Des Cogitations estivales prométhéennes véritablement stimulantes

L’édition 2026 des Cogitations estivales prométhéennes s’est terminée avec la tenue de la troisième réunion publique à Prades, après les deux précédentes qui s’étaient déroulées à Thuir et à Canet-en-Roussillon. Elles ont une fois de plus répondu aux attentes de l’AGAUREPS-Prométhée, se montrant à la fois stimulantes, fécondes et en résonance avec l’actualité politique.

Il faut dire que le sujet choisi s’y prêtait à merveille. Il invitait à établir les liens entre l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes à travers les conditions tragiques des morts de Jean Jaurès et de Rosa Luxemburg. Une thématique pleinement d’actualité, dont l’intensification des mouvements sociaux de contestation intergénérationnelle en cette rentrée témoigne de manière éclatante. Un sujet qui s’inscrit également à merveille dans les objectifs des cogitations estivales prométhéennes : un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Cette édition 2026 a permis de rentrer pleinement dans les débats de la présidentielle à venir. Elle a permis d’appréhender la dureté de l’action politique à des moments historiques charnières. Le moment que nous connaissons est de cet acabit. La réflexion a été riche d’enseignements pour comprendre les leçons du passé, prendre la juste mesure du présent et anticiper au mieux le futur. Les prochains mois qu’il nous faudra affronter sans timidité auront à se nourrir des échanges produits par cet « intellectuel collectif » que sont en réalité les cogitations estivales prométhéennes.

Elles ont été en réalité particulièrement fécondes. En témoignent les quatre tribunes qu’elles ont engendrées et qui ont été diffusées dans les médias nationaux. Les titres constituent à cet égard des invitations directes à poursuivre le travail entrepris : les enjeux de la polarisation du champ politique, les soubresauts de la question mémorielle, l’inclination des possédants radicalisés à ne pas respecter la souveraineté populaire, le concept d’hystérisation orwellienne. Cette Lettre du mois comprend également trois articles relayés par les sites d’information locaux qui rendent compte chacun sous un angle particulier les échanges stimulants tenus au cours des conférences / débats.

L’an prochain, les cogitations estivales prométhéennes seront de nouveau fidèles au rendez-vous. Elles seront comme d’habitude en prise avec l’actualité politique immédiate. Les résultats de la séquence électorale de l’année 2027, présidentielle et sans aucun doute législatives tant la dissolution par le futur président de la République est inévitable, contribueront grandement à en déterminer le sujet.  D’ici là, essayons-nous à anticiper…

Sylvie PUJADE

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Prades. Les Cogitations estivales prométhéennes montrent le lien entre lutte des classes et hystérisation du débat politique

La 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes » se clôturait avec une troisième conférence / débat à Prades, vendredi 18 septembre, soit quelques jours avant le passage à l’automne. L’événement, organisé en partenariat par l’AGAUREPS-Prométhée et La France Insoumise, portait cette année sur le thème « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg ».

Le principe des Cogitations estivales prométhéennes réside dans le choix d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques. L’objectif est d’établir, dans une logique de formation militante et d’éducation populaire, le lien entre le passé et le présent afin de débattre des enjeux et des perspectives politiques immédiates. La tournure des échanges a montré que le contrat a été plus que rempli.

« Le lâche assassinat de Jean Jaurès en 1914 et l’exécution sommaire de Rosa Luxembourg en 1919 s’inscrivent pleinement dans un épisode de la lutte des classes qui a débouché sur une forme d’hystérisation du débat politique que l’on retrouve aujourd’hui », introduisait l’Insoumis Francis Daspe, par ailleurs président de l’AGAUREPS-Prométhée. La relation était de la sorte effectuée avec le climat politique caractérisant la campagne de la présidentielle actuelle.

Il expliquait en quoi l’hystérisation du débat public résulte d’une réaction émanant de possédants inquiets du cours des événements de nature à remettre en cause leurs intérêts sonnants et trébuchants. Il s’agit de disqualifier par tous les moyens les perturbateurs appelant à des réformes structurelles du système économique dominant en vue d’un autre partage des richesses. « Et quand l’appel se fait en faveur d’une révolution, la haine de classe porte à son paroxysme cette hystérisation. Comme ce fut le cas à cette époque, comme c’est le cas aujourd’hui », ajoutait-il.

Un des objectifs immédiats vise à réinventer un récit partisan contredisant dans un même élan les faits historiques et les réalités politiques afin de reconfigurer le champ politique en sa faveur. Aujourd’hui, pour Francis Daspe, pour échapper au blocage occasionné par l’existence de trois blocs équivalents, le bloc d’extrême droite voudrait promouvoir une nouvelle polarité entre « nous qui n’avons jamais été essayés et le reste du monde », tandis que le bloc central bourgeois s’échine à  réduire le choix à « nous qui sommes le cercle de la raison et les extrêmes ». « Ce grossier subterfuge doit être enrayé par un sursaut populaire que la dynamique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon porte en elle », concluait Francis Daspe.  

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Présidentielle 2027 : décantations et cristallisations en vue

Texte AGAUREPS-Prométhée d’analyse politique datant de la fin du mois d’août 2026.

En cette rentrée après la pause estivale, il est plus que jamais nécessaire d’établir un panorama de la situation politique relative à l’élection présidentielle de 2027. Les incertitudes sont nombreuses, à la hauteur de l’importance des enjeux, dont certains sont, il faut en convenir, inhabituels. Ou du moins, pourraient le devenir par leurs conséquences. Pour cela, l’exercice n’est pas aisé. Il sera d’autant plus difficile qu’il faut prendre conscience de l’accélération des événements qui ne va pas manquer de se produire. Intégrons dans nos réflexions à venir une clause d’obsolescence prévisible. Ce que nous écrivons sur le moment présent risque d’être dépassé au moment de sa diffusion, et plus encore de sa réception. Des réactualisations régulières s’avéreront donc indispensables. Pour autant, l’épure générale reste valable.

Le maintien de la logique des trois blocs

Le champ politique se compose depuis quelques années de trois blocs d’importance grosso modo équivalente. Cette configuration a mis fin à la bipolarisation droite / gauche qui prévalait en France depuis bien longtemps. Cette bipolarisation avait même eu tendance à devenir bipartisme, avec deux formations dominantes, le parti socialiste et la droite républicaine sous ses différentes appellations. Le surgissement du macronisme en 2017 avait déjà notoirement érodée la bipolarisation, symbolisée de manière un peu facile par le « et de gauche et de droite » du nouveau président Macron (formule elle-même sujette à caution). Une autre interprétation de la situation indiquerait que le président Macron avait réalisé à lui seul une forme de « grande coalition » à l’allemande, prenant d’abord une partie des voix de la gauche pour ensuite appliquer des politiques de droite.

Les trois blocs, populaire, bourgeois, nationaliste, peuvent être identifiés avec des termes classiques : gauche, central (à défaut d’être centriste), extrême droite. Ils conduisent à se questionner quant à leur validité et leur efficience. Quels en sont leurs contours, leurs marges et leurs contenus ? Il s’agit de questions fondamentales. Elles le sont tellement qu’il n’est pas raisonnable de penser pouvoir y répondre dès à présent ici, et de surcroît de manière péremptoire. Il s’agira au contraire de fils rouges pour l’ensemble de la réflexion à venir. Et qui ne manqueront pas de se prolonger, au-delà, dans les méandres d’un nouveau labyrinthe. Qui disposera du fil d’Ariane afin de s’y repérer au mieux ?

N’oublions pas une réalité incontournable de la situation actuelle. L’existence de ces trois blocs électoraux a conduit au blocage arithmétique du champ politique : des gouvernements sans majorités stables quand elles ne sont pas impossibles, des motions de censure telles des épées de Damoclès permanentes, des majorités d’opposition plus aisées. A certains égards, nous sommes dans une impasse. Il est vrai que chaque labyrinthe propose un nombre élevé de chemins sans issus.

L’extrême droite

Une clarification, a priori, s’est faite avec le verdict judiciaire en appel du 7 juillet concernant l’affaire des assistants parlementaires du Front National. Bien que condamnée une deuxième fois pour détournements de fonds publics, et ce sans guère de circonstances atténuantes, la voie semble dégagée pour Marine Le Pen. Elle pourra être candidate une quatrième fois à l’élection présidentielle. Ou pourrait, car il n’est pas à écarter que d’ultimes épisodes judiciaires sur le dossier puissent venir rebattre les cartes. Le pourvoi en cassation peut réserver des surprises.

Dans ces nouvelles conditions, quid de Jordan Bardella qui s’était vu un peu hâtivement calife ? La décision judiciaire a conduit à une forme de déclassement. C’est rarement facile à avaler sans effets secondaires. Ou dommages collatéraux. Les guerres intestines au sein du Rassemblement National ne sont pas à négliger. Jordan Bardella et la vieille garde du RN / FN ne sont pas forcément alignés sur bien des domaines, stratégiques comme programmatiques.

Pour Marine Le Pen, deux questions politiques restent en suspend, d’ordre stratégique. Le plafond de verre s’est certes rehaussé progressivement à coups de dédiabolisations médiatiques, mais le ciel bleu marine n’est pas pour autant exempt de nuages. Rassembler plus de 50 % des électeurs au second tour n’est pas encore garanti à une élection présidentielle. Plus préoccupant pour elle est peut-être la réalité d’une cage de verre qui enserre l’extrême droite. Des parois la coupent encore de la possibilité d’alliances avec d’autres forces politiques pour accéder à une majorité, puis ensuite l’élargir. Certes la création de l’UDR (Union des droites pour la République) par Eric Ciotti peut faciliter le dépassement de ces parois de verre, mais l’apport quantitatif reste, qu’on le veuille ou pas, très modeste.

D’autres (petites) forces d’extrême droite ne sont pas forcément acquises à Marine Le Pen. C’est le cas de Reconquête et d’Eric Zemmour. N’oublions pas quelques organisations groupusculaires autour de personnalités telles Dupont-Aignan, Asselineau ou Philipot. Liste non exhaustive. Mais cela ne change pas vraiment les données de l’équation : le Rassemblement National est bien hégémonique au sein de ce bloc, préservé de véritables concurrents de taille, n’en déplaise à Eric Zemmour. Marion Maréchal ne se trouve pas non plus en capacité de peser dans un sens ou un autre, encore moins d’inverser quoi que ce soit.

Le bloc central bourgeois

Le bloc central offre les apparences et les réalités des décombres du macronisme. Il se double d’une seconde caractéristique à intégrer dans la réflexion : il s’agit aussi d’un vaste champ où prolifèrent des ambitions personnelles. Pas toujours fondées, ni raisonnables faut-il reconnaître : le modèle de la start up personnelle ne peut pas se dupliquer en faveur du premier venu quand bien même se prendrait-il pour un Rastignac des temps modernes.

A l’heure actuelle, c’est à un duel entre Edouard Philippe et Gabriel Attal auquel nous semblons être conviés. La situation est quelque peu singulière, sans être pour autant inédite. Les deux sont des héritiers du macronisme, puisqu’anciens premiers ministres. Mais ils veulent jouer visiblement la rupture avec leur ancien maître, sans cependant aller trop loin afin de ne pas se couper de la réserve électorale. Le chemin reste néanmoins étroit et sinueux. On se croirait revenu en 2007, où Nicolas Sarkozy avait opté pour la rupture avec le président de la République sortant après deux mandats, Jacques Chirac. Le scénario n’est donc pas totalement nouveau.

Une des questions sera de savoir s’ils auront la capacité de faire cause commune, pour ne faire au final qu’un seul. Car le risque est réel, si les deux restent candidats, et sans qu’aucun ne s’effondre, qu’une éventuelle qualification pour le second tour soit fortement compromise. Il nous semble cependant plus probable que l’un finisse par prendre le dessus et que l’autre se résolve à renoncer. Pour l’heure, la candidature de Gabriel Attal apparaît moins installée et plus fragile.

Il convient d’observer les deux périphéries du bloc central. La première voisine avec Les Républicains, et de fait avec la candidature de Bruno Retailleau. L’ancien LR Edouard Philippe semble plus à même de discuter avec l’actuel chef des LR mais aussi ancien ministre de gouvernements macronistes, qui aujourd’hui affecte de construire une candidature en rupture résolue avec la Macronie, jusqu’à aller braconner sur les terres de l’extrême droite. Mais si la candidature Retailleau ne décolle pas (et c’est fort probable), qu’en sera-t-il au cours de l’hiver (si ce n’est avant), d’autant plus que son concurrent au sein des LR, Laurent Wauquiez, s’apprête sans plus de formalités à rallier Edouard Philippe ?

La seconde marge du bloc central bourgeois implique l’espace social-libéral (qu’il est préférable d’appeler ainsi, en n’employant pas l’expression social-démocrate). Les figures de proue sont François Hollande et Raphaël Gluksmann. Les deux visent cependant à incarner une candidature autonome, entre Mélenchon et Macron, pour reprendre la formule usitée depuis plusieurs années. Bref en lorgnant sur deux territoires opposés et antagonistes, en jouant sur la confusion permanente, mais en préférant en fin de compte Macron à Mélenchon. D’ailleurs, Gabriel Attal cherche à récupérer cet électorat social-libéral pour s’imposer face à Edouard Philippe. Notons que ces deux marges vers lesquelles les candidats du bloc central zyeutent avec envie correspondent aux deux anciens partis dominants du défunt bipartisme, Les Républicains et le Parti socialiste. En terme de vieux monde, difficile de faire mieux. Ou pire… Car la Macronie fait bien partie du vieux monde.

Dans cette profusion d’ambitions personnelles, notons les ambitieux qui ont pris du retard. Gérald Darmanin, Xavier Bertrand et Bruno Le Maire illustrent cette catégorie. Nous n’aurons plus la cruauté d’y inclure Valérie Pécresse, définitivement éliminée de la compétition depuis son accident industriel de 2022. Ni Laurent Wauquiez. Possèdent-ils une réelle force de propulsion ? Sans faits politiques nouveaux majeurs, on peut en douter. A cela, ajoutons une autre catégorie à ne pas négliger, ces surgissements possibles en guise de recours. Par exemple, si la division subsistait avec l’impossibilité de s’entendre entre ceux qui pour l’instant sont en pole position (Attal et Philippe), la tentation pourrait être de s’accorder sur une autre candidature plus consensuelle, davantage apte à effectuer un rassemblement plus large. Ce serait le scénario du troisième larron qui rafle au final la mise, qui n’est pas à rejeter d’emblée. Les personnalités de Sebastien Lecornu ou de Jean Castex en possèdent le profil, à défaut de la force et de la logistique. Pour le moment du moins.

Dominique de Villepin vient, par ses dernières déclarations, de s’arrimer pleinement et clairement au bloc central. Ses postures géopolitiques, indiscutablement iconoclastes pour cet espace ci, ne peuvent masquer sur la durée les réalités de ses convictions sociales. Elles sont vertébrées par ses affiliations de classe qui finissent par le rattraper. Cela avait déjà été le cas pour l’homme du CPE (contrat première embauche) et de la privatisation des autoroutes il y a une vingtaine d’années quand il s’agissait de disputer (ou pas) l’héritage chiraquien à Nicolas Sarkozy.

Le champ de la Macronie est plus qu’incertain. La succession d’Emmanuel Macron s’apparente autant à un champ de ruines qu’à un combat acharné parsemé de tranchées. On pourrait faire la comparaison avec la succession d’Alexandre le Grand au IV° siècle avant notre ère. A tous ses généraux qui espéraient que le mourant en choisisse un parmi eux pour lui succéder sur le trône, le macédonien répondit que ce devait être le plus fort. Ce qui ouvrit le champ à des guerres intestines durables entre aspirants au trône impérial, que l’on nomma les diadoques. Le résultat en fut la dislocation de l’empire d’Alexandre en plusieurs royaumes concurrents. Ainsi risque de finir le jupitérisme macroniste… Les empires, quelles que soient leur nature et leur époque, ont ceci en commun : ils sont éminemment et irrémédiablement mortels.

Le bloc populaire

Le bloc populaire, que l’on serait abusivement être tenté d’assimiler à la gauche instituée ou institutionnelle, se trouve dans une situation complexe. Elle pourrait cependant être clarifiée. Jean-Luc Mélenchon aurait plié le match et incarnerait la seule possibilité en capacité de jouer la gagne, bénéficiant d’un socle, d’une dynamique, d’un savoir-faire et d’une force militante. Tous derrière lui, donc ? Pas si simple en réalité.

  En fait, Jean-Luc Mélenchon a déjà plié le match à gauche à plusieurs reprises. Aux présidentielles de 2017 et 2022, en tendant la main pour la création de la NUPES (nouvelle union populaire écologique et sociale) immédiatement après la même présidentielle de 2022, en faisant quelques sacrifices pour permettre en 2024 au Nouveau Front Populaire (NFP) de prendre le relais de la NUPES. Mais, pour La France Insoumise, ces victoires incontestables ne font pas office de rente. Il faut souvent, non pas repartir de zéro, mais recréer une dynamique pour à nouveau s’imposer, sans le soutien de ceux qui ont été nettement battus lors des scrutins précédents. Quand ce n’est pas contre leur farouche opposition plus ou moins revancharde…

Les questions qui se posent à Jean-Luc Mélenchon seront de déterminer à quels niveaux se situent le socle initial et la capacité à impulser une nouvelle dynamique. Par agrégats successifs depuis la création du Parti de Gauche en 2008, ancêtre de La France Insoumise lancée en 2016, le socle n’a jamais été aussi haut. Les dynamiques populaires créées par les campagnes précédentes ont été en quelque sorte banalisées ; ce sont pourtant des exploits certainement pas à la porté de n’importe qui. Cette performance peut-elle être rééditée sur commande ? Les signaux paraissent favorables.

Les obstacles proviennent du vieux monde des partis dépassés. Certains s’échinent à jouer les trublions, se prenant pour les grenouilles de la fable se forçant à croire qu’elles seraient plus grosses que le bœuf. Ou alors qu’un éléphant… Ils sont animés par une même volonté, de nuisance à l’encontre de celui qui les a dépassés et surpassés. Un outil relevant du subterfuge a été allégué, celui de la primaire. Cette option offre la réalité d’un astre mort, sans la moindre capacité d’entraînement. Les modalités y étaient plus qu’à géométrie variable en fonction des ambitions personnelles immédiates des uns et des autres. Et ce d’autant plus que même la nature, les limites, les contours de la primaire ne faisaient l’objet d’aucun consensus. De cet espace là, difficile de penser qu’une concurrence solide puisse émerger.

Par contre, l’hypothèse d’une candidature sociale-libérale ne saurait être écartée hâtivement. Il convient de bien préciser, à nouveau, candidature sociale-libérale, et pas sociale-démocrate. La distinction est renforcée par les incarnations possibles d’une telle candidature, au nombre de deux : François Hollande et Raphaël Gluksmann. Les autres postulants sont des nains (on s’oserait dire des éléphanteaux), y compris Bernard Cazeneuve qui illustre à merveille la grenouille de la fable. Rajoutons-y Ségolène Royal depuis qu’elle fait, pour une énième fois, acte de candidature. Ces possibles candidatures sociales-libérales sortent en réalité de l’espace du bloc populaire. Leur visée et leurs orientations programmatiques les ramènent vers le bloc bourgeois central. Elles sont destinées à rétrécir l’espace de la candidature de rupture de Jean-Luc Mélenchon, en jouant sur des confusions. En somme, une autre forme de macronisme… En d’autres termes, d’impostures notoires. Ou alors de nouveau plan B des oligarchies, rendu nécessaire pour les possédants en raison de la décomposition de la Macronie.

L’ampleur de la dynamique du vote utile doit être alors interrogée. Même si nous sommes extrêmement réservés sur ce concept. Les candidatures sociales-libérales revendiquaient et monopolisaient le vote utile de manière traditionnelle. C’était de surcroit un vote sensé être « raisonnable ». Les dynamiques engendrées par les campagnes de Jean-Luc Mélenchon, ont renversé, ou plutôt balayé, la situation. Depuis 2017, le vote utile, ou ce qui s’en rapproche, a changé de sens : il a permis à Jean-Luc Mélenchon de battre très nettement ses concurrents. Les cristallisations de fin de campagne se sont opérées en sa faveur quasi exclusivement. Si candidature sociale-libérale crédible il subsistera jusqu’au bout, le prétendu vote utile lui servira de bouée de sauvetage fantasmée. A l’égal d’un paradis perdu  ou d’une rente obsolète désormais inopérante.

A la recherche d’un quatrième homme ou d’un quatrième bloc ?

Au cours de la période de bipolarisation de la vie politique, une des obsessions, des commentateurs comme des acteurs, des campagnes présidentielles consistait à savoir qui pouvait être le « troisième homme » capable de bousculer l’ordonnancement du résultat annoncé. La nouvelle organisation du paysage politique en trois blocs a fait une victime collatérale, ce fameux troisième homme (ou femme). Désormais, c’est un éventuel quatrième protagoniste qui occupe les esprits et les stratégies.

Il y a d’abord un quatrième bloc potentiel, celui des abstentionnistes, que chacun espère s’approprier pour partie. C’est souvent une prophétie auto-réalisatrice illusoire, tant ce supposé bloc des abstentionnistes est hétéroclite et inorganisé. Quelques tendances peuvent néanmoins se dessiner. Une plus forte mobilisation électorale au premier tour a davantage de chances de bénéficier au bloc populaire incarné par Jean-Luc Mélenchon. Au second tour, cela peut contribuer à faire barrage au candidat d’extrême droite, dans une logique de castors affairés à édifier des barrages. Même si la chose reste peut-être encore à démontrer ou à démonter.

Un possible quatrième homme peut se construire sur les marges des blocs déjà constitués. Elles peuvent agréger et grossir, profitant des faiblesses avérées des blocs connus, reconnus et identifiés. Nous avons déjà abordé la possibilité d’une candidature sociale-libérale. Elle ne peut exister qu’en mordant sur le bloc central affaibli, mais pour mieux nuire à la candidature du bloc populaire de Jean-Luc Mélenchon. De l’autre côté du bloc central, peut exister une candidature témoignant d’un glissement à droite du champ politique, voire d’une extrême-droitisation plus ou moins rampante. La candidature Bruno Retailleau pourrait s’inscrire dans cette configuration. Ce qu’elle peut donner est incertain : contre le bloc central au détriment du bloc central, contre l’extrême droite pour surpasser le bloc central, contre le bloc central pour écarter l’extrême droite, contre l’extrême droite pour réduire l’extrême droite ? Notons au passage que ces deux possibles quatrièmes hommes correspondent au vieux monde du bipartisme d’antan qui ne veut pas mourir, avec des solutions issues du Parti Socialiste et de Les Républicains. C’est donc loin d’être gagné d’avance.

Le surgissement imprévu peut néanmoins être externe aux partis politiques anciens, et provenir d’une logique plus individuelle. On pense à Mathieu Pigasse ou à Dominique de Villepin. Pour des raisons diverses, ces deux options relèvent davantage de la bulle spéculative. Le créneau du banquier de gauche voisine quelque peu avec de l’imposture. Le second est rattrapé par son appartenance au bloc central. Enfin, n’écartons pas la possibilité d’un nouveau plan B de l’oligarchie, en cas de carences avérées et insurmontables au sein du bloc bourgeois. Carences qui existent bel et bien. Emmanuel Macron en fut un en 2017, pour compenser l’explosion en plein vol des différents représentants potentiels du bloc bourgeois (qui ne disait pas encore son nom) : Sarkozy et Juppé battus à la primaire de la droite, Fillon empêtré dans des affaires, Hollande incapable de postuler, Valls éliminé par la primaire de gauche etc.

Ce qui complexifie la réflexion, c’est le nombre élevé de personnes qui, en dépit de tout bon sens, estiment pouvoir incarner ce surgissement. L’avènement de la téléréalité, l’explosion des réseaux sociaux, l’implosion du champ électoral, autant d’éléments qui concourent puissamment à convaincre certains à tenter leur chance dans ce registre. Citer des noms n’auraient guère de sens, tant l’aspect fugace et volatil des ces profils est évident. Il ne suffit pas d’être journaliste, financier, chef d’entreprise, influenceur ou encore communicant pour que les planètes s’alignent à une élection présidentielle.

Quels fronts communs ou républicains à prévoir ?

Sortir de la logique des trois blocs plus ou moins équivalents, générateurs au final de blocages profonds, n’est pas chose aisée. Cela peut se faire par la constitution de fronts communs ou de fronts républicains. Ou d’alliances avoisinantes. Pour l’occasion, distinguons les deux tours du scrutin présidentiel.

Au premier tour, une telle construction peut exister au bénéfice du bloc central. Elle passe par un élargissement de celui-ci. Elle peut être impulsée par la crainte, à la fois réelle et instrumentalisée, d’un duel RN / LFI au second tour qui éliminerait les avatars du macronisme déliquescent. Elle passe par des débauchages plus ou moins individuels, difficilement par des alliances avec d’autres formations politiques. On a bien vu Laurent Wauquiez apporter un soutien plus ou moins tacite à Edouard Philippe, certes pour mieux se venger de son compagnon / camarade Bruno Retailleau. La même chose peut se réaliser de l’autre côté de l’espace social-libéral : elle s’est déjà faite en 2017 quand les vaincus de la primaire socialiste et des écologistes se rallièrent illico presto à Emmanuel Macron au détriment du vainqueur Benoît Hamon. Pour les deux autres blocs, ce qui peut en faire office est d’une toute autre nature. Une dynamique populaire et citoyenne peut s’enclencher en faveur de La France Insoumise, sur le mode du « qu’ils s’en aillent tous ! » (que se vayan todos) d’Amérique latine des années 2000, permise par la prise de conscience d’une partie des abstentionnistes. Quant au Rassemblement National, il espère un travail de sape de propagande nauséabonde via la galaxie médiatique Bolloré pour parvenir à faire passer les vessies pour des lanternes.

Pour le second tour, la situation diffère notablement. Les oligarchies, dans leur diversité d’exercice, mais dans leur unité d’intérêts, peuvent pousser à la constitution d’un bloc pro-capitaliste. Dans ce cas, un rapprochement entre le bloc bourgeois central et l’extrême droite est visé. Le principe est déjà éprouvé, dont le point le plus excessif se résume par la formule bien connue, « plutôt Monsieur Hitler que Blum et le Front populaire ». Une autre variante réside dans l’intégration, de préférence masquée, de l’extrême droite dans les soutiens du bloc bourgeois menacé. Cela ne s’est-il pas déjà réalisé à l’Assemblée nationale quand les députés d’extrême droite ont si souvent sauvé la mise aux gouvernements macronistes minoritaires en ne votant pas la censure ou en s’opposant aux textes promouvant un autre partage des richesses ? Quand au bloc populaire incarné par Jean-Luc Mélenchon, il ne peut tabler que sur la mise en mouvement de son propre camp sociologique, avec notamment la mobilisation des abstentionnistes et l’implication de son électorat pour une campagne de second tour qui n’aura rien à voir avec celle du premier tour.

On constate bien qu’il existe deux catégories de fronts communs / fronts républicains. Les blocs bourgeois et d’extrême droite s’en remettent à de vieilles combines des partis traditionnels, avec des tractations en coulisse. Le bloc authentiquement populaire doit viser des dynamiques de nature sociologique favorisant l’implication populaire et la prise de conscience des enjeux politiques immédiats sur la vie quotidienne.

L’impensé des législatives

Ce qui perturbe la (bonne) préparation des deux tours de la présidentielle est sans conteste le troisième tour. Celui des élections législatives qui suivront immédiatement. Qui devraient suivre, car le mandat des députés s’étire en principe jusqu’en 2029. On voit cependant mal le vainqueur de la présidentielle, quel qu’il soit, s’accommoder de la composition de l’actuelle chambre des députés telle qu’elle est ressortie de la dissolution à la hussarde de 2024. Une autre dissolution s’imposera par la force des choses, le nouveau président de la République voudra disposer d’une majorité lui garantissant l’application de son programme.

Pour l’heure, ces élections législatives constituent un impensé. Du moins à l’égard du grand public, car en réalité pour les partis politiques, il s’agit de la chose à bien des niveaux la plus importante. En effet, la survie des partis en dépend très largement, à la fois en termes d’influence politique et plus prosaïquement de financement. Les législatives entachent la cohérence et la fluidité de la présidentielle. Le cadre monarchique de la V° République y concourt très largement, par une modification savoureuse des perspectives : ici c’est la législative qui commande à la présidentielle. Et à rebours de l’inversion du calendrier électoral voulue en 2002 par le duo de l’exécutif de cohabitation Chirac / Jospin, éminents représentant du monde du bipartisme alors triomphant.

Le vainqueur de la présidentielle est effectivement à l’égal de Jupiter. Il peut décider de presque tout de manière quasi unilatérale. Il peut, selon ses intérêts et ses affects, écraser avec un poing vengeur, tordre le bras ou tendre la main. Etre affecté par le syndrome du vertige des cimes, autrement dit verser dans l’hubris. Ou revenir à la raison en s’évertuant à construire des majorités plus apaisées, car à la fois nettes et durables. A moins de devenir otage par d’amis de circonstances, peu fiables et davantage intéressés.

Les préoccupations liées aux législatives sont extrêmement prégnantes au sein du bloc central. Il est constitué d’une multitude de formations politiques qui savent que le président de la République ne sera pas issu de leurs rangs, mais qui aspirent à exister par l’élection de députés, permettant pour les plus grandes d’entre elles de disposer d’un groupe parlementaire autonome. On en distingue principalement trois : Horizons construite pour les ambitions personnelles d’Edouard Philippe, Renaissance dirigée par Gabriel Attal et issue du canal historique de la Macronie, le MODEM patrimoine quasi privé de François Bayrou. Entre Attal et Philippe, le soutien de l’un à l’autre est impossible tant que celui qui s’efface n’aura pas la garantie d’une répartition des circonscriptions qui le satisfasse. Et comment la garantir une fois l’élection présidentielle gagnée par l’autre qui aura des envies jupitériennes ? Du moins de bénéficier des coudées franches. Il en va de même pour François Bayrou qui cherchera à verrouiller un accord avec un des candidats du bloc central. Sans oublier les réalités locales (si ce n’est « localistes ») qui s’affranchiront au besoin des accords des états-majors nationaux…

La foison des candidats potentiels au sein de ce bloc central n’est en définitive qu’un trompe-l’œil. Bien sûr, chacun espère secrètement s’imposer à tous les autres. Mais beaucoup gardent en tête la possibilité d’un plan B potentiellement plus rémunérateur pour leur formation politique, celui de « faiseur de rois ». En soutenant, au bon moment et de la manière la plus adéquate, le bon candidat qui gagnera la présidentielle, ils espèrent en retour être récompensés et empocher le jackpot aux législatives. L’exemple de François Bayrou en 2017 sert de modèle pour l’occasion. Après trois candidatures présidentielles infructueuses, mais loin d’être ridicules, François Bayrou avait contribué à marginaliser son parti politique qui n’était plus réellement représenté à l’Assemblée nationale. Sa décision de ne pas se présenter une nouvelle fois à la présidentielle de 2017 et de soutenir le challenger Emmanuel Macron se révéla un calcul gagnant. Le MODEM depuis possède un groupe de députés fourni, ce qui était alors inespéré. Il a participé aux différents gouvernements avec plusieurs générations de ministres. Et accessoirement, leur leader est devenu Premier Ministre, certes de manière plutôt éphémère. L’aspirant faiseur de roi peut être animé par de simples ambitions personnelles, avec un sens du placement immédiat. C’est ainsi que l’on peut interpréter la position récemment adoptée par Gérald Darmanin en faveur d’Edouard Philippe, non exempte d’arrière-pensées et de coups de billards à plusieurs bandes. 

La question se pose dans un contexte différent au sein du bloc populaire. Certes, les constructions unitaires de la NUPES et du NFP peuvent servir de référence. Mais elles se sont réalisées dans l’urgence, a posteriori. Les inimitiés restent fortes, alimentant la thèse des gauches irréconciliables. Les éventuels ralliements ne se feront que contre des contreparties significatives dans ce domaine. Mais le problème qui peut survenir est le suivant : qui est en capacité de garantir à ses partenaires des victoires assurées aux législatives ? Pas grand monde, en vérité. La France Insoumise avait été en capacité de le faire. Les sénatoriales de septembre 2026 risquent d’être un caillou supplémentaire dans la chaussure. Les concurrences locales vont être fortes, entre aspirants féodaux locaux d’une part, entre appareils politiques d’autre part. En septembre 2023, l’éviction de La France Insoumise des accords électoraux des sénatoriales avait été une des causes de l’éclatement de la NUPES, quelques jours avant l’attaque du Hamas du 7 octobre qui avait été à bien des égards un prétexte bienvenu pour certains… Les sénatoriales vont être également un sujet de crispation majeur au sein du bloc central bourgeois, où on retrouve pléthore de notables locaux se voyant aisément en sénateurs.

Pour le Rassemblement National, il ne s’agit pas d’un véritable sujet. Le partenaire ciottiste de l’UDR a déjà été (bien) servi, en 2024, obtenant même un groupe parlementaire autonome. On ne voit pas quelle autre formation du bloc nationaliste pourrait bénéficier des largesses du Rassemblement National. Les unes sont trop groupusculaires, à l’image de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Les autres sont trop vindicatives, comme Reconquête du duo Zemmour / Knafo. Pour le Rassemblement National, l’objectif des relations avec les zemmouristes est clairement l’éradication.

Quels thèmes de campagne ?

            Les thèmes de campagne ne devraient pas offrir de réelles surprises. Ils seront plutôt classiques. Chaque bloc va convier ses fondamentaux afin de mobiliser dans un premier temps son socle. En l’abordant bien évidemment avec ses propres mots et ses objectifs particuliers.

Pour les uns et les autres, la sécurité, l’immigration, les retraites, le pouvoir d’achat, les urgences environnementales, l’équilibre des comptes publics, la perspective européenne vont alimenter les débats. Gardons en tête que la paix et les questions géopolitiques peuvent réserver des surprises et impacter dans un sens ou un autre le déroulement de la campagne. Il n’est pas inutile de rappeler que la principale charge attribuée au président de la République consiste à représenter la France sur la scène internationale. Le fameux domaine réservé…

Au-delà des thèmes qui animeront les échanges, chacun est en recherche de slogans mobilisateurs en capacité de créer ou de stimuler des enthousiasmes. Toute campagne doit penser à façonner des imaginaires afin de crédibiliser et de dynamiser le candidat qu’elle promeut. On se rappelle à l’occasion de chaque élection présidentielle sous la V° République de quelques formules qui avaient fait mouche. Elles furent alors désignées comme ayant contribué à la victoire des uns et à l’échec des autres. Indiquons cependant que ce statut déterminant fut attribué la plupart du temps après les résultats, donc a posteriori. C’est parfois davantage le succès (électoral) qui a fait passer la formule à une forme de postérité. Il y a souvent une dimension auto-réalisatrice, agrémentée qui plus est d’un zeste d’auto-satisfaction, collective ou personnelle.

On peut s’évertuer à déceler les orientations qui commencent à se dessiner. De manière plus ambitieuse, on peut aussi contribuer à les susciter et à les élaborer. Le concept de « Nouvelle France » semble émerger avec succès pour La France Insoumise. Ceux déjà anciens de 6° République et de planification écologique garderont une actualité et une acuité. Le bloc central brodera autour de la notion revisitée de « cercle de la raison », dans laquelle les nécessaires sacrifices (pour les plus modestes) en vue de la tenue des comptes publics et du renforcement de la compétitivité, l’engouement supposé pour un projet européen garant d’un (autre) avenir radieux, seront conviés. L’extrême droite tablera sur les perspectives de remise en ordre, de « renaissance » (n’en déplaise à Gabriel Attal leader d’un parti politique éponyme), de fierté d’être soi-même dans l’espoir de faire passer ses mensonges et autres approximations au tarif le plus avantageux.

Il conviendra sans doute de surmonter le flou des programmes qui ne manquera pas d’être savamment entretenu. Sans parler des promesses inconsidérées, dans la logique de la célèbre formule « les promesses n’engagent que ceux qui les croient », et à l’opposé des dissimulations de mesures douloureuses que l’on ne souhaite pas brandir en étendard. C’est ainsi que Raphaël Gluksmann avait lâché un aveu significatif, craignant de « flinguer sa campagne s’il disait toute la vérité sur les retraites ». La pratique orwellienne du bloc bourgeois, orfèvre en la matière, constitue un obstacle de taille à la clarté du débat public. Il en va de même des mensonges de l’extrême droite, votant en catimini (espère-t-elle) au Parlement l’exact opposé des aspirations du peuple qu’elle entend pourtant défendre mordicus.

La rentrée politique, source de clarifications ?

En cette rentrée de septembre, il restera un peu moins de huit mois avant le scrutin présidentiel. Il va se passer énormément de choses. Chacun aura à se confronter à une accélération des événements, pour garder au mieux le cap fixé. Ou en changer dans l’urgence. La situation pourrait commencer à se décanter.

Quels ralliements vont se produire ? Quels démarcages vont émerger ? Quand se réaliseront les inévitables, bien que parfois tardives, décantations politiques ? A quel niveau se situera la barre d’accès au second tour ? Quel impact aura la recherche des 500 parrainages de maires et d’élus ?

Toutes ces questions, et la liste n’est pas exhaustive, vont devoir se dénouer. Chaque obscurcissement apportera son lot de clarifications. Chaque simplification engendrera d’inévitables confusions. Viendra ensuite le temps des cristallisations politiques. Les déceptions seront amères pour beaucoup de recalés. Un petit nombre sera conforté dans ses entreprises. La campagne s’animera et s’intensifiera, alors même que les premiers cercles des militants impliqués ressentent se trouver au maximum de ce qu’ils peuvent donner, proches du burn-out.

Après quoi viendront sans ménagement les verdicts des deux tours de la présidentielle : un grand vainqueur, des petits vainqueurs éventuels, de nombreux nouveaux vaincus certes plus ou moins déçus. Ce ne sera pas le terminus de la séquence. Car il faudra pour (presque) tous remonter immédiatement sur le cheval des législatives.

En attendant cinq années supplémentaires pour rejouer la partie. En principe… Même si beaucoup y penseront bien avant et la prépareront en amont !

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Canet-en-Roussillon. Les Cogitations estivales prométhéennes décryptent un contexte géopolitique tendu

La 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes » effectuait sa rentrée ce jeudi 3 septembre avec une deuxième conférence / débat à Canet-en-Roussillon. Le désormais traditionnel événement est organisé en partenariat par l’AGAUREPS-Prométhée et La France Insoumise. Le thème retenu cette année s’intitule « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg ».

Francis Daspe décrivait les éléments majeurs des trajectoires politiques de ces deux personnages historiques, jusqu’à leurs destins tragiques, le premier assassiné le 31 juillet 1914, la seconde exécutée le 15 janvier 1919. En toile de fond pour les deux, se trouvent les questions essentielles de la paix et de la révolution.

« Jean Jaurès et Rosa Luxembourg ont été victimes de leurs engagements à la fois pacifistes et révolutionnaires. En cela, il s’agit bien d’événements à inscrire dans une logique de lutte des classes », expliquait-il en préambule. Il poursuivait en décrivant les heurts des nationalismes portés à leur paroxysme, des impérialismes décomplexés et des concurrences commerciales renforcées par une crise des débouchés. « Et tout cela, dans un climat de diabolisation de l’adversaire présenté comme un corps étranger à la nation contre lequel il faut lutter par tous les moyens, y compris les moins regardants  ».

Conformément au principe fondateur même des Cogitations estivales prométhéennes, un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques dans le moment présent, ces premiers éléments de contextualisation incitaient à établir des parallèles avec la situation d’aujourd’hui. « On assiste clairement à la volonté de créer un parfum d’atmosphère belliciste visant à légitimer le recours à la guerre, à s’armer en conséquence, à préparer les mentalités à des conflits jugés nécessaires par le biais d’une propagande sans guère de limites ». Autrement dit, l’hystérisation du débat public est conviée par certains « va-t-en guerre » sans la moindre vergogne, puisque chacun sait que la première victime de la guerre est toujours la vérité.

Pour illustrer ses propos, Francis Daspe indiquait deux citations pour l’occasion véritablement éclairantes. Celle de Paul Valéry d’abord : « La guerre, c’est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ». Et ensuite celle d’Anatole France écrivant dans le journal L’Humanité en 1922 : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. ».  

Il ne fait pas de doute que les considérations géopolitiques auront un impact certain, à ne pas négliger, sur les échéances électorales de l’année 2027.

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A Prades, les Cogitations estivales prométhéennes de La France Insoumise planchent sur l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes

La France Insoumise organise, en partenariat avec l’AGAUREPS-Prométhée, vendredi 18 septembre 2026 à Prades, un prolongement de la 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes ». Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Elle se déroulera à la salle Lousa (plaine Saint-Martin), à partir de 19 heures. La conférence / débat, intitulée « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg », sera animée par Francis DASPE, Président de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de La France Insoumise.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Vendredi 18 septembre 2026, Prades, salle Lousa, plaine Saint-Martin, 19 heures.

Francis DASPE, président de l’AGAUREPS-Prométhée

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LETTRE DU MOIS DE L’AGAUREPS-PROMÉTHÉE N° 180 SEPTEMBRE / OCTOBRE 2026

Sommaire du numéro 180 : Spécial « Rentrée politique »

  • Edito de Françoise BOSMAN « Du contrat social »page 2
  • Texte d’analyse de Thierry DONGUAT et Francis DASPE « Présidentielle 2027 : décantations et cristallisations en vue » page 4
  • Fiche d’adhésion (facultative mais conseillée…) pour 2026 page 14

Editorial: Du contrat social

Notre pays a une très longue pratique de son organisation sociale. Jean-Jacques Rousseau, en 1762, en détaille également la théorie, annonçant les idées directrices des révolutions et mouvements qui vont suivre : 1789, 1830, 1848, 1870, 1920, 1936, 1945, 1968, 1986, 2018. A partir de la souveraineté populaire et de la volonté générale, les idéaux de liberté-égalité-fraternité sont toujours la ligne directrice aujourd’hui de l’action politique progressiste. Et ce ne sont certainement pas les métamorphoses et les convulsions des classes possédantes actuelles qui modifieront cette réalité républicaine puissante, au fondement même de notre Nation démocratique.

Certes, des intérêts privés puissants, en pleine mutation pour garantir leur champ d’action de prédateurs, s’emploient à élargir leurs marges de manœuvre pour augmenter leurs profits privés, leur prédominance intellectuelle, leur emprise économique, leurs propriétés individuelles, leurs places politiques. Après avoir disposé des richesses naturelles du pays et des biens manufacturés par le salariat, après avoir « fait suer le burnous » des populations colonisées, après avoir fait main-basse sur les nouvelles technologies et leurs modes d’organisation, après avoir perverti les résultats de votes démocratiques (le Non à la constitution européenne par exemple), les possédants n’ont certainement plus les mains libres aujourd’hui et manquent d’air et d’espace pour poursuivre leur trajectoire prédatrice d’accumulation des profits privés : le vivant impose partout ses limites aux saccages des êtres et de la nature, les mouvements de lutte et de résistance se multiplient, les consciences se rebellent contre les souffrances et les exactions de toutes sortes.

En opposition, il existe un outil précieux que le mouvement insoumis a investi constammentdepuis safondation : la démocratie dans toutes ses exigences de « souveraineté populaire et de volonté générale » (J. J. Rousseau). Nous devons poursuivre la bataille de conviction sur notre programme dont nous savons que tous les puissants l’ont sur leurs bureaux, continuer à investir tous les champs démocratiques que sont les lieux d’éducation, de travail, de sport, de culture, de loisirs, d’assemblées et de forums : en un mot, nous montrer et expliquer comment nous rendrons à nouveau notre pays  juste et progressiste. Nous avons un programme détaillé fédérateur de rupture et les équipes prêtes à le mener à bien. C’est pourquoi les compétitions partisanes à gauche dénommées « primaires » ont été rendues manifestement inutiles dans cette dernière période.

Il est essentiel, malgré les médias de toutes sortes qui pratiquent la désinformation permanente planifiée, de saisir tous les rendez-vous électoraux – comme nous venons de le faire lors des élections municipales – et particulièrement celui de l’élection présidentielle à venir. Pourquoi ce rendez-vous est-il primordial ? Parce que toutes les forces réactionnaires et rétrogrades ont besoin pour maintenir leur puissance et la faire croître, de mettre maintenant directement les Etats en coupe réglée sous les ordres de l’extrême-libéralisme, ce dernier agrégeant tout ce qu’il peut autour de lui – y compris hors du champ démocratique s’il le faut, conduisant à ce que la droite-extrême y trouve aussi son compte –  le but poursuivi étant l’accaparement privé décomplexé et sans entraves consacrant volontairement le rétrécissement du champ public. C’est tout le contraire du rassemblement citoyen auquel nous aspirons – nous les Insoumis – pour faire Nation, là où « la souveraineté appartient au peuple », là où « les citoyens sont l’Etat », là où « la volonté générale, c’est l’intérêt collectif et non la somme des intérêts particuliers ». Je rajoute : là où les résultats des élections sont respectés et là où les programmes politiques annoncés sont concrètement mis en œuvre sous le contrôle de tous.

Merci à Jean-Jacques Rousseau de résonner encore si fort aujourd’hui avec La France Insoumise : « Du contrat social » ne laissant aucun citoyen à l’écart de la vie publique collective, c’est aussi aujourd’hui faire cesser les catégorisations réactionnaires et séparatistes de races, classes, religions, sexes, identités pour rejoindre le peuple souverain émancipateur de Jean-Jacques et gagner.

Françoise BOSMAN

24 / 07 / 2026

Présidentielle 2027 : décantations et cristallisations en vue

En cette rentrée après la pause estivale, il est plus que jamais nécessaire d’établir un panorama de la situation politique relative à l’élection présidentielle de 2027. Les incertitudes sont nombreuses, à la hauteur de l’importance des enjeux, dont certains sont, il faut en convenir, inhabituels. Ou du moins, pourraient le devenir par leurs conséquences. Pour cela, l’exercice n’est pas aisé. Il sera d’autant plus difficile qu’il faut prendre conscience de l’accélération des événements qui ne va pas manquer de se produire. Intégrons dans nos réflexions à venir une clause d’obsolescence prévisible. Ce que nous écrivons sur le moment présent risque d’être dépassé au moment de sa diffusion, et plus encore de sa réception. Des réactualisations régulières s’avéreront donc indispensables. Pour autant, l’épure générale reste valable.

Le maintien de la logique des trois blocs

Le champ politique se compose depuis quelques années de trois blocs d’importance grosso modo équivalente. Cette configuration a mis fin à la bipolarisation droite / gauche qui prévalait en France depuis bien longtemps. Cette bipolarisation avait même eu tendance à devenir bipartisme, avec deux formations dominantes, le parti socialiste et la droite républicaine sous ses différentes appellations. Le surgissement du macronisme en 2017 avait déjà notoirement érodée la bipolarisation, symbolisée de manière un peu facile par le « et de gauche et de droite » du nouveau président Macron (formule elle-même sujette à caution). Une autre interprétation de la situation indiquerait que le président Macron avait réalisé à lui seul une forme de « grande coalition » à l’allemande, prenant d’abord une partie des voix de la gauche pour ensuite appliquer des politiques de droite.

Les trois blocs, populaire, bourgeois, nationaliste, peuvent être identifiés avec des termes classiques : gauche, central (à défaut d’être centriste), extrême droite. Ils conduisent à se questionner quant à leur validité et leur efficience. Quels en sont leurs contours, leurs marges et leurs contenus ? Il s’agit de questions fondamentales. Elles le sont tellement qu’il n’est pas raisonnable de penser pouvoir y répondre dès à présent ici, et de surcroît de manière péremptoire. Il s’agira au contraire de fils rouges pour l’ensemble de la réflexion à venir. Et qui ne manqueront pas de se prolonger, au-delà, dans les méandres d’un nouveau labyrinthe. Qui disposera du fil d’Ariane afin de s’y repérer au mieux ?

N’oublions pas une réalité incontournable de la situation actuelle. L’existence de ces trois blocs électoraux a conduit au blocage arithmétique du champ politique : des gouvernements sans majorités stables quand elles ne sont pas impossibles, des motions de censure telles des épées de Damoclès permanentes, des majorités d’opposition plus aisées. A certains égards, nous sommes dans une impasse. Il est vrai que chaque labyrinthe propose un nombre élevé de chemins sans issus.

L’extrême droite

Une clarification, a priori, s’est faite avec le verdict judiciaire en appel du 7 juillet concernant l’affaire des assistants parlementaires du Front National. Bien que condamnée une deuxième fois pour détournements de fonds publics, et ce sans guère de circonstances atténuantes, la voie semble dégagée pour Marine Le Pen. Elle pourra être candidate une quatrième fois à l’élection présidentielle. Ou pourrait, car il n’est pas à écarter que d’ultimes épisodes judiciaires sur le dossier puissent venir rebattre les cartes. Le pourvoi en cassation peut réserver des surprises.

Dans ces nouvelles conditions, quid de Jordan Bardella qui s’était vu un peu hâtivement calife ? La décision judiciaire a conduit à une forme de déclassement. C’est rarement facile à avaler sans effets secondaires. Ou dommages collatéraux. Les guerres intestines au sein du Rassemblement National ne sont pas à négliger. Jordan Bardella et la vieille garde du RN / FN ne sont pas forcément alignés sur bien des domaines, stratégiques comme programmatiques.

Pour Marine Le Pen, deux questions politiques restent en suspend, d’ordre stratégique. Le plafond de verre s’est certes rehaussé progressivement à coups de dédiabolisations médiatiques, mais le ciel bleu marine n’est pas pour autant exempt de nuages. Rassembler plus de 50 % des électeurs au second tour n’est pas encore garanti à une élection présidentielle. Plus préoccupant pour elle est peut-être la réalité d’une cage de verre qui enserre l’extrême droite. Des parois la coupent encore de la possibilité d’alliances avec d’autres forces politiques pour accéder à une majorité, puis ensuite l’élargir. Certes la création de l’UDR (Union des droites pour la République) par Eric Ciotti peut faciliter le dépassement de ces parois de verre, mais l’apport quantitatif reste, qu’on le veuille ou pas, très modeste.

D’autres (petites) forces d’extrême droite ne sont pas forcément acquises à Marine Le Pen. C’est le cas de Reconquête et d’Eric Zemmour. N’oublions pas quelques organisations groupusculaires autour de personnalités telles Dupont-Aignan, Asselineau ou Philipot. Liste non exhaustive. Mais cela ne change pas vraiment les données de l’équation : le Rassemblement National est bien hégémonique au sein de ce bloc, préservé de véritables concurrents de taille, n’en déplaise à Eric Zemmour. Marion Maréchal ne se trouve pas non plus en capacité de peser dans un sens ou un autre, encore moins d’inverser quoi que ce soit.

Le bloc central bourgeois

Le bloc central offre les apparences et les réalités des décombres du macronisme. Il se double d’une seconde caractéristique à intégrer dans la réflexion : il s’agit aussi d’un vaste champ où prolifèrent des ambitions personnelles. Pas toujours fondées, ni raisonnables faut-il reconnaître : le modèle de la start up personnelle ne peut pas se dupliquer en faveur du premier venu quand bien même se prendrait-il pour un Rastignac des temps modernes.

A l’heure actuelle, c’est à un duel entre Edouard Philippe et Gabriel Attal auquel nous semblons être conviés. La situation est quelque peu singulière, sans être pour autant inédite. Les deux sont des héritiers du macronisme, puisqu’anciens premiers ministres. Mais ils veulent jouer visiblement la rupture avec leur ancien maître, sans cependant aller trop loin afin de ne pas se couper de la réserve électorale. Le chemin reste néanmoins étroit et sinueux. On se croirait revenu en 2007, où Nicolas Sarkozy avait opté pour la rupture avec le président de la République sortant après deux mandats, Jacques Chirac. Le scénario n’est donc pas totalement nouveau.

Une des questions sera de savoir s’ils auront la capacité de faire cause commune, pour ne faire au final qu’un seul. Car le risque est réel, si les deux restent candidats, et sans qu’aucun ne s’effondre, qu’une éventuelle qualification pour le second tour soit fortement compromise. Il nous semble cependant plus probable que l’un finisse par prendre le dessus et que l’autre se résolve à renoncer. Pour l’heure, la candidature de Gabriel Attal apparaît moins installée et plus fragile.

Il convient d’observer les deux périphéries du bloc central. La première voisine avec Les Républicains, et de fait avec la candidature de Bruno Retailleau. L’ancien LR Edouard Philippe semble plus à même de discuter avec l’actuel chef des LR mais aussi ancien ministre de gouvernements macronistes, qui aujourd’hui affecte de construire une candidature en rupture résolue avec la Macronie, jusqu’à aller braconner sur les terres de l’extrême droite. Mais si la candidature Retailleau ne décolle pas (et c’est fort probable), qu’en sera-t-il au cours de l’hiver (si ce n’est avant), d’autant plus que son concurrent au sein des LR, Laurent Wauquiez, s’apprête sans plus de formalités à rallier Edouard Philippe ?

La seconde marge du bloc central bourgeois implique l’espace social-libéral (qu’il est préférable d’appeler ainsi, en n’employant pas l’expression social-démocrate). Les figures de proue sont François Hollande et Raphaël Gluksmann. Les deux visent cependant à incarner une candidature autonome, entre Mélenchon et Macron, pour reprendre la formule usitée depuis plusieurs années. Bref en lorgnant sur deux territoires opposés et antagonistes, en jouant sur la confusion permanente, mais en préférant en fin de compte Macron à Mélenchon. D’ailleurs, Gabriel Attal cherche à récupérer cet électorat social-libéral pour s’imposer face à Edouard Philippe. Notons que ces deux marges vers lesquelles les candidats du bloc central zyeutent avec envie correspondent aux deux anciens partis dominants du défunt bipartisme, Les Républicains et le Parti socialiste. En terme de vieux monde, difficile de faire mieux. Ou pire… Car la Macronie fait bien partie du vieux monde.

Dans cette profusion d’ambitions personnelles, notons les ambitieux qui ont pris du retard. Gérald Darmanin, Xavier Bertrand et Bruno Le Maire illustrent cette catégorie. Nous n’aurons plus la cruauté d’y inclure Valérie Pécresse, définitivement éliminée de la compétition depuis son accident industriel de 2022. Ni Laurent Wauquiez. Possèdent-ils une réelle force de propulsion ? Sans faits politiques nouveaux majeurs, on peut en douter. A cela, ajoutons une autre catégorie à ne pas négliger, ces surgissements possibles en guise de recours. Par exemple, si la division subsistait avec l’impossibilité de s’entendre entre ceux qui pour l’instant sont en pole position (Attal et Philippe), la tentation pourrait être de s’accorder sur une autre candidature plus consensuelle, davantage apte à effectuer un rassemblement plus large. Ce serait le scénario du troisième larron qui rafle au final la mise, qui n’est pas à rejeter d’emblée. Les personnalités de Sebastien Lecornu ou de Jean Castex en possèdent le profil, à défaut de la force et de la logistique. Pour le moment du moins.

Dominique de Villepin vient, par ses dernières déclarations, de s’arrimer pleinement et clairement au bloc central. Ses postures géopolitiques, indiscutablement iconoclastes pour cet espace ci, ne peuvent masquer sur la durée les réalités de ses convictions sociales. Elles sont vertébrées par ses affiliations de classe qui finissent par le rattraper. Cela avait déjà été le cas pour l’homme du CPE (contrat première embauche) et de la privatisation des autoroutes il y a une vingtaine d’années quand il s’agissait de disputer (ou pas) l’héritage chiraquien à Nicolas Sarkozy.

Le champ de la Macronie est plus qu’incertain. La succession d’Emmanuel Macron s’apparente autant à un champ de ruines qu’à un combat acharné parsemé de tranchées. On pourrait faire la comparaison avec la succession d’Alexandre le Grand au IV° siècle avant notre ère. A tous ses généraux qui espéraient que le mourant en choisisse un parmi eux pour lui succéder sur le trône, le macédonien répondit que ce devait être le plus fort. Ce qui ouvrit le champ à des guerres intestines durables entre aspirants au trône impérial, que l’on nomma les diadoques. Le résultat en fut la dislocation de l’empire d’Alexandre en plusieurs royaumes concurrents. Ainsi risque de finir le jupitérisme macroniste… Les empires, quelles que soient leur nature et leur époque, ont ceci en commun : ils sont éminemment et irrémédiablement mortels.

Le bloc populaire

Le bloc populaire, que l’on serait abusivement être tenté d’assimiler à la gauche instituée ou institutionnelle, se trouve dans une situation complexe. Elle pourrait cependant être clarifiée. Jean-Luc Mélenchon aurait plié le match et incarnerait la seule possibilité en capacité de jouer la gagne, bénéficiant d’un socle, d’une dynamique, d’un savoir-faire et d’une force militante. Tous derrière lui, donc ? Pas si simple en réalité.

  En fait, Jean-Luc Mélenchon a déjà plié le match à gauche à plusieurs reprises. Aux présidentielles de 2017 et 2022, en tendant la main pour la création de la NUPES (nouvelle union populaire écologique et sociale) immédiatement après la même présidentielle de 2022, en faisant quelques sacrifices pour permettre en 2024 au Nouveau Front Populaire (NFP) de prendre le relais de la NUPES. Mais, pour La France Insoumise, ces victoires incontestables ne font pas office de rente. Il faut souvent, non pas repartir de zéro, mais recréer une dynamique pour à nouveau s’imposer, sans le soutien de ceux qui ont été nettement battus lors des scrutins précédents. Quand ce n’est pas contre leur farouche opposition plus ou moins revancharde…

Les questions qui se posent à Jean-Luc Mélenchon seront de déterminer à quels niveaux se situent le socle initial et la capacité à impulser une nouvelle dynamique. Par agrégats successifs depuis la création du Parti de Gauche en 2008, ancêtre de La France Insoumise lancée en 2016, le socle n’a jamais été aussi haut. Les dynamiques populaires créées par les campagnes précédentes ont été en quelque sorte banalisées ; ce sont pourtant des exploits certainement pas à la porté de n’importe qui. Cette performance peut-elle être rééditée sur commande ? Les signaux paraissent favorables.

Les obstacles proviennent du vieux monde des partis dépassés. Certains s’échinent à jouer les trublions, se prenant pour les grenouilles de la fable se forçant à croire qu’elles seraient plus grosses que le bœuf. Ou alors qu’un éléphant… Ils sont animés par une même volonté, de nuisance à l’encontre de celui qui les a dépassés et surpassés. Un outil relevant du subterfuge a été allégué, celui de la primaire. Cette option offre la réalité d’un astre mort, sans la moindre capacité d’entraînement. Les modalités y étaient plus qu’à géométrie variable en fonction des ambitions personnelles immédiates des uns et des autres. Et ce d’autant plus que même la nature, les limites, les contours de la primaire ne faisaient l’objet d’aucun consensus. De cet espace là, difficile de penser qu’une concurrence solide puisse émerger.

Par contre, l’hypothèse d’une candidature sociale-libérale ne saurait être écartée hâtivement. Il convient de bien préciser, à nouveau, candidature sociale-libérale, et pas sociale-démocrate. La distinction est renforcée par les incarnations possibles d’une telle candidature, au nombre de deux : François Hollande et Raphaël Gluksmann. Les autres postulants sont des nains (on s’oserait dire des éléphanteaux), y compris Bernard Cazeneuve qui illustre à merveille la grenouille de la fable. Rajoutons-y Ségolène Royal depuis qu’elle fait, pour une énième fois, acte de candidature. Ces possibles candidatures sociales-libérales sortent en réalité de l’espace du bloc populaire. Leur visée et leurs orientations programmatiques les ramènent vers le bloc bourgeois central. Elles sont destinées à rétrécir l’espace de la candidature de rupture de Jean-Luc Mélenchon, en jouant sur des confusions. En somme, une autre forme de macronisme… En d’autres termes, d’impostures notoires. Ou alors de nouveau plan B des oligarchies, rendu nécessaire pour les possédants en raison de la décomposition de la Macronie.

L’ampleur de la dynamique du vote utile doit être alors interrogée. Même si nous sommes extrêmement réservés sur ce concept. Les candidatures sociales-libérales revendiquaient et monopolisaient le vote utile de manière traditionnelle. C’était de surcroit un vote sensé être « raisonnable ». Les dynamiques engendrées par les campagnes de Jean-Luc Mélenchon, ont renversé, ou plutôt balayé, la situation. Depuis 2017, le vote utile, ou ce qui s’en rapproche, a changé de sens : il a permis à Jean-Luc Mélenchon de battre très nettement ses concurrents. Les cristallisations de fin de campagne se sont opérées en sa faveur quasi exclusivement. Si candidature sociale-libérale crédible il subsistera jusqu’au bout, le prétendu vote utile lui servira de bouée de sauvetage fantasmée. A l’égal d’un paradis perdu  ou d’une rente obsolète désormais inopérante.

A la recherche d’un quatrième homme ou d’un quatrième bloc ?

Au cours de la période de bipolarisation de la vie politique, une des obsessions, des commentateurs comme des acteurs, des campagnes présidentielles consistait à savoir qui pouvait être le « troisième homme » capable de bousculer l’ordonnancement du résultat annoncé. La nouvelle organisation du paysage politique en trois blocs a fait une victime collatérale, ce fameux troisième homme (ou femme). Désormais, c’est un éventuel quatrième protagoniste qui occupe les esprits et les stratégies.

Il y a d’abord un quatrième bloc potentiel, celui des abstentionnistes, que chacun espère s’approprier pour partie. C’est souvent une prophétie auto-réalisatrice illusoire, tant ce supposé bloc des abstentionnistes est hétéroclite et inorganisé. Quelques tendances peuvent néanmoins se dessiner. Une plus forte mobilisation électorale au premier tour a davantage de chances de bénéficier au bloc populaire incarné par Jean-Luc Mélenchon. Au second tour, cela peut contribuer à faire barrage au candidat d’extrême droite, dans une logique de castors affairés à édifier des barrages. Même si la chose reste peut-être encore à démontrer ou à démonter.

Un possible quatrième homme peut se construire sur les marges des blocs déjà constitués. Elles peuvent agréger et grossir, profitant des faiblesses avérées des blocs connus, reconnus et identifiés. Nous avons déjà abordé la possibilité d’une candidature sociale-libérale. Elle ne peut exister qu’en mordant sur le bloc central affaibli, mais pour mieux nuire à la candidature du bloc populaire de Jean-Luc Mélenchon. De l’autre côté du bloc central, peut exister une candidature témoignant d’un glissement à droite du champ politique, voire d’une extrême-droitisation plus ou moins rampante. La candidature Bruno Retailleau pourrait s’inscrire dans cette configuration. Ce qu’elle peut donner est incertain : contre le bloc central au détriment du bloc central, contre l’extrême droite pour surpasser le bloc central, contre le bloc central pour écarter l’extrême droite, contre l’extrême droite pour réduire l’extrême droite ? Notons au passage que ces deux possibles quatrièmes hommes correspondent au vieux monde du bipartisme d’antan qui ne veut pas mourir, avec des solutions issues du Parti Socialiste et de Les Républicains. C’est donc loin d’être gagné d’avance.

Le surgissement imprévu peut néanmoins être externe aux partis politiques anciens, et provenir d’une logique plus individuelle. On pense à Mathieu Pigasse ou à Dominique de Villepin. Pour des raisons diverses, ces deux options relèvent davantage de la bulle spéculative. Le créneau du banquier de gauche voisine quelque peu avec de l’imposture. Le second est rattrapé par son appartenance au bloc central. Enfin, n’écartons pas la possibilité d’un nouveau plan B de l’oligarchie, en cas de carences avérées et insurmontables au sein du bloc bourgeois. Carences qui existent bel et bien. Emmanuel Macron en fut un en 2017, pour compenser l’explosion en plein vol des différents représentants potentiels du bloc bourgeois (qui ne disait pas encore son nom) : Sarkozy et Juppé battus à la primaire de la droite, Fillon empêtré dans des affaires, Hollande incapable de postuler, Valls éliminé par la primaire de gauche etc.

Ce qui complexifie la réflexion, c’est le nombre élevé de personnes qui, en dépit de tout bon sens, estiment pouvoir incarner ce surgissement. L’avènement de la téléréalité, l’explosion des réseaux sociaux, l’implosion du champ électoral, autant d’éléments qui concourent puissamment à convaincre certains à tenter leur chance dans ce registre. Citer des noms n’auraient guère de sens, tant l’aspect fugace et volatil des ces profils est évident. Il ne suffit pas d’être journaliste, financier, chef d’entreprise, influenceur ou encore communicant pour que les planètes s’alignent à une élection présidentielle.

Quels fronts communs ou républicains à prévoir ?

Sortir de la logique des trois blocs plus ou moins équivalents, générateurs au final de blocages profonds, n’est pas chose aisée. Cela peut se faire par la constitution de fronts communs ou de fronts républicains. Ou d’alliances avoisinantes. Pour l’occasion, distinguons les deux tours du scrutin présidentiel.

Au premier tour, une telle construction peut exister au bénéfice du bloc central. Elle passe par un élargissement de celui-ci. Elle peut être impulsée par la crainte, à la fois réelle et instrumentalisée, d’un duel RN / LFI au second tour qui éliminerait les avatars du macronisme déliquescent. Elle passe par des débauchages plus ou moins individuels, difficilement par des alliances avec d’autres formations politiques. On a bien vu Laurent Wauquiez apporter un soutien plus ou moins tacite à Edouard Philippe, certes pour mieux se venger de son compagnon / camarade Bruno Retailleau. La même chose peut se réaliser de l’autre côté de l’espace social-libéral : elle s’est déjà faite en 2017 quand les vaincus de la primaire socialiste et des écologistes se rallièrent illico presto à Emmanuel Macron au détriment du vainqueur Benoît Hamon. Pour les deux autres blocs, ce qui peut en faire office est d’une toute autre nature. Une dynamique populaire et citoyenne peut s’enclencher en faveur de La France Insoumise, sur le mode du « qu’ils s’en aillent tous ! » (que se vayan todos) d’Amérique latine des années 2000, permise par la prise de conscience d’une partie des abstentionnistes. Quant au Rassemblement National, il espère un travail de sape de propagande nauséabonde via la galaxie médiatique Bolloré pour parvenir à faire passer les vessies pour des lanternes.

Pour le second tour, la situation diffère notablement. Les oligarchies, dans leur diversité d’exercice, mais dans leur unité d’intérêts, peuvent pousser à la constitution d’un bloc pro-capitaliste. Dans ce cas, un rapprochement entre le bloc bourgeois central et l’extrême droite est visé. Le principe est déjà éprouvé, dont le point le plus excessif se résume par la formule bien connue, « plutôt Monsieur Hitler que Blum et le Front populaire ». Une autre variante réside dans l’intégration, de préférence masquée, de l’extrême droite dans les soutiens du bloc bourgeois menacé. Cela ne s’est-il pas déjà réalisé à l’Assemblée nationale quand les députés d’extrême droite ont si souvent sauvé la mise aux gouvernements macronistes minoritaires en ne votant pas la censure ou en s’opposant aux textes promouvant un autre partage des richesses ? Quand au bloc populaire incarné par Jean-Luc Mélenchon, il ne peut tabler que sur la mise en mouvement de son propre camp sociologique, avec notamment la mobilisation des abstentionnistes et l’implication de son électorat pour une campagne de second tour qui n’aura rien à voir avec celle du premier tour.

On constate bien qu’il existe deux catégories de fronts communs / fronts républicains. Les blocs bourgeois et d’extrême droite s’en remettent à de vieilles combines des partis traditionnels, avec des tractations en coulisse. Le bloc authentiquement populaire doit viser des dynamiques de nature sociologique favorisant l’implication populaire et la prise de conscience des enjeux politiques immédiats sur la vie quotidienne.

L’impensé des législatives

Ce qui perturbe la (bonne) préparation des deux tours de la présidentielle est sans conteste le troisième tour. Celui des élections législatives qui suivront immédiatement. Qui devraient suivre, car le mandat des députés s’étire en principe jusqu’en 2029. On voit cependant mal le vainqueur de la présidentielle, quel qu’il soit, s’accommoder de la composition de l’actuelle chambre des députés telle qu’elle est ressortie de la dissolution à la hussarde de 2024. Une autre dissolution s’imposera par la force des choses, le nouveau président de la République voudra disposer d’une majorité lui garantissant l’application de son programme.

Pour l’heure, ces élections législatives constituent un impensé. Du moins à l’égard du grand public, car en réalité pour les partis politiques, il s’agit de la chose à bien des niveaux la plus importante. En effet, la survie des partis en dépend très largement, à la fois en termes d’influence politique et plus prosaïquement de financement. Les législatives entachent la cohérence et la fluidité de la présidentielle. Le cadre monarchique de la V° République y concourt très largement, par une modification savoureuse des perspectives : ici c’est la législative qui commande à la présidentielle. Et à rebours de l’inversion du calendrier électoral voulue en 2002 par le duo de l’exécutif de cohabitation Chirac / Jospin, éminents représentant du monde du bipartisme alors triomphant.

Le vainqueur de la présidentielle est effectivement à l’égal de Jupiter. Il peut décider de presque tout de manière quasi unilatérale. Il peut, selon ses intérêts et ses affects, écraser avec un poing vengeur, tordre le bras ou tendre la main. Etre affecté par le syndrome du vertige des cimes, autrement dit verser dans l’hubris. Ou revenir à la raison en s’évertuant à construire des majorités plus apaisées, car à la fois nettes et durables. A moins de devenir otage par d’amis de circonstances, peu fiables et davantage intéressés.

Les préoccupations liées aux législatives sont extrêmement prégnantes au sein du bloc central. Il est constitué d’une multitude de formations politiques qui savent que le président de la République ne sera pas issu de leurs rangs, mais qui aspirent à exister par l’élection de députés, permettant pour les plus grandes d’entre elles de disposer d’un groupe parlementaire autonome. On en distingue principalement trois : Horizons construite pour les ambitions personnelles d’Edouard Philippe, Renaissance dirigée par Gabriel Attal et issue du canal historique de la Macronie, le MODEM patrimoine quasi privé de François Bayrou. Entre Attal et Philippe, le soutien de l’un à l’autre est impossible tant que celui qui s’efface n’aura pas la garantie d’une répartition des circonscriptions qui le satisfasse. Et comment la garantir une fois l’élection présidentielle gagnée par l’autre qui aura des envies jupitériennes ? Du moins de bénéficier des coudées franches. Il en va de même pour François Bayrou qui cherchera à verrouiller un accord avec un des candidats du bloc central. Sans oublier les réalités locales (si ce n’est « localistes ») qui s’affranchiront au besoin des accords des états-majors nationaux…

La foison des candidats potentiels au sein de ce bloc central n’est en définitive qu’un trompe-l’œil. Bien sûr, chacun espère secrètement s’imposer à tous les autres. Mais beaucoup gardent en tête la possibilité d’un plan B potentiellement plus rémunérateur pour leur formation politique, celui de « faiseur de rois ». En soutenant, au bon moment et de la manière la plus adéquate, le bon candidat qui gagnera la présidentielle, ils espèrent en retour être récompensés et empocher le jackpot aux législatives. L’exemple de François Bayrou en 2017 sert de modèle pour l’occasion. Après trois candidatures présidentielles infructueuses, mais loin d’être ridicules, François Bayrou avait contribué à marginaliser son parti politique qui n’était plus réellement représenté à l’Assemblée nationale. Sa décision de ne pas se présenter une nouvelle fois à la présidentielle de 2017 et de soutenir le challenger Emmanuel Macron se révéla un calcul gagnant. Le MODEM depuis possède un groupe de députés fourni, ce qui était alors inespéré. Il a participé aux différents gouvernements avec plusieurs générations de ministres. Et accessoirement, leur leader est devenu Premier Ministre, certes de manière plutôt éphémère. L’aspirant faiseur de roi peut être animé par de simples ambitions personnelles, avec un sens du placement immédiat. C’est ainsi que l’on peut interpréter la position récemment adoptée par Gérald Darmanin en faveur d’Edouard Philippe, non exempte d’arrière-pensées et de coups de billards à plusieurs bandes.

La question se pose dans un contexte différent au sein du bloc populaire. Certes, les constructions unitaires de la NUPES et du NFP peuvent servir de référence. Mais elles se sont réalisées dans l’urgence, a posteriori. Les inimitiés restent fortes, alimentant la thèse des gauches irréconciliables. Les éventuels ralliements ne se feront que contre des contreparties significatives dans ce domaine. Mais le problème qui peut survenir est le suivant : qui est en capacité de garantir à ses partenaires des victoires assurées aux législatives ? Pas grand monde, en vérité. La France Insoumise avait été en capacité de le faire. Les sénatoriales de septembre 2026 risquent d’être un caillou supplémentaire dans la chaussure. Les concurrences locales vont être fortes, entre aspirants féodaux locaux d’une part, entre appareils politiques d’autre part. En septembre 2023, l’éviction de La France Insoumise des accords électoraux des sénatoriales avait été une des causes de l’éclatement de la NUPES, quelques jours avant l’attaque du Hamas du 7 octobre qui avait été à bien des égards un prétexte bienvenu pour certains… Les sénatoriales vont être également un sujet de crispation majeur au sein du bloc central bourgeois, où on retrouve pléthore de notables locaux se voyant aisément en sénateurs.

Pour le Rassemblement National, il ne s’agit pas d’un véritable sujet. Le partenaire ciottiste de l’UDR a déjà été (bien) servi, en 2024, obtenant même un groupe parlementaire autonome. On ne voit pas quelle autre formation du bloc nationaliste pourrait bénéficier des largesses du Rassemblement National. Les unes sont trop groupusculaires, à l’image de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Les autres sont trop vindicatives, comme Reconquête du duo Zemmour / Knafo. Pour le Rassemblement National, l’objectif des relations avec les zemmouristes est clairement l’éradication.

Quels thèmes de campagne ?

Les thèmes de campagne ne devraient pas offrir de réelles surprises. Ils seront plutôt classiques. Chaque bloc va convier ses fondamentaux afin de mobiliser dans un premier temps son socle. En l’abordant bien évidemment avec ses propres mots et ses objectifs particuliers.

Pour les uns et les autres, la sécurité, l’immigration, les retraites, le pouvoir d’achat, les urgences environnementales, l’équilibre des comptes publics, la perspective européenne vont alimenter les débats. Gardons en tête que la paix et les questions géopolitiques peuvent réserver des surprises et impacter dans un sens ou un autre le déroulement de la campagne. Il n’est pas inutile de rappeler que la principale charge attribuée au président de la République consiste à représenter la France sur la scène internationale. Le fameux domaine réservé…

Au-delà des thèmes qui animeront les échanges, chacun est en recherche de slogans mobilisateurs en capacité de créer ou de stimuler des enthousiasmes. Toute campagne doit penser à façonner des imaginaires afin de crédibiliser et de dynamiser le candidat qu’elle promeut. On se rappelle à l’occasion de chaque élection présidentielle sous la V° République de quelques formules qui avaient fait mouche. Elles furent alors désignées comme ayant contribué à la victoire des uns et à l’échec des autres. Indiquons cependant que ce statut déterminant fut attribué la plupart du temps après les résultats, donc a posteriori. C’est parfois davantage le succès (électoral) qui a fait passer la formule à une forme de postérité. Il y a souvent une dimension auto-réalisatrice, agrémentée qui plus est d’un zeste d’auto-satisfaction, collective ou personnelle.

On peut s’évertuer à déceler les orientations qui commencent à se dessiner. De manière plus ambitieuse, on peut aussi contribuer à les susciter et à les élaborer. Le concept de « Nouvelle France » semble émerger avec succès pour La France Insoumise. Ceux déjà anciens de 6° République et de planification écologique garderont une actualité et une acuité. Le bloc central brodera autour de la notion revisitée de « cercle de la raison », dans laquelle les nécessaires sacrifices (pour les plus modestes) en vue de la tenue des comptes publics et du renforcement de la compétitivité, l’engouement supposé pour un projet européen garant d’un (autre) avenir radieux, seront conviés. L’extrême droite tablera sur les perspectives de remise en ordre, de « renaissance » (n’en déplaise à Gabriel Attal leader d’un parti politique éponyme), de fierté d’être soi-même dans l’espoir de faire passer ses mensonges et autres approximations au tarif le plus avantageux.

Il conviendra sans doute de surmonter le flou des programmes qui ne manquera pas d’être savamment entretenu. Sans parler des promesses inconsidérées, dans la logique de la célèbre formule « les promesses n’engagent que ceux qui les croient », et à l’opposé des dissimulations de mesures douloureuses que l’on ne souhaite pas brandir en étendard. C’est ainsi que Raphaël Gluksmann avait lâché un aveu significatif, craignant de « flinguer sa campagne s’il disait toute la vérité sur les retraites ». La pratique orwellienne du bloc bourgeois, orfèvre en la matière, constitue un obstacle de taille à la clarté du débat public. Il en va de même des mensonges de l’extrême droite, votant en catimini (espère-t-elle) au Parlement l’exact opposé des aspirations du peuple qu’elle entend pourtant défendre mordicus.

La rentrée politique, source de clarifications ?

En cette rentrée de septembre, il restera un peu moins de huit mois avant le scrutin présidentiel. Il va se passer énormément de choses. Chacun aura à se confronter à une accélération des événements, pour garder au mieux le cap fixé. Ou en changer dans l’urgence. La situation pourrait commencer à se décanter.

Quels ralliements vont se produire ? Quels démarcages vont émerger ? Quand se réaliseront les inévitables, bien que parfois tardives, décantations politiques ? A quel niveau se situera la barre d’accès au second tour ? Quel impact aura la recherche des 500 parrainages de maires et d’élus ?

Toutes ces questions, et la liste n’est pas exhaustive, vont devoir se dénouer. Chaque obscurcissement apportera son lot de clarifications. Chaque simplification engendrera d’inévitables confusions. Viendra ensuite le temps des cristallisations politiques. Les déceptions seront amères pour beaucoup de recalés. Un petit nombre sera conforté dans ses entreprises. La campagne s’animera et s’intensifiera, alors même que les premiers cercles des militants impliqués ressentent se trouver au maximum de ce qu’ils peuvent donner, proches du burn-out.

Après quoi viendront sans ménagement les verdicts des deux tours de la présidentielle : un grand vainqueur, des petits vainqueurs éventuels, de nombreux nouveaux vaincus certes plus ou moins déçus. Ce ne sera pas le terminus de la séquence. Car il faudra pour (presque) tous remonter immédiatement sur le cheval des législatives.

En attendant cinq années supplémentaires pour rejouer la partie. En principe… Même si beaucoup y penseront bien avant et la prépareront en amont !

Thierry DONGUAT, Francis DASPE

Août 2026

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée

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« Du contrat social »

Notre pays a une très longue pratique de son organisation sociale. Jean-Jacques Rousseau, en 1762, en détaille également la théorie, annonçant les idées directrices des révolutions et mouvements qui vont suivre : 1789, 1830, 1848, 1870, 1920, 1936, 1945, 1968, 1986, 2018. A partir de la souveraineté populaire et de la volonté générale, les idéaux de liberté-égalité-fraternité sont toujours la ligne directrice aujourd’hui de l’action politique progressiste. Et ce ne sont certainement pas les métamorphoses et les convulsions des classes possédantes actuelles qui modifieront cette réalité républicaine puissante, au fondement même de notre Nation démocratique.

Certes, des intérêts privés puissants, en pleine mutation pour garantir leur champ d’action de prédateurs, s’emploient à élargir leurs marges de manœuvre pour augmenter leurs profits privés, leur prédominance intellectuelle, leur emprise économique, leurs propriétés individuelles, leurs places politiques. Après avoir disposé des richesses naturelles du pays et des biens manufacturés par le salariat, après avoir « fait suer le burnous » des populations colonisées, après avoir fait main-basse sur les nouvelles technologies et leurs modes d’organisation, après avoir perverti les résultats de votes démocratiques (le Non à la constitution européenne par exemple), les possédants n’ont certainement plus les mains libres aujourd’hui et manquent d’air et d’espace pour poursuivre leur trajectoire prédatrice d’accumulation des profits privés : le vivant impose partout ses limites aux saccages des êtres et de la nature, les mouvements de lutte et de résistance se multiplient, les consciences se rebellent contre les souffrances et les exactions de toutes sortes.

En opposition, il existe un outil précieux que le mouvement insoumis a investi constammentdepuis safondation : la démocratie dans toutes ses exigences de « souveraineté populaire et de volonté générale » (J. J. Rousseau). Nous devons poursuivre la bataille de conviction sur notre programme dont nous savons que tous les puissants l’ont sur leurs bureaux, continuer à investir tous les champs démocratiques que sont les lieux d’éducation, de travail, de sport, de culture, de loisirs, d’assemblées et de forums : en un mot, nous montrer et expliquer comment nous rendrons à nouveau notre pays  juste et progressiste. Nous avons un programme détaillé fédérateur de rupture et les équipes prêtes à le mener à bien. C’est pourquoi les compétitions partisanes à gauche dénommées « primaires » ont été rendues manifestement inutiles dans cette dernière période.

Il est essentiel, malgré les médias de toutes sortes qui pratiquent la désinformation permanente planifiée, de saisir tous les rendez-vous électoraux – comme nous venons de le faire lors des élections municipales – et particulièrement celui de l’élection présidentielle à venir. Pourquoi ce rendez-vous est-il primordial ? Parce que toutes les forces réactionnaires et rétrogrades ont besoin pour maintenir leur puissance et la faire croître, de mettre maintenant directement les Etats en coupe réglée sous les ordres de l’extrême-libéralisme, ce dernier agrégeant tout ce qu’il peut autour de lui – y compris hors du champ démocratique s’il le faut, conduisant à ce que la droite-extrême y trouve aussi son compte –  le but poursuivi étant l’accaparement privé décomplexé et sans entraves consacrant volontairement le rétrécissement du champ public. C’est tout le contraire du rassemblement citoyen auquel nous aspirons – nous les Insoumis – pour faire Nation, là où « la souveraineté appartient au peuple », là où « les citoyens sont l’Etat », là où « la volonté générale, c’est l’intérêt collectif et non la somme des intérêts particuliers ». Je rajoute : là où les résultats des élections sont respectés et là où les programmes politiques annoncés sont concrètement mis en œuvre sous le contrôle de tous.

Merci à Jean-Jacques Rousseau de résonner encore si fort aujourd’hui avec La France Insoumise : « Du contrat social » ne laissant aucun citoyen à l’écart de la vie publique collective, c’est aussi aujourd’hui faire cesser les catégorisations réactionnaires et séparatistes de races, classes, religions, sexes, identités pour rejoindre le peuple souverain émancipateur de Jean-Jacques et gagner.

Françoise BOSMAN

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Thuir. Les Cogitations estivales prométhéennes analysent un débat public délétère

La 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes » organisées en partenariat par l’AGAUREPS-Prométhée et La France Insoumise, se sont ouvertes ce mercredi 29 juillet à Thuir. C’est devenu la tradition que cet événement politique se fasse dans la capitale des Aspres, en plein milieu des vacances d’été. Le thème retenu cette année s’intitule « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg ».

Francis Daspe, par ailleurs président de l’AGAUREPS-Prométhée en plus de ses responsabilités à La France Insoumise dans les Pyrénées-Orientales, débutait son intervention à l’aide d’un diaporama retraçant les principaux jalons historiques et politiques de l’œuvre de ces deux militants dont la vie a été dévouée à la révolution sociale afin d’améliorer les conditions de vie des ouvriers. Ils y ont d’ailleurs laissé leur vie, le premier lâchement assassiné le 31 juillet 1914, la seconde sommairement exécutée le 15 janvier 1919.

« Ces deux événements tragiques témoignent des méthodes expéditives utilisées par les possédants dès lors qu’ils se sentent menacés dans leurs intérêts et leur pouvoir. Dans un contexte d’accroissement des tensions politiques poussées à leur paroxysme, ces réactions s’inscrivent dans une logique de lutte des classes », expliquait l’orateur. Le terme d’hystérisation n’est alors nullement excessif.

La mise en perspective avec la situation actuelle montre la résonance politique des pages d’histoire du début du XX° siècle. Des similitudes sont mises en avant par Francis Daspe dans la fin de son exposé, tout en veillant à éviter de verser dans l’anachronisme. L’objectif affiché est d’inciter à la réflexion sur les différentes stratégies en vue de la présidentielle de 2027. « Certaines des conditions du débat public entre ces deux périodes offrent des parallélismes évidents. Aujourd’hui, on observe une presse, possédée à près de 90% par un petit nombre de milliardaires, dont une partie « bollorisée » est clairement radicalisée, déroulant sans complexe l’agenda politique de l’extrême droite ». Francis Daspe citait également l’existence d’une sorte d’internationale brune d’extrême droite, aussi bien en Europe qu’en Amérique. « Les contradictions internes d’un système capitaliste en recherche perpétuelle, mais inassouvie, de profits démesurés accentue les tensions. Ces possédants sont animés par un esprit de revanche contre les dispositifs qui concourent à une répartition des richesses plus équilibrée : services publics, fiscalité plus redistributive, systèmes de protection sociale solidaires, droit du travail protecteur pour les salariés etc. ».

D’où le déploiement récent, et sans aucun doute à venir encore plus intensément, de quelques séquences politiques sombrant dans l’hystérisation du débat public en vue notamment de l’échéance de 2027. C’est alors le règne sans limites de l’argument d’autorité, de la manipulation et du mensonge. Bref, de la négation de la démocratie.

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A Canet-en-Roussillon, les Cogitations estivales prométhéennes de La France Insoumise planchent sur l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes

La France Insoumise organise, en partenariat avec l’AGAUREPS-Prométhée, jeudi 3 septembre 2026 à Canet-en-Roussillon, un prolongement de la 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes ». Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Elle se déroulera au Foyer Moudat, salle Hullo (2759 impasse Jean Mermoz), à partir de 19 heures. La conférence / débat, intitulée « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxemburg », sera animée par Francis DASPE, Président de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de La France Insoumise.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Jeudi 3 septembre 2026, 19 heures, Canet-en-Roussillon, Foyer Moudat, salle Hullo, 2759 impasse Jean Mermoz, 19 heures.

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A Thuir, les Cogitations estivales prométhéennes de La France Insoumise planchent sur l’hystérisation du débat politique et la lutte des classes

La France Insoumise organise, en partenariat avec l’AGAUREPS-Prométhée, mercredi 29 juillet 2026 à Thuir, la 5° édition des « Cogitations estivales prométhéennes ». Il s’agit d’un moment de formation militante et d’éducation populaire traitant d’un sujet historique possédant une résonance et une actualité politiques.

Elle se déroulera à la Maison du Citoyen, salle des aînés (avenue du docteur Ecoiffier), à partir de 19 heures. La conférence / débat, intitulée « Hystérisation du débat politique et lutte des classes : de Jean Jaurès à Rosa Luxembourg », sera animée par Francis DASPE, Président de l’AGAUREPS-Prométhée et animateur de La France Insoumise.

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht étaient exécutés. Dans un contexte d’hystérisation du débat public et de polarisation accrue du champ politique, ces événements tragiques possèdent une certaine actualité. Ils s’inscrivent dans un double contexte, de lutte des classes et de tensions internationales.

Tout en se défiant de comparaisons hasardeuses et anachroniques, la mise en perspective avec le moment présent doit inciter à la réflexion. Ce sera l’objectif de la 5° édition des Cogitations estivales prométhéennes.

Mercredi 29 juillet 2026, 19 heures, Thuir, Maison du Citoyen, salle des aînés (avenue du docteur Ecoiffier), 19 heures.

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