phénomènes de mode et des inflexions majeures. Distinguer les premiers des secondes n’est pas toujours chose aisée. Il en va de la forme mouvement dont il est aujourd’hui bon ton de se prévaloir pour exciper à bon compte une forme de modernité. Le mouvement est en réalité pour beaucoup un OPNI, c’est-à-dire un objet politique non identifié. Il procède d’une tendance lourde, celle de la dévalorisation de la parole politique, et par voie de conséquence, de la démonétisation des partis politiques. Le focus a été mis depuis plusieurs années sur les insuffisances, réelles, des partis politiques. Ils sont parfois voués eux gémonies de manière hâtive. Toujours est-il que le surgissement des mouvements amène à se poser des interrogations bienvenues. Leur identification oblige à aborder trois questions fondamentales, celles de la stratégie, de l’action et de la démocratie.

 

L’articulation entre contenu et stratégie constitue une différence majeure avec un parti politique. Celui-ci rassemble dans une organisation des individus autour d’idées communes. A la suite de quoi ces individus déterminent collectivement une stratégie en vue de la diffusion de ces idées et de la conquête du pouvoir. Dans un mouvement, si le contenu doit bien évidemment être partagé en préalable, la stratégie est par ailleurs déjà déterminée : elle en est à l’origine, au même titre que le contenu. La France Insoumise a été ainsi lancée au début de l’année 2016 à partir de la stratégie populiste « fédérer le peuple » et du programme « l’Avenir en commun », la stratégie ayant même précédé la rédaction du programme. Il s’agissait alors de récuser les tentatives de rassemblement dans un cartel de partis et de logos, considérant que la politique n’est pas une question d’arithmétique mais de dynamique à créer. C’est donc la stratégie qui différencie, parmi d’autres éléments, le mouvement du parti.

Les conséquences ne sont pas anodines. Dans un parti, dès lors que l’on change la stratégie au gré des intérêts électoraux, on est amené mécaniquement à changer aussi les idées. D’où le sentiment de trahison et de renoncement tant de fois éprouvé, notamment avec la formule utilisée à l’envi par certains de « stratégie à géométrie variable afin de s’adapter aux spécificités locales ». Dans un mouvement, la stabilité de la stratégie garantit la solidité des idées. Sa modification impacte automatiquement et notoirement le programme.

 

De cette stabilité de la stratégie et des idées, peut alors découler la priorité donnée à l’action militante de terrain. Le déploiement dans les territoires permet de diffuser les idées et d’infuser au sein de la société. La France Insoumise est parvenu à le faire magistralement au moment de la présidentielle de 2017 en s’implantant en quelques mois dans le paysage politique.

Des remarques liées au fonctionnement démocratique du mouvement ont été soulevées. Elles portent principalement sur deux aspects. Elles ont d’abord trait aux débats relatifs à la stratégie. Si on en change à l’occasion, cela devient de la tactique bassement électoraliste ou des gesticulations stériles. Si rien ne bouge en la matière, cela se transforme en un dogme figé. C’est entre ces deux écueils que doit être circonscrit le débat sur la stratégie, sans oublier d’indiquer régulièrement le rôle structurant d’une stratégie cohérente et constante dans l’identité du mouvement. Car le risque de dénaturer la stratégie est bien plus élevé que celui de la chloroformer qui reste accessoire dès lors le mouvement reste un organisme vivant. Sans quoi le mouvement devient autre et perd sa raison d’être en même temps que sa finalité.

L’autre demande en termes de fonctionnement quotidien concerne la possibilité d’élire des représentants locaux. Modalité a priori séduisante, mais redoutable pour peu que l’on se donne la peine de creuser les incidences. La généralisation d’élections internes signifierait le retour vers la logique des partis. Une grande partie de l’énergie militante, jusqu’alors orientée avec bonheur dans l’action militante de terrain, serait alors détournée vers des enjeux de pouvoir locaux et des intérêts boutiquiers peu glorieux. Ce serait également favoriser une pente localiste qui très souvent fait le lit de toute stratégie durable et cohérente. Ces travers mortifères sont à éviter absolument. Car sinon à quoi bon dire pis que pendre des partis politique (ce que je ne fais pas en distinguant rigoureusement leur nature et leurs réalités respectives afin de ne pas les utiliser à contre emploi) si c’est pour revenir à leurs modalités de fonctionnement ? Qui plus est en retenant en priorité leurs travers les plus dommageables ?

 

Les définitions incertaines et les compréhensions aléatoires de la nature et des finalités du mouvement n’aident pas à sortir par le haut de la crise globale du politique. C’est ainsi qu’il apparaît difficile de faire mouvement en voulant rassembler la gauche (dont le périmètre n’est de surcroît pas défini, ce qui accroît les risques de déboucher sur des accords « tuyaux de poêle » où au bout on se retrouve presque par inadvertance avec des alliés de circonstance improbables…) dans une logique de cartel. Ou pire, dans une resucée de la gauche plurielle n’osant pas avouer son nom.

Le choix réalisé par La France Insoumise de se lancer dans la stratégie du mouvement ne relève pas du phénomène de mode. Il appartient à la catégorie des inflexions politiques majeures en capacité de remodeler profondément les conditions même de la politique. La stratégie de fédérer le peuple est bien plus propulsive que le rassemblement de la gauche. Tout simplement parce que les limites du peuple sont bien plus élargies et fécondes que celles, rétrécies par ce qu’elle est hélas devenue, de la gauche des cartels, des rentes et des calculs électoralistes. La fidélité à l’essence du mouvement représente bien la condition nécessaire au surgissement de la révolution citoyenne. Loin des faibles ambitions de n’être que l’accent social-démocrate, plus ou moins contestataire, plus ou moins hardi, plus ou moins écologiste en fonction des tempéraments (et des intérêts) de chacun, d’un système pourtant presque unanimement reconnu à bout de souffle…

Francis DASPE 05 / 06 / 2019

 

 

 

 

 

Face à la crise démocratique, c’est au peuple de tracer

un chemin

 

Tribune collective parue le 18 juin 2019 de gilets jaunes, lanceurs d’alerte, militants politiques, syndicaux et associatifs qui appellent, par delà la politique politicienne et sa réduction au champ institutionnel, à ce que le peuple se refonde à travers un large processus constituant.

 

 

De samedi en samedi, le mouvement des Gilets jaunes se donne à voir. Mais faute d’arriver à se renouveler, il perd, au moins en apparence, sa capacité à bousculer l’ordre établi. Car entre-temps, les élections européennes ont joué le rôle d’anesthésiant démocratique. Elles ont démontré l’incapacité institutionnelle à proposer un débouché politique à l’aspiration populaire exprimée depuis le 17 novembre dernier. L’impératif démocratique reste sans réponse.

Les européennes ont en revanche confirmé que se prolonge le temps destituant qui jette à terre les intermédiations et formes représentatives perçues comme la captation du pouvoir souverain. Les principales forces peuvent se prévaloir du vote de tout au mieux 11 % du corps électoral, la moitié des électeurs s’étant abstenus. Le président, qui s’est engagé personnellement dans la bataille, voit 90% des françaises et des français se détourner de sa politique. Avec l’absorption de la moitié de l’électorat LR par LREM, l’affaissement du PS au minimum irréductible, l’effondrement de l’espoir porté par LFI en 2017 et la transformation d’EELV en une valeur refuge de circonstance, le reste du champ politique est parcellisé, sans capacité d’agrégation. L’émiettement du vote est devenu la règle, ultime pied de nez citoyen à toute forme de délégation de souveraineté.

Les lendemains d’élection déjà déchantent. L’incapacité à penser un débouché politique par-delà le piège du cadre institutionnel et politique actuel de la Ve République prépare une séquence binaire entre LREM et le RN pour 2022 qui vise à permettre à une minorité d’imposer ses vues. Face à cette fausse et mortifère alternative, tout ce qui s’apparente de près ou de loin à la gauche va être sommé de se rassembler pour s’enfermer dans une impasse électorale qui, si tant est que cette addition ait un sens, totalise désormais de scrutin en scrutin moins de 30% des voix. Chercher de manière artificielle une majorité électorale impossible, c’est renoncer à l’ambition de constituer une majorité populaire.

Les européennes auront aussi eu pour effet, si nous n’y prenons garde, de stériliser le champ politique. Après six mois où, en famille, entre amis, sur les ronds-points, le débat public était pourtant redevenu un objet du quotidien, le temps électoral s’est imposé comme une bulle de l’entre-soi, incapable à ce stade d’offrir un débouché au souffle citoyen. L’impasse apparaît à tous les niveaux.

 

Ce trou noir politique doit être laissé derrière nous. Il est grand temps de nourrir durablement l’appétit démocratique qui s’est manifesté avec le mouvement des Gilets jaunes. Sans doute celui-ci sera-t-il amené à s’exprimer à terme dans le champ électoral ; mais il doit aujourd’hui puiser sa force dans le substrat populaire non institutionnel où il est le plus vivace. Ce qu’il faut rechercher, c’est l’élévation du niveau de conscience populaire acquise non seulement à l’identification claire d’une oligarchie qui est dangereuse pour soi socialement et écologiquement ; mais aussi à l’idée qu’un rôle politique légitime incombe souverainement à soi en tant que peuple.

L’instrument et la perspective capables de produire ce niveau de conscience menant à la révolution citoyenne doivent être interrogés. Face à la crise écologique déjà enclenchée, face à la crise démocratique qui frappe, face à la crise financière qui vient, nous considérons que, comme à chaque fois que la République a été appelée à la barre par les affres de l’Histoire, seul un processus populaire et constituant permettra de répondre à la crise systémique qui s’avance. Cela en fait aussi l’idée centrale et structurante pour qui veut renverser la table en 2022.

Le processus constituant ne saurait être un mouvement en soi et pour soi. Passerelle citoyenne, il vise à créer les conditions pour répondre ensemble au projet originel de creuset républicain du retour à l’ordre des droits. La multiplication des initiatives doit servir à remettre la société en mouvement, à rediscuter les règles du jeu, à redéfinir les communs, à repenser le contrat social, à approfondir l’universalisme émancipateur pour refonder le corps politique, afin de reconstruire une légitimité et un consentement collectifs. Partout, nous invitons dans leur diversité les cadres collectifs déjà organisés à mettre à l’ordre du jour ces questions sous la forme qu’ils jugent la plus adaptée. La mobilisation citoyenne pour préserver l’outil d’intérêt général qu’est Aéroport de Paris et obtenir un référendum populaire est ainsi un axe concret et nécessaire d’action. Ailleurs, vous préfèrerez saisir d’autres opportunités qui, partant du quotidien ou de réalités locales, amènent à penser collectivement le bien commun. Les premiers cercles populaires et constituants qui déjà se réunissent dans de nombreux départements pourront servir de réceptacles à cette infusion citoyenne.

Refusant la concurrence entre différentes initiatives existantes, nous en appelons à établir un ample mouvement citoyen mû par une même idée fédératrice : rendre au peuple et à la Nation la souveraineté de sa décision pour retrouver sa liberté républicaine, celle qui fait du bonheur commun l’essence de toute association politique.

 

Robin ALBERT, syndicaliste – Paul ALLIES, professeur en sciences politiques à l’université de Montpellier – Damian BASTIAN, militant citoyen – Farid BENLAGHA, producteur et animateur du collectif national pour un référendum contre la privatisation d’ADP – François BOULO, avocat et Gilet jaune – Céline BOUSSIE, lanceuse d’alerte – François COCQ, auteur de L’impératif démocratique – Flavien CHAILLEUX, Gilet jaune – Catherine DAVID, confédération paysanne – Enguerrand DELLION, politiste – Romain DUREAU, agroéconomiste – Hélène FRANCO, magistrate, syndicaliste – Christophe GACHE, secrétaire départemental du Mouvement des citoyens – Jean GATEL, ancien secrétaire d’Etat à l’économie sociale et solidaire – Charlotte GIRARD, universitaire – Nicolas GUILLET, juriste – Mickaël IDRAC, doctorant en sociologie des migrations à l’université Paris-Descartes – Eric JAMET, éditeur – Djordje KUZMANOVIC, président de République souveraine – Manon LE BRETTON, responsable de l’école de formation insoumise – Jeannick LE LAGADEC, conseillère départementale – Walter MANCEBON, militant pour une 6e République – Michel PHILIPPO, lanceur d’alerte en écologie – Alphée ROCHE-NOËL, auteur de Géographie de l’histoire de France – Jean-François SAUVAGET, Association Pour une constituante et Anticor – Frédéric VIALE, coauteur de La gauche à l’épreuve de l’Union européenne

 

 

 

 

 

 

 

Les communiqués de l’AGAUREPS-Prométhée

 

 

Communiqué n° 1 : Pour renverser la Table avec ADP 

            A Perpignan, le 13 / 06 / 2019

L’AGAUREPS-Prométhée poursuit sa campagne d’action dans le cadre des « Assises itinérantes de la Table renversée ». L’actualité lui offre un exemple concret pour illustrer l’expression « renverser la Table » : la procédure visant à obtenir un référendum d’initiative partagée pour s’opposer à la privatisation d’ADP (Aéroports de Paris)  prévue par la loi Pacte.

 

La privatisation annoncée d’ADP serait un rude coup porté à l’intérêt général. Elle ne vise qu’à satisfaire les intérêts privés d’une petite oligarchie, celle qui constitue le soutien du président des riches, Emmanuel Macron.

 

D’ici le mois de mars 2020, il faut obtenir plus de 4,7 millions de signatures (soit 10% du corps électoral) à la pétition afin d’obtenir ensuite l’organisation un référendum permettant de s’opposer à la privatisation d’ADP.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à la mobilisation la plus large possible afin d’empêcher cette mesure nocive et injustifiable. C’est une occasion unique de commencer à renverser la table. En effet, le peuple souverain doit reprendre collectivement le pouvoir dont on essaie de le déposséder. L’urgence démocratique ne peut se résoudre que le retour du peuple aux affaires : il est la solution à la crise actuelle qui exige plus que jamais de renverser la table.

 

Le lien pour signer la pétition :

https://www.referendum.interieur.gouv.fr/soutien/etape-1

 

 

 

Communiqué n° 2 : L’AGAUREPS-Prométhée mobilise pour la bataille des

retraites

            A Perpignan, le 21 / 07 / 2019

 

Les craintes exprimées par l’AGAUREPS-Prométhée concernant la réforme des retraites s’avèrent hélas fondées. Les « préconisations » présentées jeudi 18 juillet par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye constituent bien une nouvelle étape dans le processus de démantèlement du pacte républicain et social.

 

En dépit des tentatives d’enfumage caractéristiques du « parler macronien », il s’agit à la fois d’une réforme paramétrique et systémique dévastatrice.

L’introduction d’un système par points vise bien à casser le système solidaire de retraites par répartition, en attendant d’arriver à moyen terme à un système par capitalisation. La définition d’un âge pivot (64 ans) est une manière déguisée et insidieuse de repousser l’âge (légal et réel) de départ à la retraite et d’augmenter la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. D’autres mesures envisagées, comme la décote ou la valeur fluctuante du point, favorisent les conditions d’une baisse quasi générale des pensions de retraites.

 

Fidèle à son travail de pédagogie et d’anticipation, l’AGAUREPS-Prométhée prendra part au combat collectif, notamment dans le cadre des « Assises itinérantes de la Table renversée » qu’elle a lancées. Des réunions publiques seront organisées à l’aide d’un diaporama intitulé « Retraites : un combat politique pour un enjeu de civilisation ». Il est toujours possible de signer la pétition lancée sur internet exigeant la retraite à 60 ans à taux plein, au lien suivant

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

 

Plus que jamais, la raison d’être de l’AGAUREPS-Prométhée est de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts d’une minorité de nantis.

 

 

 

 

Communiqué n° 3 : L’AGAUREPS-Prométhée dénonce la dérive

autoritaire de l’ordo-libéralisme de la Macronie

            A Perpignan, le 07 / 08 / 2019

L’AGAUREPS-Prométhée exprime ses plus vives inquiétudes concernant le vent mauvais qui souffle de manière particulièrement hostile sur les libertés en France. L’actualité nous offre de trop nombreux exemples : répression des Gilets jaunes, disparition de Steve, sentiment de plus en plus général d’une justice à plusieurs vitesses, discrédit croissant du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner etc.

 

Cette dérive autoritaire s’inscrit dans la logique de l’idéologie de l’ordo-libéralisme portée par la Macronie. L’ordo-libéralisme assigne aux pouvoirs publics de créer un cadre légal et institutionnel garantissant le bon fonctionnement d’une économie de marché. Cette théorie économique se transforme très vite en pratique répressive dès lors que les peuples remettent en cause les fondements et la répartition des richesses en découlant. La finalité est de préserver les intérêts sonnants et trébuchants des oligarchies, en d’autres termes « souvent les copains et parfois les coquins ». Ainsi s’explique la criminalisation de l’action syndicale et de la contestation sociale qui balafre au quotidien notre démocratie.

 

Une partie du monde regarde éberluée cette fuite en avant « illibérale » du pays des droits de l’homme. Elle est due en partie à la confusion pourtant savamment entretenue entre libéralisme économique et libéralisme politique. Elle tend enfin à se dissiper. Un libéralisme économique débridé se révèle antinomique du libéralisme politique démocratique : il en est même le principal facteur dissolvant.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à une prise de conscience salutaire pour enrayer cette dérive préoccupante. L’urgence d’une respiration par la mise à l’ordre du jour de l’impératif démocratique s’impose à tous. Elle passe notamment par le respect de l’expression de la souveraineté populaire et par la convocation d’une assemblée constituante en vue d’une 6° République.

L’AGAUREPS-Prométhée s’y emploie à sa mesure dans le cadre de la poursuite de ses « Assises itinérantes de la Table renversée » initiées depuis plus d’un an.

 

 

 

Communiqué du comité des PO de « Combat laïque

Combat social »

A Perpignan, le 28 / 08 / 2019,

 

La laïcité, principe universaliste d’émancipation

 

Le comité départemental « Combat laïque Combat social », déclinaison de l’appel national « Lier le combat laïque au combat social, fédérer le peuple », s’alarme de la tonalité prise par les polémiques portant sur le terme islamophobie suite à l’Université d’été de La France Insoumise de ce week-end à Toulouse.

Il exprime son soutien le plus solide à Henri Pena-Ruiz, victime d’une polémique injuste et d’attaques déplorables.

 

Les libertés de conscience, d’opinion et d’expression découlent directement de la laïcité qui les garantit. Critiquer une religion, critiquer toutes les religions, est ainsi possible. Pratiquer un culte, pratiquer tous les cultes, est pareillement possible.

Les religions ne sont pas au dessus du débat public. Une des libertés les plus essentielles est le droit au blasphème dans le cadre d’un débat démocratique argumenté fondé sur la raison. L’Histoire nous enseigne que le refus du droit au blasphème ouvre les vannes à tous les fanatismes. Qu’on se souvienne par exemple du martyre subi au temps de Voltaire par le chevalier de la Barre, jeune homme supplicié pour blasphème et sacrilège.

 

Le comité départemental « Combat laïque Combat social » entend poursuivre la bataille de l’émancipation sociale, contre toutes les menaces s’accumulant sur la laïcité, principe constitutionnel universaliste qui récuse avec vigueur discriminations et racismes. Notre horizon est la pensée libre et la libre pensée.

Francis DASPE,

animateur dans les Pyrénées-Orientales du Comité « Combat laïque Combat social »

https://www.combatlaiquecombatsocial.net/appel-lier-combat-laique-combat-social-federer-peuple-2/

 

 

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Lancement des « chroniques prométhéennes » de la Révolution citoyenne

« Cela ne peut plus durer. Les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Trop c’est trop ! ». Ces phrases quand elles sont formulées de manière récurrente constituent un des symptômes d’un climat révolutionnaire. Dans ces conditions, les peuples se trouvent en capacité de se mobiliser pour pousser à des ruptures radicales avec un ordre établi considéré comme profondément injuste.

C’est la situation qu’offre l’état dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, en France comme en Europe. Elle entre pleinement en concordance avec l’initiative lancée il y plus d’un an par l’AGAUREPS-Prométhée. Poussés par une intuition de bon aloi, nous nous étions engagés dans la démarche des Assises itinérantes de la Table renversée. La décision était bien antérieure au mouvement des Gilets jaunes. Ces Assises itinérantes de la Table renversée étaient pensées comme une campagne nationale de réflexion et d’action qui s’est traduite par un certain nombre d’actions militantes, de tribunes médiatiques à des réunions publiques ou des présences sur les marchés.

 

Dans le communiqué accompagnant le lancement des Assises itinérantes, nous faisions le constat que l’ancien monde, s’il s’était paré de nouveaux visages, se perpétuait en réalité sur le fond. Nous indiquions également que la déception et la résignation démocratiques n’avaient jamais été aussi présentes. Les derniers faits politiques, des Gilets jaunes aux résultats des élections européennes du 26 mai, en passant par le dévoilement de la pratique macronienne du pouvoir, accréditent sans discussion possible ces thèses.

Plus que jamais, la révolution citoyenne s’impose comme une urgence démocratique. La restauration du peuple comme sujet politique est plus que jamais d’actualité. L’urgence à « renverser la table » se révèle véritablement comme une tâche militante prioritaire dans le contexte actuel.

 

En cette rentrée de vacances estivales, c’est en tant que modalité complémentaire et supplémentaire des Assises itinérantes de la Table renversée que l’AGAUREPS-Prométhée lance ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Elles se situeront dans le prolongement de son travail militant plaçant l’éducation populaire, le combat des idées et la conquête de l’hégémonie culturelle au premier rang de ses préoccupations.

Elles prendront la forme des textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public. Des analyses politiques du moment présent voisineront avec des propositions concrètes touchant aux aspects programmatiques comme aux conditions de l’action militante, sans oublier aux prospectives permettant d’éclairer la lanterne des stratégies politiques.

Autrement dit, des chroniques prométhéennes pour offrir aux hommes et aux femmes le feu sacré de l’indispensable Révolution citoyenne…

Francis DASPE  31 / 08 / 2019

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