LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 141 JANVIER / FÉVRIER 2020

Sommaire du numéro 141 : Spécial « Municipales et réforme territoriale » 

  • Editorial de Francis DASPE « De l’utilité des notes de bas de page, mais plus encore de la pertinence des analyses…» page 2
  • Dossier de Sylvie PUJADE, François COCQ, Francis DASPE : « Mise à jour de la Lettre du mois de novembre 2015 spéciale Réforme territoriale» page 3
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2020 page 15

 

 

De l’utilité de notes de bas de page, mais plus encore

de la pertinence des analyses…

Cette première Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée de l’année 2020 est un nouveau numéro spécial. Elle est consacrée, en cette période de début de campagne des prochaines municipales du mois de mars, à la réforme territoriale. Cette dernière date déjà, qui a été mise en place il y a plusieurs années déjà. Nous sommes revenus à une précédente Lettre du mois de novembre 2015.

Nous avons procédé à une mise à jour des réflexions de l’époque par un système de notes de bas de page. Elles actualisent les données, les complètent ; elles peuvent être également de simples commentaires à la lueur de l’actualité. L’exercice se révèle particulièrement instructif. Les enseignements peuvent parfois être pareillement cruels.

 

C’est ainsi que l’on constate une continuité évidente entre les trois derniers quinquennats, ceux de Nicolas Sarkozy qui initia la réforme, de François Hollande qui la réalisa par le vote de trois textes législatifs, d’Emmanuel Macron qui continuera à l’appliquer. Un dénominateur commun existe à ces trois quinquennats : c’est l’actuel président de la République. Il fut d’abord un conseiller prometteur, notamment dans le cadre de la commission Attali, devint ensuite un ministre influent du gouvernement Valls. Il n’y a en définitive pas de meilleur exemple possible de la politique « du pareil au même » caractérisant les diverses nuances de l’oligarchie.

 

Les analyses, émises en 2015, et évoquant les notions d’asphyxie démocratique ou de société post-démocratique, prennent une signification renouvelée avec les derniers jalons de la vie politique, séquence de la présidentielle, mouvement des Gilets jaunes, mobilisation contre la réforme des retraites. En témoignent des deux phrases sélectionnées : « Plus sûrement, la question démocratique et celle de la reconquête par le peuple de sa souveraineté seront les enjeux centraux du moment de cristallisation du débat que constituera l’élection présidentielle de 2017 ». « Les villes centres en bénéficieront au détriment des espaces périphériques, périurbains et banlieues, dont l’oligarchie se débarrasse en en faisant des lieux de relégation sociale et spatiale ». La première annonce la vague dégagiste qui a déferlé en 2016 et 2017, et dont a indûment profité Emmanuel Macron par un improbable concours de circonstances. La seconde théorise avant l’heure la révolte populaire incarnée par le mouvement des Gilets jaunes.

 

L’AGAUREPS-Prométhée avait vu juste. Ses analyses se sont révélées pertinentes : les faits les ont validées a posteriori. La réflexion politique doit aussi se nourrir de ces retours sur des réflexions antérieures. En la matière, ils constituent un encouragement à poursuivre ce travail prospectif. L’année 2020 s’inscrira dans cette visée.

Francis DASPE 10 / 01 / 2020

 

 

 

Dossier

Lettre du mois n° 119 de l’AGAUREPS-Prométhée de

novembre 2015

Spécial « Réforme territoriale »

 

  • « Vers l’ère de la société post-démocratique ?, François COCQ, octobre 2015

 

  • « Réforme territoriale : vers l’asphyxie démocratique», François COCQ, novembre 2015

 

  • « Une réforme qui vient de loin», Sylvie PUJADE, novembre 2015

 

  • « Focus sur l’arsenal législatif», Sylvie PUJADE, octobre 2015

 

  • « Ne pas transiger avec une logique de démantèlement du territoire», Francis DASPE, juin 2011

 

 

Vers l’ère de la société post-démocratique ?

La réforme territoriale va trouver début décembre sa première déclinaison concrète : c’est à l’échelle des 13 nouvelles super-régions qu’aura lieu le scrutin des élections régionales. D’Hendaye à Poitiers, de Perpignan à Cahors, de Moulins à Grenoble, les citoyen-ne-s vont s’exprimer pour désigner une même assemblée régionale.

 

On aurait tort de minimiser l’impact de ce changement d’échelle pour se concentrer uniquement sur les transferts de compétences : l’un et l’autre sont indissociablement liés. C’est par la concentration du pouvoir économique et règlementaire sur des échelons territoriaux dédiés, les régions, les métropoles et les intercommunalités, que les politiques libérales vont pouvoir laisser libre cours à leur expression ; c’est par la dévitalisation des communes et des départements que les cadres démocratiques vont céder le pas devant des structures technocratiques éloignées qui pourront défier la souveraineté populaire et imposer aux citoyen-ne-s des politiques qu’ils rejetteraient s’ils le pouvaient encore.

 

L’un est le complément de l’autre, l’autre est le complément de l’un. Une réforme territoriale n’est jamais neutre et répond toujours à un projet politique dédié. Celui porté ici conjointement par les thuriféraires de droite et du gouvernement qui survivent par le consensus au centre a un nom : l’ordolibéralisme[1].

 

En cela, la réforme territoriale est le passage au cadre structurel de la politique bruxelloise. Ce n’est pas un hasard si la même potion a d’abord été administrée en 2010 à la Grèce avant de pouvoir la saigner. L’Italie avait pris les devants de l’alignement sur le « modèle allemand ». La France potentiellement si insoumise devait être mise au pas. Les recommandations de la Commission européenne y revenaient en boucle depuis des années. C’est désormais chose faite, croient-ils.

 

Et de fait, ils ne mégotent pas sur les moyens : redécoupage, transferts de compétences, disparition programmée ou insidieuse d’échelons démocratiques, loi sur la fusion de communes, nouvelle charte de la déconcentration pour atomiser le service public, ajournement de l’Etat… La France entre de plain-pied dans l’ère de la société post-démocratique[2].

 

Mais l’histoire n’est pas écrite jusqu’au bout. Les élections régionales sont une première occasion pour que s’exprime une majorité sociale qui refuse d’acter son propre  dessaisissement. Plus sûrement, la question démocratique et celle de la reconquête par le peuple de sa souveraineté seront les enjeux centraux du moment de cristallisation du débat que constituera l’élection présidentielle de 2017[3]. Dès à présent, construisons collectivement l’exigence républicaine de réappropriation citoyenne de la chose publique.

François COCQ  29 / 10 / 2015

 

 

Réforme territoriale : l’asphyxie démocratique

Article paru dans « A Gauche Pour la 6° République » du 13 novembre 2015.

 

La réforme territoriale se décline désormais concrètement. Début décembre, les élections régionales auront lieu dans les 13 nouvelles super-régions. Quelques jours après, au 1er janvier 2016, les dernières métropoles (Paris et Marseille) prendront corps. Au même moment, les transferts de compétences vont devenir effectifs et la carte de la nouvelle intercommunalité va se dessiner.

Et déjà, les premiers décrets d’application de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) sont signés par le Premier ministre Manuel Valls pendant que depuis Bercy Michel Sapin et Christian Eckert organisent l’agonie budgétaire des échelons de base de la démocratie avec l’acquiescement bienveillant d’un parlement godillot. Avec toujours un même fil rouge : l’atomisation des cadres démocratiques pour s’affranchir du verdict citoyen et imposer leur politique libérale. Revue de détails.

Oligarchie d’échelle

D’Hendaye à Poitiers, de Perpignan à Cahors, de Moulins à Grenoble, les citoyen-ne-s vont donc être appelés aux urnes pour désigner une même assemblée régionale. On aurait tort de minimiser l’impact de ce changement d’échelle dès lors qu’il s’accompagne d’un transfert de compétences. La concentration du pouvoir économique et règlementaire va désormais s’opérer au niveau des régions, des métropoles et des intercommunalités. Les cadres démocratiques de base que sont les communes et les départements vont s’effacer devant des structures technocratiques éloignées qui pourront défier la souveraineté populaire et imposer aux citoyen-ne-s des politiques qu’ils rejetteraient s’ils le pouvaient encore.

Comme on l’a encore vu en Grèce où dès 2010 la réforme Kallikratis a façonné le cadre pour importer et imposer la politique bruxelloise, une réforme territoriale n’est jamais neutre et répond toujours à un projet politique dédié. En France, celui-ci a été porté successivement par la droite et par le gouvernement qui convergent vers un consensus au centre et a pour nom l’ordolibéralisme.

Le collet de la DGF

Le projet de loi de finances pour 2016 actuellement à l’étude au Parlement sert de collet au gouvernement pour mettre au pas les récalcitrants.

Si Manuel Valls a annoncé le 3 octobre le report de la réforme de la Dotation Globale de Fonctionnement aux collectivités locales (DGF), il n’en a pas moins maintenu un coup de rabot insensé en faisant passer la DGF de 36,6 Mds d’euros en 2015 à 32,93 Mds en 2016 : une baisse de 10 % que les petits soldats parlementaires du PS vont s’empresser d’entériner en votant contre leurs propres élu-e-s mais surtout contre l’intérêt du pays.

Des communes broyées…

Les communes sont les premières visées. La contribution du bloc communal pour 2016 s’élève à 2,07 Mds d’euros. Entre 2013 et 2017, le manque à gagner des communes se montera à 16 Mds d’euros ! Autant de politiques et de services publics en moins dispensés aux populations. Autant d’investissements d’avenir dans les écoles ou les équipements culturels ou de santé qui seront rognés et participeront de la paralysie économique du pays[4].

Dès lors, les communes sont nombreuses à anticiper sur l’échappatoire opportunément proposé par le gouvernement et l’Association des maires de France présidée par l’ancien ministre sarkozyste François Baroin : se regrouper coûte que coûte, de manière artificielle (fusion par la loi sur les communes nouvelles) ou imposée.

… aux intercommunalités

En créant d’ici au 1er janvier 2017 l’obligation du regroupement intercommunal avec un seuil minimal de 15 000 habitants, la loi NOTRe redessine la carte de France. Le nombre d’intercommunalités à fiscalité propre devrait ainsi baisser de 40 % mais leur taille exploserait : 142 fusions regrouperaient ainsi plus de 50 communes. Dans la Manche, il ne resterait plus que 5 intercommunalités pour couvrir le département dont une issue de la fusion de 11 communautés soit plus de 200 communes !  Ailleurs en Ariège, dans la Creuse ou dans les Pyrénées-Atlantiques, on se retrouverait avec moins d’un tiers des communautés aujourd’hui existantes !

Tel est le modèle a-démocratique de Manuel Valls qui privilégie les macro-territoires qui isolent les élu-e-s des citoyen-ne-s pour mieux laisser les édiles décider à leur guise. Il y a tout juste un an, devant le Sénat, il opposait ainsi les communes, où les élu-e-s agiraient en fonction d’intérêts partidaires, aux intercommunalités, « ces lieux où l’intérêt général prime ».

Départements déchus

Immanquablement, les intercommunalités vont se substituer aux départements[5]. La DGF y contribue. Celle-ci aura baissé de 39% entre 2013 et 2017 pour les départements. Dans le même temps, leurs dépenses obligatoires (notamment l’APA, aide personnalisée à l’autonomie, la PCH, prestation de compensation handicap, et le RSA, revenu de solidarité active), augmentent irrémédiablement à mesure que le chômage et la précarité croissent. Transférées par l’Etat, elles représentent 60% des dépenses des départements.

Mais alors que la Constitution en prévoit la compensation financière par l’Etat, le reste à charge pour les départements est estimé à 4 Mds d’euros pour la seule année 2015 ! Dès lors, la faillite guette nombre de conseils départementaux. A moins que ce soient les prestations sociales qui en fassent les frais…

De la métropole à la « centralité »

Mais la nouvelle architecture territoriale basée sur l’éloignement à couvert du pouvoir serait incomplète et inefficace si elle ne se dotait pas en parallèle d’un espace centre pour servir l’accumulation physique du capital. C’est le rôle dévolu aux métropoles. Ainsi, la réforme de la DGF, simplement reportée par Valls, prévoit-elle l’introduction d’une part de « centralité ».

Les villes centres en bénéficieront au détriment des espaces périphériques, périurbains et banlieues, dont l’oligarchie se débarrasse en en faisant des lieux de relégation sociale et spatiale. Et pour éviter leur courroux et le verdict démocratique, les nouvelles métropoles comme le Grand Paris se divisent en immenses territoires (au moins 300 000 habitants) au sein desquels les citoyen-ne-s verront leur représentation atomisée : les 130 communes du Grand Paris (hors Paris) seront représentées au conseil métropolitain par un-e élu-e (2 pour les plus grosses).

La Constituante

Avec la réforme territoriale, la France entre de plain-pied dans l’ère de la société post-démocratique. Mais l’histoire n’est pas écrite jusqu’au bout. Les élections régionales sont une première occasion pour que s’exprime une majorité sociale qui refuse d’acter son propre dessaisissement.

Plus sûrement, la question démocratique et celle de la reconquête par le peuple de sa souveraineté seront les enjeux centraux du moment de cristallisation du débat que constituera l’élection présidentielle de 2017. Dès cette campagne, nous devons donc construire collectivement l’exigence républicaine de réappropriation citoyenne de la chose publique qui trouvera en 2017 sa déclinaison dans la Constituante.

François COCQ

 

 

 

 

Une réforme qui vient de loin

Le projet de réforme territoriale ne vient pas de nulle part. Il est à la confluence de processus qui entretiennent des liens de consanguinité évidents : la régionalisation, la décentralisation, la réforme de l’Etat. Cette dernière a constitué depuis plusieurs décennies un fétiche pour les libéraux. La réforme des collectivités n’est en effet rien d’autre que l’aboutissement d’une lutte quotidienne depuis le milieu des années 70 contre les déficits et les dépenses publiques. On veut nous culpabiliser par ce biais tous les jours afin de réduire l’Etat à peau de chagrin et d’ouvrir au privé des secteurs entiers qui appartiennent ou appartenaient à la puissance publique.

En  1969, Charles de Gaulle propose un référendum visant notamment à élargir le pouvoir des régions. L’échec conduit à la démission du président. La fin des Trente Glorieuses et le déclenchement de la crise entrainent la mise en place de politiques de rigueur. Mais la gauche, très vite, n’a pas été en reste, puisque dès 1983, l’espoir inauguré le 10 mai 1981 retombait : l’austérité revenait avec le tournant de la rigueur après que l’orientation de Delors et Mauroy de se conformer au système monétaire européen l’emporta. Il n’est alors pas étonnant qu’en 1986 Pierre Bérégovoy fasse voter la déréglementation des marchés financiers, puis que dans la foulée le gouvernement Chirac privatise la plupart des entreprises nationalisées après 1945 ou 1981. Mais c’est sans doute le vote oui en 1992 au Traité de Maastricht qui accentua en la rigidifiant cette dérive destructrice : en acceptant ce carcan, le PS cautionnait le tournant de la concurrence libre et non faussée. Il apportait les conditions du démantèlement des services publics et des privatisations qui suivront en interdisant tout monopole public.

 

Deux grandes vagues de décentralisation ont accentué le mouvement, même si toutes deux ne relèvent pas totalement d’une même logique. Il y eut les lois Defferre de 1982 et 1983. Puis la loi Raffarin du 13 août 2004 dite loi relative aux libertés et responsabilités locales. C’est ce qui est communément appelé les actes I et II de la décentralisation[6]. Entre les deux se développa le refrain de la réforme de l’Etat qui n’avait pour d’autres buts que la remise en cause de la puissance publique.

 

Une même logique de casse sous la pression européenne allait conduire Lionel Jospin et son gouvernement à des privatisations à répétition (Air France, Crédit Lyonnais, ASF, Aérospatiale, France Télécom). C’est toujours sous l’ère Jospin, en 2001, qu’est inventée la solution destinée à normaliser cette situation de dégraissage généralisé de l’Etat, la « LOLF » (« loi organique relative aux lois de finance ») : il ne manquait plus justement qu’à légitimer ce qui se passait depuis 30 ans en offrant le cadre financier constituant la base d’une application régulière et désormais systématique de cette idéologie libérale visant soi-disant à moderniser l’Etat, c’est-à-dire à le faire disparaître. Les pères de la LOLF sont le député UMP Alain Lambert et le député PS Didier Migaud. Lorsque cette loi organique entre en vigueur le 1er janvier 2005, c’est alors très explicitement une logique de résultats qui s’impose dans toutes les administrations de l’Etat sans que personne, ou presque, ne s’y oppose à l’Assemblée nationale[7]. A croire que le thème de la réforme de l’Etat faisait alors l’objet d’un terrifiant consensus !

 

En 2007, Nicolas Sarkozy va profiter du consensus général pour aller jusqu’au bout de la dérive libérale antirépublicaine avec la « RGPP », la « révision générale des politiques publiques », dont l’objectif est la destruction définitive de la puissance publique au nom de l’économie budgétaire. Il s’agit de rentabiliser désormais ouvertement l’activité de l’Etat, ministère après ministère, en fusionnant ses services, en diminuant le nombre de postes par le non renouvellement des fonctionnaires partant à la retraite, bref en imposant clairement une gestion de type privée de l’Etat républicain. L’alternance de 2012 ne change rien : la RGPP est simplement rebaptisée MAP (modernisation de l’action publique). Voir la tribune de Francis Daspe parue dans L’Humanité le 30 janvier 2013 intitulée La transmutation de la RGPP en MAP http://www.humanite.fr/tribunes/la-transmutation-de-la-rgpp-en-map-514058

Il fallait bien que ce qui touche tous les autres ministères touche à un moment ou un autre celui des collectivités territoriales. L’Etat républicain doit être remplacé par un Etat minimal, celui que promeuvent les libéraux, celui qui est conforme à cette Europe des grandes régions et des grandes métropoles où doit s’exercer sans aucune barrière la seule loi du profit, de la rentabilité et de la concurrence. Les territoires doivent donc s’adapter aux exigences du capital et de la mondialisation, comme avant eux les entreprises publiques et la plupart des services publics, quitte à réduire l’Etat républicain à néant.

 

En 2009, le comité Balladur est chargé par le président Sarkozy de formuler des propositions pour une nouvelle étape de décentralisation : création d’un Grand Paris intégrant les départements limitrophes de la capitale[8], attribution de la clause de compétence générale à l’échelon communal seul, suppression des cantons, élection commune des conseillers généraux et des conseillers régionaux, réduction du nombre de régions de 22 à 15[9]. Tout cela débouche sur le projet de réforme territoriale de Nicolas Sarkozy (voir tribune de Francis Daspe ci après parue dans l’Humanité le 28 juin 2011 et intitulée Ne pas transiger avec une logique de démantèlement du territoire). Projet honni par l’opposition socialiste de l’époque…

Ce qui n’empêchait pas, en juillet 2011, au lancement de la primaire socialiste pour l’élection présidentielle, Manuel Valls de proposer dans Libération de « Réduire nos dépenses en décentralisant davantage, en simplifiant les structures administratives – par exemple en supprimant les départements – et en réformant la fiscalité locale ». Si bien que l’acte III de la décentralisation fut annoncé comme le grand dessein du candidat Hollande. En 2013, la Commission européenne publie ses « recommandations » : « Prendre des mesures destinées à améliorer les synergies et les économies entre les différents niveaux de l’administration, central, régional et local ».

 

La réforme territoriale peut être considérée comme la conclusion d’une attaque en règle menée avec constance par tous les gouvernements depuis 30 ans contre la République, au nom d’une logique de démantèlement de la puissance publique.

 

Sylvie PUJADE Novembre 2015

 

 

Focus sur l’arsenal législatif

Sources :

http://www.gouvernement.fr/action/la-reforme-territoriale

https://cocq.wordpress.com/reforme-territoriale/

Loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM)

Elle est promulguée le 27 janvier 2014. Afin de renforcer les territoires, le statut de métropole avait été créé par la loi du 16 décembre 2010 pour affirmer le rôle des grandes agglomérations comme moteurs de la croissance et de l’attractivité du territoire. La loi MAPTAM crée au 1° janvier 2015 13 métropoles.

C’est ainsi qu’ont vu le jour les métropoles de Rennes, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Brest, Lille, Rouen, Grenoble, Strasbourg et Montpellier. Créée également le 1er  janvier 2015, la Métropole de Lyon est une collectivité territoriale à part entière et dispose d’un statut particulier. Celles du Grand Paris et d’Aix-Marseille-Provence verront le jour au 1er janvier 2016.

Elles sont conçues comme des pôles de compétitivité[10] pour s’insérer dans la compétition économique européenne et mondiale. Ces « super intercommunalités » prennent aussi les compétences des communes pour l’eau, l’assainissement, les routes. Elles auront compétence pour la promotion internationale du territoire.

C’est par le biais d’une conférence territoriale de l’action publique (CTAP) que les collectivités d’une même région détermineront entre elles la répartition des politiques publiques[11].

Loi relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral

En dépit de désaccords entre le Sénat et l’Assemblée nationale, le projet de loi avec la nouvelle carte des régions fut adopté le 25 novembre 2014. Elle est promulguée le 16 janvier 2015, après validation par le Conseil Constitutionnel.

La nouvelle carte des régions en réduit le nombre de 22 à 13. Le nom définitif des futures régions doit être fixé par décret avant le 1er juillet 2016. Les départements redeviennent « mutables » d’une région à une autre à travers le « droit d’option » rétabli par l’Assemblée Nationale pour la période entre 2016 et mars 2019 (délibérations concordantes des assemblées délibérantes à la majorité des suffrages 3/5 exprimés, et non plus majorité absolue, mais suppression de référendum local)[12]. Par contre, le changement de limites territoriales peut désormais être mis en œuvre par un décret du conseil d’Etat et non plus obligatoirement par la loi.

La désignation du chef-lieu des régions sera fixée par décret avant le 31 décembre 2015. L’Assemblée Nationale a prévu que le Conseil régional aura la faculté d’organiser des séances par alternance entre plusieurs lieux de réunion[13].

Le modèle métropolitain est explicité à partir de l’exemple de la métropole de Lyon qui induit la disparition du département du Rhône[14]. Chaque département doit posséder au moins deux élus.

La présidence des commissions régionales en charge des finances et du contrôle budgétaire sera systématiquement confiée à l’opposition.

Loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe)

L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), après l’accord sur le texte lors de la réunion de la commission mixte paritaire le 16 juillet 2015. Il s’agit du troisième volet de la réforme des territoires, après la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles et la loi relative à la délimitation des régions.

La loi NOTRe fixe les compétences des collectivités locales. Elle est promulguée le 7 août 2015. Les élections départementales avaient eu lieu fin mars, soit près de 5 mois auparavant…

Les principales dispositions sont indiquées dans le texte de François COCQ disponible plus haut et intitulé « Réforme territoriale : l’asphyxie démocratique. Nous en reprendrons brièvement quelques éléments récapitulatifs ou complémentaires.

Les régions voient leurs pouvoirs renforcés.  Malgré la suppression de leur clause de compétence générale[15], les compétences régionales sont renforcées en matière de développement économique. Le schéma régional de développement économique d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) obtient valeur prescriptive. Le schéma d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT) aura lui aussi valeur prescriptive à l’égard des documents d’urbanisme (SCOT, PLU)[16]. Les régions seront également chef de file en matière de tourisme et élaboreront un schéma régional de développement touristique.

Les départements sont affaiblis. Ils subissent la suppression de leur clause de compétence générale. Les Conseils départementaux gardent la faculté d’aider les communes et les EPCI, financièrement et pour l’exercice de leurs compétences. Ils doivent opérer un recentrage sur leur rôle en matière de solidarités territoriales et sociales.

Le devenir des départements devient très incertain. Une distinction est opérée entre les départements sur les aires métropolitaines (voués à disparition), les départements en zone rurale (promesse de maintien), et les autres départements (transformés avec des assemblées composées des représentants de intercommunalités). Manuel Valls tablerait après 2020 sur le maintien d’une quinzaine de départements[17].

Les intercommunalités sont gagnantes. Une nouvelle phase de « rationalisation de l’intercommunalité resserrée autour des bassins de vie » est enclenchée. Elle doit être achevée avant le 31 décembre 2016. La taille minimale des EPCI (établissement public de coopération intercommunale) à fiscalité propre passe de 5.000 à 15.000 habitants.

Les services publics, unique patrimoine commun de ceux qui n’en possèdent pas à titre privé, sont les principes victimes de la réforme territoriale, selon la logique du glissement de service public à services au public.

Le « schéma d’amélioration de l’accessibilité des services au public sur le territoire départemental » devait initialement être co-élaboré entre département et Etat : il doit désormais l’être entre les EPCI et l’Etat. Les « maisons de service au public » en remplacement des actuelles « maisons des services publics » sont destinées à « améliorer l’accès des populations aux services »[18]. Elles peuvent relever de l’Etat, d’EPCI à fiscalité propre ou d’organismes de droit privé chargés d’une mission de service public. Elles rassemblent des services publics et privés.

Des prises de position antagonistes

Association des régions de France (ARF):

« Cette modernisation passe enfin par un renforcement des Régions qui doivent se voir dotées de moyens adaptés. C’est ainsi qu’elles deviendront de grandes régions comparables à leurs homologues européennes ».

« Cette modernisation passe enfin par une réforme en profondeur de l’Etat sur les territoires qui doit concentrer ses moyens sur ses missions régaliennes ».

Communiqué de l’ARF du 5 juin pour se féliciter des annonces de François Hollande.

 

Association des départements de France (ADF):

« La question porte sur notre héritage républicain » ; « La meilleure façon de solutionner l’organisation territoriale publique, [c’est d’organiser] sur cette question un référendum »

(Claudy Lebreton, président de l’ADF, 3 juin 2014).

Sylvie PUJADE Octobre 2015

 

 

 

Ne pas transiger avec une logique de démantèlement du territoire

Ce texte a été diffusé en tribune libre dans l’édition du 28 juin 2011 de L’Humanité.  

Les forces de gauche, dans leur quasi-totalité, ont fait part de leur volonté, en cas de victoire aux élections présidentielles et législatives de 2012, d’abroger la loi du 16 décembre 2010 portant sur la réforme des collectivités territoriales[19]. La levée de boucliers suscitée par cette mesure s’explique par les graves défauts des dispositions contenues dans le texte, en terme de respect de la démocratie et de la souveraineté populaire, d’égalité territoriale républicaine, de capacité à mener des politiques publiques au service de l’intérêt général, ou encore de menaces contre les services publics. C’est en effet la logique même de la loi qui doit être démontée et dénoncée : elle s’inscrit comme une étape supplémentaire de la fameuse révision générale des politiques publiques (RGPP) dont l’application dans des secteurs comme l’éducation ou la santé occasionne des dégâts considérables.

 

Cette réforme procède également d’une autre vision de la société ; elle met en jeu une perception différente de la dévolution du pouvoir et de son exercice. Autrement dit, d’une autre forme de l’identité citoyenne. Ce qui définit l’identité de chacun d’entre nous, c’est sa triple appartenance à une commune, à un département et à la patrie républicaine française. Ce sont précisément ces trois échelons que la réforme s’emploie à vider de leur substance, au profit du triptyque rassemblant intercommunalités, régions et Union européenne. Cette nouvelle trinité communie dans l’acceptation des lois du marché érigées au rang, selon les circonstances, de vérité révélée ou de fatalité incontournable.

Des subterfuges sémantiques sont utilisés dans ce but. Au premier rang de ceux-ci se trouve la confusion entre les préfixes inter et supra. L’intercommunalité promue par la loi vise désormais clairement la destruction à moyen terme des 36 000 communes françaises perçues comme un luxe incongru à l’heure des rationalisations tous azimuts. Elles constituent pourtant les lieux de base de l’exercice de la démocratie de proximité et de la citoyenneté. La dilution ainsi projetée de la réalité politique de la commune rend pour cela impropre l’utilisation du terme « intercommunalité » : il convient de lui préférer dans les faits et les pratiques celui de « supra-communalité ».

Le parallèle peut à cet égard être effectué avec l’échelon européen[20]. La construction européenne a été orientée dès le début dans une pente nettement supranationale, avec notamment les visées fédéralistes dont certaines ont plus ou moins avorté. La volonté d’instaurer un pacte de compétitivité, qui conduirait à supprimer la souveraineté budgétaire des gouvernements nationaux sur l’autel de la défense de l’euro, en est une illustration éclairante. Dans une telle construction, il n’y a rien qui soit digne du mot internationaliste, c’est-à-dire rien qui soit conforme à l’exigence de solidarité entre les peuples. Bien au contraire, dans la configuration supranationale européiste, les peuples sont congédiés et incités à entrer en concurrence les uns contre les autres.

 

Après avoir voué aux gémonies la réforme dans son ensemble, voilà que certains à gauche seraient tentés d’opter pour une attitude plus « constructive ». La crainte d’être taxés d’un « opposionniste permanent » les pousserait-elle à vouloir aménager le texte, en distinguant ce qui resterait inacceptable (les futurs conseillers territoriaux) de ce qui serait jugé amendable (par exemple la modification à marche forcée de la carte des intercommunalités) ? Attention cependant à ne pas glisser subrepticement, comme pour la mondialisation néolibérale, de l’aménagement à l’accompagnement[21]

La seule stratégie politiquement acceptable consiste à ne pas transiger avec une logique de démantèlement fondée sur des économies drastiques contraires à l’intérêt général. Il ne s’agit pas, aux antipodes des premiers discours prononcés avec virulence au moment du vote, de renoncer, voire pire, à faire du zèle en déclinant ou en anticipant des mesures découlant de la loi honnie au nom d’un réalisme de mauvais aloi. Il ne fait pas de doute, au même titre que la question du partage des richesses ou des retraites, que le sort à réserver à cette loi constituera un clivage fort des prochaines campagnes électorales. Et un test  de la capacité des partis de gauche à tenir leurs promesses. Donc de leur sincérité…

Francis DASPE Juin 2011

 

 

[1] Le Premier Ministre de l’époque Manuel Valls avait indiqué que la réforme territoriale était la mère de toutes les réformes. C’était indiquer l’impact de cette réforme structurelle.

[2] La victoire en 2017 d’Emmanuel Macron n’a-t-elle pas été une accélération vers l’ère de la société post-démocratique ? La crise des Gilets Jaunes a montré le blocage démocratique existant.

[3] L’élection présidentielle de 2017 a bien mis en avant la question démocratique et de la souveraineté populaire, notamment avec la proposition de 6° République et de Constituante portée par Jean-Luc Mélenchon.

[4] La baisse des dotations de l’Etat aux communes a eu de lourdes conséquences : la méfiance de la part des élus locaux à l’égard de l’Etat s’est exacerbée. Le Président Macron en a fait les frais, tentant de réduire les fractures  avec le lancement d’opérations de communication dont l’une des plus emblématiques a été le grand débat national au début de l’année 2019 à la suite de l’explosion de la crise des Gilets Jaunes.

[5] L’attachement des Français aux départements a empêché les gouvernements qui se sont succédé d’aller au bout de leur volonté de démanteler encore davantage les départements.

[6] L’année 2015 a vu la mise en place de l’Acte III de la décentralisation, initiée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, devenue « le grand dessein » du quinquennat de celui de François Hollande de l’aveu même du Président de la République élu en 2012.

[7] Que dire de la LOLF et de son impact ?

[8] Dire un mot sur la réalité actuelle du Grand Paris.

[9] Du projet de réforme territoriale portée par Nicolas Sarkozy, presque tout sera finalement repris par so successeur François Hollande, excepté ce qui aurait pu limiter le nombre des élus locaux du Parti socialiste (comme par exemple les conseilleurs territoriaux qui auraient remplacé dans un même élan élus départementaux et élus régionaux).

[10] La notion de pôle de compétitivité est un concept développé par Nicolas Sarkozy. Dans une logique de mise en concurrence des territoires, il s’agit de favoriser des territoires déjà bien dotés afin de les insérer dans le cadre de la concurrence effrénée de la mondialisation. Les territoires défavorisés ou en difficulté, qualifiés par Jacques Attali, un des parrains du jeune Emmanuel Macron, de « canards boiteux », n’ont pas vocation à être soutenus et seront plus ou moins abandonnés dans un souci de rentabilité immédiate.

[11] Comment ont fonctionné et fonctionnent les CTAP aujourd’hui ?

[12] Quid de la mutabilité des départements et du droit d’option ?

[13] C’est le cas par exemple de la nouvelle région Occitanie, fusion de celles de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, qui possédant deux métropoles, Toulouse et Montpellier, alterne tant bien que mal entre les deux.

[14] Qui du département du Rhône ?

[15] Y a-t-il eu vraiment suppression de la clause de compétence générale pour les régions ? Et les départements ?

[16] Ces schémas ont-ils valeur prescriptive ? Quelles conséquences concrètes ?

[17] La suppression des départements n’a pu se réaliser conformément aux projets envisagés.

[18] Quelles différences concrètes de ce glissement sémantique ?

[19] Après la victoire de François Hollande en 2012, la nouvelle majorité ne tiendra pas sa promesse. La continuité entre les deux quinquennats sera évidente, comme indiqué plus haut.

[20] Les élections européennes de 2014 et 2019 montreront à chaque fois le lien particulièrement étroit entre la réforme territoriale et l’Union européenne.

[21] En réalité, plus que du simple accompagnement, il y aura approfondissement et accélération de la réforme territoriale sous le quinquennat de François Hollande.

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 140 NOVEMBRE / DéCEMBRE 2019

Sommaire du numéro 140 : Spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne »  

  • Editorial de Sylvie ERBANI : « Des chroniques prométhéennes prometteuses» page 2
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Retraites» page 3
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Stratégie politique» page 7
  • Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne « Education» page11

 

 

 

Des « chroniques prométhéennes »

prometteuses

 

 

A l’occasion de l’éditorial de la précédente « Lettre du mois » marquant la rentrée, nous annoncions que l’AGAUREPS-Prométhée lançait ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Celles-ci s’inscrivaient bien évidemment dans le cadre des Assises itinérantes de la Table renversée, campagne d’action et de réflexion au long cours. Nous indiquions également qu’elles prendraient « la forme de textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public ». Le numéro 140 de la « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée illustre à merveille cet engagement. La promesse a été tenue, puisque ce numéro est un spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Il se compose de 5 tribunes qui ont été diffusées dans des médias nationaux, témoignant si besoin était à la fois de la constance du travail effectué par l’AGAUREPS-Prométhée et de sa capacité à s’insérer dans le débat public.

 

Deux d’entre-elles concernent la question d’actualité des retraites. Elles appréhendent le sujet selon deux aspects complémentaires. L’un est classique, s’appliquant à montrer qu’il s’agit d’une réforme à la fois paramétrique et systémique qui ne produira au final quasiment que des perdants ; l’autre est plus original, mettant en exergue la méthode utilisée qui illustre à sa manière la rupture démocratique engendrée par cette réforme.

La réflexion sur la question de la stratégie politique constitue un des fils rouges de l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée. Deux tribunes y sont consacrées. Elles traitent des délicates et sensibles liaisons entre les concepts de Gauche et de Peuple qui ont contribué à structurer les débats de notre camp idéologique depuis ses origines. Dans ces analyses, deux notions sont utilisées pour tracer un chemin d’avenir. Une, ancienne, est remise au goût du jour pour en dévoiler son caractère propulsif, à rebours des contresens dont elle est victime. C’est celle de lutte des classes. L’autre, plus inhabituelle et sans aucun doute surprenante, mais puisant à des sources historiques instructives, vise à offrir une solution à la puissante crise de la souveraineté populaire en cours. C’est celle de démocratie plébéienne.

Enfin, comment établir un bilan de la rentrée sans aborder les inévitables questions scolaires ? C’est l’objet de la dernière tribune de cette « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée. Elle dénonce la vision macroniste de l’école de la République qu’elle vend à la découpe comme une vulgaire marchandise, prolongeant en cela la basse besogne des gouvernements précédents, mais en lui faisant passer un cap potentiellement irréversible au nom de la conception libérale de la start up nation qu’elle voudrait administrer à notre système éducatif.

 

Ces chroniques prométhéennes s’inscrivent bien dans l’ambition d’offrir le carburant de l’indispensable Révolution citoyenne. Comme Prométhée fit don du feu aux hommes, au grand dam de Zeus, qui dans la religion romaine se nomme Jupiter ?

Sylvie ERBANI   30 / 10 / 2019

 

 

 

Les Chroniques prométhéennes de la  Révolution

citoyenne

 

Thème : Retraites

Tribune 1 : François COCQ, Comment la réforme des retraites va briser notre pacte démocratique

Tribune 2 : Francis DASPE, Retraites : perdant et perdant

 

Comment la réforme des retraites va briser notre pacte démocratique

Tribune parue sur le site de Marianne le 10 septembre 2019

François COCQ est Président de l’AGAUREPS-Prométhée. Co-auteur de « La laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation » (Eric Jamet éditions, 2016) et auteur de « L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes » (Editions du Borrego, 2019). Membre des Constituants.

 

Emmanuel Macron est en grande partie fils de la réforme des retraites. De celle de 2010 bien plus encore que de celle à venir. La conduite à l’époque de la réforme par Nicolas Sarkozy avait largement participé du rejet dont il fût l’objet deux ans plus tard dans les urnes. Emmanuel Macron en profitait alors pour prendre ses marques à l’Élysée aux côtés d’un président par accident, qu’il évinça ensuite faute de combattant.

 

Emmanuel Macron est tout autant l’héritier de 2010 en matière de pratiques et d’exercice du pouvoir. Jusque-là, lors des grandes mobilisations et contestations populaires sur des enjeux structurants, le pouvoir entendait l’incapacité à créer du consensus et remettait l’ouvrage sur le métier : le projet de loi Savary retiré par François Mitterrand en 1984, la réforme Devaquet abandonnée par Jacques Chirac en 1986, Alain Juppé et les retraites, déjà, en 1995, De Villepin et le CPE promulgué mais jamais appliqué en 2006… Mais avec Sarkozy, tout change : le passage en force se substitue à la prise en compte d’une volonté populaire.

Le renforcement de la prédominance de l’exécutif avec le quinquennat, et plus encore l’inversion du calendrier électoral, se traduit par une concentration monarchique du pouvoir, entendue au sens du pouvoir d’un seul, qui fait du refus de céder une question personnelle. Sarkozy s’assoie sur les mobilisations de 2010 sur les retraites comme aucun autre avant lui. La boîte de Pandore est ouverte. Hollande avec la loi travail en 2016, ou Macron face au mouvement des Gilets jaunes, lui emboîteront le pas. La recherche du consensus laisse place à l’exercice du pouvoir par un dissensus assumé.

Appliquer une telle méthode à la réforme des retraites, élément structurant du corps social et donc politique, c’est participer de l’effondrement démocratique destituant que nous connaissons. Car la réforme des retraites va réviser rien moins que le contrat d’engagement professionnel initial de chaque citoyen, contrat individuel qui s’inscrivait dans un cadre collectif. Chacun a fait, en conscience et de manière raisonnée, un choix personnel d’orientation professionnelle. Celui-ci intégrait naturellement parmi d’autres éléments la retraite. Prenons un exemple : celui ou celle qui choisissait il y a quelques années l’enseignement ne le faisait pas pour le traitement, largement en dessous de la moyenne de ses collègues professeurs dans les autres pays de l’OCDE.

 

Au-delà de la vocation et de la volonté de participer à l’œuvre émancipatrice, il le faisait pour une organisation du temps de travail (dont les vacances), et pour pouvoir bénéficier à l’époque d’une retraite à 60 ans, au bout de 37,5 annuités, et calculée sur les six derniers mois. Ce métier, comme les autres, avait ses avantages et ses inconvénients, mais tel était le contrat initial d’engagement. Ce contrat a certes évolué par le passé, mais il s’apprête cette fois à être triplement rompu de manière unilatérale : la durée de cotisation est dans la ligne de mire de Macron, celle de l’âge pivot dans celle d’Agnès Buzyn, et le calcul du montant des pensions sur les 25 dernières années est revendiqué par Jean-Paul Delevoye. Autrement dit, le contrat est rendu caduque.

Cette rupture est la négation d’un élément constituant du peuple. La mise en place des retraites ouvrière et paysannes de 1910, le principe de répartition entériné en 1945, les lois Auroux de 1982, participent de la structuration et de la cohésion du peuple suite à des périodes de fermentation active. Le changement en cours de route des règles du jeu, sans adhésion citoyenne, rompt avec cette logique. Les retraites deviennent alors un objet de confrontation et de compétition là où elles représentaient la solidarité : l’introduction de la réforme par point là où le système par répartition représentait un ciment commun, ou la rupture de la solidarité intergénérationnelle, sont autant d’éléments déconstructeurs de la société.

 

Les répercussions dans la sphère démocratique en seront l’immanquable corollaire. La rupture dans le consentement aux différentes formes de représentation, y compris la personnalisation monarchique, désagrège la légitimité. S’attaquer de front aux retraites pour en nier l’essence comme s’apprête à le faire le président Macron, à travers un nouveau débat biaisé dont les tenants et aboutissants sont imposés par avance, c’est nier au peuple le fait d’être la matrice d’une volonté générale définissant un intérêt général. C’est prétendre que ce dernier doit émaner de « décisionnaires éclairés ». Bref, c’est changer le titulaire de la souveraineté.

A l’heure où l’atomisation individualiste se heurte aux blocages électoraux et à la soif exprimée par le mouvement des gilets jaunes de recréer du commun, la réforme des retraites ne saurait être appréhendée comme un exercice comptable ou un simple ajustement économique. Elle doit permettre de mettre sur la table le modèle de société dans lequel nous souhaitons vivre, et en conséquence les moyens que nous acceptons d’y consacrer. En un mot le pacte qui nous lie collectivement. L’allongement de la durée de vie qui induirait de travailler plus longtemps est une fausse évidence purement idéologique pour refermer le débat. La question des retraites recèle au contraire des vertus constituantes. Entendons qu’elle représente, au regard de l’état de décomposition de la politique, un impératif démocratique.

François COCQ

 

 

 

Retraites : perdant et perdant 

Tribune parue sur le site de Politis le 29 août 2019

Francis DASPE est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017).

 

Les craintes concernant la réforme des retraites s’avèrent hélas fondées. Les préconisations présentées jeudi 18 juillet par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye constituaient déjà une nouvelle étape dans le processus de démantèlement du pacte républicain et social. Il en va de même de l’annonce surprise faite par le Président Macron à l’issue du sommet du G 7 à Biarritz. Contrairement à ce qui a été véhiculé, les deux options ne sont pas en contradiction ou en concurrence. Il ne s’agit pas non plus d’une concession, encore moins d’un quelconque geste d’ouverture. Il faut davantage y voir une complémentarité dans le cadre d’un jeu de rôle parfaitement rodé.

Dans la logique du recours aux tentatives d’enfumage caractéristiques du « parler macronien », cette réforme nous avait été présentée comme une réforme systémique (nécessaire car structurelle) qui ne serait pas paramétrique (insuffisante car conjoncturelle). Elle est en réalité les deux à fois, démultipliant de la sorte sa portée dévastatrice.

 

C’est d’abord une réforme systémique. L’introduction d’un système par points vise de manière prioritaire à casser le système solidaire intergénérationnel de retraites par répartition. C’est faire triompher une logique d’individualisation des retraites, à rebours du logiciel du programme du conseil national de la Résistance.

C’était aussi déjà une réforme paramétrique qui ne voulait certes pas avouer sa nature profonde. La définition d’un âge pivot (64 ans) était une manière déguisée et insidieuse de repousser l’âge (légal et réel) de départ à la retraite et d’augmenter la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. D’autres mesures envisagées, comme la décote ou la valeur fluctuante du point, favorisaient les conditions d’une baisse quasi générale des pensions de retraites.

La récente sortie du Président Macron renforce la dimension paramétrique de la réforme. Chacun sait de quoi il en retournera : en indiquant sa préférence pour un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge de départ, Emmanuel Macron veut rendre inéluctable (et significative) une augmentation du nombre d’annuités de cotisation. L’âge de départ à la retraite en sera d’autant plus repoussé pour la très grande majorité de nos concitoyens.

 

Par conséquent, avec cette double dimension systémique et paramétrique, la réforme ne fait quasiment que des perdants sur tous les tableaux. Perdant car la retraite solidaire par répartition disparaît. Perdant car il faudra travailler plus longtemps et partir plus tard. Et même très tard pour espérer une pension à taux plein. Perdant car les conditions sont créées pour des pensions rabougries. Perdant car on passe d’un système à prestations définies (on sait quel niveau de pensions on touchera) à un système à cotisations définies (on ne sait pas combien on touchera car cela sera fonction de la valeur du point).

L’engagement de la réforme ne vise pas à donner du mieux-vivre au plus grand nombre et à améliorer les parcours de vie. La recherche du progrès ne constitue pas la véritable préoccupation : au contraire, dans une logique orwellienne, ce mot des progrès est grossièrement tordu. Les réels objectifs de la réforme sont pourtant clairs, bien qu’ils soient parfois volontairement masqués ou obscurcis. Il s’agit de faire partir plus tard à la retraite. Il faut réduire le montant des pensions versées pour diminuer la part globale allouée aux retraites (la déclinaison de l’idée de « charge »…). On veut arriver à moyen terme à un système par capitalisation, le mot n’étant pour l’instant pas accepté dans l’opinion publique, ce qui demande des stratégies de contournement. On s’échine à offrir sur un plateau doré aux marchés ces sommes considérables que représentent les cotisations : elles y échappent pour le moment du fait de la logique de répartition.

 

Il n’est donc pas possible de parler à propos des déclarations du Président Macron d’apaisement. Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’a à sa manière révélé en affirmant qu’« il ne faut pas en rabattre sur l’ambition ». Comme pour ADP, c’est un enjeu d’intérêt général supérieur que de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts des marchés et d’une minorité de nantis. La question des retraites possède à cet égard une place centrale

Francis DASPE

 

 

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

 

Thème : Stratégie

Tribune 1 : Francis DASPE, Le populisme de gauche met fin au déni de la lutte des classes

Tribune 2 : Francis DASPE, La Gauche ou le Peuple au pouvoir ? Renouer avec une démocratie plébéienne

 

 

 

Le populisme de gauche met fin au déni de la lutte des classes

Tribune parue sur le site du HuffPost le 28 septembre 2019

Francis DASPE est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017).

 

La notion de populisme reste éminemment complexe et protéiforme. Elle est susceptible de prendre des formes particulièrement diverses. La situation peut être de surcroît renforcée par des confusions entretenues à souhait. Confronter les « populismes » au révélateur de la lutte des classes permet d’éclaircir heureusement la situation. Encore faut-il s’entendre par ce que l’on désigne avec lutte des classes, tant l’expression reste (encore) de nature à faire frémir les bonnes consciences. Il suffit de la comprendre comme une mise en tension d’intérêts contradictoires opposant des catégories sociales dans le cadre du processus de production et de répartition des richesses.

 

Certains adversaires du populisme de gauche (bien que cette formulation puisse être considérée avec raison comme un oxymore) lui reprochent de parfois minimiser les réalités de la lutte des classes. Le drapeau rouge ou l’Internationale seraient alors oubliés. C’est profondément injuste ; il s’agit même d’un contresens flagrant, du moins d’une méconnaissance des potentialités de cette forme de populisme.

C’est redonner au contraire une actualité et une vitalité nouvelles à la lutte des classes. La traditionnelle « latéralisation » gauche/droite ne signifie en effet plus grand-chose en la matière. Tout simplement parce qu’une partie de la gauche instituée a changé de camp à force de renoncements et de reniements. Elle est passée au marché, et même parfois bien davantage, intégrant le cercle de la répression des forces sociales. Si bien qu’une partie non négligeable du « peuple » vote à droite, donnant à l’occasion à croire que les exploiteurs et les possédants pourraient être majoritaires. Ce qui pas n’est pas vrai.

La « verticalisation » du champ politique, opposant oligarchies et peuple, induite par la stratégie populiste, renoue avec l’essence même de la lutte des classes. Elle rééquilibre les rapports sociaux, caractérisés par l’opposition entre une majorité de dominés et une minorité de possédants. Elle donne à voir la dureté d’antagonismes de classes réactivés et démultipliés.

 

Le populisme de droite, qu’il serait bien souvent plus approprié de qualifier d’extrémiste ou de fasciste, ne se préoccupe aucunement des problématiques liées aux réalités de lutte des classes. Il en nie résolument l’existence même. Il opte pour des clivages d’exclusion se fondant sur la race, l’origine ou la religion, dans une logique ethniciste de la nation. La désignation d’un bouc-émissaire vise à occulter la réalité d’antagonismes sociaux pourtant bien réels.

Le populisme développé par la majorité gravitant autour du Président Macron en constitue une forme particulièrement ambivalente. Il affecte de combattre ardemment, en France comme en Europe, tous les populismes. C’est une posture de confort (politicienne) qui confine en réalité à l’imposture (idéologique). Emmanuel Macron adopte de prime abord  la visée du populisme de droite consistant à nier les conflits d’une société de classes au nom d’une improbable unité fondée sur un improbable bon sens. Mais, à son corps défendant, il parvient en fin de compte, au résultat pourtant honni du populisme de gauche : il contribue à l’exacerbation de la lutte des classes.

Car ce populisme de caste décomplexé se nourrit du mépris du peuple. Il s’agit d’un populisme de marché où tout doit prendre une valeur mais où rien n’est garanti pour les catégories populaires. Il se transforme également en populisme nauséabond, flattant les bas instincts, puisant aux sources de l’antiparlementarisme ou de la dévalorisation des corps intermédiaires. Bref, un des pires populismes dont il faille se garder par tous les moyens démocratiques, éventuellement fournis par ceux du populisme de gauche qui fait appel à l’implication du peuple sans l’instrumentaliser ou le mépriser.

 

Le populisme, dès lors qu’il redonne à la lutte des classes son actualité impérieuse, renoue avec l’essence même de la démocratie. Il réaffirme le primat de la loi du nombre contre les oligarchies ; il suscite un appel à la raison et à la force de l’argumentation contre les élites autoproclamées et promulguant par argument d’autorité une pensée unique. Il est une des conditions du surgissement de la révolution citoyenne à même de renverser la table pour faire émerger l’intérêt général humain.

 

 

 

La Gauche ou le Peuple au pouvoir ? Renouer avec une démocratie plébéienne

Tribune parue sur le site de Marianne le 9 octobre 2019.

Francis Daspe est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et initiateur des « Assises itinérantes de la Table renversée ». Auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Editions Eric Jamet, 2017). Il est également impliqué dans La France Insoumise.

 

La gauche a entretenu des relations complexes avec le pouvoir. Des distinctions ont même été conceptualisées entre conquête du pouvoir et exercice du pouvoir. A tel point que la question soit parfois devenue pour elle un angle mort de la réflexion. La définition d’une stratégie, aussi bien pour conquérir qu’exercer le pouvoir, ne peut éviter de se nourrir des enseignements de l’Histoire du XX° siècle. C’est en réalité interroger l’identité profonde de la gauche.

En fin de compte, on peut considérer qu’au cours du XX° siècle la gauche n’a été réellement au pouvoir que pendant quatre ans. Nous entendons par « réellement  au pouvoir » les périodes au cours desquelles elle a effectivement appliqué le programme qui fonde son existence et sa légitimité à être élue. Ce fut à chaque fois dans des configurations et des conditions variables et singulières.

 

Cela commença d’abord en 1936 avec le Front Populaire. Une victoire électorale permit cette rupture. Mais ce fut surtout la mobilisation populaire après même les élections victorieuses, avec grèves et occupations des usines dans une ambiance insurrectionnelle et révolutionnaire, qui rendit inéluctable la conversion des promesses de campagne en réalisations durables. Nous utiliserions aujourd’hui l’expression d’implication populaire pour décrire une telle situation.

Le deuxième moment se situe à la Libération. En 1945, le programme du Conseil national de la Résistance prolongeait, en l’approfondissant, l’œuvre entamée par le Front Populaire. Le gouvernement de la République était pourtant dirigé par un représentant de droite, le général de Gaulle. L’adoption d’un ensemble de dispositions radicales ne fut possible que par la réalité d’un rapport de force favorable. Au lendemain de la Libération, les solutions libérales (on disait dans les années 30 politiques déflationnistes) étaient déconsidérées par leur incapacité à juguler la grave économique partie du krach boursier de 1929, tandis qu’une partie du patronat s’était perdue dans la collaboration avec l’occupant nazi.

Une autre étape décisive fut l’année 1968. Le mouvement de mai aboutit à des avancées progressistes solides, notamment dans le cadre des accords de Grenelle. Le paradoxe fut cependant grand : la gauche n’était pas au pouvoir, elle perdit de surcroît largement les élections législatives du mois suivant à la suite de la dissolution gaullienne, mais son projet de société gagna un terrain considérable (en dépit de soixante-huitards qui ont mal vieilli…).

On ne peut enfin occulter l’alternance de 1981. L’élection de François Mitterrand et l’application du Programme commun s’opposaient à quelques croyances dominantes pourtant fausses : la gauche ne pourrait accéder au pouvoir dans le cadre des institutions de la V° République, la révolution néo-libérale proclamée par Margaret Thatcher affirmait qu’il n’y avait pas d’alternative possible au marché. La formidable mobilisation électorale ne s’étant pas prolongée en implication populaire post-électorale, cela ouvrit la  voie au renoncement incarné par le tournant de la rigueur de 1983 et la parenthèse libérale jamais refermée depuis par le parti socialiste.

 

Ces quatre années ont donc changé en profondeur le visage de la France. Un fait en atteste sans contestation. Le programme de la droite et de l’oligarchie est désormais simple et simpliste : détruire ce qui a été alors institué. C’est ainsi que le Front Populaire aurait accoutumé la France à la paresse et à la jouissance, comme le disait Pétain, puis d’autres après lui. Il faudrait pareillement mettre fin au pacte républicain et social instauré à la Libération, ne cessent de répéter les représentants du Medef. Mai 68 serait une abomination, affirmait Nicolas Sarkozy qui promettait de lutter contre son esprit et ses effets délétères. Pendant que tant d’autres continuent à croire que l’arrivée au pouvoir de la gauche « socialo-communiste » de 1981, toujours présente dans leurs obsessions, serait la cause de tous les maux dont souffre notre pays.

La gauche au pouvoir doit changer radicalement les choses. C’est sa vocation fondamentale et sa raison d’être. Elle a pour mission de proposer un projet émancipateur porteur d’espoirs. Elle ne peut se contenter à chercher à tout prix à conserver le pouvoir ou à l’occuper en permanence. Quand la gauche l’occupe sans raison clairement définie autre que de le conserver, elle favorise les reniements et les régressions. La guerre d’Algérie, les privatisations, les casses du droit du travail, les reculs de la protection sociale, la déchéance de nationalité, pour ne citer que quelques exemples plus ou moins récents, en témoignent : ils ne sont hélas pas le seul apanage de la droite.

La gauche actuelle, prisonnière de ses petites rentes de situation dérisoires, engluée dans la tentative de se rassembler dans d’improbables cartels, s’éloigne de ce pour quoi elle est faite. Elle se retrouve parfois même aux antipodes. Elle ne suscite plus l’implication populaire, n’aspire plus à la Révolution citoyenne. Comme démarche et horizon, elle doit viser à renverser résolument la table. C’était possible tant que la Gauche collait aux aspirations du peuple, en donnant des réponses concrètes aux diverses crises, démocratique, sociale, écologique et géopolitique. Ce n’est donc plus le cas aujourd’hui. La Gauche sans le peuple ne peut porter un quelconque espoir. La reconquête du peuple ne se décrète pas : elle ne peut s’effectuer dans le cadre du rassemblement de la gauche sur le mode des cartels, qui s’avère à l’usage de véritables radeaux de la Méduse. L’ampleur et la gravité des urgences auxquelles nous sommes confrontés imposent d’emprunter les voies menant à l’édification d’une démocratie plébéienne replaçant les revendications d’intérêt général du peuple au cœur de l’action politique. Sans quoi le peuple, comme la plèbe antique, se retire sur son Mont Aventin de l’abstention, du mépris et de la colère.

 

 

 

Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne

 

Thème : Education

Tribune : Francis DASPE, Privatisation, sélection, concurrence : le macronisme vend l’école à la découpe comme une marchandise

 

 

 

Privatisation, sélection, concurrence : le macronisme vend l’école à la

découpe comme une  marchandise

Tribune parue sur le site de Marianne le 10 septembre 2019

Francis DASPE est responsable de la Commission nationale Education du Parti de gauche. Impliqué dans la France insoumise. Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée. Co-auteur avec Paul Vannier du livre « Manifeste pour l’école de la 6° République » (éditions du Croquant, août 2016) et auteur de La Révolution citoyenne au cœur (Eric Jamet éditeur, 2017).

 

Un projet pour l’école ne vaut que par son inscription concrète dans un projet de société clairement défini et le surplombant. Nous avons l’exemple de nombre de mesures qui ont produit les effets inverses des objectifs visés en raison de la non prise en compte du projet de société ou de son indétermination coupable.

 

Il en va de la sorte de la question cruciale des savoirs. Trop souvent négligée, elle est de surcroît  notablement instrumentalisée. Le savoir est la seule richesse qui augmente pour chacun quand on le partage entre tous. Cette réalité est à prendre en compte dès lors que l’on élabore un projet de société pour l’école. La majorité macronienne possède une conception particulière de cette question. Que vaut réellement le savoir dans la nation start up promue par le Président Macron ?

 

Pour la Macronie, en digne émule d’un libéralisme débridé et assumé, le savoir est avant tout une marchandise. C’est une matière première pour l’économie, dont le niveau davantage complexe et élevé permettant l’innovation et la plus-value doit faire l’objet d’appropriation privée dans le cadre de la compétition économique. Il en résulte logiquement une école à deux vitesses par le savoir : un savoir minimaliste et utilitariste pour une école du socle commun pour le vulgum pecus, un savoir plus développé et élaboré pour une élite triée sur le volet en fonction in fine de critères sociaux.

 

C’est que le savoir constitue également pour nos actuels gouvernants un levier de sélection sociale. Elle s’inscrit dans la logique des concepts explicités par Pierre Bourdieu de reproduction des dominations sociales et de privatisation de fait d’un capital culturel destiné à accumulation. La réforme de l’orientation post-bac dans le cadre de Parcoursup en offre une illustration éclairante. C’est en définitive l’école du tri social et de la résignation dans une perspective d’assignation territoriale et culturelle.

 

Le savoir se révèle enfin à l’usage comme un outil de conformation sociale. Les fondamentaux minimalistes visent le comportement et la morale. Les fondamentaux utilitaristes visent à l’employabilité immédiate et à une gestion économe de la force de travail.  C’est l’école des compétences pour laquelle œuvre le ministre Blanquer avec ardeur, prolongeant en cela l’action de ses prédécesseurs. Elle vise à satisfaire le processus de dualisation du marché du travail, distinguant le prolétariat précaire des temps modernes des premiers de cordée voués à l’enrichissement sans guère de limites, en tout cas pas celles de la décence.

 

Selon le projet de société retenu, le savoir peut avoir des usages totalement opposés. Il peut en effet être un élément décisif de distinction sociale renforçant l’appesantissement des mécanismes de domination. Il peut au contraire se révéler une clé efficiente pour favoriser les conditions de l’émancipation individuelle et collective. La Macronie n’a pas pour horizon le partage du savoir dans une double perspective d’émancipation et d’égalité. Elle a fait le choix de la privatisation, de la sélection et de la concurrence. Nous considérons au contraire que le savoir est un et indivisible, ne pouvant ni se segmenter en compétences ni se vendre à la découpe comme une marchandise. Contre tous les obscurantismes, au même titre que la laïcité, il est pleinement libérateur. Le savoir doit être la pierre angulaire d’un projet de société instituant une école de l’émancipation et de l’égalité destinée au peuple.

Francis DASPE

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Des « chroniques prométhéennes » prometteuses

A l’occasion de l’éditorial de la précédente « Lettre du mois » marquant la rentrée, nous annoncions que l’AGAUREPS-Prométhée lançait ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Celles-ci s’inscrivaient bien évidemment dans le cadre des Assises itinérantes de la Table renversée, campagne d’action et de réflexion au long cours. Nous indiquions également qu’elles prendraient « la forme de textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public ». Le numéro 140 de la « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée illustre à merveille cet engagement. La promesse a été tenue, puisque ce numéro est un spécial « Chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Il se compose de 5 tribunes qui ont été diffusées dans des médias nationaux, témoignant si besoin était à la fois de la constance du travail effectué par l’AGAUREPS-Prométhée et de sa capacité à s’insérer dans le débat public.

 

Deux d’entre-elles concernent la question d’actualité des retraites. Elles appréhendent le sujet selon deux aspects complémentaires. L’un est classique, s’appliquant à montrer qu’il s’agit d’une réforme à la fois paramétrique et systémique qui ne produira au final quasiment que des perdants ; l’autre est plus original, mettant en exergue la méthode utilisée qui illustre à sa manière la rupture démocratique engendrée par cette réforme.

La réflexion sur la question de la stratégie politique constitue un des fils rouges de l’activité de l’AGAUREPS-Prométhée. Deux tribunes y sont consacrées. Elles traitent des délicates et sensibles liaisons entre les concepts de Gauche et de Peuple qui ont contribué à structurer les débats de notre camp idéologique depuis ses origines. Dans ces analyses, deux notions sont utilisées pour tracer un chemin d’avenir. Une, ancienne, est remise au goût du jour pour en dévoiler son caractère propulsif, à rebours des contresens dont elle est victime. C’est celle de lutte des classes. L’autre, plus inhabituelle et sans aucun doute surprenante, mais puisant à des sources historiques instructives, vise à offrir une solution à la puissante crise de la souveraineté populaire en cours. C’est celle de démocratie plébéienne.

Enfin, comment établir un bilan de la rentrée sans aborder les inévitables questions scolaires ? C’est l’objet de la dernière tribune de cette « Lettre du mois » de l’AGAUREPS-Prométhée. Elle dénonce la vision macroniste de l’école de la République qu’elle vend à la découpe comme une vulgaire marchandise, prolongeant en cela la basse besogne des gouvernements précédents, mais en lui faisant passer un cap potentiellement irréversible au nom de la conception libérale de la start up nation qu’elle voudrait administrer à notre système éducatif.

 

Ces chroniques prométhéennes s’inscrivent bien dans l’ambition d’offrir le carburant de l’indispensable Révolution citoyenne. Comme Prométhée fit don du feu aux hommes, au grand dam de Zeus, qui dans la religion romaine se nomme Jupiter ?

 

Sylvie ERBANI

30 / 10 / 2019

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 139 SEPTEMBRE / OCTOBRE 2019

Sommaire du numéro 139

  • Editorial de Francis DASPE : « Lancement des chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne» page 2
  • Les notes de blog de François COCQ : « Européennes : les partis politiques rattrapés par la marée» page 3
  • Tribune de Francis DASPE : « Le Mouvement, pour réaliser la Révolution citoyenne» page 8
  • Tribiune collective : « Face à la crise démocratique, c’est au peuple de tracer un chemin» page 10
  • Communiqués de l’AGAUREPS-Prométhée : ADP – Retraites – Dérive autoritaire page 12
  • Communiqué de « Combat laïque Combat social 66 » : « La laïcité, principe universel d’émancipation » page 15
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2019 page 16

         

Lancement des « chroniques prométhéennes » de la

Révolution citoyenne  

« Cela ne peut plus durer. Les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Trop c’est trop ! ». Ces phrases quand elles sont formulées de manière récurrente constituent un des symptômes d’un climat révolutionnaire. Dans ces conditions, les peuples se trouvent en capacité de se mobiliser pour pousser à des ruptures radicales avec un ordre établi considéré comme profondément injuste.

C’est la situation qu’offre l’état dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, en France comme en Europe. Elle entre pleinement en concordance avec l’initiative lancée il y plus d’un an par l’AGAUREPS-Prométhée. Poussés par une intuition de bon aloi, nous nous étions engagés dans la démarche des Assises itinérantes de la Table renversée. La décision était bien antérieure au mouvement des Gilets jaunes. Ces Assises itinérantes de la Table renversée étaient pensées comme une campagne nationale de réflexion et d’action qui s’est traduite par un certain nombre d’actions militantes, de tribunes médiatiques à des réunions publiques ou des présences sur les marchés.

 

Dans le communiqué accompagnant le lancement des Assises itinérantes, nous faisions le constat que l’ancien monde, s’il s’était paré de nouveaux visages, se perpétuait en réalité sur le fond. Nous indiquions également que la déception et la résignation démocratiques n’avaient jamais été aussi présentes. Les derniers faits politiques, des Gilets jaunes aux résultats des élections européennes du 26 mai, en passant par le dévoilement de la pratique macronienne du pouvoir, accréditent sans discussion possible ces thèses.

Plus que jamais, la révolution citoyenne s’impose comme une urgence démocratique. La restauration du peuple comme sujet politique est plus que jamais d’actualité. L’urgence à « renverser la table » se révèle véritablement comme une tâche militante prioritaire dans le contexte actuel.

 

En cette rentrée de vacances estivales, c’est en tant que modalité complémentaire et supplémentaire des Assises itinérantes de la Table renversée que l’AGAUREPS-Prométhée lance ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Elles se situeront dans le prolongement de son travail militant plaçant l’éducation populaire, le combat des idées et la conquête de l’hégémonie culturelle au premier rang de ses préoccupations.

Elles prendront la forme des textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public. Des analyses politiques du moment présent voisineront avec des propositions concrètes touchant aux aspects programmatiques comme aux conditions de l’action militante, sans oublier aux prospectives permettant d’éclairer la lanterne des stratégies politiques.

Autrement dit, des chroniques prométhéennes pour offrir aux hommes et aux femmes le feu sacré de l’indispensable Révolution citoyenne…

Francis DASPE  31 / 08 / 2019

 

 

 

 

Les notes de blog de François COCQ

 

Note n°1 : Décomposition / recomposition

L’onde de choc des européennes n’en finit plus de résonner. L’heure de découvrir pour les  uns que les élections de 2017 et le remodelage de la cartographie politique n’étaient pas un épiphénomène. L’heure de le confirmer pour d’autres. Toujours est-il que nous ne sommes encore qu’à l’orée d’une séquence nouvelle et longue qui va structurer le champ politique. Au milieu du marasme affleure un élément d’espoir : une place reste à prendre dans ce paysage.

 

La fin du bipartisme s’égrène comme une longue litanie. A l’encéphalogramme toujours plat du PS, bloqué depuis deux ans à la barre des 6 %, s’est ajouté le désastre électoral enregistré par LR. En France comme ailleurs (et de ce point de vue l’Espagne ne doit pas faire illusion), la double crise qui frappe la social-démocratie et la démocratie chrétienne s’approfondit encore. Elle consume bien sûr ses propres dirigeants désemparés: en France, Laurent Wauquiez a quitté la présidence de LR ce lundi, tandis qu’en Allemagne Andrea Nahles quittait celle du SPD la veille. Mais les recours et substituts institutionnels érigés pour pallier à cet effacement sont à leur tour en train de flancher : la grande coalition allemande ne survit provisoirement que grâce à la cécité volontaire de Merkel, tandis que la grande coalition à la française autour de Macron plafonne à 10% du corps électoral et suscite, en conséquence de la stratégie de clivage opérée par le Président, 90 % de rejet à son encontre.

Le bipartisme s’est évanoui et ne reviendra pas. Dès lors, la question n’est pas tant de savoir si les catégories gauche et droite existent encore : la droite et la gauche existeront à jamais pour délimiter un type d’espaces de par leur construction historique et idéologique. La question est par contre de savoir si le rattachement à celles-ci est encore opérant d’une part, et structurant de l’autre.

 

Opérant il ne l’est plus. EELV et LREM en ont apporté la démonstration lors de ces européennes. On peut contester bien des choses à Yannick Jadot mais pas d’avoir clairement assumé durant sa campagne, tant sur la forme que sur le fond, son positionnement ni gauche ni droite. Au final ? Plus de 13 % des suffrages exprimés, dont on est conduit à penser qu’ils viennent très largement de la gauche, se sont portés sur le bulletin de vote EELV, témoin que la labellisation « gauche » n’est à elle seule ni une force de conviction, ni une force de rétention suffisante pour les électeurs. Quant à LREM, qui a passé sa journée dans un bureau de vote dimanche dernier a constaté en quoi elle a dépecé le vote LR en incarnant avant tout le parti de l’ordre. Un identifiant aura ainsi suffi pour que l’étiquette droite s’oublie.

Structurant il ne l’est pas plus. La volatilité électorale conjuguée à l’abstention qui frappe de plein fouet l’ensemble du champ politique donne à voir que l’ancienne carte du monde politique est insuffisante à expliquer la période contemporaine. Si le récit narratif politico-médiatique s’escrime à installer un duel, c’est bien une tripartition de l’espace politique qui se met en place. Dans celle-ci, chaque pilier se doit de définir sa propre ligne de partage des eaux par rapport à laquelle il invite chacun à se positionner. Le RN l’a fait en installant la question identitaire comme prisme de regard sur la société. LREM l’a fait doublement : à la fois en assumant de faire de l’individu la base et la finalité du corps social, mais aussi en prenant appui sur la dichotomie de l’espace choisie par le RN pour faire du judo.

Reste le troisième pôle, appelé immanquablement à émerger, car seuls 20% du corps électoral, une misère, a jugé bon de se prononcer lors de ces européennes en faveur de l’un ou l’autre des pôles précédents. La grande frange du peuple aspire donc à un autre débouché. Qui, mais surtout autour de quelle ligne de démarcation ? EELV aimerait prétendre à jouer ce rôle. Pour autant l’écologie politique n’est pas un espace en soi : la plupart des formations sont désormais convaincues de l’urgence écologique et l’intègrent pour les uns dans leur réflexion, en font même un paradigme refondateur pour d’autres comme LFI. EELV, en se contentant sur le sujet d’un rôle d’accompagnateur du capitalisme, ne peut même pas hégémoniser ce champ mais doit se contenter d’être, comme ce fut le cas pour les européennes, le réceptacle ponctuel des déceptions environnantes.

 

Il faut donc autre chose. Une autre ligne de faille qui soit en même temps un autre fil d’Ariane. LFI avait su jusqu’en 2017 extraire cette ligne rouge et en faire un guide collectif avant de se perdre dans les limbes de l’électoralisme. Le discrédit général qui pèse sur la politique et les politiques fera sans nul doute payer chèrement à LFI cet abandon. Mais que ce soit LFI ou d’autres, cet axe structurant demeure et appelle à ce qu’on renoue avec lui.

La maturation de la scène politique confirme la disponibilité pour cela. Le mouvement des Gilets jaunes l’a donné à voir pendant six mois, portant au plus haut la revendication d’exercice par le peuple d’une souveraineté permanente et inaliénable. Si le mouvement en lui-même s’étiole peu à peu, les idées qu’il véhicule continuent, elles, à grandir. L’heure est venue de leur donner un débouché politique, un axe fédérateur : celui de la liberté républicaine, la liberté entendue au sens des anciens, celle qui se confond avec la participation collective et directe à la souveraineté. C’est la liberté politique qui s’exerce dans l’espace public dont elle fait un terrain de reconquête du bonheur commun.

Cette ligne de partage définit bien sûr deux camps : mais elle reprend le découpage de ses adversaires qui sont de la sorte ramenés au même objet dont on a vu à quel point il est minoritaire. Face au bloc bourgeois de Macron et au bloc identitaire du RN qui reposent sur une même acceptation voire revendication de l’individualisme pensé comme un moyen de jouir sa propre liberté individuelle, le bloc populaire peut opposer sa dimension refondatrice, sa dimension reconstitutive en se donnant une définition politique de lui-même : il est le corps politique fondé sur le contrat social.

 

Le champ politique n’a pas fini sa mue. Une place reste à prendre pour incarner l’idéal républicain d’émancipation et offrir une alternative crédible face à ceux qui sont déjà installés. Qui ne se saisirait pas aujourd’hui de cette opportunité qui est tout autant une nécessité manquerait à sa tâche au regard de notre histoire.

 

François COCQ  05 / 06 / 2019

 

 

 

Note n°2 : Réflexions estivales

Je viens de prendre connaissance avec beaucoup d’intérêt de l’entretien fleuve qu’ĺñigo Errejón a accordé début juillet au Vent se Lève lors de son passage à Paris pour leur université d’été. Le bref échange que nous avions pu avoir à l’occasion de sa conférence n’avait pas permis de dépasser les spécificités des approches nationales respectives quand bien même j’avais la conviction que nous tendions vers une même évolution dans l’analyse. Les précisions qu’ĺñigo apporte dans cette interview ouvrent une réflexion qui fait écho à mes propres intuitions. Je voudrais donc m’y arrêter, ce qui me donnera pareillement l’occasion de répondre sur le fond aux amis qui s’interrogent sur le bien-fondé de la centralité du processus constituant qu’avec d’autres je revendique.

 

A grands traits, le constat que j’ai dressé dans mes deux derniers ouvrages Alerte à la souveraineté européenne ! La chimère de Macron contre la souveraineté populaire, et L’impératif démocratique, De la crise de la représentation aux Gilets jaunes, est le suivant : à l’ère du bipartisme (1975 – 2005) a succédé comme une réponse de système au désaveu populaire celle des grandes coalitions (2005-2015). Celle-ci s’est vite avérée insuffisante et a débouché depuis sur des blocages électoraux à grande échelle (pas de majorité ou de coalition possible au sortir des urnes) face auxquels la Caste a choisi d’assumer le basculement dans la démocratie minoritaire (un pays sur deux au sein de l’Union européenne était début 2019 dirigé par un gouvernement ou une coalition minoritaire au sein de son propre parlement national). Tout cela est su par celles et ceux qui suivent régulièrement ce blog.

J’en ai tiré une double conclusion : la première est que la forme représentative, pour nécessaire qu’elle soit, est insuffisante à retranscrire la volonté populaire et que, finalement, la démocratie souffre d’une forme d’incomplétude comme a pu l’évoquer Emmanuel Macron en 2015 dans un entretien, la différence étant que là où il juge utile d’y restaurer la figure du roi je crois nécessaire de faire place au peuple pour qu’il puisse exercer sa souveraineté de manière permanente et sans entrave. Le corollaire de cela est qu’une large part de l’expression populaire peine à se retrouver dans le cadre institutionnel actuel et que ses manifestations hors cadre institutionnel comme le mouvement des Gilets jaunes doivent être entendues comme un souffle et une exigence démocratiques. La seconde est que l’art de gouverner s’est rigidifié pour maintenir en place les tenants d’un même ordre ancien. La recherche du consensus a laissé place au repli sur soi du passage en force. Les gouvernements non seulement ne visent plus, mais empêchent de faire société.

 

Ici réside une convergence forte avec ĺñigo Errejón même si nous n’employons pas les mêmes termes du fait des spécificités nationales des cadres dans lesquels nous intervenons (ĺñigo précise d’ailleurs très bien plus haut dans son article en quoi l’adaptation aux cadres nationaux importe pour mener à bien ce combat internationaliste commun). ĺñigo évoque le fait « d’instituer de nouvelles formes de désir et de vie communautaire », ce qu’il définit par le fait « qu’être une communauté, c’est prendre soin des autres ». Nous partageons là je crois l’idée que la lutte contre le bloc historique qu’a su constituer le néolibéralisme ne passe pas tant par la dénonciation, nécessaire, de celui-ci, que par le fait de faire à nouveau société pour répondre au désordre existant. Ce qu’ĺñigo appelle « communauté » se nomme pour les républicains Français « Nation », entendue comme corps politique constitué (savoir si le terme « Nation » doit être utilisé en tant que tel est une autre question). Je ne dis pas autre chose lorsque j’évoque la centralité du processus constituant. Entendons-nous : je ne parle pas de l’Assemblée constituante elle-même, qui ne peut être que l’aboutissement d’un processus. Commencer par évoquer la Constituante, c’est accepter les limites actuelles de la représentativité là où c’est le processus lui-même qui doit réenclencher un acte refondateur et non une nouvelle délégation du pouvoir souverain. Le processus constituant est une méthode d’implication populaire qui crédibilise l’objectif en même temps qu’il le préserve de toute récupération.

Je profite de l’occasion pour répondre à mon ami le député Eric Coquerel qui, dans un post publié au mois de juillet, a émis des réserves sur la démarche des Constituants. Je voudrais tout d’abord le remercier de prendre au sérieux ce travail de réflexion collectif et d’avoir accepté de poser la discussion sur le champ politique. Eric considère que l’heure du temps constituant n’est pas venue et que cette initiative est donc anachronique. En cela il répond en fonction d’une analyse de la période sur laquelle nous divergeons. Je crois en effet, comme lui, que le temps destituant se poursuit et que de ce point de vue l’élection présidentielle de 2017 n’a rien purgé bien au contraire.

Mais il faut comprendre que le processus constituant ne s’inscrit pas dans une continuité linéaire avec le processus destituant. Le système ne peut pas s’effondrer dans sa globalité pour mieux repartir sur des  bases saines. Le coup de talon au fond de la piscine est un mythe. Il existe une bifurcation dans le processus destituant où celui-ci se poursuit tandis qu’une branche de la société commence à porter l’aspiration nouvelle au changement et à la reconstitution d’un corps politique. Tous les processus révolutionnaires nous l’enseignent. Et le mouvement des Gilets jaunes en est l’ultime démonstration : la radicalité de sa contestation a été consubstantielle d’une volonté de recréer à la fois du lien social mais aussi de l’agrégation politique.

Ce n’est pas un hasard si, après l’étincelle fiscale, dès l’Acte 2 fin novembre 2018 les revendications de droits politiques ont eu la part belle dans les cortèges, avant de se cristalliser d’abord sur la demande du référendum d’initiative citoyenne puis sur des plateformes partagées pour mettre en relation toutes celles et tous ceux qui aspirent à se refonder en tant que peuple. Les Gilets jaunes sont encore l’interface la plus visible de cette aspiration constituante dans un temps où les corps intermédiaires se soustraient à cette tâche. Le temps destituant se poursuit donc tandis que le temps constituant est parallèlement déjà enclenché. Il n’est nul besoin de structures organisées pour laisser aller le processus destituant. Au contraire, celui-ci les emporte toutes. Par contre c’est la tâche du politique à mon sens de pousser vers cet horizon émancipateur constituant.

 

Je reviens à ma seconde convergence avec ĺñigo Errejon. Celle-ci  réside dans nos réflexions sur une évolution non conflictuelle du populisme. ĺñigo concède que « l’antagonisme a actuellement moins de poids en Espagne » et s’interroge sur le fait « qu’il est possible que nous vivions un moment politique plus consensuel et moins conflictuel ». Je partage ce sentiment. Ce n’est dans la période pas tant une chaîne d’équivalence de luttes et de combats que nous pouvons aujourd’hui construire que le raccordement à un même fil rouge qui traverse la société. Dès lors, l’antagonisme demeure mais ne peut plus être présupposé. Le retour à l’esprit de la Liberté passe par le fait qu’aucun individu ne peut être assigné à résidence politico-sociale. Dès lors que le temps destituant a commencé à partiellement bifurquer en temps constituant, le eux et le nous ne peut plus être une structure rigide préétablie. Chacun doit retrouver la liberté de se positionner par lui-même dans un antagonisme qui repose au départ sur deux ensembles vides qui se font face.  Le processus constituant permet cette dichotomie du champ non excluante. : d’un côté ceux qui acceptent de se prêter à cet acte refondateur, de l’autre ceux qui veulent s’y soustraire pour préserver des privilèges. Par le biais du processus constituant, vous pouvez décider de vous inscrire dans la démarche ou de ne pas vous y inscrire, et cela quels que soient la place que vous occupez dans l’organisation sociale. Vous pouvez ainsi être économiquement privilégié et considérer que l’exacerbation des injustices sociales  rend la situation instable et intenable à court, moyen ou au long terme, au point que vous pourriez avoir beaucoup à y perdre. Dès lors, vous êtes tentés de faire un calcul raisonné qui vous incite à rediscuter les conditions d’un nouvel équilibre. Quel que soit votre état de citoyen, vous décidez si oui ou non vous jugez nécessaire de refaire société et pour cela de vous accorder avec vos semblables. C’est ainsi un eux et un nous qui se reconstitue mais sans que vous ayez au préalable été catégorisé dans l’un ou dans l’autre. Le processus constituant de la société est aussi de la sorte constitutif de l’individu. C’est en cela que je considère que la centralité accordée au processus constituant définit un « antagonisme non conflictuel » qui ouvre une perspective majoritaire.

 

La période est complexe et les temporalités elles-mêmes évoluent. Le cycle de l’immédiateté du résultat se referme peut-être pour mieux rouvrir une fenêtre à moyen terme. Dans un cas comme dans l’autre, la tâche refondatrice doit être prise en charge en amont. Et pour ce faire, le débat doit irriguer le camp émancipateur. Comme toujours je suis très attentif aux réflexions d’ ĺñigo Errejón. Modestement, j’y apporte les miennes.

 

François COCQ 23 / 08 / 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mouvement, pour réaliser la Révolution citoyenne

 

Tribune parue sur le site de Politis le 5 juin 2019, soit une dizaine de jours après les résultats des élections européennes du 26 mai.

Francis DASPE est animateur de groupe d’action de La France Insoumise. Il est aussi auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Eric Jamet éditeur, octobre 2017).

 

L’actualité politique se caractérise par des phénomènes de mode et des inflexions majeures. Distinguer les premiers des secondes n’est pas toujours chose aisée. Il en va de la forme mouvement dont il est aujourd’hui bon ton de se prévaloir pour exciper à bon compte une forme de modernité. Le mouvement est en réalité pour beaucoup un OPNI, c’est-à-dire un objet politique non identifié. Il procède d’une tendance lourde, celle de la dévalorisation de la parole politique, et par voie de conséquence, de la démonétisation des partis politiques. Le focus a été mis depuis plusieurs années sur les insuffisances, réelles, des partis politiques. Ils sont parfois voués eux gémonies de manière hâtive. Toujours est-il que le surgissement des mouvements amène à se poser des interrogations bienvenues. Leur identification oblige à aborder trois questions fondamentales, celles de la stratégie, de l’action et de la démocratie.

 

L’articulation entre contenu et stratégie constitue une différence majeure avec un parti politique. Celui-ci rassemble dans une organisation des individus autour d’idées communes. A la suite de quoi ces individus déterminent collectivement une stratégie en vue de la diffusion de ces idées et de la conquête du pouvoir. Dans un mouvement, si le contenu doit bien évidemment être partagé en préalable, la stratégie est par ailleurs déjà déterminée : elle en est à l’origine, au même titre que le contenu. La France Insoumise a été ainsi lancée au début de l’année 2016 à partir de la stratégie populiste « fédérer le peuple » et du programme « l’Avenir en commun », la stratégie ayant même précédé la rédaction du programme. Il s’agissait alors de récuser les tentatives de rassemblement dans un cartel de partis et de logos, considérant que la politique n’est pas une question d’arithmétique mais de dynamique à créer. C’est donc la stratégie qui différencie, parmi d’autres éléments, le mouvement du parti.

Les conséquences ne sont pas anodines. Dans un parti, dès lors que l’on change la stratégie au gré des intérêts électoraux, on est amené mécaniquement à changer aussi les idées. D’où le sentiment de trahison et de renoncement tant de fois éprouvé, notamment avec la formule utilisée à l’envi par certains de « stratégie à géométrie variable afin de s’adapter aux spécificités locales ». Dans un mouvement, la stabilité de la stratégie garantit la solidité des idées. Sa modification impacte automatiquement et notoirement le programme.

 

De cette stabilité de la stratégie et des idées, peut alors découler la priorité donnée à l’action militante de terrain. Le déploiement dans les territoires permet de diffuser les idées et d’infuser au sein de la société. La France Insoumise est parvenu à le faire magistralement au moment de la présidentielle de 2017 en s’implantant en quelques mois dans le paysage politique.

Des remarques liées au fonctionnement démocratique du mouvement ont été soulevées. Elles portent principalement sur deux aspects. Elles ont d’abord trait aux débats relatifs à la stratégie. Si on en change à l’occasion, cela devient de la tactique bassement électoraliste ou des gesticulations stériles. Si rien ne bouge en la matière, cela se transforme en un dogme figé. C’est entre ces deux écueils que doit être circonscrit le débat sur la stratégie, sans oublier d’indiquer régulièrement le rôle structurant d’une stratégie cohérente et constante dans l’identité du mouvement. Car le risque de dénaturer la stratégie est bien plus élevé que celui de la chloroformer qui reste accessoire dès lors le mouvement reste un organisme vivant. Sans quoi le mouvement devient autre et perd sa raison d’être en même temps que sa finalité.

L’autre demande en termes de fonctionnement quotidien concerne la possibilité d’élire des représentants locaux. Modalité a priori séduisante, mais redoutable pour peu que l’on se donne la peine de creuser les incidences. La généralisation d’élections internes signifierait le retour vers la logique des partis. Une grande partie de l’énergie militante, jusqu’alors orientée avec bonheur dans l’action militante de terrain, serait alors détournée vers des enjeux de pouvoir locaux et des intérêts boutiquiers peu glorieux. Ce serait également favoriser une pente localiste qui très souvent fait le lit de toute stratégie durable et cohérente. Ces travers mortifères sont à éviter absolument. Car sinon à quoi bon dire pis que pendre des partis politique (ce que je ne fais pas en distinguant rigoureusement leur nature et leurs réalités respectives afin de ne pas les utiliser à contre emploi) si c’est pour revenir à leurs modalités de fonctionnement ? Qui plus est en retenant en priorité leurs travers les plus dommageables ?

 

Les définitions incertaines et les compréhensions aléatoires de la nature et des finalités du mouvement n’aident pas à sortir par le haut de la crise globale du politique. C’est ainsi qu’il apparaît difficile de faire mouvement en voulant rassembler la gauche (dont le périmètre n’est de surcroît pas défini, ce qui accroît les risques de déboucher sur des accords « tuyaux de poêle » où au bout on se retrouve presque par inadvertance avec des alliés de circonstance improbables…) dans une logique de cartel. Ou pire, dans une resucée de la gauche plurielle n’osant pas avouer son nom.

Le choix réalisé par La France Insoumise de se lancer dans la stratégie du mouvement ne relève pas du phénomène de mode. Il appartient à la catégorie des inflexions politiques majeures en capacité de remodeler profondément les conditions même de la politique. La stratégie de fédérer le peuple est bien plus propulsive que le rassemblement de la gauche. Tout simplement parce que les limites du peuple sont bien plus élargies et fécondes que celles, rétrécies par ce qu’elle est hélas devenue, de la gauche des cartels, des rentes et des calculs électoralistes. La fidélité à l’essence du mouvement représente bien la condition nécessaire au surgissement de la révolution citoyenne. Loin des faibles ambitions de n’être que l’accent social-démocrate, plus ou moins contestataire, plus ou moins hardi, plus ou moins écologiste en fonction des tempéraments (et des intérêts) de chacun, d’un système pourtant presque unanimement reconnu à bout de souffle…

Francis DASPE 05 / 06 / 2019

 

 

 

 

 

Face à la crise démocratique, c’est au peuple de tracer

un chemin

 

Tribune collective parue le 18 juin 2019 de gilets jaunes, lanceurs d’alerte, militants politiques, syndicaux et associatifs qui appellent, par delà la politique politicienne et sa réduction au champ institutionnel, à ce que le peuple se refonde à travers un large processus constituant.

 

 

De samedi en samedi, le mouvement des Gilets jaunes se donne à voir. Mais faute d’arriver à se renouveler, il perd, au moins en apparence, sa capacité à bousculer l’ordre établi. Car entre-temps, les élections européennes ont joué le rôle d’anesthésiant démocratique. Elles ont démontré l’incapacité institutionnelle à proposer un débouché politique à l’aspiration populaire exprimée depuis le 17 novembre dernier. L’impératif démocratique reste sans réponse.

Les européennes ont en revanche confirmé que se prolonge le temps destituant qui jette à terre les intermédiations et formes représentatives perçues comme la captation du pouvoir souverain. Les principales forces peuvent se prévaloir du vote de tout au mieux 11 % du corps électoral, la moitié des électeurs s’étant abstenus. Le président, qui s’est engagé personnellement dans la bataille, voit 90% des françaises et des français se détourner de sa politique. Avec l’absorption de la moitié de l’électorat LR par LREM, l’affaissement du PS au minimum irréductible, l’effondrement de l’espoir porté par LFI en 2017 et la transformation d’EELV en une valeur refuge de circonstance, le reste du champ politique est parcellisé, sans capacité d’agrégation. L’émiettement du vote est devenu la règle, ultime pied de nez citoyen à toute forme de délégation de souveraineté.

Les lendemains d’élection déjà déchantent. L’incapacité à penser un débouché politique par-delà le piège du cadre institutionnel et politique actuel de la Ve République prépare une séquence binaire entre LREM et le RN pour 2022 qui vise à permettre à une minorité d’imposer ses vues. Face à cette fausse et mortifère alternative, tout ce qui s’apparente de près ou de loin à la gauche va être sommé de se rassembler pour s’enfermer dans une impasse électorale qui, si tant est que cette addition ait un sens, totalise désormais de scrutin en scrutin moins de 30% des voix. Chercher de manière artificielle une majorité électorale impossible, c’est renoncer à l’ambition de constituer une majorité populaire.

Les européennes auront aussi eu pour effet, si nous n’y prenons garde, de stériliser le champ politique. Après six mois où, en famille, entre amis, sur les ronds-points, le débat public était pourtant redevenu un objet du quotidien, le temps électoral s’est imposé comme une bulle de l’entre-soi, incapable à ce stade d’offrir un débouché au souffle citoyen. L’impasse apparaît à tous les niveaux.

 

Ce trou noir politique doit être laissé derrière nous. Il est grand temps de nourrir durablement l’appétit démocratique qui s’est manifesté avec le mouvement des Gilets jaunes. Sans doute celui-ci sera-t-il amené à s’exprimer à terme dans le champ électoral ; mais il doit aujourd’hui puiser sa force dans le substrat populaire non institutionnel où il est le plus vivace. Ce qu’il faut rechercher, c’est l’élévation du niveau de conscience populaire acquise non seulement à l’identification claire d’une oligarchie qui est dangereuse pour soi socialement et écologiquement ; mais aussi à l’idée qu’un rôle politique légitime incombe souverainement à soi en tant que peuple.

L’instrument et la perspective capables de produire ce niveau de conscience menant à la révolution citoyenne doivent être interrogés. Face à la crise écologique déjà enclenchée, face à la crise démocratique qui frappe, face à la crise financière qui vient, nous considérons que, comme à chaque fois que la République a été appelée à la barre par les affres de l’Histoire, seul un processus populaire et constituant permettra de répondre à la crise systémique qui s’avance. Cela en fait aussi l’idée centrale et structurante pour qui veut renverser la table en 2022.

Le processus constituant ne saurait être un mouvement en soi et pour soi. Passerelle citoyenne, il vise à créer les conditions pour répondre ensemble au projet originel de creuset républicain du retour à l’ordre des droits. La multiplication des initiatives doit servir à remettre la société en mouvement, à rediscuter les règles du jeu, à redéfinir les communs, à repenser le contrat social, à approfondir l’universalisme émancipateur pour refonder le corps politique, afin de reconstruire une légitimité et un consentement collectifs. Partout, nous invitons dans leur diversité les cadres collectifs déjà organisés à mettre à l’ordre du jour ces questions sous la forme qu’ils jugent la plus adaptée. La mobilisation citoyenne pour préserver l’outil d’intérêt général qu’est Aéroport de Paris et obtenir un référendum populaire est ainsi un axe concret et nécessaire d’action. Ailleurs, vous préfèrerez saisir d’autres opportunités qui, partant du quotidien ou de réalités locales, amènent à penser collectivement le bien commun. Les premiers cercles populaires et constituants qui déjà se réunissent dans de nombreux départements pourront servir de réceptacles à cette infusion citoyenne.

Refusant la concurrence entre différentes initiatives existantes, nous en appelons à établir un ample mouvement citoyen mû par une même idée fédératrice : rendre au peuple et à la Nation la souveraineté de sa décision pour retrouver sa liberté républicaine, celle qui fait du bonheur commun l’essence de toute association politique.

 

Robin ALBERT, syndicaliste – Paul ALLIES, professeur en sciences politiques à l’université de Montpellier – Damian BASTIAN, militant citoyen – Farid BENLAGHA, producteur et animateur du collectif national pour un référendum contre la privatisation d’ADP – François BOULO, avocat et Gilet jaune – Céline BOUSSIE, lanceuse d’alerte – François COCQ, auteur de L’impératif démocratique – Flavien CHAILLEUX, Gilet jaune – Catherine DAVID, confédération paysanne – Enguerrand DELLION, politiste – Romain DUREAU, agroéconomiste – Hélène FRANCO, magistrate, syndicaliste – Christophe GACHE, secrétaire départemental du Mouvement des citoyens – Jean GATEL, ancien secrétaire d’Etat à l’économie sociale et solidaire – Charlotte GIRARD, universitaire – Nicolas GUILLET, juriste – Mickaël IDRAC, doctorant en sociologie des migrations à l’université Paris-Descartes – Eric JAMET, éditeur – Djordje KUZMANOVIC, président de République souveraine – Manon LE BRETTON, responsable de l’école de formation insoumise – Jeannick LE LAGADEC, conseillère départementale – Walter MANCEBON, militant pour une 6e République – Michel PHILIPPO, lanceur d’alerte en écologie – Alphée ROCHE-NOËL, auteur de Géographie de l’histoire de France – Jean-François SAUVAGET, Association Pour une constituante et Anticor – Frédéric VIALE, coauteur de La gauche à l’épreuve de l’Union européenne

 

 

 

 

 

 

 

Les communiqués de l’AGAUREPS-Prométhée

 

 

Communiqué n° 1 : Pour renverser la Table avec ADP 

            A Perpignan, le 13 / 06 / 2019

L’AGAUREPS-Prométhée poursuit sa campagne d’action dans le cadre des « Assises itinérantes de la Table renversée ». L’actualité lui offre un exemple concret pour illustrer l’expression « renverser la Table » : la procédure visant à obtenir un référendum d’initiative partagée pour s’opposer à la privatisation d’ADP (Aéroports de Paris)  prévue par la loi Pacte.

 

La privatisation annoncée d’ADP serait un rude coup porté à l’intérêt général. Elle ne vise qu’à satisfaire les intérêts privés d’une petite oligarchie, celle qui constitue le soutien du président des riches, Emmanuel Macron.

 

D’ici le mois de mars 2020, il faut obtenir plus de 4,7 millions de signatures (soit 10% du corps électoral) à la pétition afin d’obtenir ensuite l’organisation un référendum permettant de s’opposer à la privatisation d’ADP.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à la mobilisation la plus large possible afin d’empêcher cette mesure nocive et injustifiable. C’est une occasion unique de commencer à renverser la table. En effet, le peuple souverain doit reprendre collectivement le pouvoir dont on essaie de le déposséder. L’urgence démocratique ne peut se résoudre que le retour du peuple aux affaires : il est la solution à la crise actuelle qui exige plus que jamais de renverser la table.

 

Le lien pour signer la pétition :

https://www.referendum.interieur.gouv.fr/soutien/etape-1

 

 

 

Communiqué n° 2 : L’AGAUREPS-Prométhée mobilise pour la bataille des

retraites

            A Perpignan, le 21 / 07 / 2019

 

Les craintes exprimées par l’AGAUREPS-Prométhée concernant la réforme des retraites s’avèrent hélas fondées. Les « préconisations » présentées jeudi 18 juillet par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye constituent bien une nouvelle étape dans le processus de démantèlement du pacte républicain et social.

 

En dépit des tentatives d’enfumage caractéristiques du « parler macronien », il s’agit à la fois d’une réforme paramétrique et systémique dévastatrice.

L’introduction d’un système par points vise bien à casser le système solidaire de retraites par répartition, en attendant d’arriver à moyen terme à un système par capitalisation. La définition d’un âge pivot (64 ans) est une manière déguisée et insidieuse de repousser l’âge (légal et réel) de départ à la retraite et d’augmenter la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. D’autres mesures envisagées, comme la décote ou la valeur fluctuante du point, favorisent les conditions d’une baisse quasi générale des pensions de retraites.

 

Fidèle à son travail de pédagogie et d’anticipation, l’AGAUREPS-Prométhée prendra part au combat collectif, notamment dans le cadre des « Assises itinérantes de la Table renversée » qu’elle a lancées. Des réunions publiques seront organisées à l’aide d’un diaporama intitulé « Retraites : un combat politique pour un enjeu de civilisation ». Il est toujours possible de signer la pétition lancée sur internet exigeant la retraite à 60 ans à taux plein, au lien suivant

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

 

Plus que jamais, la raison d’être de l’AGAUREPS-Prométhée est de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts d’une minorité de nantis.

 

 

 

 

Communiqué n° 3 : L’AGAUREPS-Prométhée dénonce la dérive

autoritaire de l’ordo-libéralisme de la Macronie

            A Perpignan, le 07 / 08 / 2019

L’AGAUREPS-Prométhée exprime ses plus vives inquiétudes concernant le vent mauvais qui souffle de manière particulièrement hostile sur les libertés en France. L’actualité nous offre de trop nombreux exemples : répression des Gilets jaunes, disparition de Steve, sentiment de plus en plus général d’une justice à plusieurs vitesses, discrédit croissant du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner etc.

 

Cette dérive autoritaire s’inscrit dans la logique de l’idéologie de l’ordo-libéralisme portée par la Macronie. L’ordo-libéralisme assigne aux pouvoirs publics de créer un cadre légal et institutionnel garantissant le bon fonctionnement d’une économie de marché. Cette théorie économique se transforme très vite en pratique répressive dès lors que les peuples remettent en cause les fondements et la répartition des richesses en découlant. La finalité est de préserver les intérêts sonnants et trébuchants des oligarchies, en d’autres termes « souvent les copains et parfois les coquins ». Ainsi s’explique la criminalisation de l’action syndicale et de la contestation sociale qui balafre au quotidien notre démocratie.

 

Une partie du monde regarde éberluée cette fuite en avant « illibérale » du pays des droits de l’homme. Elle est due en partie à la confusion pourtant savamment entretenue entre libéralisme économique et libéralisme politique. Elle tend enfin à se dissiper. Un libéralisme économique débridé se révèle antinomique du libéralisme politique démocratique : il en est même le principal facteur dissolvant.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à une prise de conscience salutaire pour enrayer cette dérive préoccupante. L’urgence d’une respiration par la mise à l’ordre du jour de l’impératif démocratique s’impose à tous. Elle passe notamment par le respect de l’expression de la souveraineté populaire et par la convocation d’une assemblée constituante en vue d’une 6° République.

L’AGAUREPS-Prométhée s’y emploie à sa mesure dans le cadre de la poursuite de ses « Assises itinérantes de la Table renversée » initiées depuis plus d’un an.

 

 

 

Communiqué du comité des PO de « Combat laïque

Combat social »

A Perpignan, le 28 / 08 / 2019,

 

La laïcité, principe universaliste d’émancipation

 

Le comité départemental « Combat laïque Combat social », déclinaison de l’appel national « Lier le combat laïque au combat social, fédérer le peuple », s’alarme de la tonalité prise par les polémiques portant sur le terme islamophobie suite à l’Université d’été de La France Insoumise de ce week-end à Toulouse.

Il exprime son soutien le plus solide à Henri Pena-Ruiz, victime d’une polémique injuste et d’attaques déplorables.

 

Les libertés de conscience, d’opinion et d’expression découlent directement de la laïcité qui les garantit. Critiquer une religion, critiquer toutes les religions, est ainsi possible. Pratiquer un culte, pratiquer tous les cultes, est pareillement possible.

Les religions ne sont pas au dessus du débat public. Une des libertés les plus essentielles est le droit au blasphème dans le cadre d’un débat démocratique argumenté fondé sur la raison. L’Histoire nous enseigne que le refus du droit au blasphème ouvre les vannes à tous les fanatismes. Qu’on se souvienne par exemple du martyre subi au temps de Voltaire par le chevalier de la Barre, jeune homme supplicié pour blasphème et sacrilège.

 

Le comité départemental « Combat laïque Combat social » entend poursuivre la bataille de l’émancipation sociale, contre toutes les menaces s’accumulant sur la laïcité, principe constitutionnel universaliste qui récuse avec vigueur discriminations et racismes. Notre horizon est la pensée libre et la libre pensée.

Francis DASPE,

animateur dans les Pyrénées-Orientales du Comité « Combat laïque Combat social »

https://www.combatlaiquecombatsocial.net/appel-lier-combat-laique-combat-social-federer-peuple-2/

 

 

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Lancement des « chroniques prométhéennes » de la Révolution citoyenne

« Cela ne peut plus durer. Les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Trop c’est trop ! ». Ces phrases quand elles sont formulées de manière récurrente constituent un des symptômes d’un climat révolutionnaire. Dans ces conditions, les peuples se trouvent en capacité de se mobiliser pour pousser à des ruptures radicales avec un ordre établi considéré comme profondément injuste.

C’est la situation qu’offre l’état dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, en France comme en Europe. Elle entre pleinement en concordance avec l’initiative lancée il y plus d’un an par l’AGAUREPS-Prométhée. Poussés par une intuition de bon aloi, nous nous étions engagés dans la démarche des Assises itinérantes de la Table renversée. La décision était bien antérieure au mouvement des Gilets jaunes. Ces Assises itinérantes de la Table renversée étaient pensées comme une campagne nationale de réflexion et d’action qui s’est traduite par un certain nombre d’actions militantes, de tribunes médiatiques à des réunions publiques ou des présences sur les marchés.

 

Dans le communiqué accompagnant le lancement des Assises itinérantes, nous faisions le constat que l’ancien monde, s’il s’était paré de nouveaux visages, se perpétuait en réalité sur le fond. Nous indiquions également que la déception et la résignation démocratiques n’avaient jamais été aussi présentes. Les derniers faits politiques, des Gilets jaunes aux résultats des élections européennes du 26 mai, en passant par le dévoilement de la pratique macronienne du pouvoir, accréditent sans discussion possible ces thèses.

Plus que jamais, la révolution citoyenne s’impose comme une urgence démocratique. La restauration du peuple comme sujet politique est plus que jamais d’actualité. L’urgence à « renverser la table » se révèle véritablement comme une tâche militante prioritaire dans le contexte actuel.

 

En cette rentrée de vacances estivales, c’est en tant que modalité complémentaire et supplémentaire des Assises itinérantes de la Table renversée que l’AGAUREPS-Prométhée lance ses « chroniques prométhéennes de la Révolution citoyenne ». Elles se situeront dans le prolongement de son travail militant plaçant l’éducation populaire, le combat des idées et la conquête de l’hégémonie culturelle au premier rang de ses préoccupations.

Elles prendront la forme des textes courts et incisifs, collant à l’actualité ou s’inscrivant dans la réflexion au long cours, à visée pédagogique et ayant vocation à s’insérer dans le débat public. Des analyses politiques du moment présent voisineront avec des propositions concrètes touchant aux aspects programmatiques comme aux conditions de l’action militante, sans oublier aux prospectives permettant d’éclairer la lanterne des stratégies politiques.

Autrement dit, des chroniques prométhéennes pour offrir aux hommes et aux femmes le feu sacré de l’indispensable Révolution citoyenne…

Francis DASPE  31 / 08 / 2019

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L’AGAUREPS-Prométhée dénonce la dérive autoritaire de l’ordo-libéralisme de la Macronie

L’AGAUREPS-Prométhée exprime ses plus vives inquiétudes concernant le vent mauvais qui souffle de manière particulièrement hostile sur les libertés en France. L’actualité nous offre de trop nombreux exemples : répression des Gilets jaunes, disparition de Steve, sentiment de plus en plus général d’une justice à plusieurs vitesses, discrédit croissant du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner etc.

 

Cette dérive autoritaire s’inscrit dans la logique de l’idéologie de l’ordo-libéralisme portée par la Macronie. L’ordo-libéralisme assigne aux pouvoirs publics de créer un cadre légal et institutionnel garantissant le bon fonctionnement d’une économie de marché. Cette théorie économique se transforme très vite en pratique répressive dès lors que les peuples remettent en cause les fondements et la répartition des richesses en découlant. La finalité est de préserver les intérêts sonnants et trébuchants des oligarchies, en d’autres termes « souvent les copains et parfois les coquins ». Ainsi s’explique la criminalisation de l’action syndicale et de la contestation sociale qui balafre au quotidien notre démocratie.

 

Une partie du monde regarde éberluée cette fuite en avant « illibérale » du pays des droits de l’homme. Elle est due en partie à la confusion pourtant savamment entretenue entre libéralisme économique et libéralisme politique. Elle tend enfin à se dissiper. Un libéralisme économique débridé se révèle antinomique du libéralisme politique démocratique : il en est même le principal facteur dissolvant.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à une prise de conscience salutaire pour enrayer cette dérive préoccupante. L’urgence d’une respiration par la mise à l’ordre du jour de l’impératif démocratique s’impose à tous. Elle passe notamment par le respect de l’expression de la souveraineté populaire et par la convocation d’une assemblée constituante en vue d’une 6° République.

L’AGAUREPS-Prométhée s’y emploie à sa mesure dans le cadre de la poursuite de ses « Assises itinérantes de la Table renversée » initiées depuis plus d’un an.

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L’AGAUREPS-Prométhée mobilise pour la bataille des retraites

          Les craintes exprimées par l’AGAUREPS-Prométhée concernant la réforme des retraites s’avèrent hélas fondées. Les « préconisations » présentées jeudi 18 juillet par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye constituent bien une nouvelle étape dans le processus de démantèlement du pacte républicain et social.

 

En dépit des tentatives d’enfumage caractéristiques du « parler macronien », il s’agit à la fois d’une réforme paramétrique et systémique dévastatrice.

L’introduction d’un système par points vise bien à casser le système solidaire de retraites par répartition, en attendant d’arriver à moyen terme à un système par capitalisation. La définition d’un âge pivot (64 ans) est une manière déguisée et insidieuse de repousser l’âge (légal et réel) de départ à la retraite et d’augmenter la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. D’autres mesures envisagées, comme la décote ou la valeur fluctuante du point, favorisent les conditions d’une baisse quasi générale des pensions de retraites.

 

Fidèle à son travail de pédagogie et d’anticipation, l’AGAUREPS-Prométhée prendra part au combat collectif, notamment dans le cadre des « Assises itinérantes de la Table renversée » qu’elle a lancées. Des réunions publiques seront organisées à l’aide d’un diaporama intitulé « Retraites : un combat politique pour un enjeu de civilisation ». Il est toujours possible de signer la pétition lancée sur internet exigeant la retraite à 60 ans à taux plein, au lien suivant

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-p%C3%A9tition-pour-une-retraite-%C3%A0-taux-plein-%C3%A0-60-ans?fbclid=IwAR1GFK4Iu6p8-eRKqYGFCbeYDvBo7pDeVegZnuJUN1viVZLVSG7W-Cspqlw

 

Plus que jamais, la raison d’être de l’AGAUREPS-Prométhée est de lutter contre les politiques de régression sociale et démocratique conçues pour satisfaire les intérêts d’une minorité de nantis.

 

Francis DASPE, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée  

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Pour renverser la Table avec ADP !

L’AGAUREPS-Prométhée poursuit sa campagne d’action dans le cadre des « Assises itinérantes de la Table renversée ». L’actualité lui offre un exemple concret pour illustrer l’expression « renverser la Table » : la procédure visant à obtenir un référendum d’initiative partagée pour s’opposer à la privatisation d’ADP (Aéroports de Paris)  prévue par la loi Pacte.

 

La privatisation annoncée d’ADP serait un rude coup porté à l’intérêt général. Elle ne vise qu’à satisfaire les intérêts privés d’une petite oligarchie, celle qui constitue le soutien du président des riches, Emmanuel Macron.

 

D’ici le mois de mars 2020, il faut obtenir plus de 4,7 millions de signatures (soit 10% du corps électoral) à la pétition afin d’obtenir ensuite l’organisation un référendum permettant de s’opposer à la privatisation d’ADP.

 

L’AGAUREPS-Prométhée appelle à la mobilisation la plus large possible afin d’empêcher cette mesure nocive et injustifiable. C’est une occasion unique de commencer à renverser la table. En effet, le peuple souverain doit reprendre collectivement le pouvoir dont on essaie de le déposséder. L’urgence démocratique ne peut se résoudre que le retour du peuple aux affaires : il est la solution à la crise actuelle qui exige plus que jamais de renverser la table.

 

Le lien pour signer la pétition :

https://www.referendum.interieur.gouv.fr/soutien/etape-1

 

Francis DASPE, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée  

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A Narbonne, la stratégie pour la révolution citoyenne au menu des « Assises itinérantes de la Table renversée » de l’AGAUREPS-Prométhée

Dans le cadre de sa campagne nationale de réflexion et d’action intitulée « Assisses itinérantes de la Table renversée », l’AGAUREPS-Prométhée organise une conférence / débat à Narbonne mercredi 26 juin 2019, salle Cheyton (Palais des sports, des arts et du travail, 1 boulevard Frédéric Mistral), à 19 heures.

 

Francis DASPE, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de groupe d’action à La France Insoumise, interviendra sur le thème « Stratégie pour la révolution citoyenne ».

 

Les incertitudes de la situation sociale et politique montrent qu’il y a véritablement urgence à « renverser la table ». Le mouvement des Gilets Jaunes et les résultats des élections européennes témoignent de l’aspiration au plus profond du peuple à proposer des ruptures radicales porteuses d’une véritable alternative. Quel projet politique humaniste et émancipateur est aujourd’hui en capacité d’incarner cette alternative ? Avec quelles orientations stratégiques ? Pour quelles perspectives politiques ?

 

Francis DASPE est également auteur du livre intitulé « La Révolution citoyenne au cœur » (Eric Jamet éditeur, octobre 2017).

 

Entrée libre.

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 138 MAI / JUIN 2019

Sommaire du numéro 138 : Assises itinérantes de la Table renversée

  • Editorial de Francis DASPE : « La Macronie et l’Europe sans le peuple, contre le peuple» page 2
  • Tribune collective : « Gilets jaunes : c’est au peuple qu’il appartient d’écrire la suite de l’histoire» page 4
  • Appel collectif des Landestransmis par Céline PIOT: « Ne touchez pas à la loi de 1905 ! » page 6
  • L’interview prométhéenne : François COCQ « Que fleurissent les comités constituants !» page 7
  • Tribune de François COCQ : « Européennes : les partis politiques rattrapés par la marée» page 9
  • Tribune de Francis DASPE : « L’Union européenne ou le paradis terrestre des droites» page 11
  • Agenda de l’AGAUREPS-Prométhée (Alès – Bordeaux – Narbonne – Montpellier) page 13
  • Une fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2019 page 15

 

 

La Macronie et l’Europe sans le peuple,

contre le peuple

 

 

Nous avions prévu de faire de ce numéro 138 de la Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée un spécial consacré aux élections européennes. Il se serait agi d’en tirer les enseignements de la manière la plus conventionnelle qui soit, dans une logique analytique avec l’inventaire de la situation de chacune de forces politiques. Nous avons finalement modifié notre approche. Les résultats de ces élections européennes sont porteurs de confusions et d’incertitudes. Les enseignements sont difficiles à décrypter. Mais il ne fait aucun doute que décrypter le confus et l’incertain constitue la sève et l’honneur de la réflexion politique.

Dans cette optique exigeante, nous avons préféré poursuivre la réflexion dans le cadre plus global des « Assises itinérantes de la Table renversée » lancées il y a un an de cela par l’AGAUREPS-Prométhée. C’est dans ces conditions que nous sommes amenés à nous confronter réellement à l’incertain et au confus. Une autre raison nous pousse à opter logiquement pour cette démarche. Le verdict de dimanche 26 mai, conjugué aux récents événements de la crise sociale et politique actuellement à l’œuvre de manière si visible, montre à l’évidence que les élections ne sont pas tout. Plus précisément, qu’elles sont de moins en moins tout. Et, peut-être même ne sont-elles plus l’essentiel.

 

C’est un dur constant pour un républicain émérite considérant le suffrage universel comme l’arche sainte de la démocratie. N’en déplaise au laïque tout aussi émérite. Le taux d’abstention a été l’objet d’interprétations diverses. La plupart des commentateurs et des acteurs se sont réjoui d’une participation en hausse de 10 points par rapport aux européennes précédentes de 2014, et même de 2009. Malgré ce regain de participation, nous avons quelque difficulté à adopter un point de vue identique. Drôle de démocratie dans laquelle on peut se satisfaire qu’un électeur sur deux reste à la maison et se désintéresse de la chose publique, quel que soit le niveau d’attractivité de l’élection considérée ! Un témoignage plus flagrant indiquant que la  Macronie et l’Union européenne se trouvent bien privées de peuple. Le pire, c’est qu’elles s’en accommodent aisément !  La réalité est davantage celle d’une grève civique froide à laquelle nous assistons. Une démocratie sans peuple est à l’œuvre, plaçant plus que jamais l’impératif démocratique au rang d’urgence, comme l’avait laissé pressentir l’insurrection citoyenne des Gilets jaunes.

 

Macronie et Union européenne appartiennent au même monde des oligarchies. Les liens de solidarité les unissant sont nombreux et puissants. Elles se donnent même à l’occasion des alliés de circonstances. Le pseudo duel entre l’extrême marché (La République en marche) et l’extrême droite (Rassemblement national) n’était bien en définitive qu’un duo jouant l’assurance vie du système vermoulu de l’Ancien Monde. Le subterfuge a même fonctionné au delà des espérances. En s’échinant à instaurer des clivages factices opposant entre elles d’improbables catégorisations politiques, le Président de la République prend ainsi le risque de rehausser le plafond de verre qui limitait fort heureusement le Rassemblement National / Front National. Il reste le fidèle rempart d’un système à bout de souffle.

Emmanuel Macron n’est soutenu que par 20% des électeurs des 50% des participants, soit à peine 10% du corps civique. A part les ultimes tenants de l’ancien monde, tous les autres ont manifesté d’une manière ou d’une autre, leur opposition résolue au macronisme. Dans ces conditions, comment peut-on gouverner, et qui plus est réformer à la hache, un pays dont les trois quarts des citoyens vous détestent ? C’est clairement impossible ! La Macronie et l’Union européenne se trouvent dans une impasse tragique. Ce n’est pas seulement sans le peuple que la Macronie agit, mais aussi contre le peuple !

 

Cette impasse tragique se traduit par la mise en concurrence de souverainetés. Subsiste toujours la souveraineté issue du vote des élections présidentielle et législatives de 2017. Elle s’est effritée avec l’exercice du pouvoir. Les bravacheries jupitériennes rappellent qu’elle existe encore. Elle garde sa part de légitimité, institutionnelle bien plus que populaire. Elle voudrait cependant reléguer une autre souveraineté, véritablement permanente et inaliénable, celle du peuple. Les citoyens seraient invités à se taire pendant cinq ans. A subir sans broncher pendant la durée d’un quinquennat. A attendre 2022 avant de se taire à nouveau. L’irruption des Gilets jaunes s’explique par une double absurdité, celle du cadre institutionnel à tendance monarcho-présidentielle et celle des politiques menées unilatéralement en faveur des plus riches. Ce n’est même pas la démocratie représentative qui est en cause dans l’affaire. Car depuis la réforme constitutionnelle appliquée depuis 2002 (passage au quinquennat, inversion du calendrier électoral reléguant les législatives immédiatement après la présidentielle, concordance des mandats du président et des députés), nous sommes passés à une démocratie purement délégative. L’expression n’est-elle pas en fin de compte un parfait oxymore ? Car les chances sont grandes qu’une délégation de pouvoir se passe aux dépends des prérogatives du peuple en théorie dernier souverain. Les dérives monarchiques ont par la suite franchi des seuils décisifs avec l’hyper-président Sarkozy, les promesses mensongères de campagne de Hollande et l’imperium jupitérien de Macron. Pour revenir à quelques unes des sources du mal démocratique de ce siècle engagé, n’y a-t-il pas plus éclatant symbole que cet éditorial soit écrit un 29 mai, jour anniversaire du vote des citoyens français par référendum contre le projet de traité constitutionnel européen, qui fut ensuite honteusement bafoué par le traité de Lisbonne ?

 

Le projet de « fédérer le peuple » constitue un horizon nécessaire.  Il passe par la capacité d’incarner concrètement un espoir de changement radical. Ce changement radical se nomme révolution citoyenne. La révolution citoyenne consiste principalement en deux éléments incontournables. Elle appelle d’abord à une nécessaire implication populaire. Elle se fonde ensuite sur l’évidence de la radicalité alimentée par un « ça ne peut plus continuer comme avant ! ». Nous en sommes clairement à ce stade à la fois de profonde exaspération et d’intense prise de conscience.

Quand le peuple, faute d’espérance mobilisatrice, fait défaut, ce sont les nuances de droite et d’extrême droite qui occupent le devant de la scène. La stratégie de « fédérer le peuple » doit être approfondie. C’est elle qui permettra l’avènement du changement radical auquel nos concitoyens aspirent, et qui se nomme révolution citoyenne.

L’AGAUREPS-Prométhée entend y prendre sa part. Elle contribue pour l’heure à la cause commune notamment avec un travail de réflexion, consultable dans cette lettre, sur son site ou à venir, avec des réunions déjà prévues dans son agenda ou à venir. Décidément, une riche idée de l’AGAUREPS-Prométhée que ces Assises itinérantes de la Table renversée

 

Francis DASPE  29 / 05 / 2019

 

 

 

 

 

 

Gilets jaunes : c’est au peuple qu’il appartient d’écrire

la suite de l’histoire

Tribune collective parue dans Libération le 8 mai 2019.

Des citoyens engagés dans le mouvement des gilets jaunes, la plupart proches ou membres de La France insoumise, appellent à créer, non un parti ou une association, mais des «cercles constituants» pour lancer une réflexion collective sur les institutions et le partage des richesses.

Le 17 novembre 2018 a marqué l’entrée dans une nouvelle ère : celle du retour du peuple sur la scène de ce qui était devenu un théâtre d’ombres. Le mouvement des gilets jaunes a percuté de plein fouet l’atomisation libérale de la société en réouvrant une perspective collective. Les gilets jaunes ont donné à voir la volonté de constitution d’un corps politique refondé par le contrat social. Ce faisant, ils mettaient radicalement en cause l’organisation, ou plutôt la désorganisation de la société par l’émiettement individualiste, qui, depuis plus de trente ans maintenant, laisse les coudées franches à la finance galopante et à la caste qui la sert.

Les conclusions solitaires qui ont été tirées du «grand débat» par le monarque présidentiel n’ont apporté aucune réponse à cette exigence démocratique. Pire, toute proposition en ce sens a été immanquablement rejetée. Il faut dire que le cadre proposé était avant tout un corset : les gens étaient certes appelés à discuter, mais étaient «en même temps» privés de la liberté de décider. Face à l’irruption populaire, le pouvoir n’a proposé qu’un groupe de parole.

Le débouché politique du mouvement des gilets jaunes n’en reste pas moins un enjeu majeur pour l’ensemble du pays. Ce mouvement continue en effet à imprégner l’ensemble de la société. Par sa capacité à muter au fur et à mesure qu’il agrège, il a tiré sa force dynamique en s’affranchissant du cadre institutionnel. C’est donc une matrice nouvelle qu’il convient de fabriquer et qui rassemble le plus grand nombre.

Car si les gilets jaunes ne sont pas le peuple, ils en sont la pointe avancée, celle qui a formulé cet impératif démocratique : «Nous ne nous contentons plus d’être des individus. Nous revendiquons notre droit à la citoyenneté !» Dès lors, le seul débouché politique à la hauteur de cet élan est l’appropriation par l’ensemble du corps social et politique de cette exigence.

Nécessité fait loi : nous pensons que la République doit faire retour à ses commencements et s’engager sans attendre dans un processus constituant afin que la multitude se refonde en un corps politique décidant de son destin. L’élection d’une «assemblée constituante citoyenne» sera bien sûr, le moment venu, l’outil de sa mise en œuvre. Mais si l’on considère que la volonté générale procède du peuple et que c’est au sein de celui-ci que se forge l’intérêt général et non simplement dans la représentation, une assemblée constituante ne peut agir par délégation de souveraineté.

Ce mouvement nous met face à l’urgence d’inventer un modèle démocratique et social juste, respectueux de l’humain et de la planète. Il convient d’investir dès à présent et sans attendre l’étape préalable, celle de la maturation collective, de l’appropriation par le dialogue, de l’émergence dans le peuple de contenus émancipateurs et de droits de l’homme et du citoyen nouveaux : c’est au peuple qu’il appartient d’écrire la suite de l’histoire.

Nous, citoyens engagés dans le mouvement des gilets jaunes pour la Res publica et le bien commun, appelons à initier dès à présent, et partout où il n’existe pas déjà sur le territoire de structures qui puissent se saisir de cette question, des cercles constituants pour lancer la réflexion collective, tant sur le cadre institutionnel futur dont la France devra se doter, que sur les règles de vie collective pour les mettre en partage. Pas un parti, pas un mouvement, pas même une association, ces cercles constituants se retrouveront librement en réseau via une plateforme numérique pour faire circuler les propositions et enrichir la réflexion commune. Le temps constituant ne peut être capté par aucun : il appartient au peuple !

François Cocq auteur de l’Impératif démocratique, Catherine David Confédération paysanne, Nathalie Dinner conseillère départementale (PCF-FDG-LFI) déléguée au logement et à l’habitat, présidente d’un office public de l’habitat, Romain Dureau agroéconomiste, Christophe Gache secrétaire départemental du Mouvement des citoyens, Charlotte Girard universitaire et coresponsable du programme de LFI, Nicolas Guillet juriste, Mickael Idrac doctorant en sociologie des migrations à l’université Paris-Descartes, Manon Le Bretton responsable de l’école de formation de La France insoumise, Jeannick Le Lagadec conseillère départementale (PCF-FDG-LFI) déléguée à la santé, Walter Mancebon militant pour une VIe République, Alphée Roche-Noël auteur de Géographie de l’histoire de France, Jonathan Urbach avocat, Frédéric Viale coauteur de la Gauche à l’épreuve de l’Union européenne

 

 

 

Ne touchez pas à la loi de 1905 !

Tribune libre des associations landaises et des syndicats départementaux unis pour la défense de la Loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État. Transmise par Céline PIOT.

 

Même si lors de sa récente intervention télévisée rendant ses conclusions à l’issue du « grand débat » Emmanuel Macron, président de la République, vient de dire que la loi de 1905 reste « un pilier », il a aussi précisé qu’il « ne changerait pas de cap » et continuerait les « réformes » qu’il a envisagées depuis son élection. Or, en 2018, il a annoncé qu’il entendait modifier cette loi sur des aspects financiers et de labellisation de cultes « reconnus ». Par conséquent, il s’agirait d’une remise en cause profonde de la loi de séparation des Églises et de l’État ainsi que d’une violation du respect des libertés individuelles et démocratiques. Le seul chef d’État à avoir modifié la loi de 1905 pour lui porter un terrible coup sur la question des financements est Philippe Pétain en 1942 sous le régime de Vichy !

 

La loi de 1905, évitant que les principes religieux soient imposés à tous et véritable             rempart républicain contre les tentatives d’installer un régime anti-laïque, repose sur deux principes essentiels que doit mettre en œuvre la République pour garantir à tous la liberté de conscience et de culte : la non-reconnaissance des cultes et le non-financement des religions.  Or, le projet d’Emmanuel Macron remet précisément en cause ces deux principes essentiels. Par le biais d’une fiscalité dérogatoire, il mettrait en effet en place un financement public déguisé des cultes. Un « label gouvernemental » serait également donné à certains cultes reconnus qui pourraient ainsi bénéficier d’aides financières et matérielles. Dès lors, la République reconnaîtrait certaines religions et les financerait. Ce système porte un nom : le  Concordat. Ce financement des cultes sur les deniers publics, remettant en cause l’universalisme et renforçant le communautarisme, interviendrait nécessairement au détriment des services sociaux universels dans lesquels les mêmes sommes auraient pu être investies. Ce qui reviendrait à faire reculer le principe d’égalité.

 

C’est pour réaffirmer la volonté de défendre la loi de 1905 que nous (membres d’associations et/ou de syndicats) restons vigilants, organisons régulièrement des actions             publiques (comme le rassemblement à Mont-de-Marsan le 8 décembre 2018 devant la                   Préfecture des Landes) et appelons tous les citoyens à se mobiliser avec nous car les questions relatives à la Laïcité posées par le Gouvernement à l’occasion du « grand débat » et le fait qu’Emmanuel Macron n’ait pas dit clairement qu’il oubliait ses propositions de modifications ne peuvent que nous inquiéter. La loi de Séparation de 1905 n’a pas besoin d’être modifiée, juste d’être appliquée !

Signataires de la tribune :

La Fédération des Landes de la Libre Pensée, La Fédération des Landes de la Ligue de l’Enseignement, Le Conseil départemental des Associations familiales laïques des Landes, L’Association familiale laïque du Marsan, Les Délégués départementaux de l’Éducation nationale des Landes, Le Mouvement pour la Paix des Landes, L’Union départementale des syndicats cgt-FO des Landes      

 

 

 

 

 

L’interview prométhéenne : François COCQ

 

« Que fleurissent les comités constituants ! »

 

Interview de François COCQ à la suite des deux réunions publiques qu’il a animées à Céret et à Canet-en-Roussillon sur le thème « Europe : souveraineté populaire et impératif démocratique ». Il est élu de La France Insoumise à Champigny-sur-Marne et auteur d’essais politiques dont le dernier « L’impératif démocratique : de la crise de représentativité aux Gilets jaunes », mars 2019, Eric Jamet éditeur.

 

  1. Quelle place accordez-vous à la crise démocratique dans la crise globale ?

 

Le mouvement des Gilets Jaunes a agi comme un révélateur. Il a donné à voir que la crise du contenu est aussi une crise du contenant, que la négation du bien commun puis son appropriation marchande par la caste opéraient une rupture dans le consentement populaire. En interrogeant la légitimité des politiques menées, les gens ont remis en question la légitimité de celles et ceux qui les appliquent, Emmanuel Macron en premier chef.

Est alors apparu au grand jour le hiatus croissant, désormais insupportable, entre deux légitimités : d’un côté celle issue de cadres institutionnels, et en premier lieu l’élection présidentielle, et de l’autre celle de la souveraineté populaire que les citoyens entendent exercer de manière inaliénable et permanente. Parce qu’on leur a trop mangé le pain sur le dos, parce qu’ils ont été trop humiliés, les gens ont dit stop : nous ne vous faisons plus confiance car nous ne pouvons plus vous faire confiance. Désormais, nous ne voulons plus de votre interface, nous voulons décider par nous-mêmes !

 

  1. Quelle est la transcription de cette crise démocratique au niveau européen ?

 

Nous devons mesurer que ce que nous connaissons en France s’inscrit dans un mouvement profond qui traverse l’ensemble des démocraties dites libérales du continent et sans doute même au-delà. L’alignement des politiques de droite comme de gauche sur le diktat de la seule politique possible imposée par Bruxelles a asséché le politique en même temps qu’elle reléguait le citoyen au rang de spectateur. Le système y a répondu au début des années 2010 par le modèle des grandes coalitions devenues la règle pour contourner cet effritement électoral. Mais celles-ci ne suffisent déjà plus et nous voilà entrés dans l’ère des « démocraties minoritaires » : imaginez qu’aujourd’hui la moitié des pays de l’union européenne, 14 sur 28, sont dirigés par des gouvernements qui sont minoritaires au sein même de leur propre parlement.

Les gens refusent désormais de déléguer leur souveraineté à ceux qui ne sont que les émissaires coloniaux de l’imperium technocratique bruxellois. Cette mutation de la démocratie n’est pas tenable sur le temps long. La démocratie se disloque parce que l’oligarchie a écarté le demos, le peuple. Il est temps de remettre la cabane sur le chien avant que l’abyme du repli identitaire représente pour trop de gens la seule alternative.

 

  1. Quelles solutions proposez-vous à ce que vous nommez l’impératif démocratique ?

 

Au stade où nous en sommes réduits, après 40 ans d’atomisation libérale et de mise sous l’éteignoir progressive par les tenants de l’ordre établi, les gens aspirent à se redéfinir en tant que corps politique. Le mouvement des Gilets jaunes parle au plus grand nombre parce que justement il offre enfin, pour la première fois depuis 2005, cette perspective collective pour recréer du commun. Il faut s’accrocher à ce fil vital démocratique qui n’est jamais que celui de la liberté : les gens veulent pouvoir décider ! Décider des règles du jeu démocratique, autrement dit du cadre institutionnel qui permet la participation active, permanente et sans entrave de la communauté politique des citoyens, et discuter de ce qui est bien pour eux et de ce qui est bon pour tous, autrement dit remettre la question des droits à l’ordre du jour.

Plus encore qu’une assemblée constituante, nous avons besoin d’un processus constituant. Que partout sur le territoire fleurissent des cercles constituants. Là ce seront des groupes déjà constitués qui s’empareront de cette question. Ailleurs d’autres verront le jour dans ce but de refaire du citoyen un acteur à part entière de la décision. Hors les champs institutionnels qui visent à le corseter, c’est en maintenant et en portant au plus haut cette dynamique collective et cette exigence républicaine que le peuple peut se refonder et briser les chaînes qui l’enserrent. C’est là un impératif démocratique en ce que c’est pour la démocratie un besoin vital que de se régénérer au souffle populaire quand elle est à ce point abîmée.

 

 

 

 

 

 

Européennes : les partis politiques rattrapés par la

marée

 

Tribune parue sur le site de Marianne le 27 / 05 / 2019. François Cocq est Président de l’AGAUREPS-Prométhée et co-auteur de La laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation (Eric Jamet éditions, 2016).

 

C’est souvent un bruit sourd. Puis de forts remous. Et la marée tourne. Le processus destituant qui se prolonge et continue à tout emporter. Les vieux partis, comme les nouveaux qui ont fait le choix de s’institutionnaliser. Ne subsiste plus dans ce paysage d’un côté qu’un président qui a fait le choix de cliver la société pour pouvoir gouverner de manière minoritaire, et de l’autre la force qui accepte d’être l’expression de ce dégagisme pour mieux porter sa vision identitaire des choses. Mais cette fois, une bascule s’opère : émerge en contrepoint l’esquisse du processus constituant.

Comme le dit la chanson, à essayer de vivre comme si de rien était, on se fait un beau jour, emporter par la marée.

 

La fin du bipartisme

Le mouvement des gilets jaunes a commencé à redonner le goût du politique au pays. L’intérêt pour la chose publique, revigoré ces six derniers mois, s’est traduit par un regain de participation. Limité certes. Mais la courbe s’est inversée. Alors certes le reflux prendra du temps. Mais la marée tourne.

Le PS avait déjà disparu du paysage en 2017. C’est au tour de LR de capituler devant le rejet populaire. Les frères siamois du bipartisme sont cette fois pareillement emportés. Des vieux partis il ne reste rien. Quant aux nouveaux, pour avoir préféré vouloir leur chiper leur place plutôt que de cultiver leur jardin, ils les accompagnent dans l’abîme.

DLF a disparu des écrans radars. LFI, en s’institutionnalisant au détriment du mouvement et de la promesse de 2017 d’être le chaînon démocratique manquant entre les gens et la représentation, est passée à côté du souffle populaire. L’échec de sa tentative de satellisation des autres formations de gauche avec sa stratégie du « leadership à gauche » la ramène au même état de nature que ceux-là : celui d’un astre mort. Comme le dit la chanson, à essayer de vivre comme si de rien était, on se fait un beau jour, emporter par la marée.

Les vieilles cartes électorales ont été brûlées.

Les vieux blocs ne valent pas mieux. La droite est en capilotade, écartelé sur chacun de ses flancs. La gauche ? Pas même 30 % toute mouillée en comptant en son sein EELV, qui pèse 45 % du total, et qui a fait campagne en se revendiquant ni de gauche ni de droite. La gauche électorale est arasée.

Un champ de ruine

Le Pen et Macron peuvent pavoiser. Ils ont construit autour d’eux un champ de ruines. Leur victoire ne tient ainsi pas tant à leur succès qu’à l’auto-destruction qui s’est manifestée autour d’eux. Macron n’avait plus qu’à ancrer son socle. Le Pen à capitaliser sur ce rôle de sparring-partner si gentiment affublé par le président, et compter sur le rabattage opéré par les stratégies du référendum anti-Macron que d’autres formations lui servaient sur un plateau. Quant à Jadot, malgré son allégeance au marché, il a su se mettre à distance du bourbier du système et récolte de ce fait les fruits de l’aspiration écologique que d’autres auraient légitimement pu prétendre cueillir. Les vieilles cartes électorales ont été brûlées.

Pour autant l’histoire vacille. La soif de politique, de discussion, d’échange qui s’est emparée du pays depuis 6 mois avec le mouvement des gilets jaunes s’est traduite par une disponibilité nouvelle pour s’investir dans le devenir de la Cité. La participation progresse de 10 points. Pour la première fois depuis trop longtemps, un processus constituant est engagé. Il est encore volatile. Nul ne doit pourtant le craindre. La preuve, le RN n’est pas aujourd’hui porté par cette dynamique quand bien même il capitalise dessus. L’urgence est donc à offrir un débouché naturel à cette soif de refonder du commun.

 

En évitant l’écueil des barrages à Le Pen ou des barrages à Macron pour être enfin soi, puisse le flot de cette reconquête de notre souveraineté collective, cette liberté républicaine chère à Rousseau, demain tout emporter.

 

L’élection européenne ne doit pas refermer la parenthèse. Au contraire, l’irruption populaire a créé une brèche. Partiellement encore, des franges du peuple se reconstituent en corps politique, sur des ronds points ou dans les élections. L’espoir renaît et le mouvement ne demande qu’à essaimer. En évitant l’écueil des barrages à Le Pen ou des barrages à Macron pour être enfin soi, puisse le flot de cette reconquête de notre souveraineté collective, cette liberté républicaine chère à Rousseau, demain tout emporter.

 

 

 

 

 

L’Union européenne ou le paradis terrestre des droites

Il s’agit d’une tribune qui a été diffusé sur le site de Marianne le 9 mai  2019. Le 9 mai est la journée de l’Europe : un bon moyen de faire la fête à l’Union européenne, en rétablissant quelques faits.

Francis Daspe est Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée et auteur de « La Révolution citoyenne au cœur » (Eric Jamet éditeur, 2017).

 

 

Au-delà des soubresauts circonstanciels de l’immédiateté politique, il devient parfois nécessaire de réinscrire les constructions politiques dans le temps long. Cela doit être le cas de l’Union européenne.

Sur la longue durée, la construction européenne peut être considérée comme le subterfuge de la droite en quête de revanche et de reconquête. Après 1945, les idées et les aspirations de gauche étaient dominantes. L’intervention de l’Etat, les nationalisations, la planification, l’Etat-Providence étaient unanimement reconnus comme des solutions incontournables dans un continent fortement traumatisé. Il faut dire que la droite était alors prise dans la nasse de la collaboration (pour une partie) et de l’échec des politiques libérales appelées « déflationnistes » (on dirait aujourd’hui austérité) à juguler la grave crise des années 30.

 

Les débuts de la construction européenne furent l’œuvre de la mouvance démocrate-chrétienne (avec en France Schumann, en Allemagne Adenauer, en Italie De Gasperi). Certains contemporains et historiens utilisèrent à cette occasion l’expression « internationale noire » pour décrire l’initiative, au regard de l’action déterminante de représentants de la démocratie-chrétienne. En témoigne l’histoire du drapeau européen. Il est d’une inspiration religieuse. La couleur bleue et les étoiles sont une référence à la Vierge, comme l’a reconnu plus tard son créateur, Arsène Heit. Précisons que les 12 étoiles ne représentent pas les Etats membres (au moment de son adoption en 1985 comme drapeau officiel de la CEE).

La droite libérale n’a pas été en reste. Vaincue idéologiquement au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle a flairé l’occasion de retrouver des positions perdues. La concurrence libre et non faussée, la religion du libre-échange, la liberté de circulation des capitaux s’imposèrent alors comme la colonne vertébrale dans la mise en place du Marché commun. Pour sa part, la droite conservatrice s’est saisi de l’outil pour promouvoir une vision de la société réactionnaire, freinant autant qu’il était possible les évolutions sociétales allant dans le sens de l’émancipation et de l’autonomisation de l’individu. Encore aujourd’hui, ces forces conservatrices sont à l’œuvre, notamment au Sud et à l’Est du continent. Le groupe du PPE (parti populaire européen) ne s’en démarque pas réellement ; encore moins il ne les exclue, en dépit de vaines rodomontades relevant de la communication.

 

Cette union des forces de droite à l’échelle européenne résulte des valeurs et du contexte qui ont présidé à la construction européenne. Il est bon de les rappeler. En dehors des aspirations légitimes à la paix et à la démocratie, la valeur cardinale fut l’acceptation de l’économie de marché dont il était obligatoire de passer sous les fourches caudines. Le contexte fut celui d’un monde bipolaire marqué par le début de la guerre froide : la construction européenne correspondit aussi à l’organisation du bloc de l’Ouest dont témoignent le plan Marshall et l’OTAN. L’atlantisme en est également une valeur cardinale que les traités répètent jusqu’à aujourd’hui à l’envi.

Après cette première étape, d’autres vagues sont venues parachever l’édifice européen. Une accélération décisive se produisit dans les années 70 et 80 avec la contre-révolution néo-libérale (parfois appelée de manière significative conservatrice) incarnée par les figures du monde anglo-saxon de Reagan et de Thatcher. L’insertion dans la mondialisation en fut intensifiée. Une nouvelle phase s’enclencha avec la fin de la guerre froide en 1989 / 1991 que certains interprétèrent comme la fin de l’Histoire et le triomphe universel du capitalisme. La rengaine de la seule politique possible prit de l’épaisseur avec la conversion définitive d’un quatrième courant de droite, la « gauche sociale-libérale » de Clinton et Blair. Car c’est bien de droite qu’il s’agit en fin de compte. Conversion déjà entamée en France avec le tournant de la rigueur de 1983, parenthèse libérale jamais refermée qui a favorisé le ralliement décomplexé de la plus grande partie de la social-démocratie incarné jusqu’à la nausée dans le quinquennat Hollande Valls … Macron.

 

« Droites de tous les pays d’Europe, unissez-vous ! ». Cela se réalisa par la construction européenne, déclinaison continentale avant l’heure de la mondialisation néo-libérale. Les fondements de l’opération en sont la cogestion autour des critères de Maastricht et de la réalité pesante de l’ordo-libéralisme austéritaire. Des faux universalismes furent alors conviés : le marché, le souvenir idéalisé d’une Chrétienté médiévale. En récusant farouchement tout internationalisme, pour lui préférer ses exacts opposés, le fédéralisme et le supranationalisme présentés sous le masque de l’improbable oxymore de « fédération d’États-nations ».

Francis DASPE  07 / 05 / 2019

 

 

 

 

 

Agenda : les débats des Assises itinérantes de la Table

renversée de l’AGAUREPS-Prométhée

 

1/ Conférence / débat à Alès (30)

Avec François COCQ, Samedi 15 juin 2019 à 16 heures, Salle du Capitole

Thème du débat : « L’impératif démocratique »

 

 

 

2/ Conférence / débat à Bordeaux (33)

Avec Francis DASPE, Lundi 24 juin 2019 à 19 heures, Athénée municipal, place Saint-Christoly

Thème du débat : « Stratégie pour la révolution citoyenne »

 

 

3/ Conférence / débat à Narbonne (11)

Avec Francis DASPE, Mercredi 26 juin 2019 à 19 heures, Salle Cheytion, Palais des Sports, des Arts et du Travail

Thème du débat : « Stratégie pour la révolution citoyenne 

 

 

4/ Conférence / débat à Montpellier (34)

Avec Francis DASPE, A l’invitation de Muriel RESSIGUIER, député France Insoumise de l’Hérault

Jeudi 27 juin 2019 à 19 heures, Permanence parlementaire, 9 rue de Belfort, Montpellier

Thème du débat : « Contre le vol des mots, l’urgence de l’antidote au parler macronien »

 

 

 

 

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